‹ Traité de botanique médicale cryptogamique [electronic resource]Chapitre 8 sur 15 · C. Celle des espèces comestibles · texte numérisé non relu

C. Celle des espèces comestibles

Le nombre des espèces de la troisième catégorie est assez considérable ; plus encore celui de la deuxième. Mais, d'après un mycologue extrêmement expert, M. Boudier, auquel nous devons les excellents dessins d'Agarics qui figurent dans cet ouvrage, le nombre des espèces de la première catégorie étant en réalité très restreint, il nous paraît préférable de décrire d'une façon quelque peu détaillée chacune de ces espèces, à la connaissance desquelles on arrivera facilement avec un peu de pratique, et qu'on écartera avec soin, de môme que, autant que possible et pour plus de sécurité, celles de la deuxième catégorie.

Agarics vénéneux.

Il n'est pas, en effet, possible, et l'expérience de chaque jour le démontre, de donner des caractères généraux cl absolus pour reconnaître qu'une espèce est vénéneuse ou ne l'est pas. Nous ne sommes plus au temps où l'on considérait les Bolets comme comestibles, tandis qu'on repoussait les Agarics en général, en ne faisant guère d'exceplion que pour le Champignon de couche el quelques autres espèces; non plus qu'à l'époque ou l'on s'abstenait avec soin de tout Champignon dont s'échappait un suc lactescent. Nous avons vu que l'Agaricas deliciosus est précisé-

ment dans ce cas. 11 esl bon, sans doute, de s'abstenir des espèces qui onl une odeur aauséeuse, une saveur acre et qui, au contact de l'air, perdent leur teinte blanche pour se colorer rapidement, par oxydation, en jaune, en brun, en rouge, ou en bleu. Mais le môme A. deliciosus, dont il vient d'être question, verdit au moindre froissement. D'ailleurs la cuisson fait disparaître l'odeur désagréable de la plupart des espèces, qui n'en sont pas toujours moins vénéneuses alors qu'elles l'étaient crues; et uneespèce telle que l'Agaric poivré qui, sous le nom de Prévat, est, sans être délicieux, recherché comme aliment dans plusieurs de nos provinces de l'est et du midi, a, quand il esl cru, une saveur tellement terrihle el une action si caustique sur la muqueuse buccale, qu'on se croit aisément empoisonné quand on en a mâché quelques fragments crus. On a conseillé de s'abstenir des espèces qui tachent les lames de fer et surtout l'argent; d'où la recommandation de faire cuire avec une cuiller ou une monnaie d'argent les Champignons suspects. Cependant nous voyons que, dans un assez grand nombre de cas d'empoisonnements, les pièces d'argent n'avaient point noirci. Gérard avait préconisé l'usage de l'eau vinaigrée pour rendre tous les Champignons, quels qu'ils fussent, innocents. Peut-être connaissait-il ce qui se fait depuis très longtemps en Russie. Les espèces destinées à la consommation sont macérées dans le vinaigre ou dans la saumure. On les conserve ainsi pendant longtemps. Au moment de s'en servir, on rejette tout le liquide dans lequel les Champignons avaient été conservés cl on les fait ensuite bouillir pendant quelque temps. Gérard laissait macère! les champignons pendant plusieurs heures dans l'eau Vinaigrée; puis il les faisait bouillir un quartd'heuredans l'eau, les essuyait cl se flattait de consommer de la sorte sans danger les espèces les plus vénéneuses. Une commission o'ficielle constata les bons effets du procédé; et cependant nous ne conseillerions à personne de manger des Champignons dangereux traités de celte façon; car il suffirait pcul-Clre du moindre écart dans l'observance du procédé pour produire, avec certaines espèces du moins, les accidents qu'on se proposait d'éviter. 11 ne faut pas non plus se figurer qu'un Champignon esl bon parce qu'il esl rongé par les limaces ou les insectes; ces animaux attaquenl souvent les espèces les plus dangereuses.

Le mieux esl donc d'apprendre à connaître individuellement, pour les proscrire, les Agarics vénéneux dont les descriptions sommaires vont suivre. La plupart des accidents seront conjurés, cl des populations entières cesseront de perdre une quantité énorme de substances alimenlaires, le jour où, dans les grandes villes, les conseils el commissions d'hygiène auronl des notions suffisantes sur les caractères des Champignons comestibles ouvcnéncux;lejouroù, dans les campagnes, des figures c\;ictes, coloriées, des espèces à rechercher ou à rejeter, seront exposées dans les écoles, les mairies ou dans tout autre lieu public- La Fausse-Oronge (fig. 116) appartient aux AmaniU, caractérisés par

CUYPTOGAMKS CELLULAIRES.

un stipe central, avec un volva complet et, sous le chapeau, un voile qui devient à la maturité une collerette. C'est l'A. muscaria Pers. (Ayaricus

Fig. 116. — Amanita muscaria.

muscarius L. - A. aurantiacus Bull.), encore nommé Tue-mouches, Faux Jaseran, Royal Picotât, Crapaudin roux. C'est une très belle espèce, qui atteint environ deux décimètres de hauteur et plus d'un déci-

88 TRAITÉ DE llnTANIQUE MÉDICALE CKTfPTOGAMIQTJE.

mètre de diamètre, cl donl le stipe épais csl cylindrique, plein, puis creux, hhuic, renflé à sa base où l'entourent les restes peu développés de la volve, formant plusieurs cercles concentriques, peu -nets, blanchâtres. Le chapeau, d'abord à peu prés sphérique, puis ouvert cl étalé, a la chair blanche et est recouvert en-dessus d'une pellicule d'un rouge vermillon, ou un peu orangé, parsemée çà et là de particules blanches généralement nombreuses, inégales, qui sont aussi des restes de la volve. Les la m cl les sont nombreuses, serrées, libres, blanches. Les spores sont sphériques, apiculées, blanches. L'odeur de cette espèce csl nulle quand elle est fraîche; sa saveur est légèrement douceâtre, sans âcrelé ni amertume. Elle est commune dans les bois découverts pendant tout l'automne, plus rare dans le midi que dans le nord. C'est elle qui a vraisemblablement produit le plus d'accidents d'empoisonnements, et il faut s'en abstenir. Elle se trouve cependant quelquefois sur les marchés; et dans plusieurs localités du midi, du sud-est, en Allemagne, etc., on la mange parfois en prenant certaines précautions pour la préparer, en la faisant longtemps bouillir, en jetant l'eau d'ébullilion cl en laissant ensuite macérer le Champignon dans une eau qu'on renouvelle au moins tous les jours. Il renferme (Boudicr) de la Bulbosinc, de la Yiscosinc, de la Mycétine, du glucose, du tannin, des acides, des sels cl une matière d'un rouge safrané, àerc, acide, peu amère, voisine de l'Amanitine, ayant l'odeur du tabac et formant avec les acides des sels qui cristallisent. C'est à celte substance et à la Bulbosinc que paraissent ducs les propriétés toxiques de la planle.

