‹ Traité de botanique médicale cryptogamique [electronic resource]Chapitre 11 sur 15 · ALGUES · texte numérisé non relu

ALGUES

Les Algues sont des Cryptogames cellulaires qui ont souvent été distinguées des Champignons par la présence d'une matière colorante plus ou moins semblable à la chlorophylle. Elles constituent un groupe énorme auquel on a accordé le rang de famille, de sous-classe ou de classe. Nous donnerons d'abord sur ce groupe quelques notions élémentaires générales, aussi simples que possible et empruntées à notre enseignement tel qu'il était conçu il y a quelques années.

Les anciens comprenaient sous le nom d'Algues des végétaux vivant dans l'eau salée, et, avec eux, des plantes terrestres à thalle celluleux, tels que des Lichens, des Hépatiques, certains Champignons. Ainsi l'Orseille était alors nommée Alrja tinctoria. D'autre part, des plantes aquatiques qui, pour les modernes, sont de véritables Algues, telles que les Ulves, étaient, au temps de Pline, considérées plutôt comme voisines des Mousses, iiiiisi que semble l'indiquer le nom de ppûov, que ce naturaliste leur applique.

Tournefort a fait une section particulière, la seconde de sa classe XVII (Instilutioncs, 505-577), pour des êtres qui sont en partie des plantes cryptogames et en partie des Zoophyles. Le titre de cette section porte, il est vrai : De herbis marinis aut fluviatilibus quarum flores et fructus vulgo ignorantur ; mais elle contient, nuire les genres Fucus, Alga, Corallina, les Coraux, les Madrépores, les Eponges, les Alcyons, etc. Dans la classification de. Linné, il n'y ;i plus d'animaux rangés parmi les Algues; mais on y trouve les Trémelles, Byssus, Lichens. Hépatiques, etc.; il en est à peu près de môme de celle de Bernard de Jussieu (Catalogue du jardin de Trianon, 1759), car un y rencontre, outre les genres réunis par Linné, le Bys-us dont il avait fait un Champignon, le Marsilea et YEquisetum. C'est au génie universel d'Àdanson que la science doit la première circonscription exacte de la famille des Algues. A l'époque môme où Bernard de Jussieu venait de rédiger son Catalogue, « Adanson, dans ses Familles naturelles d<s plantes, exposait nettement les caractères de ces végétaux. Il formait une famille distincte sous le nom à.' Hépatiques, des Marchantia, Jungermannia, Anthoceros, Blasia, Biccia, replaçai! les Lichens avec les Champignons à côté des Pczizes, réunissait le Spougia aux animaux el groupait les Byssus, les Trémelles, les Conferves, les Fucus el les Ulves en deux familles: l'une, celle des Byssus, comprenant les Byssus, les Trémelles et Conferves; l'autre les Fucus, les Ulves el quelques genres qu'il en avait détachés, tels que Padina, Ceramium, Virsuides, etc.. Il classnil, en outre, dans ses Bijssus, deux genres de Micheli, VAspergillus el le Bolrytis, que Bernard de Jussieu n'avait

point inscrits dans son Catalogue; et bien qu'il soit démontré actuellement que ces deux genres sont des Champignons et non des Algues, ce rapprochement n'a rien de surprenant pour ceux qui savent que ces moisissures se composent d'utricules disposées en chapelet comme les Noslocs. » (Payer, Botanique cryptogamiqur, 54.)

On a donc lieu de s'étonner que L. de Jussicu ait repris, en 1789, dans son Gênera plantarum (0), la délimitation tracée par son oncle; car son ordre II, qui est celui des Algues, renferme, outre les Utva, Fucus et Conferva, les Trémelles, Byssus, Cyathus, Hypoxylum, Sphœria et Lichens. Et si, dans un ouvrage de la nature de celui-ci, nous faisons mention d'une pareille confusion, c'est uniquement pour bien montrer combien ont été de tout temps douteuses les limites qui séparent les uns des autres et les différents groupes de Cryptogames, et, bien plus, le règne animal du règne végétal.

Les Algues proprement dites sont donc actuellement des plantes cryptogames, vivant dans l'eau douce ou salée, ou dans le corps d'autres êtres organisés, à texture cellulaire; dépourvues de vaisseaux, sans véritables racines, nues ou enveloppées de substance gélaliniforme, puisant directement et par toute leur surface, dans les fluides ambiants, les matériaux nécessaires à leur accroissement et possédant souvent la reproduction sexuelle, dont les organes sont connus dans un assez grand nombre ; mais non la faculté de se reproduire par des Conidies; ce qui les sépare des Lichens proprement ilils.

Retirées des liquides dont le contact est indispensable à leur existence, les Algues se dessèchent et meurent rapidement. Le milieu dans lequel elles doivent nécessairement vivre leur imprime des formes spéciales, dont les principales sont : ou celle de phylocysles isolés ou rapprochés les uns des autres; ou celle de filaments déliés, capillacés; ou celle de lames plates, étalées, continues ou criblées d'ouvertures fenèlrées; ou enfin celle de corps allongés, tantôt aplatis, rubanés, tantôt plus épais et cylindriques comme des rameaux de Phanérogames. On n'y peut jamais toutefois distinguer d'une manière absolue un système axile et un système appendiculaire. Alors même que les Algues affectent une forme ramifiée, et celle ramification peut se produire avec une grande régularité, on ne voit pas cependant de différence nette cuire les feuilles et des branches qui porteraient les feuilles. Le passage des unes aux autres est insensible, elce n'est que par une comparaison éloignée, mais foncièrement inexacte, des Algues avec des plantes phanérogames, qu'on applique souvent aux partiesdes premières les noms de rameaux, de tiges, de folioles. L'ensemble de ces expansions plus ou moins divisées poric le nom de Tliatle ou de Fronde, et la première chose qu'on remarque, c'esl que la couleur de ce thalle est extrêmement variable: tantôt presque incolore, transparent, gélatineux, et plus souvent jaune, vert, bleuâtre, d'un brun verdàlre ou d'un vert presque noir,ailleurs rosé ou du rouge le plus éclatant. Sa consistance

est également variablé: (an tôt presque mil le, comme colle d'une gelée tremblante ou du parenchyme jeune des Phanérogames, plus souvent celle d'une lame de parchemin humide, quelquefois mômed'une plaque de matière cornée résistante, comme cartilagineuse. 11 y ;i enfin quelques Algues, comme les Corallines, qui deviennent analogues, pour l'aspect el la consistance, à des madrépores ou à îles coraux, parce que leur tissu s'incruste de sels calcaires, quelquefois en grande abondance; et c'est là surtout ce qui a longtemps porté les naturalistes à ranger ces plantes parmi les Polypiers. Les Algues ont encore un autre point de ressemblance avec les animaux; c'est la manière dont elles se pourrissent à l'air. Elles produisent alors des émanations nauséabondes et méphitiques dont certaines plages sont infectées. On sait d'ailleurs qu'elles peuvent agir sur les matériaux sulfatés des eaux de la mer, et produire un dégagement d'hydrogène sulfuré dont l'odeur se mêle, dans nos ports, à celle de leur substance organique décomposée.

La première question, importante pour la physiologie générale, qui doive nous occuper dans l'élude des Algues, c'est donc l'établissement des limites de ce groupe, du côté du règne animal, si l'on peut ainsi s'exprimer. On a pu croire, il y a quelques années, que les animaux infusoires el les Algues unicellullées, représentant de part et d'autres les derniers échelons de chaque règne, différaient nettement les uns des autres par des caractères précis el faciles à établir, tels que le mode d'action par rapporl à l'atmosphère, la composition chimique, la sensibilité cl la molililé. Maison s'csl ensuite aperçu qu'aucun de ces caractères différentiels ne saurait être considéré comme absolu; et les zoologistes sesonlmis à revendiquer des êtres que les botanistes considéraient comme acquis définitivement à leur domaine, tandis que la botanique s'attribuait des organismes tels que les Néodialomées, qu'on ne regardait plus depuis longtemps que comme des animaux. Dujardin s'est l'un des premiers appliqué à démontrer que des êtres nombreux, regardés par ses prédécesseurs comme des animalcules, apparlenaienl au groupe des Algues. D'autre pari, beaucoup d'animaux, tels que les Alcyonides, turent réintégrés parmi les

Zoophyles, en même temps qu'on dé ntra que des germes d'Aplysies ou

d'animaux analogues avaient élé pris pour des plantes aquatiques. M. Berkeley, qui représente avec tau I d'éclal en Angleterre la science cryptogamique.a ail remarquer que, des 1833, il attirait l'attention des physiologistes sur la possibilité de trouver réunis, sur un seul individu el dans des circonstances diverses, ce qu'on considérai! alors comme les caractères exclusifs et de la vie animale et de la vie végétale; el qu'aujourd'hui les découvertes les plus récentes de nos contemporains, relatives aux spermatozoïdes et aux zoospores, ne modifieraient guère ce qu'il disait alors de ce contact intime des deux règnes. En réalité, les Algues présentent souvent, comme les Champignons, des phénomènes vitaux qui sont dits caractéristiques de la vie animale; mais il n'est pas inutile de remarquer que ces

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phénomènes n'appartiennent qu'à une période relativement courte de leur existence, Il n'en est pas moins vrai tpie si l'on peut attendre d'une évolution suffisamment prolongée la solution du problème qui consiste à déterminer si un être donné est une plante ou un infusoire, il n'y en a pas moins un moment où celte détermination n'est pas possible avec les ressources dont nous disposons. 11 y a une époque où, comme on L'a très bien dit, « la plante se fait animal ».

11 v a des A lunes formées d'un seul phytocyste, et d'ordinaire ces plantes uuicellulées sont rapprochées en grand nombre, mais sans union réelle entre elles. Telles sont les Protococcus et les Plrnrococcus. D'autres sont constituées par des phylocysles nombreux, analogues chacun à un Prolocdrcus; mais elles sont toutes réunies par une sorte de gangue commune gélatineuse. C'est ce qu'on voit chez les Coccochloris, les Honmospora, les Palmelles. Comme les différents phylocysles qui s'observent dans une de ces dernières piaules sont plus ou moins éloignés les uns des autres, on n'y pouvait nier l'existence de la gangue ou matière intercellulaire qui unit les différents éléments entre eux. Or, il y a tous les degrés transitoires entre celle disposition et celle où les phylocysles nombreux qui constituent une Algue d'organisation supérieure sont tangents par leurs faces et ne laissent pas apercevoir cette matière inlercellulaire. 11 y a des genres très élevés dans l'échelle de ces plantes, qui possèdent encore celle prétendue substance unissante très développée, et dont les éléments sont par conséquent fort éloignés les uns des autres. D'autres Algues sont formées de deux phylocystes placés bout à bout et qui résultentde laformalion d'unecloison dansunecavité primitivement unique ; telles sont les Lyngbies Uuicellulées d'abord, et à peu près sphériques, elles s'allongent en tube et se cloisonnent. La cloison peut être placée de telle façon qu'on voie bout à bout deux pbytocystes très inégaux : l'un court, arrondi comme un Prolococcus ; l'autre allongé et lubuleux; c'est ce qui arrive dans les Riviilaria (fig. 366). Dans les Conferves, ce n'est plus une couple de cavités lubuleuses, séparées par une cloison, qu'on voit à la suite l'une de l'autre, mais des cavités nombreuses séparées par des cloisons en pareil nomhre, moins une. Ces Conferves ressemblent alors à de longs filaments lubuleux. Mais ailleurs ils peuvent se ramifier, comme chez les Ankaltia, Drapai naldia et dans un certain nombre de Cryptogames qu'on observe dans le corps de l'homme cl des animaux.

Quoi qu'il en soit, on ne rencontre dans la substance des Algues que du parenchyme, et c'est lui qui prend les formes si variées qu'affectent celles de ces plantes qui sonl le plus élevées en organisation, La plupart des phylocystes qu'on y rencontre sonl à paroi mince et lisse. Cependant on y peut voir des dessins spiraux comme ceux qu'on observe si souvent dans les éléments des Phanérogames. C'est ce qui arrive dans plusieurs Conferves, telles que le G. metjoloninm, ainsi que l'a autrefois indiqué Agardh. Dans certains Zygnema, ce dessin spiral, à tours irréguliers ou

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à peu près réguliers, paraît dû à un groupement particulier de La matière contenue dans les cellules et que l'on appelle Endochrome. La couleur de celle matière contenue est variable; ellepeul être verdâtre, noirâtre rougeâtre;en un mol elle affecte les différentes teintes que nous retrouverons

dans les spores des Algues et qui, comme nous le verrons, j snf un si

grand rôle dans certaines classifications. On a dit avec raison que toutes les couleurs des fleurs les plus brillantes pouvaient se retrouver dans les frondes des Algues, et il yen a même quelques-unes qui sont d'un beau bleu. Du rose le plus tendre on passe au rouge brunâtre le plus intense.et le vert-olive si foncé qu'il paraît presque noir, mène graduellement au verl-émeraude le plus vif et de là jusqu'au vert doré le plus éclatant. Mais quoique, avec une couleur verle et une fronde extrêmement divisée quelques Algues de loin présentent tout à fait l'apparence d'une Mousse, d'un Lycopode, ou même d'un petit arbuste phanérogame, avec des branches, des feuilles et des racines, leur tissu n'est jamais constitué que par des cellules. Dans les immenses Laminariées qui s'attachent aux rochers sous-marins, il y a un épaississemcnl quelquefois énorme, représentant une sorte de pivot radical, et dont le développement répond au besoin de donner à ces plantes un point d'attache solide, afin que le mouvement des flots ne les détache pas facilement. Cependant celle portion du végétal n'est formée que par du tissu utriculaire. Il en esl de môme de ces corps cylindriques ou à peu prés qu'on observe dans les mômes plantes et qui ressemblent tant aux branches cl aux rameaux de nos arbres. Ils ne sont constitués que par des phytocystes-cellulës. II faut noter toutefois que Kùtzing el Berkeley ont vu ces espèces de liges et de branches s'accroître à peu prés à la façon des Exogènes phanérogames, par la décurreuce d'éléments allongés descendant des rameaux sur les branches et des branches sur les liges, en dehors de leurs phylocysles préexistants. C'est cequi arrive dans les Laminaria, Callithamnion^ Batrachospermum, etc.

