FOUGÈRES
Les frondes sont dressées, pétiolées, naissant du rhizome dans l'ordre alterne. Quand elles sont jeunes, elles sont fortement enroulées en crosse et chargées aussi de rameuta. Épanouies, elles ont un limhe ovale-
Fic. ti. — Coupe verticale d'un lobe de fronde de Dryopieris Filix- nas, passant par le centre d'un sorc (Sachs).
oblong et atténué au sommet (long d'un demi-mètre ou plus), dont le rachis est d'un brun pâle, tout chargé de poils. Il est pinnatipartite. Ses lobes sont nombreux, alternes, à peu près sessiles sur le rachis, linéaires-
Fic. 23. — Sporange jeune de Dryoplrris Filix-man, avec cavité sporigène (Sachs).
Fir,.2i. — Sporange de Dr y optera Filix-mas, à peu près rnùr et portant une glande latérale (Sachs).
Fie. 25. — Sporange do Dryopieris Filixmas, au moment de la déliisccncc.
Oblongs, à base tronquée, à sommet atténué. II sont d'autant plus courts qu'ils sont plus élevés sur le rachis; et ceux de l'extrême sommet sont confluents. Chacun d'eux est découpé jusque vers le milieu de la moitié de sa largeur en grandes dents qui sont presque entières ou dcnlécscrenclees. Ses deux faces sont glabres, lisses, et leurs veines sont
10 TRAIT* DE BOTAHIQ] R M f.i»K. vi.i i;in I'ïhi.a.mioi i.
simples ou fourchues. Leur lare inférieure porta deux lériei parallel-
de sures (lig. 21». peu ihrtMix ( l-li sur chaque série), orbicul.-.ircs, qui
consistent en sporanges pyrjformes, légèrement oomprimés, iUpitée,'tre« petits, bruns, avec un anneau longitudinal qui occupe la moitié on !«• iroi, quarts .le leur bord, el qui, se redressant avec élasticité, produit le déchirement transversal de la paroi du Sporange. Du centre des >,,„
ranges se détache u tolon lonl l'extrémité supérieure se dilate en
un indusium qui doit recouvrir cl protéger le sorc(fig. 22). Cet indusium n'est pas circulaire, comme relui .les Atpiiium, parce que dn coté iniv-
rieUT, il présente un pli radial déprimé qui aboutit à une éelianerure du
bord de l'induaium, adhère à son pied, et rend l'indusiura rénifonne i 20). Sa consistance est membraneuse; sa coloration grisâtre ou un peu violacée. Les spores, li és petites, 1res nombreuses, ovoïdes, bruni s, sont lisses, réticulées. Quand elles germent, elles donnent naissance à un prothalle obeordê-réni forme, plat, vert, qui porte en avant, vers l'échancrure, quelques oosporanges, et plus en arriére d'assez nombreuses anlhéridies et des rhizines.
Le Dryopteris Filix-mas esl une de nos plus communes fougères. Ou le trouve en abondance dans les bois, sur le bord des fossés, dans les landes ombragées. Il croît dans toute l'Europe, dans les portions tempérées de l'Asie, dans l'Afrique septentrionale el australe, dans l'Amérique du Nord et les Andes de l'Amérique du Sud. Il présente des variétés et des formes très nombreuses, reliées au type par de nombreuses transitions et qui ont reçu les noms de abbreiialum, elongatum. affine, puni i lu w, Dorreri.
La partie usitée est le rhizome (flg. 26-28). Sa structure est relativement peu compliquée. Entièrement parencbvmaleux au début, il présente un épidémie cl un sous-épidenne qui devient plus ou moins épais et bran. Intérieurement, le parenchyme, formé de phytocysles légèrement polyédriques et contenant beaucoup de grains de fécule, esl parcouru par une dizaine de faisceaux fibro-vasculaires, sans compter un grand nombre de beaucoup plus petits faisceaux qui sont extérieurs aux précédents. Les bases des frondes oui une organisation analogue : mais leurs faisceaux sont ordinairement au nombre de huit. Il y a dans les phytOCJStes du parenchyme, outre la fécule, des granulations jaunâtres ou brunes de substance tanniqiie et des gouttes d'huile. On ne doit employer en médecine que la portion du rhizome où le parenchyme est suffisamment jeune pour présenter une teinte jaune verdàlre. En ces points. Schaebt a montré qu'il y a de petits et de grands espaces intercellulaires dans lesquels proéminent quelques glandes slipitées, globuleuses el verdàtrcs. nées des parois des phytocysles qui limitent les méats. Elles laissent exsuder, alors que leur développement est complet, un fluide vcrl qui. dans les coupes plongées dans la glycérine, se solidifie en cristaux aciculaires, formés, dit-on, d'acide lilicique. coloré par de la chlorophylle et de
CRYPTOGAMES VASCULA1RES. 17
l'essence. On ne trouve pas ces glandes dans la plupart des Foudres qui onl été substituées à la F. mâle, quoique M. Flûckiger les ait rencontrées aussi dans VAspidiumspinulosum Sw. Il y a des glandes analogues entre
Fie. 2G. — Dryopteris Filix-mas. Rhizome.
les écailles qui recouvrent la portion végétante du rhizome, et on en observe môme parfois sur le pied des sporanges (fig. 24) ; mais elles ne sécrètent pas de liquide vert. Quand, avec l'âge, c'est-à-dire après l'effort de la végétation, les glandes du parenchyme se flétrissent, deviennent de couleur jaunebrun et ne produisent plus de substance verte, la Fougère mâle perd ses propriétés actives; de sorte qu'il faut récoller son rhizome, du commencement de l'été à la fin de l'automne, avant qu'il n'ait perdu, dans sa portion parencliym alcuse, sa coloration verdàtre et ses principales qualités. C'est jusqu'ici l'éllier seul qui enlève au rbizome toutes ses matières actives : une huile grasse et verte, une essence volatile, de la résine, du tannin et du sucre. De l'exlrail élhéré, dont un rhizome peut donner environ 8 p. 100, il se dépose une substance cristalline et granuleuse, qu'on a nommée Acide liliciqnc
Fig. 27. — Drijopleris FUfa-truu.
Sommet du rhixome, coupe longitudinale (Sachs).
M tiiaitê iik iiotaniuue MÉDICAL! QMmOAMIQDÏ.