Ce qui rend celle-ci dangereuse esl la facilité avec laquelle on la prend pour l'Oronge vraie (Amanita cœsarea Peus. — Agaricus cœsareus Scop. — A. aureus Batsch), l'une des plus recherchées des espèces comestibles. Celle confusion n'est pas à craindre dans le nord de la France, car l'O. vraie csl une espèce méridionale qui ne dépasse guère l'Orléanais et qui esl bien l'are autour de Paris. Dans le midi même, elle habite les zones plus basses cl plus chaudes que celles où croît la Fausse Oronge. D'ailleurs, à très peu d'exceptions près, les parties qui sont blanches dans la Fausse Oronge, pied, collerette cl lames, sont d'un beau jaune d'or dans la vraie. Elle n'a de blanc que la volve, cl celle-ci enveloppe assez longtemps loul le réceptacle, de façon que le Champignon apparaît en ce moment comme un œuf planté sur sa petite extrémité. Tins lard, la volve forme un sac épais, luhuleux, très développé, autour de la base du slipe, et la surface convexe du chapeau n'en porte aucune trace, ou seulement deux ou trois larges lambeaux irréguliers. Celle espèce a une saveur agréable, cl son odeur est peu prononcée. Elle croît surtout dans les bois de pins, de châtaigniers, après les pluies de la (in de l'été.

L'Oronge citrine ou Oronge Cigui î jaunâtre (lig. 117) csl VAmnnita Mappa (A. citrina Peus. ?— Agaricus Mappa, Batscii. — A. bulbosus

Bull. — ? A. citrinas Scilasff.) et est, suivant plusieurs auteurs, plus redoutable encore que l'espèce précédente. Elle a un slipe cylindrique,

Elu. 117. — Amanita Happa.

«levé, plein d'abord, puis creux, blanc, à base renflée, bulbiforme, '»olle, entourée d'une base de volve persistante, à bord coupé droit, à

00 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPtOGAMIQUE.

portion inférieure située sous le sol et de couleur brunâtre. Le chapeau, d'abord convexe, dévient finalement presque plan, à bord circulaire lisse, d'une couleur citrine ou jaune pâle, parsemée de débris de la volve, représentés par des particules tomenteuses, blanchâtres, puis légèrement ochracées, parfois entraînées par les pluies. Au dessous de la portion supérieure du slipe se voit un reste de voile blanc, retombant en forme de manchette persistante. Les lames du chapeau sont libres, blanches. Les spores sont presque orbiculaires et brièvement apiculéés. Cette espèce, haute d'environ deux décimètres, est d'abord inodore; puis elle acquiert une odeur vireuse après la maturité. Sa saveur esl faible au début, plus tard d'une certaine àcrelé. Elle se trouve dans les bois en été et en automne. Elle est, nous le répétons, très vénéneuse.

L'Oronge bulbeuse a été souvent confondue comme simple variété avec la précédente dont elle a tous les caractères essentiels, avec une teinte blanche uniforme. C'est YAmanita bulbosa Pers. (Agaricus bulbosus SciijEff.). Elle se dislingue surtout par sa coloration. Son chapeau, d'abord convexe, esl d'une belle couleur blanche, roussissant légèrement après la maturité; mamelonné et non visqueux, plus ou moins recouvert de particules tomenteuses provenant de la volve, souvent nulles. Le pied est cylindrique, plein ou ne devenant creux qu'à un âge avancé, dilaté à sa base en un renflement bulbiforme, recouvert d'un reste de volve persistant, souvent d'un brun pâle et enfoncé en terre. Le voile est blanc, persiste et se redresse fréquemment. L'odeur esl nulle; la saveur douceâtre, puis àcre. C'est une plante Irès dangereuse, à effets vénéneux tardifs et persistants. Sa couleur blanche esl la cause de nombreuses erreurs, cl l'espèce est souvent confondue avec la Houle de neige et d'autres Agarics blancs et comestibles.

L'Oi'onge verte (fig. 118) esl YAmanita phalloides Quel. (A. viridis Pers. — Agaricus phalloides Bull.). C'est une espèce de la taille à peu près des précédentes, à stipe blanc, plein, puis creux, persistant. Le chapeau esl globuleux, puis hémisphérique ou obtusément campanulé ; le bord lisse ; la surface d'un jaune verdâtre qui va parfois en s'accentuanl davantage vers le sommet où s'observent souvent des sli iés linéaires, ténues. Le bord est lisse, cl l'ensemble est fréquemment visqueux par les temps humides. Il n'est pas rare de trouver à la surface un ou deux fragments irréguliers, blancs, de la volve. Les lames sonl nombreuses, serrées, libres, blanches. Les spores sonl presque sphériques, avec un court apicule. Le voile persiste autour du pied sous forme d'une manchette descendante, blanche. Ce Champignon a une odeur cl une saveur très faiblement vireuses. On le trouve dans les bois, en été el en automne. C'est une espèce des plus vénéneuses, produisant des accidents choleriformes, d'ordinaire tardifs, souvent mortels. Il n'y a d'ailleurs guère de Champignon comestible avec lequel on puisse confondre celui-ci.