Il j a de même des apparences de feuilles, plutôt que des organes appendiculaires nettement distincts et d'aut res organes qui représenteraient

des axes. Ce sont des lames aplaties, membraneuses, quelquefois trèslarges, mais toujours uniquement faites de phytocystes-cellules. Dans beaucoup d'espèces, ces expansions sont, dans leur portion centrale, entièrement pareilles aux corps cylindroïdes qui figurent des axes; niais, de plus, elles s'épanchent de i liaque côté en sorlc de lames qui vont s'amincissant à droite cl à gain lie vers les bords. D'ailleurs, ces expansions ne se produisent pas avec une symétrie cl avec une régularité parfaites, comme dans les Phanérogames. Cependant, il y a des espèces où elles sont caduques, comme les feuilles de nos arbres, tombant à l'époque des froids, pour repousser au commencement de la belle saison. Il en résulte que, comme beaucoup de nos arbres, certaines Algues rameuses, élevées en organisation, n'ont pas du tout la même apparence en été et en hiver. Il est fort important de remarquer que l'action chimique des Algues

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sur les milieux au sein (lesquels elles vivent n'est pas en rapport avec les différences de coloration que présentent leurs frondes et leurs endochromes. Car pour celles qui sont vertes, le développement de la matière colorante n'est pas toujours dû a L'action de la lumière solaire. De llumboldt a trouvé des Fucus, tels que \oF. vilifolius, colorés en vert intense, à Une profondeur d'environ deux cents pieds dans la mer; Bory de Saint- Vincent a cueilli un Sargassuiu coloré en brunâtre, à une profondeur de six cents pieds, entre les îles de Bourbon et de Madagascar: et beaucoup d'Algues vivent presque à la surface de l'eau, sans présenter la moindre trace de coloration verte. D'autre part, il y a longtemps qu'on a démontré que, sous l'influence directe des rayons du soleil, les Algues dégageaient une quantité considérable d'oxygène, au point qu'on en. recueillait facilement un litre, en agitant des plantes réparties sur une surface de deux mètres carrés. Mais la couleur de leurs thalles était indifférente pour la production du phénomène, et la quantité d'oxygène semblait être lamême, que le thalle ût vert, rouge ou brun. C'est que la chlorophylle, plus ou moins masquée par d'autres matières colorantes, existe dans ces plantes et y remplit ses fondions habituelles (Rosanolî, Millardet).

Grâce à leur action sur les milieux ambiants et réciproquement grâce à la longue vitalité et à la perméabilité de leurs nombreux phytocysles qui leur servent de laboratoire, les Algues produisent et accumulent dans leur intérieur des substances qui les caractérisent encore, car elles sont à peu près les mômes dans toutes les espèces. On y trouve une grande quantité de matières gommeuses et amylacées. Schmidt pensait que les gelées qu'on relire de plusieurs espèces, telles que le Carragahen, et donl il sera question plus loin, sont identiques par leur formule chimique avec le sucre et la fécule. Non seulement \caCh»ndms crispas et autres espèces analogues, les Jridœa edulis, Alaria esculenta, Rhodhymcnia pal mata, etc., sont vendus tous les jours en grandes masses, sur certains marchés de l'Ecosse, pour servira l'alimentation publique; non seulement plusieurs explorateurs des côtes et des îles septentrionales et orientales du Royaume-Uni n'uni pu se procurer pendant quelque temps d'autres aliments dans leurs voyages ; mais on a préparé avec des Rhodospermées une sorte de blanc-manger de consistance albumineuse, et quelques agriculteurs anglais ont avec succès môlé cette gelée à l'alimentation du bétail, et surtout des porcs. Toutefois Pereira considérait celte substance alimentaire comme bien distincte de la gomme, de l'amidon et du sucre. En Auslralie, on la retrouve dans le Gigartiua speciosa et dans plusieurs espèces du genre Gracilaria, telles que les G. spinosa, lichenoidcs ; elle est beaucoup plus délicate el plus recherchée, dit-on, que celle qui s'obtient, en Eiimpo, des Rhodospermées. On saii maintenant que c'esl ;i lorl qu'on a cru les nids des Salanganes formés, en partie du moins, de celle môme substance gélatiniforme; il n'y a là qu'une ressemblance extérieure, et ces nids sont constitués par une matière animale. Mais nous

venons qu'elle se retrouve dans la Mousse de Corse, où ce n'est pas elle sans doute, qui agit dans l'emploi de celle plante comme médicament. Le

Laver ou Laver-bread du pays de Galles es e sorte de pain qu'on

fabrique précisémenl avec des Algues, et auquel on ne reproche qu'un goûl particulier, auquel il faul d'abord s'habituer pour apprécier toutes les qualilésde cel aliment. Nous verrons que dans les régions arctiques, on prépare une sorte de potage avec des Algues; qu'en Chine, on emploie une

espèce de Nostoc au même usage, el au Chili, les fr les du Durvillœa

utilis; qu'en Norwège,en Islande el en Irlande, le bétail csl conduit suites bords de la mer où il se nourrit, à marée basse, des Algues que le flot a apportées; et l'aliment qui rend si délicate la chair des tortues marines appartient à plusieurs espèces du genre Caulerpa. Nous ue faisons qu'indiquer en passant l'usage qu'on fait des Varecs pour fumer les terres, el l'existence des substances iodées dont il sera traité plus loin, tout en rappelant que YJEthiops végétal leur doit sans doute ses propriétés médicamenteuses.

Nous avons vu que les Algues ne peuvent se bien développer que dans un milieu liquide. Les Protoroccus ne vivent que sur un sol humide ou sur une couche de neige. Les Nostoc disparaissent dans les lemps secs et ne prennent leurs développements qu'après des pluies abondantes. Nos mares el nos cours d'eau sont remplis de Conferves et d'autres Algues inférieures. Or, il y a longtemps qu'on a remarqué la 1res large diffusion de certaines de ces plantes dans les diverses régions du globe. Là où les conditions de température soûl à peu prés les mêmes, on retrouve fréquemment, à des distances li és grandes, ou la môme espèce, ou du moins ce qui paraii être la même espèce. Le doute «si en effel prudent lorsqu'il s'agit des types inférieurs, car les Calothrix, Oscillaria, el autres genres analogues, s'observent dans toutes les régions du globe ; niais leurs espèces sonl mal définies et difficiles à définir. On ne les observe souvent que sur des échantillons mal conservés, el on ne saurait affirmer positivement qu'il n'y a pas entre elles des différences spécifiques qui parfois nous échappent. Sir J.-U. Hooker a fait remarquer que les Protococcns qui constituent la neige rouge, qu'on observe si abondamment au pjlc Nord, el qui seraient faciles à reconnaître partout ailleurs, ne se rencontrent pas sur les liants pics glacés de l'Inde orientale, quoiqu'on y trouve beaucoup d'autres Cryptogames, Champignons el Lichens, spécifiquement identiques à nos espèces européennes les plus communes. Taudis que lesDesmidiées sonl assez communes en Europe et dans l'Amérique du Nord, on en connaît à peine quelques-unes provenant des autres régions du globe. Au contraire, il y a des Néodiatomées partout, et en aussi grande abondance aux confins du globe que dans les mares des environs de Paris. Les unes sont propres à certains pays; les autres sonl au contraire cosmopolites. La matière siliceuse dont elles sont imprégnées conserve leurs formes et les dessins de leurs surfaces, de façon qu'on peut toujours les comparer

outre elles. On voit ainsi que non seulement les mêmes espèces peuvent exister à l'état vivant dans des contrées extrêmement éloignées les unes des autres, mais encore qu'elles peuvent vivre de nos jours et avoir vécu pendant des périodes géologiques probablement très anciennes.

Le point le plus important de l'histoire générale des Algues, sous le rapport de la physiologie, et même de la pathologie, c'est l'étude de leurs organes reproducteurs. Ces organes ont été longtemps fort incomplètement connus, et l'on savait seulement qu'à part les phénomènes de bourgeonnement ou de multiplication cellulaire qu'offrentces végétaux, ils se reproduisaient par des spores, à la façon des autres plantes cryptogames. On a plus lard étudié les différents modes de développement de ces spores, leurs situations diverses sur le végétal, et plus récemment encore l'évolution des organes mâles, et le mode d'action de ces agents fécondateurs sur les produits des organes femelles.

Les Algues qui ne sont formées que d'une phytocystc, se reproduisent par la formation, dans l'intérieur de celle cellule-mère, d'autres phytocystes, ou cellules-filles, qu'elle laisse ensuite échapper el qui deviennent autant d'individus nouveaux. C'est surtout chez les Protococcus qu'on a suivi dans toutes ses phases ce mode de multiplication. Les observations de l'ohl, de Flolow et de beaucoup d'autres savants ont montré comment le phytoblaste, qui est dans l'intérieur de la paroi de cellulose des Protococcus, forme en se condensant des masses circonscrites qui ne sont autre chose que de jeunes Algues unicellulaires naissantes. Par la surface extérieure, chacune de ces masses de substance azotée produit des dépôts de cellulose, jusqu'à ce que les cellules-filles soient définitivement constituées, pressent sur la cellule-mère, déchirent sa paroi et constituent autant de jeunes Algues indépendantes les unes des autres. Il n'y aurait donc ici, à proprement parler, qu'une reproduction par multiplication intracellulaire; ce qu'on a encore appelé formation cellulaire libre.

Ailleurs, comme dans beaucoup de Conferves filamenteuses, où l'on ne voit pas de véritables organes sexuels, on a dil que la reproduction se confond avec l'accroissement du végétal, en ce sens que les portions extrêmes se séparent de la plante-mère par leur base vieillie, et deviennent libres tout en continuant de végéter par leur extrémité. On sait que les filaments ne sont autre chose que des tubes cloisonnés, avec une couche profoplasmique intérieure à la paroi de cellulose, el produisant, soit au bout, soit sur les côtés des tubes, de nouvelles cloisons qui augmentent graduellement le nombre de phytocystes, le nombre des ramifications, et préparent ainsi la formation d'autant d'individualités qui pourront plus tard quitter la planté mère et vivre indépendantes. Des fails analogues s'observent dans les Algues marines les plus élevées en organisation, et pourvues d'une fronde aplatie et membraneuse. Ainsi, dans les Macrocystis, les Sargassum, et d'autres genres analogues destinés à former de vastes prairies flottantes dans la mer, les plantes, d'abord attachées aux corps sous-marins par cette

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porlion que nous avons vue remplissant les fonctions mécaniques d'une racine, sont arrachées par les mouvements des flots, et à partir de ce moment, se multiplient par une division constante de la fronde, absolument comme les masses cellulaires des Algues inférieures. Ce qu'on a appelé reproduction des Algues par prolification, se rapporte évidemment à des faits de cet ordre. Les espèces vivaces, ou bisannuelles, en sonl le plus ordinairement le siège. Les Phyllophora, les Rhodhymenia, les Ceramium présentent ainsi des ramilles des deux côtés, ou d'un seul côté môme, naissant de leur portion principale. Dans les Polysiphonia, ce sont des espèces de racines adventives qui jouent le môme rôle. Et de môme que les bourgeons des Phanérogames, alors qu'ils se développent sur les branches, peuvent ôtre tout à fait semblables aux embryons qui sortent de leurs graines, de même, il y a une ressemblance complète entre ces prolificalions à leur premier âge, et les jeunes individus qui résultent de l'accroissement d'une spore en germinalion. Il paraît même que certains Sargassum, comme le S. bacciferum, ne se reproduisent le plus ordinairement que par une prolification indéfinie. Déjeunes pousses qui ressemblent plus ou moins à des feuilles, se développent sans cesse sur les frondes divisées et se distinguent aisément par leurteinte plus claire des anciennes portions colorées en brun roussâtre.

On a fait voir que quelques Algues se développent dans les matières organiques en putréfaction; d'autres, dans les liquides du tube digestif, dans le mucus utérin, l'urine, l'épidémie, les milieux de l'œil, la salive, le suc gastrique. La plupart de ces dernières sont des Champignons.

Les Algues marines observent dans leur distribution géographique une beaucoup plus grande régularité. Celle distribution est soumise à des espèces de lois déjà entrevues depuis longtemps, mais qui n'ont jamais été mieux démontrées que par les admirables recherches et les voyages répétés du professeur Harvey. 11 semble que dans la profondeur des mers chaque espèce appartienne à une zone au-dessus et au-dessous de laquelle sa végétation devient impossible; ce qui permet de supposer que chaque espèce ne peut supporter qu'une certaine somme de pression et de lumière. Il y a des Algues qui flottent à la surface, telles que les Cystoseira, les Jridœa, plusieurs Ulves et Confervcs. Plus bas, il y a encore des Ulvacées, des Confervécs, et surtout de nombreuses Floridées, à frondes rosées ou pourprées. Nous avons vu, au contraire, des Sargassum et des Caulerpa, péchés à une grande profondeur, au delà même des limites trop restreintes auxquelles les physiologistes ont autrefois déclaré impossibles le développement et la vie des êtres organisés.

