‹ Traité de botanique médicale cryptogamique [electronic resource]Chapitre 7 sur 15 · CHAMPIGNONS · texte numérisé non relu

CHAMPIGNONS

Les Champignons sont des Cryptogames cellulaires qui se distinguent surtout dans cet immense embranchement par leurs tissus dépourvus de chlorophylle. Aussi se comportent-ils comme les végétaux qui ne contiennent pas cette matière verte, c'est-à-dire qu'ils ne sont point réducteurs de l'acide carbonique de l'atmosphère, et que, soit à la lumière, soit à l'obscurité, ils fixent de l'oxygène sur les matériaux hydro-carbonés qu'ils renferment et dégagent de l'acide carbonique cl de l'eau, en produisant de la chaleur. 11 en résulte qu'à ce point de vue, les Champignons se comportent de la même façon que les animaux, c'est-à-dire que rien, dans leurs pbytocysles, ne vient contrarier ou contrebalancer le mode d'action vraiment animal des phytoblastes. 11 faut donc que ces êtres empruntent à d'autresôtresdesproduitsélaborés,ctc'estpour cette raison qu'il vivent souvent en parasites sur des végétaux ou des animaux vivants, ou bien qu'ils prennent des produits de décomposition aux animaux ou aux végétaux en voie de destruction; auquel cas ils sont dits saprophytes. On peut, avant toute étude de détail, partager d'une façon sommaire les Champignons en inférieurs et en supérieurs, suivant le degré de complication de leur structure; car il y en a de très simples et qui, réduits à un seul phytocysle, se rapprochent par là des Algues les plus rudimentaires ; et il y en a, d'autre part, qui, surtout dans leur appareil reproducteur, présentent une complication très grande. C'est par ces derniers que nous aborderons l'étude du groupe, en commençant par ceux que l'on a nommés Hyménosporés. notamment par les Agarics qui font partie de cette vaste division.

Agarics.

Tout le monde connaît le Champignon de couche ou Agaricus campestris L. (Pralella campestris F. — Psalliota campestris Quel.) (fig. 114), et tout le monde sait qu'il se reproduit facilement par le Blanc de champignon qui est son Mycélium, c'est-à-dire son système végétatif C'est une toile filamenteuse, lâche et irrégulière, qui vil en terre ou à la surface du sol, cl qui est formée de tubes blancs, délicats, ramifiés et entrecroisés dans tous les sens, constitués par des phytocysles-lubulcs à paroi mince, assez analogues aux hyphes des Lichens, cloisonnés de distance en distance. La substance de cette paroi est une sorte de cellulose, qui a été nommée Cellulose fongique on Fongine, et qui se distingue surtoutdc la cellulose-type par son insolubilité dans la liqueur cupro-ammoniacale de Schweizcr.

Placé dans des conditions favorables, le mycélium produit des réceptables fructifères. Ce sont d'abord de 1res petits renflements, sphériques ou ovoïdes, qui grandissent eu prenant la forme d'une tête ou Chapeau surmontant une sorte de lige cylindrique, le Pied ou le Stipe; et c'est l'en-

Fie. 114. — Agaricus (Psalliota) campestris. — Myoélium et états successifs des or ancs reproducteurs, montrant le mode de formation des lames hyméniales et le voile v dont les restes sont portés on haut du pied lors de l'état par. ail. /, lames hyméniales portant les spores soutoniics par des basides B; s, spores; si, pied ou stipo (Sachs).

semble dustipe et du chapeau que l'on désigne généralement sous le no de champignon, smis tenir compte d'ordinaire de la portion végétativ beaucoup moins visible, que constitue le mycélium.

Quand le chapeau de VÂgaricws campestris est à peu prés complète ment développé, on lui dislingue une face supérieure, plus ou moins con vexe, ordinairement blanche, et une face inférieure, concave, d'un roug

CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 81 terne, formée de très nombreuses lames verticales el rayonnantes, <lonl le bord inférieur est seul libre, el qui s'éténdenl du pied au bord circulaire du chapeau. Ce sont les Lames hyménialcs.

Ces lames ne s'aperçoivent pas au début, parce qu'il y a une toile horizontale de parenchyme mon el spongieux, étendue du bord du chapeau à la partie supérieure du slipe. liienlôt celte lame, nommée Voile {Vélum), tiraillée dans un accroissement rapide des parties, se déchire le long des bords du chapeau el ne forme pins qu'une collerette plus ou moins déchiquetée sur le pied. Sa face supérieure porte des traces des lames rayonnantes contre lesquelles elle était d'abord appliquée.