(Luek). La portion verle de l'extrait a rOÇfl le DOIS «le; Filixoline et produit par la saponification deux acides. Les rhizomes penleiil peu à j,,-u, en se desséchant, toutes leurs propriétés; il faut donc en renfermer hermétiquement la poudre ou en préparer l'extrait éthéré aussi peu de lemps
que possible après leur récolte. Dani CM conditions, l'extrait éthéré de Fougère mâle est peut-être le meilleur remède i|ii'on connaisse contre
les helminthes cesloïdes eu général, contre les Tanias en particulier.
Fie. 28. — Dryopterù FiUx-mat. — faisceau Qbro-yascnlaira «lu rhizome.
On a substitué à la Fougère mâle, la Fougère femelle et les Aspidiuw spinulosum Sw. et Oreopterit Sw., mais ils n'en oui pas les propriétés. Les Aspidium se distinguent des Dryoptrris en ce que leurs indusies sont orhiculaires, sans repli ni encoche qui les rende réniformrs, cl aussi en ce que les hases des frondes portées par leurs rhizomes sont pourvues de deux faisceaux hbro-vasrulaircs, tandis qu'il y en a huit dans le Dryoptrris. Ces faisceaux ont ici la même Btructure que dans les Fougères en général : ce sont, comme ceux îles Monocolylédones, des faisceaux fermés. Ils ont une coupe transversale (flg. -X) à peu pus
CRYPTOGAMES VASf.ULAIRES. 19
elliptique. Au voisinage des deux foyers de l'ellipse se trouvent quelques trachées, puis, suivant le grand axe, de dedans en dehors, des vaisseaux dits scalaril'ormes. des phylocystes grillagés et des pliylor.ysles libériens mous et séveux. Une gaine protectrice générale enveloppe tout le faisceau. La découverte des vaisseaux spirales des Fougères, revendiquée par plusieurs auteurs modernes, date eu réalité de Malpighj (Ki87).
Asplenium.
Le genre Asplenium est caractérisé par des sporanges allongés, ovales ou linéaires, solitaires ou épars sur les nervures secondaires des frondes, ou plus rarement presque régulièrement bisériés. Les sores sont protégés par une indusie qui devient libre par son bord interne, tandis que son bord externe demeure adhérent et sert comme de charnière à l'indusie qui se relève et se renverse en dehors. Les segments de la fraude sont d'ailleurs plus courts vers sa base et son extrémité que vers son milieu.
Le plus simple de nos Asplenium utiles a des frondes une seule foispinnatiséquées. C'est VA. Trichomanes L. (fig. 29). De son court rhizome s'élèvent des pétioles grêles, lisses, d'un noir plus ou moins pourpré, convexes en dessous, aplatiscn dessus où ilsontbordésd'une aile très courte, finement crénelée. La lame de la fronde est découpée de nombreux segments ovales, arrondis, finement dentelés ou rarement incisés, qui commencent près de la base du pétiole. Suivant les nervures, dont les secondaires ne sont pas épaissies à leur sommet qui n'atteint pas les bords du limbe, se voient, sur la face inférieure, les sores linéaires, bisériés, obliques, distincts d'abord, puis confluents vers le centre. L'A. Petrarchœ est une variété à rachis pubesccnl, observée d'abord à la fontaine de Vaucluse. L'A. Trichomanes est le Capillaire rouge des officines cl s'est substitué, dans les hôpitaux, à \'A. pedatum; mais il a peu de parfum et doit être fort peu actif.
La Rue des murailles (Asplenium Rufû muraria L.) porte encore le nom de Sauve-vie, Capillaire blanche (fig. 30). C'est une espèce qui appartient a une section du genre dans laquelle les frondes, par suite du racecur-
Fic 2!). — Asplenium Trichomanes. Port
-° niAITÉ DE BOTANIQUE MEDICALE CftTPTOCAMIOUI.
OiBSemenl successif de L-urs segments, sont li iaii^ulaires el se rétrécissent graduellement de la base au sominei. C'est le plus pctiide nos Asplenium ses frondes n'ayant .pie de 2 à 12 Centimètre! «I.- long: elles MOI BJÛ- .bipinnatiséquées, épaisses, coriaces, à segments peu nombimu (3-7i. avec «les lol.es obovales ou ovales-oblongs, entiers ou lobules. \m
sporanges, disposés inelques groupes linéaires, deviennent eunflaeDll
au point .le rerouvrir presque toute la face inférieure des lobe*. Lindusium se détache par son bord interne qui est finement frangé. Celte espèce est très commune, sur les rochers el les vieilles murailles, dan- presque toute l'Europe. Bile a été vantée contre cent maladies : la gravelle, la diarrhée, les catarrhes des bronches, de la vessie, les hémoplysies, etc., mais elle ne parait pas très digne de son antique réputation. Le "nom d' Asplenium vient, selon Ray, de ce que :
quod adrersussplcnis morbos cfficaxsit.
Le Capillaire noir (A. Adiunlum nigrum L.)(fig. 31-33) appartient à I a même section. Son rhizome cespileux, logé dam le sol ou dans les fentes des roches, supporte des frondes triangulaires-lancéolées, acuminées (longues de 1 à 3 décimètres), glabres, brillantes el d'un vert foncé en dessus, bi-tripinnatiséquées, à segments lancéolés-aigus et généralement multilobulés, décroissant graduellement de la base au sommet de la fronde. Les lobules sont atténués et entiers à leur base, dentés au sommet. Les sores sont linéaires, puis confluents et couvrent presque toute La face inférieure des lobes. L'indusium allongé a son bord interne entier el d'assez bonne heure libre. Le pétiole est aussi long que le limbe, lisse, luisant cl inférieurement d'un brun noirâtre. L'A. VirgilUBom est une variété de cette plante, à lobes plus distants, pins étroits, plus finement découpés. C'est une herbe assez commune dans le centre, l'ouest et le midi de la France. Elle a joui d'une grande réputation en médecine, surtout contre les affections chroniques des reins, du foie el de la rate.
La véritable Fougère femelle, dont Linné avait fait un Pohjpodium. doit se rapporter aussi au genre Asplenium, après avoir élé attribuée à un grand nombre d'autres (Aspidium Filix-fœmina Sw. — Cystopteris Filix-fœmina C.tss. et Germ. — Atliyrium Filix-fœmina Roth). C'esl donc V Asplenium Filix-fwmina Rermi. Par ses caractères extérieurs el son port, celte herbe (haute de 1/-2 mèlre à 1 mètre) rappelle beaucoup la Kougcre maie. Mais les segmenls de sa fronde, linemenl bi-pinnatiséquée. sont eux-mêmes pinnaliséqués, lancéolés, plus courts vers le haut et le
rio. 30. — Atpïenium Huta
muraria. Port.