Chaque mer peut avoir ausi sa flore spéciale. Dans les océans Arctique et Antarctique, sur nos côtes, il y a abondance de Laminariécs, représentées chez nous par un petit nombre d'espèces, mais par une quantité prodigieuse d'individus. Leur nombre augmente encore davantage vers la côte occidentale de l'Amérique du Nord. Dans l'océan Arctique, la plupart

des Laminariécs sont simples; elles sont rameuses, comme \esMacrocystis, Lessonia, etc., dans l'océan Antarctique. Les Lessonia, les Durvillea, etc., sont inconnus dans les mers septentrionales, et caractérisent l'hémisphère austral. 11 y a des genres, tels que les Caulerpa, qui sont à peine connus en Europe; on ne les a observés qu'en Espagne et au nord de la Méditerranée. L'espèce qui a si longtemps servi seule à la fabrication de lVEthiops végétal, le Fîicus vesiculosus, si commun sur les corps sous-marins de nos côtes occidentales, ne se trouve que flottante et détachée par les courants dans les eaux de la Méditerranée. On serait tenté de croire que les mêmes espèces doivent exister dans une môme mer, à l'ouest de l'Europe et à l'est de l'Amérique; ce fait n'est pas absolument vrai. Le Fucus serratus, si commun chez nous, ne se retrouve pas du côté du nouveau monde. Les Fucus nodosus et vesiculosus croissent, il est vrai, des deux côtés de l'Océan. Quoiqu'il y ait beaucoup de Laminaires sur les deux rives, il y en a bien des espèces américaines qui sont totalement inconnues chez nous. Mais à mesure qu'on s'avance vers le sud, on voit les Fucus et les Laminaria diminuer. Bientôt apparaissent les Cystoseira , puis les Sargassum inconnus dans les mers boréales et formant de chaque côté de l'équateur, dans une étendue d'environ 40 degrés, d'immenses mers herbeuses qui se retrouvent d;ms l'océan Pacifique. La température des mers n'est pas sans influence sur cette distribution géographique; et ce qui le prouve, c'est l'apparition de certaines espèces propres aux mers plus chaudes, dans les eaux glacées du Nord, aux points où certains courants viennent les réchauffer. Quelques espèces qui dépassent à peine le nord de la France, et disparaissent plus au nord, se montrent de nouveau, après une large interruption, vers le nord de l'Irlande, dans les mers réchauffées par les courants tièdes de l'Atlantique. Certains Desmaretia des côtes de l'Ecosse sont des plantes qui disparaissent tout le long de celles de la France et qui abondent au niveau de l'Espagne; probablement pour la même raison. Il est vrai enfin que d'une manière générale les grandes Algues sont des plantes des larges océans, et que les iners étroites ne nourrissent que des espèces de petites dimensions. Les genres de la Méditerranée n'atteignent pas de grandes proportions; ce sont des Ulvées, des Céramiées, etc.; les espèces monstrueuses, bien plus développées que nos arbres les plus gigantesques, le Durvillea Utilis, le Laminaria buccinalis, sont des plantes du plus large des océans, l'océan Atlantique.

Montagne, à qui nous empruntons ces détails, a distingué la prolification qui ne doit pas son origine au développement d'une cellule unique, de la propagation ou reproduction par propagules, dans laquelle l'endochrome ou contenu d'un phytocysle peut lui-même végéter et devenir une plante isolée. Des fragments de Vaxicheria, isolés les uns des autres, se complètent peu à peu et constituent, suivant Thuret, autant d'individus distincts. Un seul élément cortical de Pkycolapathum peut, d'après

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J. Agardh, végéter et produire une nouvelle fronde, semblable en cela à ces bulbilles de Monocolylédones qui peuvent naître d'une cellule et devenir ensuite des plantes complètes, avec un axe et des appendices.

La simple fissiparité, d'après Menèghini, est le mode de multiplication de certaines Algues inférieures, telles que les Cylindrocystis.U y a môme des auteurs qui ont admis une génération spontanée des Algues les plus inférieures; question qui ne peut être examinée actuellement.

Mais c'est par des spores que les Algues élevées en organisation se reproduisent le plus communément, par une sorte de germination qui n'est qu'une multiplication du phylocyste unique représenté d'abord par la spore. On a surtout étudié le mode de production de ces spores et leur manière d'être placées sur la plante, quand on a voulu se servir de ces caractères pour classer les Algues.

En considérant la spore comme l'analogue de l'embryon des végétaux phanérogames, on voit que cette spore peut être d'abord formée aux dépens de la matière contenue dans les phytocystes de laplante, matière que nous avons déjà désignée sous le nom d'Endockrome, et dont il nous faut d'abord bien établir la nature.

Il peut y avoir deux choses dans un des phytocystes qui forment la fronde des Algues, sans parler des substances proloplasmiques solides ou dif- (luentes qui existent dans ses utricules, comme dans toutes les autres en général : un fluide et un solide. Le tluide est ordinairement de nature aqueuse ; le solide est une substance granuleuse, colorée d'ordinaire : c'est la substance gonimique ou endochrome. L'endocbrome peut former une masse unique dans le phylocyste, ou plusieurs masses distinctes; dispositions suivant lesquelles on l'appelle ou nucléiforme ou granuleux.

C'est celle matière solide, assez souvent verle, qui s'organiserait dans chaque phylocyste et formerait une ou plusieurs spores. Quant au nom de Zoospores qu'on a donné à ces corps reproducteurs, et à celui d'Algues Zoosporées qu'ont reçu celles qui en sont pourvues, il estdù à ce que ces spores munies d'organes locomoteurs particuliers, que nous étudierons un peu plus loin, sont douées de mouvements comparablesà ceux qu'on observe chez les animaux et qui, servant à leur dissémination, cessent de fonctionner au moment où leur germination va commencer.

La classification fantaisiste proposée par Decaisne, des Algues en Synsporées, Haplosporées et Choristosporées, n'a vécu que quelques années; elle n'a pu résister à un examen quelque peu attentif des faits. Nous pouvons aujourd'hui réduire l'élude générale des corps reproducteurs femelles à trois choses qui sont: A. les Spores proprement dites; B. les Zoospores ; C. les cavités qui renferment les unes ou les autres, et qu'on peut appeler des Conceptacles.

A. Spores. Elles répondent aux spores ordinaires des autres Cryptogames et représentent des phytocystes à paroi de cellulose, saus appendices spéciaux à leur surface extérieure, avec un contenu analogue à celui des

phytocystes en général. Il y en a de simples, et d'autres qu'on appelle Télraspores, qui sont simples d'abord, mais dont l'endochrome se divise plus lard, quand la plante approche de sa maturité, en quatre portions qui deviennent autant de spores secondaires. Les deux espèces de spores peuvent se rencontrer dans une môme plante, ou exister l'une sans l'autre. Ainsi les Floridées (Rhodospcrmécs) ont des spores simples et des tétraspores. Les autres Algues ont des spores simples, mais peuvent avec elles posséder des zoospores.

B. Zoospores. — Ces corps reproducteurs si intéressants, non seulement pour la question que nous traitons ici, mais encore au point de vue de la physiologie générale, n'ont été étudiés aussi complètement par personne que par Thuret, notamment dans son mémoire couronné en 1847 par l'Académie des sciences. Les zoospores sont des corps agités d'un mouvement particulier, qui se répandent dans l'eau en sortant de la plante, et qui nagent vivement au moyen de cils vibratiles. Ils paraissent alors tout à fait semblables à des infusoires; mais ils en diffèrent en ce qu'un peu plus tard on les voit s'arrêter, perdre leurs cils vibratiles et entrer en germination, à la manière des spores ordinaires.

Les Algues zoosporées sont bien plus nombreuses qu'on l'avait cru d'abord, et l'on a reconnu l'existence de zoospores dans un très grand nombre d'espèces à couleur olivâtre ou verdàtre. Ces zoospores naissent dans des . phytocystes, et sont produites par une sortede condensation de la matière contenue dans ces cavités. Cette matière s'agglomère en pelites masses qui deviennent graduellement autant de zoospores. Chacune d'elles se présente d'abord sous forme d'un corpuscule dépourvu de tout tégument analogue à une couche cellulosique ; et, comme dans les Infusoires les plus simples, il y a absence de membrane périphérique. Aussi une goutte d'ammoniaque produit-elle chez les unes et les autres une diffluence rapide de la substance hyaline qui constitue la masse; et celle-ci peut se segmenter et se souder aux masses voisines sans traces nlténcurcs des points de jonction. Complètement conformées, les zoospores s'agitent déjà dans la cavité qui leur a donné naissance, puis elles en sortent par une petite ouverture dont la place est reconnaissante longtemps avant

Fie 303. — Ulothrix zonaia. a, filament émettant dos macrozoospores ; b, macrozoosporc; c, macrozoosporc en voie de germination et de segmentation pour produire une jeune plante; d, microzoosporc; e, filament émettant de jeunes plantes provenant de microzoospores qui ont germé dans leurs cellules-mères ; f, microzoosporc après la copulation de deux phytocystes; g, zygospore au repos; /i, zygospore en voie de segmentation, pour produire des zoosporcs.

2G2 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYI'TOCAMIQUE.

le développement des zoospores. On les voit alors lancées en masses dans le liquide ambiant, sous forme de petits ovoïdes ayant ordinairement de 1/100 à 3/100 de millimètre de longueur. Les plus grosses, celles des Vaucheria atteignent 3/10 de millimètre. Leur extrémité s'effile en un rostre qu'on avait considéré comme produisant, par son inflexion à droite et à gauche le mouvement de progression du zoospore. Mais le rostre est en réalité immobile, et le mouvement est dû, ainsi que l'a découvert Thuret. à des cils vibratiles implantés, ou sur toute la surface de la zoospore, comme chez les Vaucheria, ou seulement en petit nombre et insérés aux deux extrémités (Ectocarpus, Haligenia, Laminaria), ou plus souvent placés au nombre de quatre (Ulotrix, Chœtophora), ou de deux (Cladophora)

Vld. 304. — Coleoclixte soluta (Pringshcim). Fie. 305. — Coleochxle pulvinata.

sur l'extrémité amincie du rostre. Les mouvements de ces cils vibratiles sont les mêmes que dans les animaux; ils obéissent aux mêmes lois,

s'élèvent, s'abaissent, ondulent et possèdent ce que Valenlin a appelé le mouvement d'oscillation. Dans notre thèse de concours sur les Mouvements dans les organes sexuels des végétaux (1856), nous avons résumé ainsi qu'il suit les causes qui font varier l'intensité de ces mouvements :

« 1° Selon le milieu dans lequel se trouve le corpuscule. Nous avons vu l'iode et l'opium les ralentir.

Poussée plus loin, leur action tue les spores, qui ne sauraient plus germer. Il en est de même de l'alcool, de l'ammoniaque, des acides, etc. 2° Selon l'intensité de la lumière. Dès que le vase où elles se trouvent est éclairé, les zoospores se portent rapidement vers le point

Fie. 306. — Colochxte pulvinala. a, anthéridte; og, oogones en voie de formation; c, oogone autour duquel les cellules commencent à formel' un revêtement; s, zoospores; II, fruit en voie déformation; III, fruit formé(Pringshcim).

le moins obscur. Mais le contraire arrive quelquefois. Il peut même y avoir partage, les unes fuyant le jour, les autres le recherchant ; ces dernières sont toujours plus actives, plus propres à la germination (Agardli, Thuret). L'émission même hors des sporanges est influencée parla lumière. Thuret les a vues sortir en grand nombre quand le ciel venait à s'éclaircir. ;5" Selon l'heure du jour; ce qui tient peut-être à la cause précédemment signalée. A peu d'exceptions près, c'est le matin, de bonne heure, que les spores sortent et s'agitent; plus tard, elles sont déjà fixées. De là, pendant longtemps, l'impossibilité dans laquelle se trouvèrent les observateurs de rencontrer ces organes. 4° Selon la température : une chaleur modérée accélère l'émission et les mouvements des spores; une trop haute température les tue. C'est sous l'influence de toutes ces causes réunies que s'exécutent, pendant un temps généralement fort borné, les mouvements des zoospores. Il est rare qu'ils durent au delà d'une journée; en quelques heures, généralement, toute évolution est terminée. Alors les corpuscules tombent au fond du vase qui les contient, ou s'arrêtent contre quelque corps qui plonge dans le liquide. La période de mouvement est terminée; les animaux deviennent des plantes. Le point qui correspond au rostre fixe le nouveau germe qui perd ses cils vibratiles; ceux-ci une fois tombés ou désorganisés, le sommet de la spore s'allonge et devient une sorte de radicule rudimentaire. Ce tube radiculaire se développe et forme peu à peu une fronde semblable à celle de la plante-mère. »

C Conceptacles. — Il n'y a chez les Algues zoosporées d'autres conceptacles que certains phytocystes, d'abord semblables aux autres, puis dans l'intérieur desquels se forment les zoospores. Dans les Conjuguées, des deux phytocystes qui jouent un rôle dans la formation des spores, un seul, celui qui reçoit le contenu de l'autre, joue le rôle de conceptacle. Dans la plupart des autres Algues, le conceptacle est une cavité particulière limitée par des phytocystes et communiquant avec l'extérieur de la fronde par un pore que Kûtzing a nommé Carpostomium. Ces conceptacles sont tantôt isolés, semés çà et là sur le tissu de la fronde, tantôt, comme il arrive dans plusieurs de nos Fucus communs, réunis en une sorte d'inflorescence formant épi, ou quelque chose d'analogue, au sommet des frondes. Ou les sporanges sont attachés sur les parois intérieures de celte cavité par une espèce de placenlation pariétale; ou bien un corps rappelant un placenta s'avance dans l'intérieur de la cavité où il supporte ces sporanges; ce qui correspond à une placenlation centrale. Ce placenta peut être court, comme dans les Polysiphonia ; ou renflé, hémisphérique, comme dans les Thamnophora; ou allongé en une sorte de gerbe, comme dans certains Sphœrococcus. Oulrc les sporanges qui contiennent les spores dans leur intérieur, le conceptacle peut encore loger des organes fécondateurs mâles dont nous allons nous occuper maintenant; de façon que la plante présente alors une sorte de mouœcie comparable à celle qu'on observe dans les Phanérogames.