L'Oronge panthère (fig. 119) esl Y A manita panlherina Quel. (Agaricus

pantherinus Fries). C'est encore la Fausse Coulmelle ou Faux Missiê et le Crapaudin gris du Midi. De la taille à peu près des précédentes, cette espèce a un pied plein, puis creux, à peu près glabre, blanc, renflé

Fie. 118. — Amanila phalloides.

h sa base ou il porte un reste de volva , à bord ordinairement double ou tnp e, sinueux et peu nettement découpé. Le voile est oblique, retombant, un pcu ln6galcment dccoupé> b)anchàlre> assez raremcnt persis

tant. Le chapeau, ferme, ouvert, à bords finement striés, à chair

blanche, est recouvert d'une pellicule visqueuse, d'un brun un peu rougeâtre, parsemée de fragments verruqueux el blanchâtres, provenanl de la volve. Les lames sont blanches et libres ou à peu près. Les spores sont blanches, presque sphériques, et apiculées. Celte espèce aune odeur faible, une saveur douceâtre d'abord, puis vireuse. Elle croit dans les clairières des forêts, les bois découverts el montueux. Elle est très vénéneuse cl se rapproche beaucoup par ses propriétés de la Fausse-Oronge. Ce qui la rend surtout dangereuse, c'est sa ressemblance avec l'Oronge vineuse (Amanita rubescens Pers. — Agaricus rnbens Scop. — A. ptistulatus Sch.'eff. — Jlypophyllum maculatum Paul.). Celle-ci, souvent nommée Missié, Golmotte franche et Golmotte franche, est bonne à manger, quoique souvent un peu amère. Elle est néanmoins recherchée en Lorraine el dans quelques autres provinces.

Elle se distingue par un pied qui, jusqu'au voile et à la face

inférieure du voile lui-mê ,

est de même teinte ou à peu

près que la sur l'are supérieure du chapeau, tandis qu'il est blanc audessus du voile, c'est-à-dire de même couleur que les lames. Le chapeau, arrondi, puis ouvert, à bord non strié, est recouvert d'une pellicule roussàlrc, saupoudrée des particules verruqueuses, farineuses, rapprochées, rougeâtres ou vineuses de la volve. La chair rougit plus ou moins à l'air. La plante se trouve, en été el en automne, dans les taillis et les clairières des bois.

L'Oronge printanière (Amanita verna Pers. — ? Jlypophyllum virosum Paul.) (fig. 120) est aussi une espèce vénéneuse, aussi dangereuse que l'O. verle dont on l'a considérée comme une variété. Sa taille est la môme. Elle a un pied blanc, plein, puis creux, qui s'amincit de La base au sommet. Le renflement bulbaire de sa base csl entouré de la base du volva, dont la partie supérieure est déchirée el soulevée parle chapeau. Le voile est blanc, retombant, persistant. Le chapeau est con-

FlG. 1 10. — Amanita pantherina (J).

vexe, plus ou moins mamelonné, blanc, lisse sur les bords. Les lames sont assez larges, lisses, blanches ; les spores sphénques, apiculées, blanches. L'odeur de celte espèce est nulle; sa saveur, faible d'abord el • plus lard àcre. Celte plante est plus commune dans le midi que dans le

Fie. 120. — Amanila verna.

nord; elle s'observe en élé et en automne. Ses effets sont lents à se produire, ma.s souvent terribles. C'est une espèce qu'il faut absolument rejeter, aussi dangereuse que l'A. bulbeuse. L'Oronge élevée (figi 121) est YAmanita txcelsa (Agaricus excel-

sus Fr.). Celte espèce atteint au moins 2 décimètres de haut, sur 15 cea timètres de diamètre. Son pied est cylindrique, légèrement bulbeux à sa base et écailleux au-dessus de son collet blanc, rabattu, finement strié, La volve, généralement fugace, est presque toujours cachée sous le sol, d un blanc terreux. Le chapeau est d'abord sphérique, puis légèrement convexe ou môme plan, charnu, fragile, de couleur gris souris

Fie. 121. — Amanita excelsa (N.

ou gris fauve, un peu plus foncé au centre; il est parsemé de squames verruqueuses, larges, enflées, disparaissant bientôt, qui sont des restes delà volve. Les bords sont lisses ou parfois un peu striés dans un âge avancé. Les lames sont libres, inégales, ventrues, arrondies en arrière étroites, épaisses, à bords très finement crénelésj et ne laissant pas de stries sur le slipe. Celle espèce esl assez rare dans les bois; elle a une chair ferme, blanche et appétissante, et son odeur n'a rien de désa-

gréable. Su saveur rappelle d'abord celle du Champignon de couche. C'est cependant une piaule 1res vénéneuse.

Les Volvaria n'ont ni voile ai collerette, mais ils ont un volva complet. Le V. specioa Gill. (Agaricus speciosus Fuies) est la Volvaire blanche (tig. 122). C'est [un grand Champignon (environ 2 décim.), qui a un long pied blanc, graduellement aminci en haut, dilaté vers sa base où l'en-

FlC. 122. — Volvaria speciosa.

lourc une volve engainante, enfoncée dans le sol. plus ou moins velue, et un chapeau d'abord largement campanulé, puis étalé, plus ou moins mamelonné, blanchâtre, très visqueux en dessus par les temps humides, à bords lisses. Les lames se rapprochent autour du pied en une sorte de collier, peu prononcé ; elles sont nomhreuscs, pressées, de couleur rosée. Les spores, de même teinte, sont ovoïdes, courlemenl apiculées. Celle

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espèce a une odeur cl une saveur désagréables, vircuses. Elle se rencontre on automne, dans les champs, au bord des labours. Elle est extrêmement vénéneuse et très redoutable, parce qu'elle a pu être confondue avec le Champignon de couche elles Boules de neige, à cause de sa blancheur et de la couleur rosée de ses lamelles.

Il y a dans le Midi une Volvaire grise (Volvaria gloiocephala Qukl. — Agaricus gloiocephnlus DC.) qui n'esl pas moins vénéneuse et qui a en effet la surface supérieure du chapeau d'un gris fuligineux cl visqueux par les temps humides, avec un pied grisâtre el fibrilleux-villeux. On pourrait aussi, à cause de la couleur rosée de ses lames, confondre cette plante avec certaines formes de Psalliota qui possèdent une collerette.

I'ig. 123. — RussuLa emetica.