CRYPTOGAMES VASCII.AIIIES. 21
bas de la fronde que vers son milieu. Les sores sont linéaires, nombreux,
g. 31-33. - Asplcnium Adianlum nigrum. Port. Pinnulc. Sporange, moins connucnls à la fin; cl leur indusium, détaché par son bord
TRUTB DE BOEaJUQUI HBDIOAUI OBYFTOCAMIQOK,
Interne est, <i<'c«; coiéjinement frangé.
Les sporanges sont jaun/ilrcs, puis bruns,
plumé ri et el très nombreux. <:<?ite fongcro csi ires commune dam presque
tonte l'EnrOpO, parmi les boil humides.
Son rhizome n'est guère utile en médecine,quoi(|u'oii l'ail aussi vanté comme vermicide. Ses frondes servent à tous les mêmes usages que celles de la Fougère mâle. Ses cendres sont riches en sels de potasse et sont employées dans les blanchisseries et les verreries. On dit que leur lessive sert aussi en (mine à préparer le vernis de certaines porcelaines.
Scolopendre.
Le Scolopendrium officinale Sm. (S.
\&ÊË^^féz^MÉÊÎ officinarum Su . i. ou Langue de bœuf,
L. de veau, L. de chien, L. de cerf, Herbe à la rate, est une herbe vivace, à rhizome épais el cespiteux, qui porte des frondes (fig. 34) alternes (longues de 1-4 décim.), pétiolées, oblongucs ou oblongues-lancéolécs, entières ou un peu érodées dans le type, diversement découpées en haut dans certaines formes qu'on cultive, à base cordée au-dessus de laquelle elles sont souvent un peu rétrécies, le plus souvent pourvues à celte même base de deux oreillettes obtuses, contournées en dedans; çlabrcs, fermes, rigides, d'un vert clair. Le pétiole est plus court que le limbe el érailleux. La nervure médiane du limbe ^/(,vv «w i porte un grand nombre de nervures sc- V" ' y\\V y condaires, parallèles, un peu obliques.
Les sores sont parallèles aux nenures secondaires et occupent tout ou portion Fronde, face inférieure. de la largeur de la de.m-frondc. Ils
sont formés de nombreux petits sporanges noirâtres, slipilés, disposés sur deux saillies linéaires, parallèles.
Fie. 34 nale.
CRYPTOGAMES VASCULAIKES,
séparées l'une de l'autre parmi sillon. L'indusium est double, répondant au prolongement du bord libre de deux nervures secondaires; il se rabat sur une ligne de sporanges, sous forme d'une lame linéaire, membraneuse, translucide, et recouvre l'autre lame iudusiale semblable, qui naît de l'autre côté de la sore. A un moment donné, ces deux lames cessent de s'imbriquer, se relèvent plus ou moins perpendiculairement au plan de la fronde; et les sporanges, mis à nu, s'ouvrent et projettent élastiqucmenl leurs spores. C'est une plante assez commune en Europe, très abondante dans le sud et l'ouest de la France, assez rare aux environs de Paris, sauf dans les puits obscurs. On la trouve sur les rochers, au bord des chemins ombragés. Elle fait partie des Espèces vulnéraires suisses ou Thé suisse et: du Sii-op de Rhubarbe ou de Chicorée composé. Elle s'emploie verte ou sèche. Les a ciens la préconisaient contre les obstructions de la rate et du foie, la diarrhée, la dysenterie, les catarrhes pulmonaires, les hémoptysies, les affections calculeuses. Elle faisait partie de presque toutes les tisanes diurétiques. Elle est aussi légèrement astringente et vermifuge. Topiquement, elle s'emploie encore, dans les campagnes, au traitement des brûlures.
Ophioglosses.
Les Ophioglosses représentent un type anormal parmi les Fougères et en ont même été totalement séparés dans une famille des Ophioglossées, principalement parce que leur fronde n'est pas enroulée au début, parce qu'elle se dédouble de bonne heure en une lame externe stérile et une lame interne fertile, et parce que leur prothalle, de forme particulière, est dépourvu de chlorophylle.
Ki g. 33. — Ophioglossum vulgatutn. Port.
"-' TRAITÉ I)E ItOI'AMyl'K MEDICALE I.RYITOCAMIQDB
h'Ophioglossum rulijatum L. (lig. :t."»), vulgairement Langue de serpent, L. de Christ, Lance de Christ, Herbe sans couture, //. a daucuue, Petite Serpentaire, Luciole, est mit- petite herbe vivacc (8-80 ttOL), qui
a un rhizome court, à sominct écaillera, à foce Inférieure chargée de racines fibreuses. La lame stérile (Je sa fronde est orale-lancéolée on «val.-, entière, glabre, peu rigide, «l'un beau rert, arec de très Unes nervurec anastomosées. La lame fertile a la forme d'un épi linéaire, pédonculé,
plus COUrt, puis plus long que la lame slérile, aigu, comprimé suivant les deux laces, tandis ijuc ses bords présentent chacun une série de sporanges superposés, distiques, et qui Unissent par s'ouvrir tran>ver-aleiiient en deux valves. Des spores en germination sort un protballe en forme de masse allongée, épaisse, parencbymaleusc, incolore et analogue à un rhizome. L'O. tulgatum est assez commun dans toute l'Europe, principalement dans les prairies et dans les bois humides et sombres. Il passe pour vulnéraire, tonique, astringent, résolutif, utile contre les hémorrhagic.-. la leucorrhée; on L'applique encore, dans les campagnes, sur les plaies et les contusions. Les alchimistes prétendaient qu'il peut devenir lumineux la nuit (d'où son nom de Luciola).
L'O. lusitanicum L., plus petit et à feuilles linéaires, a les mêmes propriétés. Dans L'Océanie tropicale, les 0. pendulum L. cl ocatum Sw. sont recherchés, à ce qu'on rapporte, pour leurs frondes comestibles.
Botrychium.
