MOUSSES
Si l'on examine à l'âge adulte une de nos Mousses les plus communes, telles que le Polytrichum vulgare (fig.59-C>i), le Funaria hygrometrica (fig. 65-72),etc, on voit que ce sont de petites plantes, qui n'ont que quelques centimètres de haut etqui possèdent des liges grêles, cylindriques ou anguleuses, non ramifiées, fixées au sol, aux roches ou aux murailles par des rhizoïdes ténus, formés d'une seule rangée de phytocysles-luhules superposés. La tige peut être constituée par un parenchyme homogène; les phytocyslcs de la surface ayant seulement des parois plus épaisses et une teinte plus foncée. Ailleurs, comme dans les Hypnum, les Bryum, etc., il y au centre un faisceau axile d'éléments allongés, entouré d'une sorte d'étui de phytocysles à parois épaissies. Plus rarement, comme dans les Polytrics, il y a un cylindre central bien distinct (fig. 64) et, à certains niveaux, une moelle centrale, formée du parenchyme primitif. La lige porte des feuilles, ordinairement délicates, constituées par une ou deux assises de phytocysles très variables de forme, avec ou sans nervure médiane et quelquefois deux nervures marginales. Ces nervures sont formées de phylocystes allongés et étroits. Au sommet de la lige ou sur ses côtés, suivant que les Mousses sont Acrocarpées ou Pleurocarpées, on voit, à moins que la plante ne soit exclusivement maie, des Urnes supportées par une Soie grêle et fermées par un couvercle ou Opercule qui lui-même est recouverl d'une Coiffe qui tombera tôt ou lard, vers l'époque où l'opercule se soulèvera pour que l'urne puisse laisser échapper son contenu. Ce contenu est un sac sporigère, ou Sporange, qui renferme des spores, mais qui ne remplit pas totalement la cavité de l'urne. En effet, celle-ci était primitivement formée d'un parenchyme homogène. Mais à mesure qu'elle grandit, il y aune série verticale de ses phytocysles qui, à égale distance environ deson centre et de sa surface, semodifientde façon à prendre une
teinte plus foncée cl à présenter dans leur intérieur un phytoblasle finement granuleux. Ces phytocystes se multiplient en se subdivisant jusqu'à trois lois de suite, et ils finissent par former une couche d'une assez grande épaisseur (fig. 03). Alors les phytocystes de la troisième génération, (]u'oii peut appeler cellules-mères des spores, développent chacun
Fie. 59. — PolytricKum commune. Pied mile, coupe longitudinale.
dans son intérieur quatre spores (fig. 72) qui sont bientôt mises en liberté. Quant à la couche de parenchyme qui entoure les phytocystes sporigènes, elle forme un sac clos, le sporange, plus ou m. uns sinueux et contourné en dedans de l'urne. Mais dans l'axe de l'urne, le parenchyme primitif, entouré par le sporange, a conservé ses caractères primitifs, devenant seulement un peu plus dense et rigide, pour constituer une colonne axile, dite Columelle.
L'opercule peut être conique, comme dans les Polylrichum, ou bien moins proéminent cl même presque plan. Quand il se soulève, on voit
Kic. 60-63. — Polylrichum commune. Pied femelle, l'urne recouverte de la coiffe, puis sans la coiffe, cl après la séparation de l'opercule. Urne, coupe longitudinale.
disposées sur une ou deux rangées concentriques, et constituant ce qu'on nomme le Péristorne. Rarement nul dans les Mousses, ce périslome est
plus ordinairement simple ou double. Dans le premier cas, il est formé
Fie. 61. — Pohjlriclmm vulgare. Coupe transversale de la tige.
de quatre dents ou de huit, seize, trente-deux, soixante-quatre dents, c'està-dire d'un multiple de quatre. Ces nombres sont constants dans un genre donné. Ainsi l'on compte trente-deux ou soixante-quatre dents dans les Polytrics, seize dans les Grimmia, huit dans les Splachnwn et quatre seulement dans le genre Tetraphis. On nomme Cils les tlents de la rangée interne dans les péristomes doubles. L'urne présente ordinairement une sorte de pied rétréci au-dessous duquel se trouve un renflement, V Apophyse; et quelquefois, comme dans les Polytrics, la base de la soie est entourée d'une petite gaineou Vaginule. Nous allons maintenant voir quelle est l'origine de celte dernière; de la coiffe et des autres parties de l'appareil de la fructification.
Si nous observons le pied femelle d'une Mousse dioïque, au moment de la reproduction, nous y verrons, soit au sommet d'une branche, soit sur ses côtés, suivant que la plante est acrocarpéc ou pleurocarpéc, un ou plusieurs Oosporanges que l'on a dit avec raison pistilliformes (fig. 68).