Les Russula doivent leur nom à ce que la couleur de leur chapeau est souvent roussâtre en dessus. Ce sont des Champignons à chapeau charnu, d'abord convexe, puis plan ou même déprimé. Leur slipe est fort, non corliqué, lisse, spongieux à l'intérieur et se confondant avec le chapeau. Les lames sont rigides, fragiles, égales entre elles, souvent bifurquées ou anastomosées, dépourvues de suc laiteux. Les spores sont sphériques, blanches ou jaunâtres, â surface verruqueuse. Il n'y a ni voile, m volva. Ce sont des plantes généralement syl viroles.

Le R. emelica F», (ûg. 1*23) est la plus célèbre des Russules comme dangereuse cl toxique. Dans l'est, on le nomme Faux-Fayssô. Son chapeau est lisse, à bord mince cl strié. Sa pellicule est d'un rouge plus ou

moins foncé : elle se sépare facilement, sur les bords, du tissu môme du chapeau; et ce tissu est blanc, mais ordinairement plus ou moins teinté en rougeàtrc sous la pellicule de la face supérieure. Le pied est blanc ou légèrement tacheté en rougeàlre, ferme, puis cassant, spongieux à l'intérieur. Les lames sont égales, libres et blanches. Les spores sont sphériques-apiculées, verruqueuses, blanches. Celle espèce est très commune dans les bois ombragés, en été et en automne. Elle n'a pas d'odeur; mais sa saveur est àcre. Elle passe en général pour très vénéneuse; et Krapf, de Vienne, a observé que son principe toxique n'est détruit ni par l'ébullition, ni par la dessiccation.

Les Lactaires sont charnus, à trame vésiculeuse, mais ferme. Us ont

un chapeau déprimé ou ombiliqué, avec des lames simples, inégales, adhérentes au pied, lactescentes, sans volve ni voile. Les spores sont sphèriques, verruqueuses, blanches ou jaunâtres; Le suc propre esl laiteux, blanc, jaune ou rouge.

Le Lactarius pyrogalus Fn. (fig. 124), ou Lactaire brûlant, est YAgaricus pyrogalus Pers. C'est une espèce à slipe cylindrique, aminci tout d'un coup à sa base, rectiligne ou assez souvent courbé, dilaté en haut en un chapeau d'abord plan-convexe, puis déprimé au centre, jrlabre, d'un cendré livide, à zones concentriques plus ou moins marquées, un peu plus foncées. Les lames sont adnées-décurrcntcs. minces, distantes, d'un gris souvent jaunâtre. Les spores sont sphèriques, à papilles échi-

Fig. 124. — Laclarius pyrogalus.

nulées,de couleur blanche. Un lail blanc, à saveur très àerc, découle des lames en quantité variable. L'odeur de celle espèce est à peu près nulle ; elle croît en été et en automne, dans les bois ombragés. On s'accorde il la regarder comme très vénéneuse, et on l'a môme déclarée le plus àcre de tous les Agaricinés.

Le Lactaire roux (fig. 125) a la même réputation. C'est le Lactarius rufus Fa. (Agarims rufus Scop.), le Calalos ou Raffoult. Son pied est plein, puis légèrement creux, ferme et cassant, d'un brun rougeâtre, comme le chapeau qui est plan-convexe, puis déprimé autour du mamelon central, ou parfois même en entonnoir, glabre, brillant, non

Fig. 125. — Laclarius ru/us.

visqueux. Les lames sont décurrentes-adnées, rapprochées, d'un brun plus pale que le reste de la plante. Les spores sont blanches et verruqueuses-échinulées. L'odeur de ce Champignon est nulle; il est gorgé d'un latex blanc, insipide d'abord, puis d'une saveur acre et très brûlante. L'espèce est assez commune, l'été et l'automne, dans les bois de pins. Suivant bien des auteurs, c'est le plus dangereux des Lactaires. Le contact de son lalex avec la langue détermine après quelques instants une sensation brûlante des plus pénibles et des plus tenaces. On a malheureusement plusieurs fois confondu l'csppce avec le L. Volcvius Fries, la Vachette ou Vio, Rougeole à lait doux, qui a la même forme, mais

CRYPTOGAMES CELLULAIRES. yj qui est d'un jaune fauve cl rougeâtre, plus pâle, et dont le lalex a une saveur douce; de sorte qu'on peut le manger cru et qu'il est partout très estimé. On dit môme que son lalex constitue une boisson agréable.

Un grand nombre d'Agarics, sans être aussi incontestablement vénéneux que les espèces précédentes, sont cependant absolument suspects ou indigestes. Ce sont principalement les Agaricus villalicus, obturatus, Coronilla, duriusculus, {canthodermns, lenuipes, peronatus, flavescens, rubellus,sylvaticus, comatus, squamoéus, clypeolarivs, cristatus,fastigiatus, rimosus, fastibilis, Badhami, viscidus, glutinosus, durus, elœodes, sublateritius, fatcicularis, cruslulmiformis, amaricons, rutilons, ustalis, platyphyllus, saponaceus, acerbus, sulfureus, bufonius, nebularis, clavipes, inversus, œruginosus, tilbo-ryuneus, punis, pelianthinus, serrulatus, euclirous, lividus, cervinus, prunuloides, lorminasus, thciogalus, insulsus, vellereus, conlrovcrsus, albus, ebumeus, Cossus, ftircatus, Qudetii, pectinotus, adustus, consobrinus, nigricans, fragilis, sardonius, ruber, inleger, ochraceus, geogenius, olearitis, stypticus, ntrotomentosus, urens, dryopliilus, etc., pour l'étude détaillée desquels nous ne pouvons que renvoyer aux traités spéciaux.