Organes mâles. — Outre les corps reproducteurs femelles, analogues aux graines, que possèdent les Algues, on connaît dans un certain nombre d'entre elles, comme dans beaucoup de Cryptogames, des organes mâles ou fécondateurs qui sont les analogues de l'androcée des Phanérogames. De là le nom d' Anthéridies qu'on a appliqué à ces organes; et comme les corpuscules contenus dans leur cavité et qu'on peul comparer jusqu'à un certain point aux grains de pollen, sont, comme les zoospores, pourvus de mouvements, souvent dus à des cils vibraliles et rappelant les attributs de l'animalité, on les a nommés Anthérozoïdes, ou Phytozuaires,ou Spermatozoïdes. Ces anthérozoïdes, également si bien étudiés, depuis une quarantaine

Fie. 307. — Sphmroptata annulina.

Anthérozoïdes se portant vers les organes femelles à féconder (Cohn).

Eic. 308. — Lcjotisiii mediterranea. Rameau portant un organe femelle c, terminé par le trichogyne l, et dos anthéridies a. La branche verticale porte un cyslocarpc (Thuret et Bornel).

FlG. 309. — Dudresnaija purpurifera, à divers étals de développement des organes reproducteurs, ces états successifs indiqués par les lettres a, b, c (Thuret).

d'années, sont de très petits corps hyalins, n'ayant guère que 1/200 de millimètre et renfermant souvent un granule gris ou rouge orangé, bien distinct du reste de la masse. Ces corps ovoïdes, ou à peu près sphériques, ou en forme de bouteille, se meuvent aussi à l'aide de cils vibratiles, ordinairement au nombre de deux, souvent inégaux et placés l'un en avant et l'autre en arrière. Les anthéridies sont des sacs qui renferment ces spermatozoïdes; et elles sont placées dans les conceptaclesau sommet de filaments ou poils articulés et renversés, qui convergent vers l'ostiole du conceplacle et favorisent la sortie des corps reproducteurs. S'il y a des sporanges en même temps dans le conceplacle, la plante csl monoïque. Pendant longtemps on n'a connu que des Algues dioïques. La plupart de celles qui contenaient les zoospores ne possédaient pas d'anthérozoïdes

CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 265- Mais on connaît maintenant un assez grand nombre d'exemples de monœcie. Beaucoup de nos Fucacées les plus communes ont, dans leurs conceptades, cl des anlhéridies au sommet des filaments, et des sporanges à leur base.

De l'action des antbéridics sur les spores résulte le phénomène de la fécondation qui, si peu connu qu'il soit dans son essence, paraît cependant pouvoir être comparé à l'influence pollinique sur la vésicule embryonnaire. Le contact des anthérozoïdes des Fucacées avec les organes femelles est favorisé par l'action du milieu dans lequel les agents mâles nagent par milliers lors de l'espèce d'éjaculation qui les rend libres.

Fie. 310. — Œdogonium. Tubules donnant naissance à des zoosporcs par rajeunissement de leur protoplasmu (Pringslicim).

Fig. 311. — Œdogonium ciliatum. A, filament portant des oogones og, et des anlhéridies m; n, plantulcs issues des androsporcs; B, oogone en voie de fécondation ; C, filament mâle d'Œdogonium gemellipantm, émettant des anthérozoïdes; D, zoosporcs produites dans une oospore de Bulbochœle (Pringslicim).

D'une manière plus particulière, des faits tels que ceux que nous ont révélés les admirables observations de MM. Pringslicim, de Bary, etc., relativement aux CEdogoniées, Vauchériées, etc., ont ouvert toute une série nouvelle de phénomènes merveilleux accomplis vers les limites des deux règnes organiques pour assurer l'imprégnation des corpuscules femelles. 11 nous suffira de citer L'histoire de ces anthérozoïdes d'Œdogonium, tracée en 1850, par de Bary, dans les Mémoires de la Société de Fribourg

en Brisgau, où les agents mâles consli tuent une sorte de plan Iule partagée en deuxlogettes superposées, chaque logctle donnant naissance à un anthérozoïde qui va nageant vers la spore, le rostre en avant, attiré comme par une force élastique, puis repoussé du sporange, finissant par se fixer sur la papille de la spore par son rostre, se raidissant et demeurant immobile après avoir ainsi assuré la fécondité de la spore ; à moins que le corpuscule fécondateur, arrivé près de la spore à une époque inopportune, ne s'épuise autour d'elle en vains efforts et ne finisse par s'abîmer au fond du liquide,

après avoir longtemps pirouetté autour de l'organe femelle. Ailleurs M. Pringsheim a montré dans un Vaucheria, tel que le V. sessilis LYNGD.(fig. 312), un tube commun portant à côté l'un de l'autre un sporange et une anthéridie. Le protoplasma du sporange se condense au centre de la cavité; après quoi sa paroi s'ouvre au sommet par une sorte de rupture. L'organe femelle est prêt à recevoir l'imprégnation. Alors l'anthéridie, sous forme d'une cavité cellulaire à sommet allongé, incline ce sommet vers l'ouverture femelle : sa paroi se rompt également et laisse échapper les spermatozoïdes qui sortent de leur cellule-mère et vont directement pénétrer en face dans l'organe femelle; disposition qui rappelle celle des étamines s'inclinant jusqu'au pistil qu'elles doivent féconder et qui semble rendre à peine indispensable la présence des rames vibratiles qu'on observe à la surface des anthérozoïdes.

Classification. — Un groupe aussi immense que celui des Algues nécessite une bonne classification. Beaucoup de tentatives ont été faites dans ce sens; mais la nature de cet ouvrage ne nous permet pas d'y insister. Nous ferons seulement remarquer qu'il y a déjà un demi-siècle, C. Agardh a proposé de distinguer les Algues d'après leur couleur; mode de classement qui correspond, comme nous le verrons, à des différences réelles d'organisation, et qui, dans tous les cas, est en général fort commode à appliquer pour le médecin qui voyage et qui n'a pas approfondi cette partie de la science.

Toutes les Algues étaient pour C. Agardh : 1" hyalines, 2° vertes, 3°rouges, ou 4° olivacées. Fries, dans son Flora scanica, ne lient au contraire aucun compte de la couleur pour tracer les trois grandes divisions qu'il établit dans les Algues, et qui sont : 1° Fucacées, 2° Ulvacées, 3° Diatomées. C'est sur d'autres bases que repose la classification établie par Decaisne, en 1842. Elle n'a point été adoptée; elle ne pouvait pas l'être. Kùlzing, en 1843, a proposé les divisions suivantes, adoptées de nos jours par un grand nombre d'algologues. Toutes les Algues y sont partagées d'abord en deux grandes classes : les Isocarpées et les Hétérocarpées.

Fie. 312. — Vauckeria sessilis.

Fragment d'un filament portant les organes reproducteurs mâle et femelle ; o, oogone ouvert ; «, anthéridie émettant dos anthérozoïdes.

Comme l'indiquent ces mois, les premières n'ont qu'une espèce de spores dans une même plante; les dernières ont deux modes de fructification et représentent à la l'ois ce qu'on nommait autrefois les Floridées et ce que Decaisnc appelait les Choristosporées.

La classification du professeur Harvey, dérivée, comme on va le voir, de celle de G. Agardh, est la seule, à ce qu'il nous semble, qu'on puisse aujourd'hui proposer aux médecins et aux physiologistes qui peuvent avoir besoin de déterminer facilement et rapidement la place que doit occuper une Algue dans la série de ces plantes. J'ajouterai que les hommes les plus compétents, comme M. Berkeley, la considèrent même comme répondant mieux que toute autre aux caractères naturels et à l'organisation des Algues. Elle est fondée avant tout sur la coloration des spores, qui sont : ou d'un vert noirâtre ou olivâtre, ou rougeàtres, ou franchement vertes. Sans doute, et il faut en être prévenu, il y a des exceptions à ces divisions si nettement tranchées. Il y a des Prolococcus et des Hœmatococcus à spores vertes et à spores rouges; les Lyngbia sont souvent verts, et cependant le L. prolifica donne aux eaux une teinte rouge ; les Néodiatomées sont d'un vert pâle ou d'un jaune olivacé qui peut faire hésiter d'abord sur

Fie. 313. — Sirogo- Fig. 314. — Sirogonium. Fie. 315. — Spirogyra. nium. Deux tubules, Deux tubulcs après la Deux filaments tubumàle et femelle, pen- conjugaison : m, màlc ; leux envoie de coudant la conjugaison, f, femelle. jugaison.

la place qu'on leur donnera dans la classification, jusqu'à ce qu'on ait étudié de plus près leur mode d'organisation. Mais à part ces quelques exceptions, le physiologiste pourra facilement décider si une Algue appartient à l'une des sous-classes suivantes :

I. Mélanospehmées (spores olivacées). Plantes monoïques ou dioïques. Conceplacles contenant des anthérozoïdes ou des spores mobiles.

II. Riiodosi'ehmées (spores rougeAtrcs). Plantes dioïques, hétérocarpées, pourvues en général d'anthérozoïdes.

III. Chlorospermées (spores vertes). Plantes monoïques, à spores mobiles ou immobiles; assez rarement pourvues d'anthérozoïdes.

Cette classification reposant, en somme, sur la teinte de la matière colorante des Algues, celle-ci a pris, dans ces derniers temps, une importance relativement grande. Si toutes les Algues décomposent l'acide carbonique, c'est, nous l'avons vu, qu'elles contiennent de la chlorophylle. Mais si les Algues sont souvent rouges, jaunes, brunes ou bleues, c'est que la teinte verte de la chlorophylle est masquée par divers autres pigments. Comme ceux-ci sont solubles dans l'eau, en broyant les Algues dans l'eau, celle-ci entraîne par filtralion toutes les substances colorantes autres que la chlorophylle. Le résidu étant alors traité par l'alcool et la benzine, on obtient une teinte verte, due à la solution de chlorophylle. Mais l'alcool et la benzine se séparenl par le repos en deux couches, car ils sont de densité différente; la supérieure est formée de benzine avec la chlorophylle en dissolution; l'autre est une solution alcoolique d'élioline ou phylloxanlhine. La substance colorante qu'on enlève par l'eau est de la Phycophéinc dans les brunes; de la Phycoxanlhine dans les jaunes ; de la Phycocyanine dans les bleuâtres.

Quant à la chlorophylle, elle est réunie en grains qui sont des chroma-

Fig. 316. — Mesocarpus parvulus.

Deux fi i a m c 11 1 s conjugués.

Fig. 317. — Volvo.v globator. », co- Fie. 318. — Hydroàictyon ulricuïalum. A, line lonie entière formant une sphère moitié d'un réseau; B, un fragment du même commune ; 6, deux individus isolés. très grossi ; C, Pediaslrum selcnxa, entier.

lophores bien définis (Schmilz), c'est-à-dire en masses bien limitées, imprégnées de substance chlorophyllienne. Et c'est pour cola que certains

CRYl'TOCAMES CELLULA1KKS. 209 autours ont séparé des Algues les Cyanophycées (Oscillaire Nosloc) dont il sera question plus loin; leur matière colorante d'un vert bleuâtre étant amorphe cl non formée de chromatophores. On a distingué aussi dans les Algues vraies des Erylhrophores, des Chlorophores et des Phœophores. Toutes ces masses définies, surtout celles à chlorophylle, peuvent renfermer des sortes de nucléoles, nommés Pyrënoïdes (Schmitz).

Quant au mode de reproduction, sur lequel nous ne pouvons ici longuement insister, il servira probablement un jour à la classification. Et sans revenir sur ce que nous avons déjà dit des organes des deux sexes, nous pouvons établir que la reproduction des Algues est sexuée ou asexuée. Dans nos Fucacécs, que l'on doit considérer comme des Algues supérieures, nous verrons que la reproduction sexuée est la seule qui existe. Par contre, les Algues qu'on regarde comme inférieures, peuvent ne posséder que la reproduction asexuée, et on les nomme quelquefois Agames. Là où celte reproduction asexuée est le plus localisée, il y a dans le thalle des phytocystes particuliers dont le contenu protoplasmique se condense en spores qui, sans avoir élé fécondées, pourront reproduire la plante. Ces spores possèdent souvent des cils vibraliles qui les mettent en mouvement, et qui occupent soit leur extrémité, soit toute leur surface. Quant aux formes si variées de la reproduclion sexuée dont nous avons déjà indiqué quelques exemples, elles ont été groupées en trois catégories principales (de Bary). Les organes mâle et femelle peuvent être, nous l'avons vu, deux phytocystes semblables, immobiles comme dans les Spirogyra, ou mobiles comme dans les Ulothrix (fig, 303j. De la fusion de leurs deux phytocystes résulte une spore qui peut reproduire la plante, soit directement, soit en donnant naissance à des zoospores. Ces Algues-là sont dites Isogames; telles sont les Ulvées, les Pandorinées (fig. 321), les Ectocarpées. les Hydrodictyées (fig. 318), etc.