Le Botrychium Lunaria Sw. (fig. 3G-39), vulgairement nommé Lunaire ou quelquefois Langue de cerf, était pour Linné YOsmunda Lunaria. C'est une herbe vivacc, haute de 5-20 cent., qui a un rhizome court, érailleux au sommet, pourvu inféricurement de racines adventives. Ses fronde< sont, comme celles des Ophioglosses, divisées en deux lames : l'extérieure stérile, pennatiséquée, non enroulée en crosse au début, avec des segments semi-lunaires, réniformes ou subrhomboïdaux. à peu près entiers ou plus ou moins incisés, veinés. L'intérieure, fertile, est aussi pinnaliséquée; mais ses segments sont réduits à leur racbis. Ascendants ou dressés, ils constituent une sorte d'inflorescence terminale composée et supportent de nombreux sporanges sans anneau, subglobuleux, déhiscents à leur sommet par une courte fente dont les bords se renversent un peu en dehors lors de la sortie des spores. Le protballe qui provient de celles-ci a la forme d'un petit tubercule ovoïde, dépourvu de chlorophylle et creusé de cavités qui renferment des anthéridies ovoïdes et îles OOSponnges peu nombreux. Celte plante, assez rare aux environs de Paris, se trouve dans les clairières des forets et les pâturages secs, depuis la côte française occidentale jusqu'aux plus bauls sommets alpins. Elle a joué un grand rôle
Cil YPTOGA M KS VA SCU LA I R BS.
dans les rêveries des Hermétiques, passant pour briser le fer, solidifier le
mercure, mettre le bétail en rut. On la croit astringente, antileucorrhéique, antidysentérique; on l'a môme dite réductrice des hernies. C'est VHerba Lunaviœ Botrylidos de la pharmacopée germanique. C'était
Kig. 36-39.
Ùotrychium Lunaria. fort. Fronde fructifère. Sporanges déhiscents.
la Petite Lunaire des anciens, qui passait pour avoir < grande vertu contre les playes, car clic les peut conglutincr et fermer », et qui était considérée comme « merveilleusement bonne pour arresler le flux menstrual et fleurs blanches des femmes » (Fuchs). Elle passe pour guérir h-
contusions cl les plaies. On lui substitue les B. Matricariœ Spreng. el rutaceum W. Aux Antilles, le B. cicularium Svv. est préconisé comme dépuratif, sudorifique, el se prescrit contre les morsures des serpents venimeux.
Les Fougères d'un intérêt secondaire au point de vue médical, sont : L'Agneau de Scythie (Bicksonia Barometz Link. — Cibotium Barometz Link. — C. glaucescens Hook. — ■ C. assamicum Hook.), encore appelé au moyen âge Frutex tartareus. C'était une panacée, un être semblable quant au corps à un animal, broutant les végétaux autour de
lui, mais fixé comme une plante par sa racine. Les marchands qui colportaient celle drogue laissaient à sa surface quelques bases de frondes, représentant grossièrement les quatre membres el la queue du prétendu animal. Les poils qui couvrent le rhizome de celle fougère, étaient employés comme hémostatiques. On vend encore ce singulier remède dans les bazars d'Orient. A Java, les Balantium chrysotriclium Hook. et magnificum. Hook. jouent le même rôle en médecine, sous le nom de Paku-Kidang. Les Cibotium Cliamissoi Kaulf., Menziezii Hook., glaucum Hook. et Arn., qui sont aussi des Dicksonia, sont exportés des îles Sandwich en Australie et en Californie, et, sous le nom de Pulu, s'emploient aux mêmes usages.
Le Bleclmum Spicant Roth {B. boréale gw, Osmunda Spicant L. — Lomaria Spicant Desvx), assez commun dans toute l'Europe, est remarquable par ses frondes dimorphes : les unes stériles cl plus courles, à divisions plus larges; les autres fertiles, plus longues, à divisions étroites, portant deux groupes linéaires de sporanges finalement confluents, primitivement recouverts d'un indusium qui s'ouvre en dedans et en dehors. Celte plante passe pour vulnéraire; il va des campagnes où elle entre dans la fabrication de la bière. C'est Y Herbu LohcMtidis minoris de la pharmacopée alle-
mDans la Fouçèrc royale (Osmunda regulis L.), c'est une seule et même fronde qui porte inférieurement des lobes stériles, foliacés et supêmurenonldcs lobes don. le parenchyme disparaît presque o de meut c don les nervures supportent de nombreux sporanges, gibbeux et subglobu
Fie. 40. — Osmunda regalis.
Portion fertile de la fronde.
CRYPTOGAMES VASCULAIRES. . 27 leux, sans anneau, disposés eu une sorte de grappe composée. Originaire de toutes les localités marécageuses de l'Europe, l'Osmonde (fig. 40), plante très ornementale, est vantée comme dépurative, an li scrofule use et antirachitique. Elle a été surtout recommandée contre le carreau des enfants. On la dit aussi vermicide. Elle sert de litière et a été employée à l'extraction de la potasse.
UAspidium marginale W. est employé en médecine aux Etats-Unis. On trouve dans le commerce deux oléo-résines extraites de son rhizome : l'une molle et brune; l'autre liquide et verdàtre. On en a séparé des cristaux d'acide filicique par le repos (Palterson). Son extrait élhéré a une saveur amère et nauséeuse, et ne renferme ni sucre, ni tannin.
Le Gymnogramme Calomelanos Kaulf., de l'Amérique du Sud, est astringent et pulmonaire.
Le Notochlœna heterophylla (N. piloselloides Kaulf. — Acrostichum heterofihyllum L.) passe dans l'Inde pour un bon antisyphilitique et sert, dit-on, à tonifier les gencives.
Le Cheilanthes fragrans Webb (Polypodium fragrans L.) est considéré en Asie comme antiscorbutique; il entre, dit-on, eu Sibérie, dans la fabrication de certaines bières.
Le Lomaria scandens De Vr., de l'Inde orientale, est usité dans ce pays pour la fabrication des cordages et des nattes.
Le Diplacium malabar icum Spreng. (Asplenium ambiguum Sw.), du Malabar, sert au traitement des fièvres intermittentes. Il y a, dans l'Inde orientale, un D. esculentum Sw.
Le Davallia acub-ata Sw., du môme pays, y est prescrit contre les affections pulmonaires chroniques.
h'Alsophila armata Mart. (Polypodium aculeatum Radd.) sert d'astringent, au Brésil, principalement dans le traitement des affections pulmonaires et des hémorrhagies.