Bolets

Les Bolets (Boletus) sont des Champignons-Basidiosporés dont l'hyménium tapisse des tubes placés sous le réceptacle et accolés les uns aux autres. Leur mycélium, filamenteux, blanc ou jaunâtre, est apparent, ce qui les distingue surtout des Polypores. Le réceptacle se compose d'un slipe qui supporte un chapeau charnu. Il n'y a point â la base du slipe des débris de volve, comme dans les Agarics; mais il y a souvent un voile partiel, quoiqu'il soit très rare de voir celui-ci persister sous forme d'anneau vers la partie supérieure du pied. Les tubes hyméniaux couvrent la face inférieure du chapeau, et leurs porcs sont de forme variable : arrondie, polygonale ou irréguliere. Sous l'influence d'une traction, les tubes se séparent facilement des autres et aussi du réceptacle. L'ensemble des bords inférieurs des tubes forme une surface d'abord concave, souvent ensuite plane ou convexe. Ces tubes sont souvent colorés d'une façon très intense, et tranchent par lâsur la teinte blanche ou plus pâle du réceptacle. 11 y a beaucoup de Bolets qui, déchirés, ou coupés, prennent vite, au contact de l'air, des teintes grises, bleues, vertes, rouges, brunes ou noirâtres. On les considère en général comme nuisibles, et il y a probablement lâ une exagération qui fait â tort rejeter des espèces comestibles. Portées par des basides insérées sur la surface interne des tubes hyméniaux, les spores sont en général allongées, fusilbrmes, blanches, jaunes, rosées, brunes ou grisâtres. Aussi Frics avait-il distingué les Bolets en

Dermini, Ochrospori, Hyporrhodii et Leucospori, suivant nue leurs spores étaient brunes, ochracées, rosées ou blanches, hyalines

Comme pour les Agarics, nous décrirons d'abord avec quelques détails les espèces de Bolets qui sont franchement vénéneuses

Le Cèpe du diable (%. 126) est le Boletus Satanas Lenz. Son chapeau est convexe, glabre, d'un brun jaunâtre pâle, à peine visqueux par les temps humides. Son pied est épais et bulbilorme, atténué au sommet renfle a la base, et d'une teinte jaunâtre sur laquelle se dessine un tulle pourpre plus ou moins prononcé. L'hyménium, presque libre, est formé de tubes jaunes, à pores petits et arrondis, d'un rouge pourpre. Les spores sont oblongues, apiculées, jaunâtres. La chair est blanchâtre; au contact de l'air, elle devient rouge ou violacée; elle est inodore, et sa saveur

Fie. 126. — Boletus Satanas (.}).

est douceâtre, non amère. C'est une espèce très vénéneuse, qui croit dans les bois en été et en automne.

Le Cèpe luride ou perfide (fig. 127) est le Boletus luridus ScmEFF (B. tuberosus Bull. — B. rubeolarius Bull. — Tubiporus Cepa Paul. — T. livido-rubricosus Paul. — Ceriomyces crassusBxrT.). On le nomme encore Faux Cèpe, Oignon de loup, Ceps fol, Pissacan rouge, Ferrier, Bruguet fol, Cul de Saoumo, Massaparen, dans le Midi. Son chapeau est plan-convexe, lomcnleux, d'un brun olivâtre, puis pâle, puis plus foncé. Son slipe est allongé-claviforme, d'un brun jaunâtre, marqué, surtout en haut, d'un fin tulle purpurin. L'hyménium, presque libre, est formé de tubes jaunes, puis d'un jaune vcrdâlre en vieillissant, à pores petits, arrondis, d'un rouge pourpré. Les spores sont oblongues, api-

culées, roslrécs, jaanfttr.es. Sa chair, d'abord ferme, à peu près inodore, à saveur douceâtre, bleuit fortement dès qu'elle est exposée à l'air. L'espèce, commune dans les bois, sur les gazons ombragés, en été et en automne, est très vénéneuse; elle tue les animaux, et l'homme doit s'en abstenir. Il y a néanmoins des pays où on la mange, ce dont on a cité de nombreux exemples, qui se rapportent à la Sibérie, à la Prusse (Ascherson) et même à certaines localités françaises. Mais il est possible que La façon de la préparer atténue beaucoup le poison.

Le grand danger que présentent ces espèces, c'est qu'on peut les confondre et qu'on les confond souvent avec le véritable Cèpe, ou C. franc, G. d'automne, C. de Bordeaux, etc. (fig. 128), qui est le Boletus eduiis Bull., la meilleure espèce du genre et celle qui se mange le plus. Celle-

Fic. 127. — Boletus luridus (Jï.

ci est caractérisée par un chapeau arrondi, puis presque aplati, glabre, cl d'un brun fauve, assez souvent humide. Son pied est cylindrique dans le type de l'espèce, presque régulier, recouvert dans sa portion supérieure d'un tulle ou réseau à mailles fines, composé au jeune âge de fils blancs. L'hyméniumest formé de tubes étroits, allongés, presque libres, s'ouvrant inférieuremenl par des pores étroits, blanchâtres, puis jaunes, et finalement d'un jaune verdâlre. Les spores sont fusiformes, obtuses, olivacées. Cette espèce a la chair blanche, à odeur (de champignon) douce et assez agréable. L'espèce se trouve dans les bois clairs, sur les pelouses des avenues d'arbres peu ombragées, pendant l'été et l'automne, ordinairement à deux reprises distinctes : juillet d'une part, septembre de l'autre, avec des variations suivant les années. C'est un des champignons que

préféraient les Romains. On le mange frais et conservé de diverses manières, principalement desséché. Il a une variété à gros pied (pachypus), dont le stipe a la base renflée en forme de poire, cl qui est très recherchée. Il ne faut pas la confondre avec le B. pachypus Pries, espèce

Fie. l'28. — Boletus edulis.

très vénéneuse, dont le chapeau est d'un blanc jaunâtre pâle, et dont la chair blanchâtre bleuit au contact de l'air au niveau du chapeau, tandis qu'elle devient brune dans la portion inférieure du stipe. On peut considérer aussi comme de simples variétés du B. edulis, le Cèpe bronzé ou Tête de nègre (B. œneus Bull.), qui a un chapeau dur, d'un brun

presque noir, généralement bordé d'un bourrelet blanc, et un stipe bulbiforme, jaunâtre ou brun clair, réticulé, et le B. reliculatus Boud. (Cèpe d'été), qui a un chapeau d'un brun pâle, comme marbré, et un stipe de même teinte, réticulé jusqu'à sa base, et qu'on observe de mai à juillet, dans les bois aérés, surtout ceux de Chênes et de Châtaigniers.