Dans un second groupe, le phytoblasle de certains phytocystes se condense en oosphère. La paroi du phytocystc se ramollit en un point ou présente une solution de continuité. Ainsi peuvent arriver jusqu'à l'oosphère les agents fécondateurs qui sont des anthérozoïdes de forme variable, formés, nous l'avons vu, dans des anlhéridies. L'oosphère fécondée devient un oogone; c'est, en particulier, le cas des Fucus dont il sera question un peu plus loin.

Fig. 319, 320. — ijlelmin- Ihora divaricata. Trichogync au moment de la fécondation; b,Callithamnion corymbosum. Triehogyne.

Fig. 321. — Pandorina Morum. a, famille mo- Fie. 322. — Pleurocarpus mibilc;6,t, phytocystes isolés ; d, e, conjugaison rabilis. Deux phyloeystcs-tu-

dc deux phytocystes; f, zygosporc. bules conjugués.

ments de l'eau dans laquelle vil la plante. La fécondation n'est pas d'ailleurs directe; elle s'opère généralement par l'intermédiaire d'un

Fig. 323. — Batrachospermum moniliforme. a, trichogync au sommet duquel est soudé un anthérozoïde ; b, le cystocarpe commence à se former à la base du trichogync; c, le cystocarpe est formé à la base du trichogyne (Thurct et Bornet).

Fig. 324. — NemalioH multifidum . lilats divers de développement. Formation du trichogyne (, t, l, avec les divers états successifs, a, les organes malcs ; e, e, e, évolution des phytocystes qui viennent entourer la base du trichogync et le fruit o qu'il surmonte.

trichogyne, comme nous le verrons chez les Corallines, les Chondrus, etc. Une sorte de fruit se développe après la fécondation dans ces Algues que l'on nomme encore pour cette raison Carposporées.

MÉLANO SPERMÉES

Elles comprennent, entre antres familles, celles des Fucacécs et des Phœosporées qui contiennent des plantes utiles.

Fucus.

Nous pouvons prendre comme exemple de Fucus le F. serratus (fig. 325-327), qui est une des Algues les plus communes de nos côtes. Cette espèce possède un stipè court, comprimé en une fronde qui va graduellement s'élargissant par division, dichotomique ou à peu près, de ses

Fig. 325. — Fucus serralus. Conccptaclc màlc, coupe.

rameaux terminés comme en fourche. La hase, plus dure que le reste de la plante, se divise irrégulièrement en crampons qui fixent le Fucus aux roches sous-marines. Les fortes marées et les tempêtes l'en détachent, de sorte que la mer vient le déposer sur la plage. Toute la plante est d'un vert hronzé sombre. En été ei en automne, on voit, au sommet de certains rameaux, des masses ovoïdes allongées, un peu comprimées, de même couleur nue la fronde, mais plus molles et couvertes de très petites verrues peu brillantes, perforées à leur sommet d'un orilice en forme de point. Chaque saillie répond à un conceptaclc, situé dans l'épaisseur de cette

portion do la fronde, et s ouvrant au dehors par le pore dont il vient d'être question. Suivant cet orifice, l'épiderme extérieur de la fronde se repli,, à l'intérieur du conceptacle et tapisse celui-ci. Cet épidémie n'est pas longtemps lisse. Dans les conceptacles mâles (fig. 325), l'épiderme fait de bonne heure saillie, sous forme de petits arbustes plus ou moins ramifiés et formés de phytocystes agencés bout à bout. Sur les branches de ces arbuscules se voient çà et là des sacs ovoïdes, translucides, remplis d'abord d'une matière granuleuse presque incolore. Bientôt cette matière se condense en une masse grisâtre, toute parsemée de corpuscules orangés.

Les sacs sont des Anthéridies, qui ont une double membraiie°translucide. La plus extérieure demeure fixée aux branches de support. L'intérieure est, au contraire, chassée hors de l'extérieure et, tombant dans le

Fig. 326. — Fucus serralus. Conceptacle iVmolle, coupe.

conceptacle, parvient jusqu'à son orifice. A celte époque, les Anthérozoïdes s'agitent déjà dans l'intérieur. L'enveloppe se rompt à une de ses extrémités ou aux deux. Alors s'échappent les anthérozoïdes, sous forme de corpuscules hyalins, longs d'environ 1/200 de millimètre, renfermant chacun un granule orangé, plus ou moins saillant à la surface du corpuscule. Chaque anthérozoïde possède deux organes locomoteurs avec lesquels il peut nager dans la mer. Ce sont des cils vibraliles : l'antérieur plus court ; le postérieur plus long, émanant du granule orangé. Il y a des anthéridies de tout âge dans un conceptacle donné, et l'orifice du conceptacle n'est pas encore ouvert qu'on y voit déjà des sai s anthéridiens vides, alors que d'autres renferment leurs anthérozoïdes, et que dans d'autres encore ces derniers ne sont pas encore complètement développés.

Les conccptacles femelles (f.g. 326) renferment des sporanges. Ce sont des sacs émanés des phytocystes qui tapissent leur paroi. Quelques-uns de

Fie. 327. — Fucus serratus. Port.

ces phytocystes deviennent proéminents, sous forme d'un sac ovoïde qu'une cloison transversale partage bientôt en deux phytocystes secondaires. L'un

d'eux, l'inférieur, est destiné à constituer une sorte de pédoncule. L'autre, le supérieur, devient le sporange : il se remplit d'une substance d'un gris olivâtre, dont la teinte se fonce de plus en plus. Quand le sporange est arrivé à un certain volume, son contenu se segmente en huit phyloblastes qui deviendront autant d'Oosphères contenues dans le sporange. Celui-ci a une double paroi : une extérieure, peu élastique cl fragile, déchirée après la formation des oosphères ; une autre, intérieure, qui persiste quelque temps autour des oosphères. Cependant elle se déchire aussi à son tour. Alors les spores se disjoignent; les anthérozoïdes s'appliquent en grand nombre sur elles; ils les font tournoyer dans la mer et finissent par se fusionner avec elles. La fécondation est alors assurée, et les oosphères deviennent des Oosporcs qui se recouvrent rapidement d'un phytocyste Au bout d'un ou deux jours, la spore est partagée en deux par une cloison de cellulose. Puis d'autres cloisons se forment, les unes parallèlesouàpeu près, les autres perpendiculaires à la première. Pendant ce temps chaque spore s'est un peu épaissie en un point de sa surface et a produit à ce niveau une protubérance qui finit par se transformer en un fil hyalin, sorte de rhizine, renfermant des granules jaunâtres vers son extrémité libre, et

presque totalement dépourvue de chlorophylle. D'autres rhizines naissent, sur les côtés de la première, de la base de la spore. La jeune fronde qui résulte alors de la segmentation des phytocystes de la spore se trouve ainsi solidement fixée à un corps sous-marin, jusqu'au jour où le pied de Fucus, ayant atteint de plus grandes proportions, prend une teinte brune de plus en plus accentuée.

Le F. scrralus est très commun sur nos côtes, de même que sur celles d'une grande partie de l'Europe. Il constitue une forte proportion des Yarecs qui servent à l'extraction de la soude et des eaux-mères desquels on extrait ensuite l'iode. Dans bien des pays, on l'enfouit comme engrais dans les terres. Les bestiaux en sont quelquefois nourris. En Norwège et en Lapouie, on le fait bouillir, on l'additionne de farine, et on le donne aux porcs ou à d'autres animaux. On peut en extraire aussi de la potasse et du brome. Il sert, en un mol, à presque tous les mêmes usages que l'espèce suivante, (fig. 3-28-333) est aussi une espèce très il vil en quantité sur les roches sous-

Fig. 328. — Fucus vesiculosus.

Sommet d'une fronde.

Le Fucus vesiculosus L.

commune sur nos côtes où

marines, les digues, les estocades, etc. Il atteint jusqu'à trois décimètres de hauteur, et présente à sa base un plateau épaté qui se partage en crampons destinés à tixer très solidement la plante aux corps sousmarins. Puis il prend la forme d'un slipe arrondi, court, qui supérieu-

Fig. 359-331. — Fucus vesiculosus. Oogone entouré de paraphyses' p, el après rupture de la membrane externe a qui laisse voir la membrane interne l contenant les oogones. l'oils ramifiés portant les anthéridies a.

rement se ramifie en branches aplaties, dichotomiquement divisées, présentant çà et là des poches elliptiques ou vésicules pleines d'air, destinées à soutenir la plante dans l'eau, et d'où est venu le nom spécifique. Ces vésicules sont plus ou moins régulièrement disposées à droite et à gauche

Fie. 332, 333. — Fucus vesiculosus. Tissu du thalle, coupe transversale. Conceptacle femelle, coupe longitudinale.

d'une sorte de nervure longitudinale qui fait saillie sur la ligne médiane. 11 y a souvent deux vésicules en face l'une de l'autre, el parfois aussi il s'en trouve une au fond de l'angle de bifurcation des frondes. Les extrémités de celles-ci se renflent çà et là en masses ovoïdes-oblongucs. solitaires ou géminées, un peu comprimées, molles, qui renferment les

conccptacles, très nombreux, légèrement saillants à la surface el portant à leur sommet un orifice en forme de point. Les anthéridies sont ovoidesoblongues, en très grand nombre sur les divisions des poils rameux qui tapissent les conceplaclcs maies. Chaque anlhéridie est pourvue de deux cils inégaux, antérieur et postérieur. Dans les conccptacles femelles, les sporanges sont globuleux ou courtement ovoïdes, bien plus volumineux que les anthéridies, cl contiennent aussi des octospores dont les huit éléments se disjoignent après la rupture de la membrane qui les englobait.

Cette espèce est très variable, surtout avec les localités. Elle abonde dans l'océan Atlantique boréal, depuis le Groenland et la Norwège jusqu'aux Açores et aux Indes occidentales. Il y en aune petite forme qui croît sur les côtes de la Baltique (F. baltir.us Agii). Elle n'est pas méditerranéenne; on la trouve cependant dans l'Adriatique. Elle existe sur toulr lu côte américaine du Pacifique, depuis la Californie jusqu'au Kamschatka. On ne peut affirmer qu'elle se rencontre dans l'hémisphère austral. Il y en a une forme tout à fait naine dans la vase de l'embouchure des fleuves. Le F. plalycarpus Thur. est remarquable par ses conceplaeles hermaphrodites; les vésicules à air y sont nulles ou peu développées. Le F. spiralis L. est une forme à fronde tordue sur elle-même. Les F. divaricatus L. et distichus Ligiitf. se rapportent aussi à celle espèce.

On emploie la plante enlicre, officielle dans plusieurs pharmacopées de l'Europe. Quand on veut la conserver, on la molle en été et on la fait rapidement sécher au soleil. On peut alors la réduire en poudre. Séchée au l'eu, elle demeure Irès hygroscopique el s'altère plus facilement. On la traite par l'alcool ell'on peut, par évaporation, en obtenir un extrait consistant. On en prépare aussi des sirops, avec l'extrait dissous dans un peu d'alcool. Comme beaucoup d'autres Fucacées, celle-ci renferme du mucilage, une huile odorante, un principe amer, de la marmite et de 14 à 20 p. 100 de sels, entre autres des iodures et bromures. C'est à la fin de l'été que ces substances salines sont le plus abondantes. On a surtout vanté autrefois comme antisyphililiquc el anliscrofuleux VJEthiops végétal, qu'on relirait de ce Fucus carbonisé, c'est-à-dire chauffé dans un creuset dont le couvercle portait un trou pour laisser sortir la fumée. La préparation était achevée quand on ne voyait plus de fumée. On en extrayait aussi une gelée qui peut s'obtenir par expression, ou bien par macération de la plante dans l'eau pendant une quinzaine de jours. Cette gelée s'emploie à l'extérieur et à l'intérieur comme résolutive. Mais on s'en sert beaucoup moins depuis qu'on a recours à l'iode en nature, car c'est à lui qu'on attribue les propriétés fondantes des préparations de F. vesiculosus. Il a été essayé sans grand succès contre les affections chroniques de la peau ; il a surtout été recommandé contre l'obésité. Mais son efficacité en pareil cas a été plus d'une fois contestée. D'ailleurs cette espèce sert beaucoup à l'extraction de la soude, de l'iode. On remploie aussi comme engrais; et dans les îles du nord de l'Ecosse, elle sert à nourrir le bétail. Mélangée à la farine,

CRYPTOGAMES CELLCLAIItKS. 277 elle se donne aux porcs dans le nord de la Scandinavie. Les pauvres, au dire de Linné, en couvrent la toiture de leurs chaumières et l'emploient même quelquefois comme aliment.