Les Lygodium japonienm Sw., scandens L., microphyllum R. Br. et circinatum Sw. s'emploient aux mêmes usages que nos Capillaires.
Aux Antilles, le Cyatkea arborea Sw. produit des jeunes pousses comestibles, et toutes ses parties donnent une cendre riche en potasse. A la Nouvelle-Zélande, on mange les bourgeons du C. medullaris (Polypodium medullare Forst.); et dans le même pays, l'Angiopteris erecta a des souches en partie comestibles, et se mange assaisonné avec de l'huile de coco. Les jeunes pousses du Ceratopteris thalictroides Ad. Br., singulière fougère annuelle et aquatique, sont potagères, dit-on, dans l'Inde orientale.
LYCOPODIACEES
Parmi les Lycopodes, qui ont donné leur nom à celle famille, le plus anciennement connu de ceux qu'on emploie en médecine est le Lycopo-
Fig. 41. — Lycopodium clavatum: port.
dium clavatum L. (Pied de loup, Patte de loup
plique, H. aux massues, Mousse terrestre, Griffe de loup) (fig. 41-43).
CRYPTOGAMES VASCULA1RES '29
C'est une herbe vivace, dont la tige, fixée au sol par des racines advenlives d'un jaune pâle, se divise beaucoup, sans que ses ramifications s'accroissent notablement en épaisseur, et peut s'étendre jusqu'à plus de 10 mètres. Les feuilles sont très nombreuses, très rapprochées les unes des autres, de façon à constituer parfois de faux verticilles. Elles sont pressées et imbriquées, dirigeant leur sommet vers le haut, sessiles, linéaires-oblongues; le sommet terminé par une pointe sélacée, parfois aussi longue que la feuille elle-même; uninerves, lisses, d'un vert jaunâtre et pâle; le sommet parfois rougeâtre. La ramification est dichotomique quand rien ne vient l'altérer, et, comme dans les Lycopodiacées en général, le point végétatif se partage au début en deux lobes égaux; mais souvent plus lard, une des divisions l'emportant sur l'autre, celle-ci
Fie. 12. — Lycopodium clavatum.
Bractée sporangifère et spores.
Fie. 43. — Lycopodium clavatum. Microspore.
peut paraître latérale. Les organes de la fructification sont des épis, solitaires, géminés, quelquefois même ternes au sommet d'un axe atténué en pédoncule, portant des feuilles plus petites et plus écartées que celles des tiges. L'axe de l'épi porte aussi des feuilles ou bractées, plus semblables à celles des tiges, très rapprochées, ovales-triangulaires' courlement atténuées à leur base subpeltée, terminées par un long acumen filiforme, entières ou plus souvent finement denticulées sur les bords, d'un jaune de soufre, dressées, puis, après l'émission des spores, plus ou moins écartées de l'axe. Dans leur aisselle se trouve un sporange, légèrement entraîné au-dessus du point d'insertion de la bractée - réniforme, s'ouvrant eu deux en travers, à la façon d'une coquille bivalve, et aissant échapper de nombreuses spores d'un jaune pâle, irrégulièrement ielraedr.ques, avec les faces finement ponctuées-réticulées et les angles linement ciliés. Ce sont ces spores qui, S0Us le nom de Soufre végétal consUtuent la poudre de Lycopode et s'emploient à enrober les pilules' à saupoudrer les plaies et les cuisses érythémateuses des enfants, pour prévenir on sécher les écorchures; au traitement des ulcérations palpé-
30 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE Cil YPTOCUUUUE.
braies, des affections des reins et de la vessie, du poumon, de la diarrhée infantile; dans la préparation des moxas dits chinois. Jetée sur l'eau, celle poudre surnage en grande partie. Elle se précipite quand on chauffé l'eau qui prend alors une saveur cireuse et présente une assez forte proportion d'un mucilage qui peut se prendre en gelée, comme celui des Lichens. La poudre colore l'élher en jaune verdâtre; elle tombe au fond de l'alcool qui la pénètre facilement. En chauffant, on obtient une teinture dont on précipite par l'eau un extrait fermentescible, qui contient du sucre. S'enflammanl très facilement, celle poudre sert au théâtre à imiter les éclairs. On dit qu'on la falsifie avec le pollen des Typha; ce qui est rare et se reconnaîtrait facilement aux grains isolés et arrondis ou quadruples de ce pollen. Bien plus souvent, c'est le pollen des Pins qui se substitue aux microspores du Lycopode. Mais ce pollen se dislingue plus aisément encore à ses grains irréguliers, formés de trois lobes ou portions distinctes. On y mélange souvent aussi du laïc qui se précipite dans l'eau, et de la fécule qui bleuit par l'iode ; ce que ne fait pas le Lycopode. Ses spores sont de celles que, dans les Sélaginelles, nous désignerons loul à l'heure sous le nom de microspores.
Placées dans des conditions favorables, ces microspores développent un prothalle que l'on n'a pu observer que dans un pelit nombre de Lycopodium, notamment dans le L. annotinum. On y a vu ce prothalle porter une ou plusieurs plantules à sa face supérieure; leur base était
encore enchâssée dans 'este d'oosporange. Sur le même prothalle on
voyait aussi quelques anthéridies, sous forme de poches ovo'ides, creusées dans le parenchyme. Leur cavité était remplie de petits phylocystes qui sont des cellules-mères d'anthérozoïdes et qui renferment chacun un de ces agents fécondateurs, arqué, assez épais, atténué en avant où il porle deux cils locomoteurs plus longs que lui.
Le L. clavatum se trouve dans presque toute l'Europe, dans l'Asie et l'Amérique septentrionales, sur les coteaux boisés el pierreux, dans les landes. On le récolle surtout en Suisse cl en Allemagne. Ses organes de végétation passent pour vomitifs el sont, dit-on, employés à cet effet dans les Alpes. On les a vantés contre les rétentions d'urine. Mais c'est surtout contre la pliqne, comme l'indiquent plusieurs de ses noms vulgaires, et contre diverses autres affections du cuir chevelu, qu'on a préconisé et les feuilles el les spores.