Le Cèpe gris ou Bolet rude (Boletus scaber Pers.) et le Cèpe orangé ou Roussin (B. versipellis Fr. — ? B. aurantiacus Pers.), qui sont peut-être deux variétés d'une seule et môme espèce, sont très voisins des Bolets précédents et s'en distinguent principalement par leur stipe bien plus allongé, plus ou moins chargé de papilles squameuses et brunâtres. Ce sont des plantes comestibles, moins bonnes que la précédente en ce sens que leur pied, surtout à un âge avancé, est coriace et doit être rejeté. Le chapeau, plus petit et souvent plus convexe, est visqueux dans les temps humides, d'une couleur grisâtre dans le B. scaber, d'une teinte orangée plus ou moins brune dans le B. versipellis. C'est à tort que ces Bolets ont été indiqués comme suspects ou nuisibles. Us sont comestibles, sans être recherchés; ils abondent dans les bois en été et en automne.

Comme il ne nous est pas possible de donner une description détaillée de tous les Champignons comestibles de notre pays, nous nous bornerons à reproduire la liste donnée récemment par deux auteurs très experts, MM. Bichon et Bose, des espèces qui peuvent être mangées et que ces auteurs divisent ainsi qu'il suit, en trois catégories :

1° Espèces très recommandables. — L'Oronge vraie, le Champignon de couche, la Boule de neige des champs, le Champignon sanguinolent, la Grande Coulemelle, le Grand Coprin (très jeune), le Mousseron, le Lactaire sanguin, la Vachette (surtout crue), l'Oreille du Peuplier, l'O. de Chardon, la Souchette, la Corne d'abondance du chêne, la Girole ou Chanterelle, la Chanterelle pourpre, la Trompette des morts et le Faux Mousseron, ces deux espèces comme condiments; la Nonnette voilée ou Cèpe jaune, la Nonnette ou Cèpe pleureur, le Cèpe d'été et le C. d'automne, le C. bronzé, la Croquette des Sapinières, le Hérisson, les Morilles, la Morillelte blanche et la M. brune, les Truffes noires.

2° Espèces recommandables à divers titres. — L'Oronge vineuse, la Volvaire livide ou Griselte, la Boule de neige des bois, la B. des prés, la B. bâtarde, la Coulemelle bâtarde, la Petite Coulemelle, la C. chauve, la Caussetta de Nice, le Champignon du Peuplier, les Pivoulades, la Peuplière, le Précoce, la Colombettc, le* Gros et le Petit Pied bleu, le Mousseron d'automne, la Langue de carpe, le Mousseron des haies, le Prévat, le Palomel, le Charbonnier, le Bougillon, le Cèpe orangé, etc.

3° Espèces peu recommandables. — L'Oronge blanche, la Volvaire orangée, la Grande Souchette, l'Améthyste, le Lactaire poivré blanc, la Bussule pourpre, le Virginal, la Langue de bœuf ou Fisluline, les Coralloïdcs jaune et pourpre, les Lycoperdons, la Morille bâtarde, les Pezizes, etc.

Nous nous bornerons ;'i donner quelques détails descriptifs sur quelques-unes de ces espèces, mais seulement, pour le moment, parmi celles qui appartiennent aux Basidiosporés.

Les Boules de neige doivent leur nom à la couleur extérieure el à la forme primitive de leur chapeau. La B. de neige des champs est le Psalliota arvensis Quél., très voisin du Champignon de couche. Kl le est comestible, de même que la B. de neige des bois (P. Vaillantii), la B. de neige des vignes (P. cretacea), la B. de neige des forêts (P. sylvicola), la B. de neige des prés (P. pratensis), la B. de neige niçoise (P. bitorquis) et la B. de neige bâtarde (Lepiota holosericea Gill.) ; tandis que la Fausse B. de neige (Psalliota xanlhoderma), dont le chapeau est blanc d'abord, puis chargé de fibrilles jaunâtres, est une espèce éminemment suspecte. Le Champignon sanguinolent (Psalliota hœmorrhoidaria Kalchbr.), qu'on a cru parasite sur les racines des Chênes, est une très bonne espèce comestible.

La Grande Columelle, Colmelle ou Coulemelle, est le Lepiota procera Quel. (Agaricus procerus Scop. — A. colubrinus Bull. — Hypophyllum Columella Paul.). C'est le plus élevé de nos Champignons, car il peut atteindre plus de 40 centimètres. Il a un chapeau ovoïde d'abord, puis campanulé, à surface lacérée en squames épaisses, brunâtres mi même noirâtres, à bords frangés-tomenteux. Le voile est replié sur le slipe, avec un épaississement inférieur cartilagineux cl brunâtre. Assez commun dans les bois de Chênes et de Châtaigniers, ce Champignon est bon, fort estimé dans certaines provinces; mais il convient de rejeter son pied qui est un peu coriace et indigeste.

Les Mousserons sont de bons Champignons. Le véritable Mousseron est le Tricholoma Georgii Quél. (T. albellum Quél. — Agaricus Georgii Fr. — A. albellus Fr. — Hypophyllum aromaticum Paul.). C'est le Blanquet, Maggin cl Braquet du Midi, à chapeau arrondi, puis plan-convexe, souvent crevassé, blanchâtre ou grisâtre, à contours crevassés. Il a une variété jaune (Tricholoma gambassum Gill.), abondante surtout dans le sud de l'Europe. Le M. des haies est VEntoloma sepium, espèce du nord-ouest de la France, croissant sous les haies d'Aubépine et de Prunellier, au moins aussi estimé que le précédent, surtout à Poitiers. Le M. d'automne (Clytopilus Prunulus Quél.), un peu moins bon, se trouve dans nos bois sablonneux. Le Faux Mousseron (Marasmius Oreades Quél. — Agaricus Oreades Bolt. — A. tortilis DC), le Macaron des prés, Sôcadou ou Godaille, est une bonne espèce, quoique bien petite, commune en été et en automne sur les gazons des bois, du bord des champs, etc. Son chapeau est plan-convexe, d'un fauve brunâtre; et ses lamelles, distantes les unes des autres, s'anastomosent irrégulièrement autour du stipe dont, elles sont d'ailleurs éloignées.

La Vachette (Lactaria Volemus Fn.) est assez semblable aux Lactaires délicieux. On la nomme encore Vian, Mo et Rougeole à lait doux (p. 98).

Son chapeau plan-convexe, puis déprimé au centre, est d'un fauve rougeâtre. Son pied est pruineux, de môme couleur que le chapeau, aveedes lames découvertes et des spores blanches. Son lait est abondant, â saveur douce; aussi peut-on manger, môme crue, nous l'avons dit, celte espèce qui croit en été et en automne dans les bois frais et ombragés.