Les Fucus nodosus, reramioides L., pyc/mœus Endl., cartilaginosus Sien., etc., ont les mêmes propriétés que les espèces précédentes et servent à l'extraclion des mêmes produits utiles. Le F. nodosus (fig. 331) est devenu un Ascophyllum, parce que sa fronde, dépourvue d'expansions membraneuses, a de nombreux rameaux, épais, arrondis, atténués à leur base, puis dilatés vers le milieu en une poche olivaire, etise terminant au-dessus de celle-ci par une fourche, tandis que des côtés naissent des renflements slipités, chargés de conceptacles.

Les Halidrys ont un plateau basilaire qui porte les crampons de fixation. Il en part plusieurs stipes courts qui se partagent bientôt en longues et étroites lanières. A l'extrémité de leurs divisions latérales se trouvent de longues vésicules siliquiformes et cloisonnées. C'est là l'origine du nom de YH. siliquosa Lykgb., l'espèce la plus commune du genre, souvent mélangée aux Varecs dont s'extrait la soude.

Les Himantlialia ont une base qui porte les crampons, puis, à une certaine distance au-dessus, une dilatation en forme de cuvette, de laquelle part une portion cylindrique, cordiforme, surmontée bientôt d'un grand nombre de lanières. VH. lorea Lyngb. de nos côtes est aussi une des Algues dont s'extrait la soude.

Fie. 334.— Ascophyllum nodosuni.

Laminaires.

Les Laminaria sont des Halyséridées qui ont donné leur nom aune famille des Laminariées, caractérisée par une fronde de couleur olivacée, généralement fort développée, inarticulée, celluleuse, cylindrique ou plus fréquemment plane, entière ou partagée en lobes foliiformes plus ou moins étroits et allongés. Elle est composée de plusieurs séries de phytocystes, pourvue de cryptoné maies, et elle porte des sores groupés en plaques circulaires superficielles, indéfinies, répandues de chaque côté des lames. Les spores ont une forme ellipsoïde-allongée; elles sont encloses dans un périspore hyalin, entourées de paranémales claviformes, simples, non articulés, slipités, pressés, situés verticalement sur la surface plane de la fronde. Il y a des propagulcs qui, réunis, dans certains individus, en

masses médiocres, parmi des filaments articulés auxquels ils se fixent sont allongés, siliquiformes. Ce sont des Algues généralement attachées aux rochers sous-marins par un amas denliforme de crampons fibrorameux. Il y a dans la famille une douzaine de genres, tels que les Saccorhiza, Scytosiphon, Larninaria, etc.

Ces derniers ont une fronde très développée, sans nervures, entière ou palmée cl portée sur un pied généralement allongé, simple, cylindrique ou un peu compr.mé, plein ou fistulcux. La base sculiforme par laquelle il se fixe aux roches est bien plus dilatée et plus dure. Les sores se disposent par plaques sur la surface de la lame. A leur niveau, celle-ci est plus épaisse et présente généralement aussi une teinte plus foncée. Les spores sont ellipsoïdes ou allongées, renfermées dans un périspore hyalin. Les paranémalcs qui les entourent sont de forme obtuse, non articulés, disposés en paquets vers la superficie de la fronde. Us rappellent assez bien les paraphyses des Lichens et de certains Champignons. Les spores des Laminaires sont généralement pyriformes et pourvues de deux cils vibraliles, insérés latéralement en face d'un pointrouge, se dirigeant l'un en avant comme une rame, l'autre en arrière comme un gouvernail. Ce sont donc des zoospores qui finalement se fixent par leur extrémité antérieure hyaline, puis, perdant leurs cils, s'arrondissent et s'entourent de phytocystes, pour donner ensuite naissance à un jeune thalle dont la surface présente une sorte d'épiderme particulier. Ce sont des pbytocystcs-lubules, implantés sur le parenchyme central de la jeune fronde, perpendiculairement à sa surface. Leur paroi est mince à la base; mais elle s'épaissil au sommet en une masse mucilagineuse qui est égale à la moitié ou au tiers de la hauteur totale des phytocystes. C'est par leurs soin mets mucilagineux que ceuxci s'unissent. Il y a peut-être, en outre, chez les Laminaires, une reproducl on sexuée. Ces plantes sont communes dans nos mers. Elles y croissent par touffes et forment souvent comme de grandes forêts sousmarines. Elles renferment lou-; les principes utiles des Varecs en général.

Le LaminariasaccliarinaLxNX (fi g. 335) aun thalle en forme de longue lame, atteignant jusqu'à 2 à 3 mètres. Sa largeur est de 15 à °20 centimètres. Il est ondulé sur les bords, à peu près parallèles, et il s'épaissit sur la ligne médiane, là ou sont groupées les fructifications. La couleur de la fronde est d'un roux verdàtre; son odeur légère, sa saveur douceâtre. Quand on l'a bien lavée à l'eau douce, elle se sèche en se recouvrant d'une clflorcscenec blanche qui est formée, dit-on, en grande partie de mannite.

LeL. digitata(fig. 330, 337), remarquable parla division profonde en lanières aiguës du limbe qui surmonte son pied, a été partagé (Le. loi is) en deux

l'io. 335.

Laminaria saccharina .

CRYPTOGAMES CKLLULAIIlES. 27'J espèces ou formes distinctes auxquelles on a donné les noms de L. flexicaulis et Cloustoni. La première esl: en effet, remarquable par la flexibilité et l'élasticité de son pied cylindrique qui peut, à tout âge, être fortement ployé sur lui-même sans se rompre. Sa surface est lisse, non mamelonnée, et il est plus épais vers le milieu de sa longueur. Au sommet, il se dilate et s'aplatit avant de s'étaler en lame; le passage de la portion cylindrique à celle qui est étalée se fait graduellement. La base de celte dernière est ou étroite, cunéiforme, ou cordiforme, réniforme, et elle se

Fig. 336. — Laminaria digilala.

dilate en arrière en oreillettes inégales et conlluentes. Les crampons de la base du pied sont larges, ordinairement plus ramifiés et plus longs d'un côté que de l'autre. C'est la plus grande des espèces de notre pays. Elle est d'un brun olivâtre, plus ou moins foncé suivant l'âge, et elle noircit par la dessiccation. Elle a une fronde moins coriace que celle des autres Laminaires indigènes. Quand on la plonge dans l'eau douce, sa surface se couvre d'ampoules qui contiennent un liquide muqueux. Sa coloration s'altère, passe au vert grisâtre, puis au blanc, avec une consistance papyracée. Hors de l'eau, le pied se dessèche en devenant lisse; il prend une

consistance peu ligneuse et il se couvre d'une efflorcscence en grande partie composée de mannilc.

Le L. Cloustoni esl facile à distinguer de la plante précédente. Les

crampons qui le maintiennent aux roches sont disposés en nombreux verticilles superposés les uns aux autres, surtout dans les pieds âgés. Là où s'observent les verticilles supérieurs, le pied est plus épais que partout ailleurs, et plus bas il s'atténue en un cône renversé sur la surface duquel on voit les crampons disposés en séries longitudinales. A partir decette base, le pied s'atténue en un long cône, et sa section transversale est partout circulaire. Une sorte d'écorce rugueuse, mamelonnée, recouvre tout le pied; et son tissu rigide est cassant, creusé de lacunes mucifères. De son sommelpart en s'évasanl subitement le limbe à base élargie, souvent cordiforme, puis profondément divisé en nombreuses et étroites lanières. En hiverse voient sur toutes ces

Fie. 337. - Laminaria digilata. Coupe laniÔ,'eS deS PIa9Ues brulles 1.ui réP0niransvcrsale du tissu du centre du stipe. dentaux organes de fructification. Plongée dans l'eau douce, toute la plante se recouvre d'un mucilage visqueux. Séchée à l'air, elle se charge d'efflorescences abondantes, amères, non sucrées, formées en majeure partie de sulfate de soude. C'est le L. Cloustoni qu'on emploie surtout en médecine et en chirurgie. Son stipe se débile en cylindres d'épaisseur et de longueur variables, que la dessiccation rend aussi minces que possible et qui, ensuite, placés dans les conduits fisluleux, dans le col utérin, etc., s'épaississent en absorbant des liquides et servent comme dilatateurs aux mêmes usages que les éponges préparées à la ficelle.

Le L. buccinalis esl le type d'un genre Ecklonia. Son stipe, souvent long d'un mètre, étroit à la base, se dilate graduellement en haut et se termine par un large renflement d'où partent des lames nombreuses, plus courtes que le pied. On dit que les habitants des côtes font des trompettes de ces plantes desséchées.

Le L. esculeiita appartient au genre Alaria. C'est une Algue à long thalle portant une nervure médiane, avec des déchirures du limbe qui vont à droite et à gauche jusqu'à la nervure. Le stipe porte des crampons à sa base, et au-dessus d'eux, il présente une dizaine d'expansions longues de

CRYPTOGAMES CELLULAIRES. -8I -20 à 30 ceritimètressur lesquelles se développent les corps reproducleurs.

Le L. bulbosa esl un Saccorhiza et doit ce nom aux deux épais renflements de ses crampons. Il a un stipe large et aplati, à bord convolulés, et un limbe partagé en lanières nombreuses. Ce limbe esl criblé de petites cavités du tond desquelles se dégage un faisceau de poils.

Les Macrocystis sont a peu près organisés comme U^. Maria; mais leur fronde est dépourvue de côte saillante. Sa base est grêle et simple; mais sa lameélargie, flottante, porte d'un côté une série de lobes en forme de courts rameaux qui sont dilatés à leur base eu une vésicule pyriforme, jouant le rôle de flotteur. En haut, la plante se dilate en une expansion longue d'un à deux mètres. L'ensemble de la plante peut atteindre et dépasser 200 mètres de long dans les mers du Cbili, où ces végétaux constituent des forêts sous-marines, parfois très étendues.

Le Chorda filum Lamx, Algue assez commune de nos cotes où on l'emploie parfois comme lacet pour la pèche, a l'apparence d'un cordeau qui peut atteindre la grosseur du doigt. Son axe creux est cloisonné de minces diaphragmes, et sa surface est chargée de poils fins qui ne se voient pas sur les individus desséchés. Ces poils sont portés par des pbytoeysles hexagonaux qui se distribuent avec une régularité parfaite pour constituer la paroi du tube général. Il y a des sporanges à la base de ces phytocystes. Ce sont aussi des plantes à zoospores.

Toutes les Algues précédentes sont plus ou moins employées à l'extraction des substances utiles que nous allons maintenant passer en revue et qui sont : la phycocolle, la mannite, la soude, la potasse, l'iode cl le brome.

A. Phycocolle. — Nous désignerons sous ce nom l'ensemble des matières gélatineuses qui sont fournies par les Algues et qui sont riches en un principe mucilagineux, auquel Payen a donné le nom de Gélose. De cette catégorie sont les substances dites Ichtyocolle végétale, Colle du Japon, Haï-Thao, Thao chinois et français, Alguensine, Agar-agar, etc.

Il y a très longtemps que les habitants de l'archipel Indien et de la Chine extraient de plusieurs Algues une sorte de gelée alimentaire. Humphius indiquait déjà, au milieu du xviue siècle, un de ces Algacoralloides, dans son Herbarium amboinense. En 1834, O'Shangbnessy, médecin dans l'Inde, fit connaître aux praticiens d'Europe La Mousse de Ccylan ou de Ja/fna, qui esl le Spluerococcus lichenoides Agii (Fucus lickenoides L. — F. gclatinosus Koen. — Gracilaria lichenoides Crev. — Plocaria candida Nées) (fig. 338). C'est une Alguc-Eloridée, qui a de 10 à 25 centimètres de haut et qui se fixe sur les roches sous-marines par un épaississement pellé. Sa fronde est allongée, cylindrique, épaisse au plus d'un liers de centimètre à sa base, et allant plus haut en s'atténuant, lisse, subcarlilagineuse, d'un pourpre pâle; plus ou moins teinté de verdàtre quand la plante esl fraîche, devenant par la dessiccation d'un blanc jaunâtre, irrégulièrement et assez abondamment ramifiée, ordinairement

dans l'ordre dichotomique; les brandies festigiées, inférieurement peu dmsées, mais plus haut partagées davantage, avec des ramules atténués,

Fie 338. — Gracilaria lichenoides. Port.

souvent bifurqués, cl des divisions ultimes filiformes et divariquées. Les organes de fructification consistent en cystocarpes petits, sphériques ou courlement ovoïdes, sessiles, irrégulièrement disposés sur les branches

primaires et secondaires de la fronde, d'un rouge vif qui devient brunâtre par la dessiccation. Ce sont des sacs à sommet perforé d'un petit orifice qui conduit dans la cavité sacciforme. Celle-ci renferme des gemmidics presque spliériques, qui sont portées sur les brandies d'une sorte de colonne placenliforme, basilaire-centrale et plus ou moins ramifiée. Le tissu des divisions de la fronde, tel qu'on l'aperçoit sur une coupe transversale, comprend une sorte d'écorce dans laquelle les phylocysles sont petits, nombreux et pressés les uns contre les autres, tandis qu'au centre, ils sont lâchement unis et circonscrivent des cavités relativement énormes.