Les lames sont en continuité de tissu avec le pied et le chapeau. Ce sont les Hyphes qui montent verticalement dans le premier, qui rayonnent dans le chapeau et s'infléchissent ensuite dans les lames. Ils descendent parallèlement dans leur milieu, puis ils s'infléchissent vers leurs bords, se terminant chacun par quelques pbytoeyslcs courts dont l'ensemble constitue la Couche sous-hyméniale. Chacun d'eux porte ensuite un phytocyste claviforme, à grosse extrémité libre, cl l'ensemble de ces phytocystes constitue YHymemùm.

11 y a finalement deux sortes d'éléments dans l'hyménium. Les uns, d'ordinaire moins renflés et moins allongés, son t stériles et prennent le nom de Paraphyses. Les autres deviennent fertiles : ils s'atténuent à leur sommet en deux ou quatre sortes de cornes ou de pédicelles qu'on nomme Stérigmales. et chaque slérigmale supporte une spore ovoïde el nue; d'où le nom pour de pareils Champignons de Basidiusporés.

Les spores se détachent de leur baside à la maturité el tombent sur le sol où elles germent. Leur tégument est double, et c'est leur Endospore qui s'accroît, après èlre sortie de l'Exospore pour former un lubequi est le premier rudimentdu mycélium, lequel se ramifie ensuite jusqu'à l'époque où il reproduira de nouveaux appareils de fructification.

L'A. campestris est le type d'une section Psalliote/, élevée par beaucoup d'auteurs au rang de genre. C'est une des rares espèces qu'on cultive pour l'alimentation, sur des couches de fumier qui, d'ordinaire, se préparent dans des caves, dans les carrières abandonnées ou les catacombes. Ses variétés sont nombreuses.

L'ancien genre Agaric de Linné est considérable. 11 est formé de Champignons Hyménomycètes et Basidiosporés, qui ont un mycélium souvent aranéeux, radiciforme, feutré ou pulvérulent, parfois môme dur {Sclérote), de couleur blanche, grise, jaune ou orangée. Son réceptacle a la forme d'un chapeau plan, convexe ou concave en dessus, charnu, fibreux, subéreux, de couleur très variable. Le slipe, parfois nul ou très court, cylindrique ou globuleux, plein ou creux, s'attache au centre du chapeau, ou plus rarement excenlriqucmcnl, ou même au bord du chapeau. Outre le voile dont nous avons parlé et de la collerette qui représente ses restes sur la portion supérieure des stipes, il y a des espèces qui

possèdent aussi une Volve (Volvo). On donne ce nom à une enveloppe, en forme de sac, qui d'abord contenait la lolalilé du pied el du chapeau, et qui, par les progrès de l'âge, se brise, le plus souvent en travers, formant par sa moitié inférieure une gaine, de configuration 1res variable, qui persiste plus ou moins autour de la base du stipe, et assez souvent par sa moitié supérieure une coiffe plus ou moins complète au chapeau. Si des bords de ce dernier pend circulairement un débris de la volve, on nomme celte sorte de frange une Cortine; et il est encore possible que celle-ci dépende du voile étendu du bord du chapeau au sommet du pied, alors que ce voile s'est détruit à la partie centrale et persiste dans sa portion périphérique.

Les lames de l'hyménium se comportent, dans les Agarics, d'une façon très variable. Tantôt elles s'étendent d'une seule venue du centre à la circonférence. Tantôt, au contraire, partant de la périphérie, elles s'arrêtent à des dislances variables du centre. Assez souvent elles s'anastomosent entre elles et paraissent ramifiées. Avec l'écartement des lamelles, leur épaisseur et leur largeur, la forme de leur bord libre, les rapports qu'elles affectent entre elles et avec le stipe, on obtient des caractères combinés, qui ont servi à décomposer ce grand genre Agaric. Les spores sont très variables de forme : ovoïdes, presque sphériques, fusiformes, parfois polyédriques, rugueuses ou lisses. Leur couleur est aussi extrêmement variable : rose, jaune, violacée, olivâtre, brune ou noire. Leur contenu est un phytoblaste épais, souvent teinté, renfermant des amas plus ou moins volumineux de matière grasse.