La Girole ou Chanterelle (Canlharellus cibarius Fr. — Agaricus Canlharellus L. — Meruiius Canlharellus Scop. — Hyponevris Canlharellus Paul.) est une des espèces comestibles les plus communes. Son chapeau est de bonne heure très déprimé en entonnoir, d'un beau jaune ou chamois paie, se continuant avec un pied court, de môme couleur, souvent arqué, avec des lamelles écartées, anastomosées, portant des spores blanches. Crue, celte espèce a une saveur douceâtre, puis presque aussitôt piquante, poivrée. Son odeur est agréable. Elle est commune en été et en automne, dans les bois, parmi les mousses et les bruyères. Il faut se garder de la confondre avec la Chanterelle orangée (Canlharellus aurantiacus Fr. — Meruiius aurantiacus Pers.). qui abonde souvent dans les bois de Pins et Sapins, et qui a la même forme, avec un stipe flexueux, un chapeau à bord recourbé, légèrement tomenteux, une teinte orangée pâle, devenant blanchâtre ; car c'est une piaule des plus suspectes.

La Fistulinc ou Langue de bœuf (Fistulina hepatica Fr. — Doletus hepaticus Hûds. — B. Buglossum Retz. — Dendrosarcos hepalicus Paul.) (fig. 129) est un gros Champignon, à chapeau latéral, fixé d'un côté sur le tronc des arbres, principalement sur les Chênes et les Châtaigniers, qui ressemble à un foie d'animal, de couleur rouge sanguin plus

Fie. 129. — Fistulina hepatica (\).

ou moins intense, visqueux, avec ou sans pied unilatéral. L'hyménium esl d'abord blanchâtre puis il présente des petits tubes cylindriques, nombreux, libres, clos d'abord, ensuite déhiscents par un orifice en rosette. Les spores sont d'un blanc jaunâtre, apiculécs. Il y a souvent aussi de nombreuses conidics à la surface du réceptacle, arrêtant le développement du chapeau ou de l'hyménium (J. de Scynes). La chair est rouge, à zones fibreuses, â saveur acidulée. Cette espèce est assez bonne â manger, bile fournit aussi une glu, dite Glu de Chêne.

Polypores

Ce sont des Champignons-Basidiosporés qui sont caractérisés par un réceptacle charnu, coriace, subéreux ou ligneux, dont le tissu descend entre les tubes hyméniaux et forme avec eux une Iramc distincte, mais telle que les tubes ne se séparent facilement ni des réceptacles, ni les uns des autres. Ils s'ouvrent inférieurement par des pores d'abord à peine visibles, puis arrondis ou anguleux, souvent stratifiés. Les basides sont

Fig. 130. — Polijporus fomenlarius. Coupe longitudinale.

portées par la surface interne des tubes. Il y a des Polypores dans presque toutes les régions du globe. Ils sont parfois terrestres; mais la plupart sont fixés, souvent latéralement, surles troncs des arbres. Leurhyménophore est coriace, charnu, lubéreux ou ligneux. Les uns ont un pied central (Mesopus) et un chapeau entier, avec la base du pied de même couleur que le chapeau. D'autres ont un pied latéral et noirâtre à la base (Pleuropus). D'autres encore (Merisma) ne sont pas simples, mais présentent un pied commun d'où partent des chapeaux multiples. Les Alpus ont un ou plusieurs chapeaux, mais manquent de pied. C'est à ce groupe qu'appartiennent

nos espèces médicinales. Dans les Trametes, l'hyménophorc forme avec les tubes une trame homogène. Ce sont des espèces lignicoles, dimidiées ou résupinées.

Le Poiypore amadouvier ou Agaric amadouvier (Polyporius fomentarius Fr. — Boletus arjulatusBvLL. — Fomes fomentarius FR.)(fig. 130) appartient à la section Apus, formée de Champignons simples ou qui ont plusieurs chapeaux parlant d'une base commune, rarement droits, plus souvent horizontaux, et caractérisés, comme le nom l'indique, par l'absence de pied. Ce Champignon est donc scssile, latéralement attaché, au début un peu mou intérieurement, plus lard coriace ou ligneux, semi-orbiculaire ou subtriangulaire, assez souvent en forme de sabot de cheval, atteignant jusqu'à un demi-mètre de largeur. Sa surface supérieure est de couleur cendrée grisâtre ou ferrugineuse, avec des sillons radiants et assez souvent des zones brunes et parallèles aux bords. Sous son épiderme se trouve une sorte de zone corticale, résistante et d'un noir luisant. En dessous se voient les tubes hyméniaux, réguliers, très étroits, d'abord glauques, plus tard bruns ou ferrugineux, de même que la chair du réceptacle.

Cette espèce croît dans presque toute l'Europe, sur le tronc des vieux arbres, principalement des Qucrcinées, surtout les Chênes et les Hêtres. Il vit d'assez longues années, et de façon qu'à chaque belle saison s'ajoute une nouvelle couche de tubes hyméniaux aux anciennes. 11 y a donc des sillons courbes, plus ou moins accentués, qui séparent extérieurement ces diverses couches les unes des autres.

On emploie surtout celte espèce à la préparation de l'Amadou et de l'Agaric des chirurgiens. Pour cela, on enlève dessus et dessous la couche superficielle, la plus résistante, et on fait tremper le reste dans l'eau, puis on bat fortement afin de rompre les parties dures. Quand le tout est bien séché, on bat de nouveau jnsqu'à ce que la masse soit souple et moelleuse au toucher. En cet état, on recherche ce Polypore comme hémostatique, principalement pour arrêter le sang qui s'écoule des piqûres de sangsues ou des plaies de peu d'étendue. Il a été aussi proposé comme dilatant des trajets fisluleux. Quand on veut l'employer pour obtenir du feu avec le briquet, on le trempe dans une solution d'azotate de potasse, afin de le rendre plus combustible. Il est probable que de grandes plaques d'Amadou, appliquées sur les parties douloureuses du corps, seraient excellentes dans les cas d'affections rhumatismales et comme moyen préventif des douleurs.

Le P. soloniensis Fr., qui produit, dit-on, en Sologne un Irès bon amadou, n'est vraisemblablement qu'une variété peu connue et assez rare du P. fomentarius.