Cette plante est originaire des cotes de l'océan Indien; elle croit à Ceylan, Bornéo, dans l'archipel Indien, en particulier à Java, à Timor, et peut-être en Australie. Les Malais la nomment Agar-agar-carang. On l'exporte largement en Chine des lies de l'archipel Indien. Sa saveur est saline, et son odeurcelle des Algues en général. Traitée par l'eau, elle se gonfle un peu, devient translucide. Sa coloration est alors hyaline, un peu jaunâtre. Mais peut-être a-t-elle été déjà l'objet, dans son pays d'origine, d'une certaine décoloration artificielle. O'Shanghnessy a trouvé, dans 100 parties de celte plante: gelée végétale, 54.5; fécule, 15; cellulose, 18 : gomme, 4; sels minéraux, 7.5. Guibourt, faisant bouillir 30 grammes de la plante dans un kilogramme d'eau, a obtenu, après réduction, 750 grammes d'une soupe épaisse qui, additionnée de sucre et aromatisée, lui a fourni une belle gelée consistante, semi-opaque et comme cassanlc. qu'il considérait comme un aliment médicamenteux fort nourrissant; sans parler du marc de la décoction qui se présentait sous forme de filaments demi-transparents, susceptibles d'être assaisonnés comme des légumes. C'est en effet là l'usage principal de cette Algue dans son pays d'origine.

D'autre part, 100 parties de Mousse de Ceylan ont produit par calcination M parties d'un résidu grisâtre, partiellement soluble dans l'eau. La solution est neutre, riche en sulfates de chaux et de magnésie; mais sans chlorure de sodium. Les proportions étaient : sulfate de magnésie, 1,3; sulfate de chaux, 2.(3; carbonate de chaux, 4.6; quartz et argile, 2.5. La Mousse de Ceylan ne renferme pas, dit-on, d'iode. Son principe gélatineux est la Gélose dont il sera question tout à l'heure à propos du Carragahen.

Le Gracilaria compressa Agh, auquel on attribue des propriétés analogues à celles du G. liclienoides. est le Sphœrococcus lichenoides Grev. Il se trouve sur les côtes d'Angleterre et est d'une couleur rouge plus intense. Le G. confervoides Guev. est aussi une espèce voisine, employée en Ecosse, notamment sa variété tenuis, qui est le Fucus rdulisdc Gmclin. C'est une plante dioïque, à anlhéridics plongées dans la couche corticale de la portion supérieure de la fronde et contenant de nombreux anthérozoïdes spliériques. La plante femelle possède, outre les cyslocarpes, des tétrasporcs, immergées aussi dans la portion corticale de la fronde (Thuret).

284 TRAITÉ DE JiOTANIQUE MÉDICALE CIt TOGAMIQUE.

Outre ses propriétés analeptiques, YAgar-agnr est aujourd'hui très usité dans les laboratoires de bactériologie, comme support de culture pour les Schizophyles. En Angleterre, on désigne souvent ces phycocolles sous le nom de Japanese Isinglass (Colle de poisson du Japon). La substance se présente dans le commerce sous formes de baguettes irrégulièrement comprimées, ridées, demi-lransparentes cl d'un blanc jaunâtre, assez flexibles, légères, pleines de cavités, sans goût ni odeur. Par l'action de l'eau froide, la baguette se gonfle en une barre spongieuse, quadrangulaire, à côté concave. Elle se dissout presque entièrement dans l'eau bouillante, et elle se prend en gelée par le refroidissement. Ailleurs, ce sont des bandes ridées qui deviennent irrégulièrement rectangulaires dans l'eau; leur substance est plus pure et plus soluble que celle de l'autre forme. On y trouve des Néodiatomées (C. Meunier) et beaucoup d'autres Algues, des genres Ceramium, Endocladia, Gelidium, Glœopeltis, Gracilaria, Porphyra, etc. (Marchand). Toutes ces Algues sont récoltées par les Chinois qui les sèchent au soleil et les compriment fortement. Après en avoir enlevé les impuretés et les portions salines par un lavage prolongé, ils dissolvent la masse dans l'eau bouillante. Elle se coagule par le refroidissement, et peut ainsi se réchauffer et se liquéfier plusieurs fois. Elle l'ait partie de certains ciments industriels. En Europe, on l'a substituée à la véritable Ichtyocolle qui est d'un prix bien plus élevé, et on en a préparé des gelées et des confitures qui souvent ne renferment, en outre, ni sucre, ni fruit, mais des glycoses, des matières colorantes, etc. Les Thao de Chine ou Haï-Thao s'extraient des Algues d'une façon analogue. Ils servent surtout d'apprêt pour les étoffes de soie auxquelles ils donnent, à très faible dose, beaucoup de mollesse et de. souplesse. Aussi a-t-on préparé des Thao français pour les mômes usages, sur les côtes de Normandie et de Bretagne ; mais ils sont d'une qualité inférieure et servent principalement à apprêter les tissus de colon.

On considère le véritable Agar-agar de Singapour comme fourni par le Gigartina isiformis (fig. 300) ou Euchuma isiforme et le G. spinosa. ou E. spinosum, de la division des Rhodospermécs ou Floridécs (p. 305).

Le principe gélatineux qui donne à toutes ces Algues leurs qualités, avait d'abord été identifié à la pectine. Mais Payen l'avait nommé Gélose dès 1859, et l'avait trouvé composé de C, 42.77; H, 5.77; 0, 51.45. Il l'obtenait en traitant les Algues par de l'eau froide, légèrement acidulée, puis par l'eau bouillante; il avait vu qu'une partie de gélose peut donner une consistance gélatineuse à un demi-litre d'eau. Ses premières recherches avaient porté sur quelques-unes de nos Algues indigènes, le Gelidium comeum Lamx, le Plocaria lichenoides Grev. et la Mousse perlée dont nous allons maintenant nous occuper.

CRYPTOGAMES CELLULAIRBS.

Carragahen.

Le Carragahen, Carrageen, Mousse perlée ou M. d'Islande, est le Choudrus crispus Lyngb. (fig. 339-342). Celait le Fucus crispas L. (F. polymorphus Lamx. — F. ceramioides Gmel. — Sphœrococcus crispus Agh). C'est une Algne-Floridée, de la famille des Gigartinées, comme les En-

Vin. 339. — Chondrus crispus. Port.

chuma. La plante est vivace et est composée d'un pied étroit, un peu comprimé, qui se dilate inférieurement en une sorte de disque portant les crampons par lesquels elle est fixée aux roches sous-marines; d'une fronde dilatée, flabelliforme, à divisions aplaties, dicholomes, étroites, ou souvent dilatées et débordant les unes sur les autres; les bords entiers ou

286 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE GRYPTO GAMIQUB.

produisant déjeunes (rondes, plus ou moins cartilagineuses, sans nervures lisses, luisantes, de couleur très variable, d'un vertjaunàlre ou violacé souvent d'un pourpre rosé ou brunâtre. A l'état sec, elles sont souvent à peu près incolores dans le commerce, sans doute par suite d'une décoloration artificielle. Le tissu du thalle est formé d'une cuticule résistante, limitant en dehors une couche corticale serrée, formée de phylocysles petits et nombreux, dont la cavité est étroite et dont la paroi est épaisse, gélifiée. Sous la couche corticale, le parenchyme a des mailles lâches, inégales, irrégulicres, souvent étoilées. Les phytocystes y ont une paroi très-épaisse" et gélifiée, constituant ce qu'on regardait à tort comme une matière intercellulairc incolore. C'est là le siège des cystocarpes. Ceux-ci forment sur la fronde des taches circulaires ou ovales, proéminentes d'un côté, ordinai-

Fig. 340. — Ckondrus crispus.

Coupe longitudinale d'un rameau fructifère.

I'ig. 311. — Chondrus crispus. Coupe longitudinale d'une portion de thalle contenant un cystocarpcavcc spores.

remcnl concaves de l'autre, contenant dans leur portion centrale un réseau filamenteux dont les branches portent les spores. Il y a aussi, mais plus rarement, des sores situes sur les segments terminaux de la plante et consistant en lélrasporcs divisées crucialement. Ce qu'on a parfois nommé les œufs, sont des masses terminant des ramusculcs courts, composées de 3, 4 phytocystes portés latéralement sur un des rameaux qui constituent la lame superficielle de la couche corticale. Il y a, dit-on, un article qui porte le minuscule femelle, et sert ordinairement de phytocysle auxiliaire. Le rstmuscule s'incurve vers cet article de façon à en rapprocher l'œuf. Une fois la fusion faite, toute la surface de l'auxiliaire se revêt de filaments rayonnants qui, pour se nourrir aux dépens du parenchyme du thalle, s'enfoncent et se ramifient dans celui-ci. Le sporogone est de la sorte inté-

CRYI'TOGAMKS CELLULAIRES.

rieur; mais il est indiqué au dehors par une protubérance dont le sommet s'ouvre. Par là sortent les spores qui sont formées, au nombre de quatre, dans un rameau renflé issu de chaque point d'anastomose des filaments avec les phytocystes du thalle. Il y a de la sorte un nombre variable de noyaux sporifères, séparés par du parenchyme stérile, dans un seul et môme sporogone.

On a distingué prés de quarante variétés de cette plante polymorphe. Elles croissent sur les côtes de la portion septentrionale de l'Atlantique, depuis la Norwège jusqu'au détroit de Gibraltar.

On retrouve la plante sur la côte orientale américaine; mais elle n'existe pas. diton, dans la Méditerranée. On en récolte beaucoup en Normandie, en Bretagne, à l'ouest de l'Irlande, notamment à Iligo; à Hambourg; sur la côte australe du Massachusetts, etc. On la lave après la récolle et on l'expose au soleil pour la sécher. On la vend en fragments peu volumineux, crispés ou un peu cornés, translucides, à saveur mucilagineuse. Dans l'eau froide, ils deviennent odorants. Bouillis pendant quelques minutes dans 20 ou 30 fois leur poids d'eau, ils forment par le refroidissement une masse gélatineuse, très riche en mucilage (53. 54 p. 100), avec

2.15 de cellulose, 9.38 de matières albumino'ides, 14.15de cendres et 18.78 d'eau (A. -H. Church). A l'état frais, la piaule renferme en outre de la phyco-érythrine, matière rouge qui masque elle-même des grains de chlorophylle. Parfaitement desséché, le mucilage est grisâtre, corné. Il forme avec l'eau une gelée qui précipite par l'acétate neutre de plomb. On a admis (Blondeau, Church) la présence de composés soufrés dans le Carragahen; ce qui a été contesté par d'autres (Fliickiger).

Le Carragahen est émollient et dulcifianl, analeptique, très souvent recommandé contre l'anémie, les affections pulmonaires, rénales, hépatiques, la diarrhée, etc. Cependant on fait remarquer (Hanbury) qu'on « peut manger une livre de gelée de Carragahen avant d'avoir introduit dans son économie une once de substance solide. » On a combiné cette gelée au cacao et au chocolat; on en prépare des potages, des blancs-mangers, des entremets sucrés et aromatisés. On en fait aussi une sorte de bandoline pour les cheveux, des apprêts pour le papier, les étoffes de coton, les chapeaux de paille; on l'emploie à épaissir l'encre qui sert aux impressions sur toile et coton. En Amérique, il sert à clarifier la bière, le

FiG. 342. — Chondrus crispas. Coupe transversale au niveau d'un cystocarp'e. c, cuticule; r, couche corticale; m, moelle ; i, i, substance dite intcr-ccllulaire; s, s, spores.

café, etc. Sur les côles européennes, on eu garnit des paillasses; il est môme parfois usité dans l'alimentation du bétail.

Le Chondrusmamillosus Grev. (Gigarlina mamillosa .1 . Aon) (fig.343) se substitue :ui C. crispus. Sur certaines plages, on les récolte indifféremment l'un pour l'autre. Le C. mamillosus se distingue par sa fronde légèrement cannelée vers sa base, et surtout par ses fructifications répondant à des tubercules saillants ou slipilés, qui portent les cystocarpes. Sur les côtes de France et d'Espagne, on mélange aussi au C. crispus le Gigartina acicularis Lamx, qui a des branches cylindriques et grêlés, mais qui est moins soluble dans l'eau bouillante (Dalmon) que le véritable Carragalien.

B. Mannite. — Il y a peu d'Algues dont les efllorescenccs soient formées de matière sucrée. Le fait ne se produit guère que dans les Laminaria saccharina et flexicaulis. L'efllorescencc du Cloustoni est, nous l'avons vu, saline, amère. Le sucre se montre pendant la dessiccation, notamment sur les stipes, sous forme de houppes cristallines très abondantes. Elles sont constituées par des aiguilles qui atteignent jusqu'à prés d'un demi-centimètre et aussi par des cristaux prismatiques déprimés, irréguliers, qu'on a supposé formés d'aiguilles accolées. Très solubles dans l'eau, ces divers cristaux se déposent dans les solutions sous forme d'étoiles très ramifiées dont le rapprochement constitue une masse spongieuse. Sur une plaque de verre, on obtient par évaporation du liquide de longues aiguilles cristallines. Ces cristaux naissent dans la paroi gélifiée des phytocystes (L. Soubeiran). On suppose (Phipson) que c'est le mucilage lui-même qui se dédouble en présence de l'eau, pour donner deux équivalents de Mannite. C'est probablement celle substance qui donne une saveur douceâtre à certains mets qu'on prépare sur nos côtes de l'ouest avec des Algues très diverses. Sinon, la Mannite des Algues n'est guère utilisée.

C. Soude, Potasse. — On extrayait jadis la soude des varecs ou goémons, notamment des Fucus vesiculosus, serratus, etc., et des Laminaires, Himanlkalia, Halidrys. Ces plantes incinérées constituaient la cendre de soude de varecs et, en Irlande et en Ecosse, le Kelp. C'est dans des fosses profondes qu'on brûlait les Algues, jusqu'à ce que la cendre entrât en fusion et donnât une masse semi-vitrifîéc, grisâtre ou brune, qu'on dissolvait et qu'on chauffait ensuite. On obtenait de la sorte de 3 à 30 p. 100 de soude. Aujourd'hui que celle-ci s'extrait du sel marin, on retire plutôt des Algues des sels de potasse, produits accessoires de l'extraction de l'iode et du brome. On dislingue dans la pratique le Varec venant, c'est-à-dire celui que, dans les fortes marées, la nier rejette à la

Fie. 348. — Chondrus mamillosus. Fragment do rameau fructifèro, coupe longitudinale.