Le L. Selago L. appartient à une section différente du genre, parce que ses sporanges, au lieu d'être groupés au sommet d'axes spéciaux, occupent l'aisselle des feuilles ordinaires de la lige, el souvent d'un grand nombre d'entre elles. Ses spores font parfois partie de la poudre de Lycopode; mais ses organes végélatifs sont narcolico-âcrcs, vénéneux. Ils produisent, dit-on, des syncopes, des superpurgations, des vomissements violents, même l'avorlcment. En Suéde, on en préparc une lotion qui détruit la vermine du bétail; d'où le nom iVJlerbe aux porcs.
CRYPTOGAMES VASCULAIR.ES. 3*
Semblable parait être l'action du Piligan, le L. Saururus Lamk (L. elongalum Svv.), qui contienl une résine purgative et un alcaloïde (?) nommé Piliganinc, lequel est un poison énergique, agissant sur le bulbe, les pneumogastriques et tuant à très petites doses les animaux. Celte espèce babilc les régions tropicales et sous-tropicales des deux mondes. On dit qu'elle est usitée comme évacuante dans l'Amérique du Sud. Elle appartient, par la situation de ses sporanges dans l'aisselle des feuilles caulinaircs, au môme groupe que le L. Selàgo.
Le L. alpinum L. sert en teinture, cl, employé comme mordant avec le bois de Brésil, fournit un bleu solide. Le L. annotinum L. (L. juniperifolium Lamk) donne une teinture grise dans les mômes conditions. En Amérique, le L. cernuum L. est usité comme diurétique et s'applique sur les tumeurs de nature goutteuse. Ses spores passent pour carminatives. En Russie, le L. complanatum L. (L. Chamwcy par issus A. Br.) est regardé comme lithontriptique et tinctorial. Au Brésil, le L.hygrometricum Maut. est réputé un puissant aphrodisiaque. Il en est de même dans l'Inde du L. Phlegmaria L. (Corda de San Franzesco, Geissel des heil. Thomas), considéré comme stomachique et diurétique. A Caracas, on vante comme remède de l'éléphantiasis le L. rubrum Cham. (L. catharticum Hook.). Aucun d'eux n'a été expérimenté en Europe.
Sélaginelles.
Les Sélaginelles (Selaginelln), au lieu d'avoir des feuilles disposées tout autour de leurs axes, n'en portent que quatre rangées longitudinales. Sur le côté inférieur ou extérieur des axes, les deux rangées de feuilles sont plus grandes que sur les autres rangées, et la base des feuilles présente en dedans une lamelle saillante, de forme variable, à laquelle on a donné le nom de Ligule. Quand la plante doit fructifier, les sommets de ses axes s'atténuent en une sorte de pédoncule qui supporte un épi. Les quatre rangées de feuilles persistent sur ces parties, mais elles deviennent toutes à peu près égales et équidislantes. Les axes possèdent, en outre, des porte-racines sur lesquels naissent des racines bifurquées, comme tous les axes de la plante en général. Il y a des sporanges solitaires dans l'aisselle des feuilles modifiées ou bractées de l'épi; mais ils sont de deux sortes, soit sur un môme pied, soit sur des pieds différents; soit sur une môme inflorescence, soit sur des inflorescences différentes. Ou bien ils sont petits et renferment de nombreux corps reproducteurs, comme dans les Lycopodes; et dans ce cas, ce sont des Microsporanges, contenant des Microspores; ou bien ils sont plus volumineux (Macrosporanges), inégalement quadrilobés, et à chaque lobe répond une seule Macrospore. Il y a plus rarement deux ou huit macrospores. Tous ces sporanges, d'ailleurs, ont un pied court qui s'attache sur la bractée axillante, un peu au-dessous de la ligule. Lorsque les macrospores germent,
elles produisent des prothalles qui supportent des oosporanges; et lorsque les microspores germent, elles donnent des prothalles moins volumineux dans lesquels il ne se forme que des anthéridies. Ces dernières se développent sur un très petit prothalle, formé d'un phytocysle inférieur, ferme, persistant, et d'un phylocyste supérieur, bien plus volumineux^ successivement partagé en un certain nombre de petits phytocystes secondaires qui sont des cellules-mères d'anthérozoïdes. A l'époque de leur germination, les macrospores ont un sommet obtus, partagé en trois facettes que séparent autant d'arêtes assez vives. Sous ce sommet trigone, le contenu de la macrospore forme une sorte de ménisque parenchymaleux dont la substance est bientôt creusée de plusieurs oosporanges, tandis que sous le ménisque s'organise une autre niasse parenchymateuse, bien plus volumineuse, à laquelle on a donné le nom d'albumen, parce qu'elle est destinée à nourrir le contenu des oosporanges. Ce contenu est une grosse oosphère, occupant le fond d'un puits dont le col est formé de deux anneaux superposés, chacun de quatre phytocystes. Le canal est rempli d'un mucilage qui, comme dans les Fougères, va faire saillie en dehors de l'orifice du col, et sert de passage aux anthérozoïdes qui se dirigent vers l'oosphère pour la féconder. Ces anthérozoïdes des Lycopodiacées ont une forme arquée cl un corps plus ou moins comprimé, avec une longue extrémité antérieure, nettement atténuée cl supportant à son sommet deux cils vibraliles dont la longueur dépasse celle de l'anthérozoïde. Quand les oosporanges ont été fécondés, ils grandissent par leur fond bien au-dessous du ménisque et puisent dans l'albumen les aliments nécessaires au développement des plantules incluses dansles oosporanges.
Il y a peu de Selaginella utiles. Le plus curieux csl le S. lepidopkylla Spring, du Mexique, qui se comporte dans ce groupe à peu près comme fait la Rose de Jéricho parmi les Phanérogames et qui donne lieu aux mêmes superstitions. Desséchée et en apparence morte, telle que nous la recevons de son pays natal, où elle a la réputation d'un remède souverain contre le rhumatisme et la goulle, celle Sélaginelle a l'apparence d'une boule qii'èntourenl étroitement toutes ses feuilles découpées. Mais à mesure que celle herbe est exposée à l'action de l'eau <lans laquelle on la plonge, ses feuilles s'écartent, niellant au jour les feuilles plus intérieures qui sont encore complètement vertes. On peut placer les pieds sur la (erre humide d'une serre chaude pour leur faire développer des racines adventives et obtenir des sujets vivants de celte curieuse Lycopodiacée reviviscenle, laquelle reprend sa fraîcheur el sa y ii' alors môme qu'elle aurait été quelque temps plongée dans l'eau bouillante; sans doute parce (pie les frondes les plus extérieures protègent les plus intérieures contre trop d'humidité ou de chaleur.