La reproduction des Champignons supérieurs par des spores représente un mode asexué de reproduction. Mais la plupart des botanistes se demandaient quel pouvait être le mode sexué de reproduction de ces planles(Œrstcd, Karslen), cl quelques-uns avaient cru pouvoir y distinguer des organes mâles cl femelles, quand toul d'un coup, en 1874, le bruit se répandit que la découverte venait d'être faite du mode de fécondation el de reproduction sexuée des Agarics. Ne voulant pas nous faire juge de ce qui se produisit alors, nous en empruntons simplement le récit à un auteur contemporain (de Lanessan) :

«Vers la fin de 1874, M. Rccss (d'Erlangen) a signalé des faits qui, ■quoique l'ayant conduit à des conclusions erronées, n'en sont pas moins ■très digues d'intérêt. Il constata que des spores de Coprinus slercorarius, cultivées par lui, donnèrent naissance à un mycélium dont certaines branches, courtes et dressées, produisirent à leur extrémité de petites cellules en forme de courtes baguettes cylindriques, qu'il nomma Spermalies, et considéra comme des organes mâles. D'autres spores du même Champignon donnaient, pendant ce temps, naissance à un mycélium dont certains rameaux se terminaient par une sorte d'ampoule. Des spermalies se montrèrent, dans certains cas, fixées sur les ampoules, et ces dernières lui offrirent une segmentation répétée qui

Cil Y l'TOG A MES CELUI LA 1RES.

Fie. 1)5. — Coprinus stercorarius. Branche de mycélium portant desspermaties (Reess).

lui parut ôtre consécutive au conlacl des spermalies. Il en conclut que les ampoules étaient des organes femelles, et que ces organes, après avoir été fécondés par les spermatics, se divisaient pour donner une sorte de fruit. M. lleess crut donc avoir découvert la fécondation des Ilyménomycèles; et comparant les phénomènes sexués de ces Champignons à ceux des Floridées, il donna au fruit le nom de Carpogone. Un peu plus tard, M. Van

Tieghem communiqua à l'Académie des sciences de Paris des faits analogues, observés dans la même espèce. Il affirma, dans son désir de se faire attribuer la plus grande part dans la découverte de la prétendue fécondation sexuée des Ilyménomycèles, il affirma, dis-je, qu'il avait « pu obtenir une fécondation croisée en saupoudrant les ampoules du Coprinus ephemeruides avec les bâtonnets du C. radiatus», et revendiqua l'honneur d'avoir pleinement démontré « la fécondation » des Hyménomycèles. Il ne l'eût, dans tous les cas, fait qu'après M. Reess, qui avait non seulement décrit, mais figuré (fig. 115) le phénomène. Quelques mois plus tard, cependant, M. Van Tieghem vint lui-même renverser ses premières affirmations en disant qu'il avait vu germer les spermalies et leur avait vu produire directement un mycélium : il niait donc que les spermalies fussent des organes mâles. Que devenait « la fécondation croisée » qu'il prétendait avoir pu obtenir? Personne ne l'a jamais su; M. Van Tieghem l'avait sans doute oublié. »

Les prétendues spermaties seraient donc les analogues des Conidies. On donne ici ce nom à des corps reproducteurs, moins rar es dans beaucoup de Champignons que chez les Agarics. Au début, on considérait ces corps comme nés par voicagame sur le mycélium d'un Champignon pourvu ultérieurement de spores portées par le réceptacle. Sinon, il n'y a point de caractère absolument dislinclif d'une spore et d'une conidie. On admet qu .1 y a dans les Champignons des conidies libres, portées au bout d'un Marnent, et d autres qui naissent à l'intérieur de phvlocvstes mycéliens, d ou elles peuvent ensuite sortir à la façon des zoospores *

Nous avons vu qu'on peut tirer parti pour la classification des variaion que présentent les lames de l'hyménium dans les divers Agarics. L façon dont les phytocysles se comportent et s'agencent dans le tissu

, Z TICIC C,"::ai,.,C auési dans la cassi"-« de celui-ci des caractères qui peuven servir à distinguer les espèces. D'autres se reconnaissent à la p réce dan leur tissu de réservoirs à latex. Ces réservoirs son, des p., lo- • Ur în rC'' T7 ,!Ml d0is0n"^ "boudants surtout dans les points où

ou plus irci; c e pjésento lc ,,i,,s Mi[é viiaïe- Le « ««c

Pi™ rarement colore en jaune, orangé ou rougeàlre, parfois aussi

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aqueux et translucide. C'est par erreur que dans certaines localités, on rejette comme vénéneux tous les Agarics qui sont ainsi pourvus d'un latex : quelques-uns des meilleurs, comme le Lactaire délicieux, en renferment une très grande quantité.