CRYPTOGAMES CELLULAIRES. s«J

Côte, et le V. scié, formé surtout do Fucus divers, qu'on va couper sur les roches à basse mer. Ce dernier est plus riche en soude, plus pauvre en potasse. Ou attribue au Kelp, la teneur suivante : Sulfate de potasse 10.203; chlorures de potassium et de sodium, 28.494; sels divers, "2.103; iode, 0,000; matières insolubles, 57. Les cendres sont dissoutes jusqu'à ce que la lessive, dite dense, marque de 15 à 18° à l'aréomètre de Baumé. Le résidu est traité une seconde fois par l'eau cl donne une nouvelle lessive, dite faible, marquant 8°. On évapore ensuite la lessive dense jusqu'à 59° , et on en obtient du sel marin, du chlorure de potassium et des eaux-mères de seconde cristallisation, destinées à l'extraction de l'iode et du brome. La lessive faible, évaporée à 30°, donne du sulfate de potasse, puis des chlorures qu'on épure ultérieurement et qui sont employés dans la fabrication de l'alun, du chromate de potasse, etc. Il y a avantage à incinérer les varecs par distillation sèche, comme dans le procédé de Stanford, pour ne pas perdre une portion de l'iode par volatilisation.

E. Iode, Brome. — Les cendres des varecs étant épuisées par l'eau, et la solution étant évaporée pour faire cristalliser les sulfates et chlorures, le carbonate de soude se concentre dans les eaux-mères, de même que les iodures. Quand elles marquent de 50 à 60° Baumé, on les acidifie avec l'acide sulfurique ; on obtient du sulfate de soude et un liquide clair dont on sépare l'iode par un courant de chlore; ou bien on traite le résidu salin des eaux-mères évaporées à sec par l'acide sulfurique et le peroxyde de manganèse; ou encore on traite les eaux-mères par une solution de sulfate de cuivre et de sulfate ferreux. Dans le procédé Duflos, on obtient un précipité d'iodure cuivreux, dont on sépare l'iode en le chauffant avec le peroxyde de manganèse et l'acide sulfurique.

II y a du brome dans les eaux-mères dont on a extrait les chlorure- el sulfates alcalins et l'iode. On distille le liquide filtré avec l'acide sulfurique et le peroxyde de manganèse. Le brome condensé est distillé sur le chlorure de calcium; et il peut encore y avoir dans le liquide surnageant du chlorure de brome qu'on en extrait par des procédés divers.

Fijcoglycin'e. — On a donné ce nom à un « produit végétal iodé », remède secret extrait de diverses Algues et dont on considère le mode d'action comme analogue à celui de l'huile de foie de morue. On l'a recommandé comme réparateur, anliscrofuleux, tonique, dépuratif, etc. On dit que « le chlore, l'iode, le brome, le phosphore et le soufre y sont combinés moléculairement à la matière grasse et à la matière organique soluble, si abondantes des Fucus et des Ulvcs » (Gressy).

CHLOROSPERMÉES

Ce groupe, peu important au poinldevue médical, comprend les Algues dites Conl'crvacées et Siphonées.

Les Confcrvacées, souvent comparées à des Mousses aquatiques, sont lus communes dans les eaux douces. L'une d'elles, le Cladophora réfracta Kuetz. se rencontre souvent dans les fossés et les ruisseaux desséchés où elle forme une couche de gazon blanchâtre, employé parfois à faire du papier. Le C.glomerata Kuetz. s'applique comme calmant sur les brûlures et les plaies. Le Microspora floccosa a servi aux mêmes usages.

Les Ulves (fig. 344) appartiennent à une famille voisine. L'Ulva Lac-

Fig. 344. — Ulva umbilicata. Fig. 345. — Bryopsis plumosa.

tuca L, si commun au bord de la mer, sous forme de lames vertes el molles, est alimentaire. On en fait une sorte de salade; on l'a même mangé cuil. V Enteromorpha compressa Gnisv., jadis rapporté au genre Ulva, enroulé en tubes, a été employé comme vermifuge. C'est un mets recherché au Japon, sous le nom de Aonori. Il se mange frais; ou bien on traite par l'eau les petits paquets prismatiques qui sont exportés secs et qui sont formés de ses frondes filamenteuses parallèles ; on les mélange au sagou, avec du vinaigre ou du poivre.

Parmi les Siphonées, ordinairement marines, citons les Bryopsis plumosa (fig. 345) et Balbisiana, indiqués comme vermicides; le Caulerpa proliféra, parfois utilisé comme fourrage.

RHODOSPERMÉES.

Nous traiterons ici de toutes les Algues de celle division dont nous avons seulement indiqué le nom ou dont il n'a pas été question au sujet de la Phycocolle cl d'autres produits généraux. Les plus importantes sont les Corallincs.

Gorallines.

Il est impossible, quand on voit les Corallincs vivantes sur nos cotes, de ne pas leur trouver les plus grandes analogies extérieures avec les Floridécs

Fie. 31G, 347; — Coratlina officinalis. Port. Brancha grossie.

en général. Aussi ne comprend-on guère aujourd'hui qu'on les ait longtemps rapportées au règne animal, sous le nom de Polypiers calcifères. Ce sont, en effet, des Algues qui ont donné leur nom à une tribu des

292 TRAITÉ DK BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQDE.

Coraliinées, el dont la fronde csl plus ou moins incrustée de calcaire. Celte fronde est articulée, fragile, souvent comprimée. Ses nombreux rameaux sont aplatis, surtout dans leur portion supérieure, très divisée. Leurs articles, en forme de tronc de cône, la petite base tournée en bas, sont formés de deux zones concentriques : des phytocysles corticaux, qui sont à peu près sphériques; cl des phytocysles profonds, elliptiques ou filiformes, disposés en zones transversales. La distinction des zones dépend surtout du mode régulier de dépôt de la matière calcaire qui les incruste. Il est bon, pour éludier le (issu des Corallines, de se débarrasser de ce calcaire en les trailanl par de l'acide eblorhydrique très étendu. Vivantes, les Corallines sont d'un rose ou d'un pourpre plus ou inoins foncé, parfois verdâtres. Elles blanchissent en se desséchant. L'action de l'air el de la lumière les colore souvent en rose plus ou moins vif, ou sombre, ou en brun.

Ces plantes ont des organes de reproduction sexués et asexués, contenus les uns et les autres dans des conceptacles dont la forme extérieure est peu variable. Seuls les conceptacles à anlhéridies sont assez faciles à reconnaître à leurs caractères extérieurs : ovoïdes, mais surmontés d'une sorte de bec ou de goulol, perforé d'un orilice. Il y a deux sortes de conceptacles (W. Harvey) : les uns. pédicellés, occupent le sommet des divisions des branches; les autres, sessiles. sont implanléssur le côté des articles. Lorsqu'un conceptacle doit se produire (fig. 310-351), les phytocysles qui terminent les filaments centraux du sommet des branches s'arrêtent dans leur accroissement et il ne se dépose plus de calcaire dans leur tissu. Leurs parois, simplement cartilagineuses, soulèvent la cuticule qui se détache sous forme d'une lame épaisse. Comme les filamenls périphériques ne cessent pendant ce temps des'accroîlre, ils forment, au-dessus du sommetdu faisceau central, une muraille qui limite une chambre, élroile d'abord, à section triangulaire, plus lard bien plus large, el à section verticale ovoïde, communiquant par un orifice supérieur étroit avec l'extérieur. C'est au fond de cette cavité que les sommets des filaments du faisceau central se transforment en organes reproducteurs. L'avant-dernier phylocysle de chacun de ces filaments demeure court et est rempli d'un phytoblasle finement granuleux, de couleur jaunâtre. Une couche assez régulière, sorte de plateau orbiculaire, se trouve ainsi formée par ces phytocysles à peu près égaux et rangés à peu près à la même hauteur; et au-dessus d'eux se voient réunisses phytocystes qui, avant le développement du conceptacle. existaient au sommet de la fronde. Au fond du conceptacle se trouvent implantées des télraspores que n'accompagnent pas des parapliyses et qu'on croit provenir de la couche des phytocysles terminaux et surtout de ceux qui sont sous-jacents. Ils forment, en s'élevant, de courts rameaux

Fie. 348. — Co ratlina offici nalis. Concop taclo asexué.

à axe terminal allongé et épaissi. Leur contenu est d'abord de couleur jaunâtre; puis il se colore graduellement en rose, et il se partage, par des cloisons transversales et parallèles, en deux puis en quatre. Quand le périspore. laisse échapper les létraspores, celles-ci sont contenues dans un épispore quadrilocellé. Une des logetles crève sur un point de la paroi, au bout de quelques secondes, et la spore sort brusquement par la solution de continuité de la paroi. N'étant plus distendu, le sac épisporien se rétracte vivement. De là des mouvements brusques et saccadés, des torsions brusques qui s'observent ebaque fois qu'une spore est évacuée.

Fie. 319-351. — Corallina medilerranea. Conccptaclc, coupe longitudinale. Organes mâles et femelles. (Solms-Laubach.J

Les organes mâles ou anlhéridies sont représentés par des filaments ténus dont le fond et les parois latérales du conceptaclesonl tapissés d'une façon à peu près uniforme. Plus haut, le col du conceptacle mâle est revêtu de phytocysles incolores qui diminuent graduellement de taille en se rapprochant de l'orifice extérieur. Quant à la couche anthéridienne, elle est surmontée de filaments plus allongés, légèrement claviformes, et de corpuscules maies supportés par un très long pédicelle fort ténu. Pour la formation de ces corpuscules, le processus, fort peu compliqué, consiste en ce que le protoplasma finement granuleux que renferme le filament anlhéridien, se rassemble vers le sommet légèrement renflé. Alors la

membrane du filament se résorbe complètement; et ainsi se trouve mis à nu un pollinide ovoïde qui entraîne avec lui une sorte de fil, de nature proloplasmiquc, qu'on a considéré à tort comme un agent moteur; car le corpuscule ne possède aucun mouvement qui lui soit propre.

Dans les conceptacles dits à oogones, ceux-ci sont nombreux, pressés les uns contre les autres en couche épaisse, et ils s'étirent en un trichogyne de longueur variable, qu'un étranglement sépare de l'oogone. C'est la portion basilaire de celui-ci qui renferme l'oosphère, et celle-ci contient un noyau.

A l'époque où le pollinide vient de se fixer au trichogyne, les parois de l'un et de l'autre sont résorbées au point de contact; ce qui permet au contenu du pollinide, le phyloblaste et le noyau, de se déverser dans le trichogyne. On suppose qu'alors ce contenu arrive jusqu'à l'oosphère pour la féconder, quoique le fait n'ait pas encore été observé exactement. Quoi qu'il en soit, à partir de ce moment, l'oosphère passe à l'état d'oosporc; il s'y forme une membrane délicate de cellulose qui est aussi appliquée étroitement contre la paroi de l'oogone, sauf en haut, au niveau de l'étranglement, où cette membrane, épaisse et libre, sépare complètement l'oospore du trichogyne. Celui-ci s'atrophie plus ou moins rapidement à partir de ce moment, et il finit par disparaître totalement. Tous les oogones ne sont pas d'ailleurs fécondés : ce n'est que le plus petit nombre. Après la fécondation, l'oogone femelle produit des tubes qui s'unissent aux phylocystes environnants, dits cellules auxiliaires, qui servent à nourrir les filaments du sporogone. Ces phylocystes développent à leur tour des filaments qui s'anastomosent avec d'autres cellules dites auxiliaires, et ainsi de suite, jusqu'à ce que toutes ces cellules auxiliaires aient constitué par leur ensemble une vaste enveloppe disciforme dont la périphérie développe une couronne de branches sporifères; branches auxquelles on a trouvé (Schmilz) de grandes ressemblances avec des tétrasporanges.

Jusqu'à sa maturité, le sporogone demeure recouvert par les téguments de son conceptacle protecteur. Après quoi, il s'ouvre par un porc spécial, et il laisse par là échapper les spores. Celles-ci sont nues et immobiles d'abord; puis elles se recouvrent d'une membrane cellulosique, et elles entrent en voie de germination, sans période de repos ni de vie latente.

Quoique tous ces phénomènes n'aient pas été observés dans la Coralline officinale (Corallina of'ficinalis), mais dans des espèces voisines, on a lieu de croire qu'ils n'y présentent point de différence essentielle. Jadis très usitée en médecine, laC. blanche ou officinale (fig. 346-348) est commune sur toutes les côtes d'Europe, fixée aux rochers marins. Elle est d'un blanc verdâtre ou plus ou moins rougeàtre. Conservée dans un lieu éclairé, elle devient tout à fait blanche, opaque, cassante; ce qui est dù à la matière calcaire uniformément répandue dans toute sa masse. On cite

encore une ancienne analyse de la Coralline faite par Bouvier cl suivant laquelle cette plante renfermerait :

Gélatine

Albumine

Carbonate de chaux. . .

Carbonate de magnésie

Sulfate de chaux

Chlorure do sodium. . .

Silice

Oxyde de for

Phosphate de cha Eau

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