Fig. 65, 66. —Funaria hyqromelrica.ï'\<ii\ femelle a deux âges différents; s.soic: f, urne:
c, coiffe; y, feuilles.
il TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE.
Leur renflement inférieur cl creux renferme l'Oosphère et est surmonté d'un col long et étroit, styliforme, couronné d'un évasement à orifice central. La cavité du col est d'abord occupée par une série de phylocystes superposés, qui se transforment finalement en mucilage, comme dans les Cryptogames vasculaires, cl servent à la pénétration des anthéro-
Fig. 07. — Funaria hygrometrica. Anthéridio laissant échapper les anthérozoïdes encore enfermés dans la cellule mère 6; en c, un anthérozoïde libre de Polytrichum (Sachs).
Fig. 68. — Funaria liygromelrica. Oosporange contenant on b la cellule centrale; m, orifice du col (Sachs).
Fig. 09. — Funaria hygrometrica. Sporange, coupe longitudinale, c, columelle; d, opercule; a, anneau, p, péristome ; /»., lacune aérifère; s, cellules-mères des spores (Sachs).
Fig. 7J. — Funaria hygromelrica.
Spore v, en voie de germination ; w,poil radical. En haut, début de la portion aérienne de la plante.
zoïdes jusqu'à l'oosphère. L'ensemble des oosporanges est entouré d'un involuerc de feuilles peu modifiées que l'on a comparé au périanthe des Phanérogames et nommé Périgone. Quand il entoure ainsi des organes femelles, on le nomme plus particulièrement Périgyne.
A l'inlérieurd'une périgone analogue, un pied mille (fig. 59) présente des anthéridies (fig. 67) qui sonldes sacs plus ou moins allongés, à parois délicates, formées d'une seule rangée de phylocystes. La cavité csl remplie de pelils éléments arrondis, à paroi li és ténue, qui renferment chacun un anthérozoïde. A l'époque de la fécondation, le sommet de I'anthéridie
FiG. 71.
- Funaria hyf/romelrica. Protoncma ramifié et portant des bourgeons (Sachs).
CRTl'TOGAMES CELLULAIRES. A'° s'ouvre, laisse échapper les phylocysles à anthérozoïdes; cl ceux-ci, rompant leur enveloppe propre, se déroulent et se portent, grâce a UUrniHeu humide, vers l'orifice du col des oosporanges. L'anthérozoïde (fig. 07) a la forme d'un filament mince, enroulé presque deux fois sur lui-même, portant en avant deux cils vihratiles très longs.
On a dit que l'anthérozoïde est attiré dans le col de l'oosporange par la saccharose que renferme la substance mucilagineusequi sort de sa cavité. Outre ses organes de locomotion, cet anthérozoïde possède un appendice vésiculaire plein d'un liquide plasmique qui
contient en suspension des grains d'amidon.
Il y a des Mousses monoïques, dans lesquelles le périgone, plus spécia lement appelé dans ce cas Périgamfr, renferme à la fois des oosporanges et des anthéridies. Il s'y trouve souvent aussi, de même que dans les espèces monoïques, un certain nombre d'organes reproducteurs modifiés et transformés en filaments qui aident à la fécondalion et sont dé signéssous le nom de Paraphyses.
Quand l'oosphère a été fécondée par la pénétration des anthérozoïdes, elle se recouvre d'un phylocyste cellulosique et devient une OosporcCelle-ci
se développe beaucoup, si les circonstances sont favorables, et devient une masse parenchymateuse dont la base atténuée et rapidement allongée constitue la Soie (fig.GG s). Pressée de dedansen dehors, la paroi de l'oosporange se rompt transversalement, ordinairement vers sa portion inférieure. Sa portion supérieure, soulevée par la jeune urne, constitue la coiffe qui surmonte
Fie. 72. — Funaria hyqrometrica. Développement des spores. A, a, phylocysles dits cellules-mères encore réunis; b, c, séparation des cellules-mères; B, cellules-mères séparées cl expulsant en /"leur contenu protoplasmiqne ; C, cellules-mères sur le point de se diviser; D, cellules-mères divisées; E, spores jeunes; F, spores mûres (Sachs).
l'urne pendant un temps variable, tandis que sa portion inférieure forme autourdela basedelasoie la petite gaine que nous avons nommée vaginule.