Le S. convolula Spring, de l'Inde orientale, passe pour aphrodisiaque. Le S. selaginoides Lk (S. spinulosa A. Bu.) a des spores qui, dit-on, peuvent aussi faire partie de la poudre de Lycopode.
CRYPTOGAMES VASCUI-AIKKS.
EQUISETAGÉES
Au premier printemps, la plus gra nous, YEquisetum maximum Lamk (E. Telmateia Ehiui.), émet à la surface du sol, au milieu même des restes des branches stériles de l'année précédente, desséchées et brisées, des axes fertiles, cylindriques et trapus, blanchâtres ou d'un jaune rougeàtre pâle, qui portent un certain nombre de collerettes superposées d'appendices verlicillés, au nombre de vingt à trente, connés à la base, marcescenls après la floraison, et, au-dessus d'elles, une inflorescence en forme d'épi cylindrique, oblong, épais, à la base de laquelle se trouve une collerette modifiée,qu'on nomme l'anneau (fig. 43, 44). On dislingue dans l'inflorescence un axe creux, el, implantés tout autour de sa surface, un grand nombre de clous à tête aplatie el hexagonale (fig. 45). Leur tête porte en dessous, descendant parallèlement à la tige du clou, un nombre variable de sacs ou sporanges, remplis de spores. La paroi du sporange est extérieurement formée de phytocystes inégaux, dont la membrane s'épaissit très nettement en fils spiralés ou réticulés. Grâce surtout au jeu de ces épaississemenls pariétaux, sous l'influence d'une perte d'eau, les sporanges mûrs s'ouvrent le long de leur bord interne (fig. 46, 47), et les spores qu'ils contiennent s'échappent smis forme d'une abondante poussière vcrdàlre. Bientôt elles se livrent à des bonds saccadés qui sont dus à quatre élatères en forn
de des Prèles qui croissent chez
Fig. 43, 44. — Equisetum maximum. Branche fertile, entière et coupe longitudinale.
de rames, élargies el aplaties au
31 TKA1TÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CUYl'TOGAMIQUE.
sommet, granuleuses, et insérées en un môme pôle de la spore. Ces élatèrcs sont formées parla plus extérieure des trois membranes enveloppantes de la spore, épaissie en une spirale dont les tours se séparent les uns des autres par suite de la résorption de la portion de la mem-
Fic. 45-47. — Equisetum maximum. Clou à sporanges encore clos et à sporanges déhiscents. L'un de ces derniers, isolé et renversé.
brane qui leur est interposée. C'est la dessiccation qui détermine la disjonction des élatères, et l'action de l'humidité les ramène enroulées autour de la spore, à peu près dans leur mode de disposition primitif (fig. 48). Lorsque leur déroulement s'est produit (fig. 4-9), la masse des
Fig. 48, 49. — Equisetum maximum. Spore; les élatères enroulées, cl la même, les
élatèrcs déroulées.
spores devient blanchâtre et eomme toute tomenleuse. Ces spores appartiennent à la génération asexuée des Equisetum.
Placées au contact de l'eau ou sur un sol suffisamment humide, les spores germent, en même temps que leurs élatères se détruisent. La sphère qu'elles représentent doit sa teinte verte à de nombreux grains de chlorophylle. Au moment de la germination, la spore produit un prothalle qui est unisexué, tantôt maie, tantôt femelle, et qui se fixe au sol par des rhizines en forme de phylocystes-tubules. Quand le prolhallc est mâle
(fig. 50), il a la forme de certains protonéma de Mousses, lâchement
Fie. 50. — Equiselum. A, prothalle portant en a, a des anthéridies. B, C, D, E, anthérozoïdes à divers états de développement (Schacht).
Fig. 51. — Equiselum. Prothalle femelle, fixé en h par des rhizoïdes.
a, a, oosporanges, encore marginaux (Hofmeister).
parenchymateux et irrégulièrement lobé. Vers les extrémités de ses lobes
SV^T E'luiselum; .Embryon à deux âges successifs, coupe longitudinale (badebeck). I première cloison do segmentation; II, deuxième cloison ; b, phytoevstes foltaircs; v, phytocyste terminal; w, phytocysle radical.
les plus grands, se développent les anthéridies qui sont des sacs ovoïdes, à
paroi formée d'une seule assise de phylocysles. Ceux-ci se disjoignent au sommet pour laisser sortir les petits phytocystes, lies nombreux, que l'on nomme cellules-mères des anthérozoïdes. Ces derniers (fig. 50) sont les plus gros qu'on connaisse parmi les Cryptogames. Ils ont l'apparence d'un large ruban spiralé, concave-convexe dans sa portion dilatée et formant environ deux tours de spire dans sa portion supérieure rélrécie, au niveau de laquelle s'insèrent de très nombreux cils vibratiles.
Le prothalle femelle (fig. 51) est généralement plus petit el à divisions plus allongées, fort irrégulières. Les oosporanges naissent vers la base de ces divisions, sur le bord antérieur de la portion épaissie du prolhalle; mais ils sont bientôt, par suite de développements inégaux du parenchyme, reportés vers la face supériëure. Ce sont des puils à quatre assises superposées de quatre phylocysles chacune, avec une oosphère qui en occupe le fond el qui est fécondée par un anthérozoïde qui la pénètre. Elle devient ensuite une oospoi e qui penne el donne une plante adulte, à
génération asexuée, qui portera à son tour les épis à sporanges que nous connaissons.
Dans YEquisetum maximum, les organes végétatifs ne se développent tous les ans qu'un peu après les épis à sporanges. Ce sont (fig. 55) des branches aériennes, à lorl nommées tiges stériles, qui atteignent un mètre et plus de bailleur, colonnes cylindriques, blanchâtres, articulées el pourvues de nœuds au niveau desquels se trouve une collerette qu'on regarde comme formée de bractées unies entre elles à la base, au nombre de vingt à trente. Chaque entre-nœud est creux el porte des cannelures longitudinales, qui alternent entre elles dans deux entre-nœuds successifs. Les côtes de l'enlre-nœud sont surmontées chacune d'une des dents foliaires de la collerette, cl les sillons de séparation renferment, ici comme dans les autres espèces du genre, des séries de sloma.tes. A la base de la collerette, et dans l'intervalle des côtes, naissent des rameaux verticillés qui ont à peu près la même structure el qui, grêles et très allongés, ont huit angles rudes. Généralement la rudesse des Prêles est due. à des concrétions siliceuses, formant un abondant revêtement aux branches et aux rameaux. L'E. maximum est commun en Europe dans les localités aquatiques. Celle espèce est usitée, surtout en Autriche, comme diurétique el astringente. On l'a surtout vantée en décoction, mais en proposant de n'employer que les branches serbes, la plante fraîche étant Hep active et pouvant produire de l'hématurie. C'est surtout dans les bydro-
Fig. 54. — Equiselum. Développement de l'embryon bb' sur le prothallc })})■ K, jeune axe.