Les principales substances chimiques qu'on a observées dans le tissu des Agarics, sont, outre la Funginc ou Cellulose fungique, la Viscosine qui est un mucilage de cellulose, la Mycélide et la Bassorine qui sont des matières gommeuses; des sucres, des corps gras, des albuminoïdes qui en l'ont des êtres richement dotés en azote, cl, dans bien des cas, des principes toxiques, tels que l'Amanitine et la Bulbosine. La coloration du réceptacle est très variable. Le contact de l'air lui donne souvent une teinte jaune, rouge, bleue, brune ou noirâtre. Son odeur, dile fungique, peu facile à définir, est connue de tout le monde. Sa saveur est à peu près nulle ou assez agréable, ou piquante, acre, nauséeuse. Jl y a des réceptacles à surface humide ou gluante : les brins d'herbe el de mousse s'y fixent avec une grande facilité. Quelques espèces, comme les A. olearius et Gardneri, oui les lamelles phosphorescentes. Le phénomène est corrélatif d'une fixation d'oxygène sur les matériaux carbonés du Champignon et d'un dégagement d'acide carbonique; et l'on croit que c'est à l'intensité de ces combustions, qui d'ailleurs ne développent pas beaucoup de chaleur, que sont dues el l'activité vitale de ces piaules el leur croissance en général extrêmement rapide. Pour que cet accroissement présente toute son énergie, il faut que l'Agaric vive sur des matières eu décomposition : le bois el les feuilles mortes, les détritus végétaux, le fumier; el cela sans parasitisme proprement dit. 11 y a, nous le verrons, des Agarics qui se cultivent, mais en 1res pelil nombre; avant tous le Champignon de couche, puis les Agaricux atlenuatus, Palomct:, etc.

Il y a bien des laçons de classer les Agarics. On peut n'admettre, pour loul l'ensemble, qu'un seul genre; ou bien l'on peut considérer comme autant de genres distincts une cinquantaine de groupes dont l'énumération va suivre, el qui, dans la première alternative, seraient des sous-genres du grand genre Agaric; dans la dernière, des genres de la f.imille des Agaricinés.

Suivant que les spores sonl blanches ou colorées, on dislingue des Agarics leucosporûs cl des il. chromospurés (De Seyues). A. Leucosporés. On les partage en :

\° Lcnzilôs, à réceptacle dur, ligneux, et pérenne (genres Lenzites, Schizophyllum, Hymenogrnmmé) ;

2° Xêrotés, coriaces, charnus et revivisccnls (genres Xevotus, Lenlinns, Trogia, Panus, Pterophyllus, Marasmius);

3° Armillariés, àslipe et chapeau charnus (genres Armillaria, Plcurotus, Triclioloma, Clytocibe);

4" Coilybiés, à chapeau el slipe charnus, ce dernier coriace (genres Collybia, Mycena, Omphalia);

5° Russulées, à lamelles connées avec le corps du chapeau el ne s'en séparant pas (genres liussîda, Lactarius, Hygrophorus, Nyctalis, Cantharelius) ;

6° Amanitées, à lamelles el stipe non connés avec le corps du chapeau (genres Amanila, Lepwtà).

B. Ciuto.MOSi'ORÉs. Ils sont divisés en :

7° Hyporhodiés (Volvàriés), à spores roses ou saumonées (genres Volvaria, Enloloma, Eccilia, Nolonea, Plutius, Leslonia);

8° Derminés (Pholiotés), à spores ochracées, ferrugineuses ou olivâtres (genres Pholiota, Naucoria, Galera, Ilebeloma, Flammula, Bolbitius, Crepidotus, Gomphidius, Paxillus, Cortiuariu&);

9° Pratellés, à spores d'un pourpre devenant noirâtre (genres Psalliota, Pratclla, Psathyra, Ilyphotoma, Slropharia, Psilocybe))

10° Mélanosporés (Coprinés), à spores noires (genres Coprinus, Psathyrella, Panœolus, Montagnites).

Ce groupement une fois établi, ne nous attachant, dans un ouvrage de celte nature, qu'au côlé pratique, nous diviserons artificiellement les Agarics de notre pays en trois catégories qui sont :

A. Celle des espèces vénéneuses;

B. Celle des espèces douteuses, constituant un aliment suspect, peu agréable ou malsain, et dont il convient, faute de mieux, de s'abstenir;

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