Une fois la coiffe tombée, l'opercule de l'urne se détache à son tour; le sporange s'ouvre aussi dans sa portion supérieure. Les spores, parfois en nombre défini et relativement très grosses, ailleurs très petites et très nombreuses, s'échappent et tombent sur le sol où elles entrent en germination. Elles ont une double enveloppe (Exospore et Endospore). Par suite de l'absorption d'une certaine quantité d'eau, l'exospore, généralement mince et granuleux à sa surface, se rompt pour laisser sortir l'endospore sous forme d'un phylocyste-lubule qui se cloisonne et se ramifie. Il en résulte un prothalle filamenteux el plexiforme auquel on a donné le nom de Prolonema (fig. 71). Sur celui-ci naissent un ou plusieurs bourgeons dont la base produit des rhizoïdes, et dont l'axe s'allonge pour devenir une lige feuillée, semblable h celle que nous avons vue dans une Mousse adulte.
Les Mousses sont d'ailleurs douées d'une force de reproduction considérable et possèdent souvent des bourgeons adventifs qui les multiplient. Un prolonema peut se scinder en divers segments donl chacun peut, après un temps de repos, donner naissance à un prolonema secondaire duquel sortiront des liges fouillées. Un simple rhizoïde peut donner naisvanec à un prolonema partiel d'où émanent des liges fouillées (fig. 73). Celles-ci peuvent sortir d'une portion de parenchyme foliaire développée en prolonema. Une tige peut, ;iu lieu d'organes mâles ou femelles, produire dans son perigone des bulbilles, des propagules (fig. 74) qui tombent sur la terre et y développent un prolonema. Il y a des bourgeons qui tombent sur le sol et y forment directement une lige feuillée sans passer par l'étal de prolonema; et souvent même les sommets des liges se marcottent spontanément par des bourgeons ou Innovations, qui se fixent au sol par des racines advenlives, tandis que la base de la lige se détruit lentement. Il y a plusieurs de nos espèces indigènes donl on ne voil guère les organes sexuels et qui n'ont d'autre moyen de se propager, avec cependant une grande puissance d'expansion, que des innovations des propagules, des bouturages el des marcottages naturels.
LesMoussesulilesnesonl pas très nombreuses,cl l'on peut direqu'au point de vue médical, aucune d'elles n'a une importance prépondérante. Celles qu'on emploie à un litre quelconque appartiennent aux genres suivants : Polytrichum. — Ce genre a une urne anguleuse fermée par une membrane horizontale, un périslome ordinairement 64-denlé, des organes reproducteurs dioïques. Le P. commune L. (Polylric commun, P. doré, Capillaire doré, Perce-mousse, Brosse de bruyère) (fig. 59-64) pnssepour pectoral et emménagogue, astringent, diurétique el diapboré tique. On l'a vanté, probablement à cause de son nom, comme faisant croître les cheveux. On en fait des coussins, des paillassons qui se mouillent difficilement et ne sont pas attaqués par les insectes, el on en prépare des brosses employées à coucher les poils des draps. Les P. juniperinum Hedw.,
formosum Hedw., gracile Menz., piliferum Schreb., longisetum Sw. ont les mêmes qualités et se trouvent souvent mêlés à lui dans YHerba Polytrichi s. Adianti aurei de la pharmacopée germanique.
Fie. 73. — Mnium hordeum. Poil radical ou rhizoïde Fie. 74. — Tetraphis pel-
transformé en protoncina produisant çà et là (K, K) lucida. Tige portant des
des bourgeons foliaires qui se développent ultérieure- propagulcs pédicellés bb
ment en branches stériles ou fertiles (Sachs). (Sachs).
Hypnum. — Très nombreux en espèces, ce genre a une urne d'ordinaire insymétrique, gibbeuse d'un côté, inclinée ou subhorizontale, non
Fie. 75-77. —Hypnum lutescens. Port. Portion du péiisloine.
pendante; un péristome double, à seize dents à chaque rangée, l'intérieure pourvue en outre de cils interposés. L'insertion de l'urne est latérale. L'H. Iriquelrum L. passe pour emménagogue, et de môme les H.loreumL., cupressiforme L., lutescens (fig. 75-77) et squamosumL. L'H. crispum sert à calfater les navires cl les maisons de bois.
Funaria. — L'urne est, dans ce genre, longuement slipitée et pyri- Ibrmc, à col alléuué, avec un péristorae double formé de seize dénis dans les deux rangées. La coiffe se fend latéralement el csl d'abord mitriforme. Le F. hygrometrica L. (tig. 05-72) est aussi un des Herba Adianti aurei de la pharmacopée germanique el passe également, bien gratuitement sans doute, pour faire croître les cheveux.