CRYPTOGAMES VASCULAIHES. .{7
pisies par atonie qu'on a conseillé l'emploi de celle espèce cl des autres. On a prescrit leur décoction contre les fièvres pernicieuses, et aussi chez les phtisiques, avec l'espoir de cicatriser leurs cavernes pulmonaires. En Italie, on mange les très jeunes pousses de \'E. maximum, dont l'usage produit, diton, de la constipation.
L'E. arvense L. (Queue de rat, Queue de renard, Verrine, Jaunetrole, Apprelle, Petite Prêle), petite espèce qui fructifie aussi chez nous au printemps, appartient à la même seclion que la précédente, parce qu'elle a aussi des rameaux fertiles et stériles distincts ; mais les collerettes de ses nœuds ne présentent que trois ou quatre dents. On lui accorde les mêmes qualités; on la recommande contre les néphrites calculeuses et contre l'aménorrhée. D'autres (Cazin) l'ont préconisée contre les métrorrhagies de l'âge critique.
D'autres Equisetum de notre pays constituent dans le genre une autre section parce que leurs branches aériennes fertiles et stériles •se développent simultanément. Tel est VE. sylvaticum L. (fig. 56), qui au printemps porte en même temps des épis blanchâtres dont l'axe est pourvu de
^meaux rudimentaires,'ct des branches stériles, vertes, munies à chaque
Fig. 55. — Equisetum maximum. Brandie stérile.
38 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CHYl'TOGAMIQUE.
verticille d'une douzaine de rameaux quadrangulaires et arqués. Après l'émission des spores, les épis se dessèchent; mais la branche qui les portait continue de se développer pendant tout l'été, comme les branches stériles. C'est une plante de l'est, surtout de la région des sapins, assez
rare aux environs de Paris. Elle a les mêmes propriétés que les précédentes.
On rapporte encore à une autre section les E. palustre L. et limosum L., communs dans nos localités aquatiques, et qui ont toutes les branches semblables, vertes, les fertiles comme les stériles; les premières terminées par un épi obtus el persistant après l'anlhèse, pendant tout l'été.
h'E. limosum a généralement une vingtaine de dents aux collerettes foliaires ; et l'E. palustre, de six à huit. Ce sont aussi des espèces astringentes et diurétiques.
L'E. hyemale L. diffère surtout des précédents en ce que ses branches fertiles et stériles persistent et demeurent vertes pendant l'hiver, et en ce que ses épis sont acuminés-mucronés. Ses collerettes ont de six à huit dents. C'est une plante commune dans l'hémisphère boréal des deux mondes. Outre les propriétés des espèces précédentes, celle-ci est encore aujourd'hui préconisée aux États-Unis comme hydragogue; mais ses prétendues vertus sont douteuses, car on lui adjoint d'ordinaire de la digitale et de l'acétate de potasse. Elle est emménagogue; mais il ne faut l'employer qu'avec réserve; elle renferme un acide que Braconnot a nommé équisélique et qui est, dit-on, l'acide pyromalique.
En Amérique, on vante l'E. bogotense K. comme diurétique et \ h aiqanteum L. (E. ramosissimnm Humb.) comme astringent. L E. fluviale L est YHerba Equiseti majoris de la pharmacopée germanique.
Tl l^Eqletum l notre pays servent, à cause de eurrevêtemen siluenx. à polir les bois durs et les métaux, à pulvériser le talc employé
Fie. 56. — Equiselum sylvaticum.
Port.
comme cosmétique, à nettoyer l'orfèvrerie, à adoucir le blanc qui sert de support aux dorures sur bois, etc.
Les Marsilea, de la famille voisine des Rhizocarpées, ont des sporanges à contenu féculent qui peut devenir alimentaire dans les cas de disette. C'est ce que l'on appelle en Australie Nardoo, dont on fait un pain grossier et une sorte de brouet. Ce nom s'applique indifféremment, paraît-il, au M. hifsutaR. Bn., au M. Drummondii A. Dr. et à trois variétés considérées à tort comme des espèces distinctes, sous les noms de M. oxaloides, Nardoo et salvatrix A. Br. Ce dernier doit son nom aux services rendus par lui à des explorateurs dépourvus de tout autre aliment, il y a des Marsilea en France, où la fécule des sporanges duM.qvadrifolia (fig. 57) pourrait, à la rigueur, être utilisée. Le groupe y est aussi représenté par une espèce du genre Pilularia, le P. globulifera L. (fig. 58), qui a des feuilles linéaires, analogues à celles d'un petit Jonc, et non pourvues, comme celles des Marsilea, d'un limbe quadrifoliolé. A la base de ces feuilles s'insèrent des conceptacles solitaires, globuleux, portés par un court pédoncule et pourvus d'une paroi coriace, limitant quatre cavités cl s'ouvrant finalement au sommet par quatre dents. Au point d'union des valves se trouvent intérieurement des lignes saillantes, et sur celles-ci naissent les sporanges. Les uns, situés plus bas, ne renferment qu'une spore, remarquable par l'étranglement qui se voitvcrs le milieu de sa bailleur. Les fructifications sont couvertes d'une sorte de duvet brun et feutré. Les feuilles sont dressées, linéaires-subulées, d'un beau vert. Le rhizome, qui rampe dans la vase des mares, très grêle, presque filiforme, émet, au niveau de l'insertion des feuilles, des racines advenlives ténues qui s'enfoncent dans la vase.
Fig. 57. — Marsilea quadrifolia.
Eig. 58. — Pilularia globulifera.
JI
Les Cryptogames cellulaires sont les Mousses, les Hépatiques, les Lichens, les Champignons et les Algues.