Leskea. — Ce sont des Mousses à unie dressée, régulière, allongée, à périslome double; la rangée interne continue intérieurement. Les feuilles ont une épaisse nervure qui s'étend jusque vers le milieu deleur hauteur. LeL. sericea Hedw., donl la lige csl couchée el radicanlc, pennée, est indiquécomme astringent et slyplique.
Fontinalis. — Est le type d'une Iribu dans laquelle l'urne est presque sessile, plongée dans l'involucre. Le périslome est double : la rangée intérieure a seize lanières grêles, unies çà et là en travers. LcF. antipyreticaL.(Pilotrichum anti- /))/reiic?tmC.MuELL.)(fig.78)flolle en touffes d'un vert foncé dans les eaux courantes. Son nom spécifique paraît venir, non de ses qualités fébrifuges, mais de ce qu'on en calfate les boiseries voisines antipyretica. Périslome. des cheminées pour prévenir les incendies. Cepen danl en Suède, on l'emploie contre les fièvres, surtout en pédiluves, après l'avoir fait cuire dans de la bière. 11 sert aussi au traitement des angines.
I-ig. 7!), 80. - Grimmia apocarpa. Port. Urne, l'opercule se soulevant. Grimmia. - A donné son non, à nue tribu dans laquelle l'urne est
recouverte d'une coiffe non plisséc, avec un péristome simple ou nul. Le G.pidviiiata IIook. et Tayl. (Bryum pulvinatum L.) a été recommandé comme hémostatique.
Dicranum (fig. 81-81). — Ce genre a une urne symétrique ou un peu gibbcuse, avec un col épaissi. Le péristome est simple, à seize dents. La coiftc a des bords entiers, non frangés. Le D.condensatum Hedw. est, dans les régions polaires, employé à l'alimentation des rennes.
Fie. 81-84. — Dicranum heteromallum. Tige fouillée. Urne, avec et sans l'opercule. Portion du péristome (de Lancssan).
Meesia. — L'urne est terminale, insymélrique et pyriforme, avec un opercule légèrement convexe et un péristome double, à seize dents dans chaque rangée. Ce sont des herbes des localités aquatiques. Le M. ulirjinosa Hedw. est officinal en Allemagne, résolutif et fondant.
Phascum. — Ce genre a donné son nom à une tribu remarquablement caractérisée par une urne sans opercule, et qui ne s'ouvre que par déchirure de ses parois. Les P. subulalum L., cuspidatum Hedw. (fig. 85), bryoides Dicks. passent dans certains pays de l'Europe pour astringents et sont cependant à peu prés inusités.
Andrœa. — Ce sont aussi des plantes très exceptionnelles par le mode de déhiscence de leur urne qui se fend longiludinalemcnt en quatre ou six valves demeurant adhérentes par leurs deux extrémités. L*-4. pclro- [thila Ehrb. est indiqué comme dépuratif.
Sphagnum. — Ce genre (fig. 86) est le lype d'un groupe particulier que les uns rangent parmi les Mousses, tandis que les autres l'en séparent totalement. Les Sphagnacées sont représentées par le genre Sphagnum, formé de plantes d'un vert pâle, molles, spongieuses, abondantes dans les marais. Leurs tiges et leurs feuilles sont pourvues de phylocysles ;i paroi largement perforée; ce qui leur permet do s'imbiber facilement
d'eau et de l'élever jusqu'à leur sommet. Ce sont des plantes monoïques et rarement dioïques. Leur urne ne sort pas, comme dans les Mousses proprement dites, de l'intérieur de l'oosporange séparé de bonne heure en deux portions basilaire et supérieure. La soie qui la supporte n'est donc pas développée dans l'oosporange : elle est formée par l'extrémité allongée de l'axe qui portail celui-ci. C'est pourquoi on lui a donné le nom de Pseudopode. Cette urne n'a pas de péris-
Fig. 85. — Phascum cuspidalum. fs, pédicule; c, columclle; en dehors d'elle la couche sporogène teintée en noir (Kicnitz-Gcslolf).
Fig. 86. — Spagnum aculifolium. Proembryon lamelliforme pr, produisant une plante fouillée m et fixé lui-même à sa base par un certain nombre de rhizoïdes grêles et piliformes w (Schimpcr).
tome. Sa columclle est un hémisphère parenchymateux, qui n'atteinl pas le sommet de l'urne et qui est coiffé par un sporange en forme de calotte. Les Sphagnum sont considérés comme formant une grande partie de la tourbe de nos marais. Ils servent de litière cl sont inusités en médecine, (l'est sur eux qu'on cultive aujourd'hui un grand nombre d'Orchidées ôpiphytes dans nos serres.