Le P. igniarius Fr. (Boletus obtusus DC. — Fomes igniarius Fr.) est Y Agaric du Chêne, Boula, Esca, Sinsa des Languedociens, le Camparol d'amadou des Toulousains. C'est aussi une espèce molle au pre-

mier âge, qui durcit avec l'Age, recouverle d'une mince couche flocculente, finalement blanchâtre. Sa surface est dure, inégale, de couleur cendrée romllée ou d'un fauve noirâtre. Les tubes hyménophoras (fig. 131) sont courts, réguliers, blanchâtres, puis d'un jaune brun La chair est d'abord de la consistance du liège, puis elle devient dure comme du bois. Les couches superposées qui forment la plante se voient bien sur une couche verticale et indiquent plus ou moins exactement son

âge. L'espèce croît communément sur les Peupliers, Saules, Chênes, Pruniers, etc. Son mycélium et ses spores sont toujours beaucoup plus blanchâtres que ceux du P. fomentarius.

L'Amadou qu'on en prépare est généralement trop rigide pour servir d'hémostatique. On ne l'emploie d'ordinaire que pour allumer et conserver le feu. On s'en est aussi servi pour teindre en brun, de môme que du P. hispidus Fr. L'espèce est pour ainsi dire cosmopolite.

On a fait aussi de l'Amadou très combustible avec le Bacodium cellare Pers., trempé dans une solution d'azotate de potasse (Lenz). On pourrait employer de même le Boletus luridus (Palisol-de-Beauvois), le Polyporus betulinus Fn., usité de la sorte en Sibérie, le Bovista plumbea et le Lycoperdon cœlatum (Bulliard). Les gros Polypores servent à faire des sièges, des coussins, des nids artificiels, des vases à fleurs cl même, en Angleterre, de bons cuirs à rasoirs.

Le Polyporus officinalis Fr. est Y Agaric blanc, A. des pharmaciens, A. du Mélèze, A. purgatif (fig. 132). C'est un Polypore sessile, latéralement attaché sur le tronc des Mélèzes, vivants ou morts, à chair molle ou plus ou moins coriace, devenant assez friable quand elle est desséchée, demeurant toujours blanche. Son chapeau très épais a à peu près la forme d'un sabot de cheval, large de 30-40 centimètres île diamètre, très épais, avec la face supérieure lisse, blanche, marquée de quelques zones jaunâtres ou brunes, peu prononcées, se gerçant avec l'âge vers la hase; la face inférieure toute couverte de tubes nombreux, rapprochés, courts, jaunâtres, à orifice peu visible. Toute la plante a une odeur de farine, qui disparaît plus ou moins complètement par la dessiccation, et une saveur assez amère.

C'est surtout dans les Alpes, le Dauphiné, qu'on récolte celte espèce. Elle a été très usitée en médecine comme évacuant, provoquant desvomis-

Fig. 131. — Polyporus igniarius.

Coupe longitudinale de la région hyméniale; b, basides avec spores; d, cystides; h, bypba; s, byménium.

sements el dos purgations. C'est aussi un vermifuge énergique. Dans les montagnes, on l'emploie beaucoup contre les maladies du bétail, surtout des moulons. C'est un succédané de la Noix de galle pour la fabrication de l'encre et la teinture de la soie en noir. 11 n'y a pas longtemps qu'on vantait beaucoup ce Champignon contre les sueurs colliquativcs des phtisiques. Braconnot el Bouillon-Lagrange attribuaient toutes ces propriétés à une résine Acre qu'il contient en abondance. Celle espèce est préférable comme drastique, d'après Tromsdorf, au Jalap el aux Convolvulacées analogues. D'après V. de Bomare, sa poudre guérit les furoncles et les pustules du bétail. En Piémont, d'après 1 1 aller, on avalait un mor-

Fic. 132. — Polyporus officinalis.

ceau de ce Champignon avec du poivre, pour tuer les petites sangsues qui avaient pénétré dans l'estomac avec l'eau des mares et des ruisseaux.

Les Cralerelles appartiennent à l'Ordre des Auricularinés. Ce sont des Basidiosporés dont le chapeau est en général horizontal et lisse, parfois veiné, avec un hyménium intérieur, continu avec l'hyménophore. Le Craterella cornucopioides Pers. (Peziza comucopioides L.) est connu sous le nom vulgaire de Trompette des morts (fig. 133, 134). Il a, en effet, la lorme d'une Irompeltc ou d'un entonnoir allongé. Son chapeau, d'un noir fuligineux, légèrement écailleux ou pelucheux, a des bords sinueux et réfléchis ; il est pourvu en dehors de veines peu saillantes, anastomosées. Son

pied est creux jusqu'à la base, de couleur noirâtre. Par les lemps „lu vieux, on trouve celle espèce en groupes, sur la terre, dans les bois en ele et en automne. On la recherche peu, probablement à cause de sa couleur désagréable; elle est cependant assez bonne à manger.

Les Basidiosporés que l'on a nommés Aculéifères sont principalement les Hydnes (Hydnum) et les Dryodon. Les premiers ont un chapeau stipilé, et les derniers sont dépourvus de slipe ou ramifiés.

Le Hérisson, Rignoche, Barbe de vache, Ursin ou Mouton, est YHyinum repandum L. (Hyppothela repanda Paul.). C'est un Champignon à chapeau charnu, fragile, plan ou plus ou moins déprimé, dont le contour est irrégulier, el dont la face supérieure est blanchâlre ou jaunâtre. Sa face intérieure ou hyméniale est plus pâle, toute chargée de saillies pendantes, inégales, répondant à des plis irréguliers et sinueux

Fie. 133, 134. — Cralerella Comucopia, entier et coupe longitudinale.

de l'hyménium qui porte des basides à spores blanches, pyWormcs et apiculées. On mange cette espèce qui a nue saveur plus ou moins poivrée et une consistance coriace. On mange aussi les H. rufescens Pers. et imbricatiim Fa., qui sont moins bons, mais non vénéneux.

Les Dryodon ont été détachés du genre Hydnum par M. Quélet. Le D. coralloides Quel., ou Corne de cerf, Chevelure blanche des arbres, Coralloïde des arbres, est fixé latéralement aux écorces et formé de ramifications (lexueuscs et enchevêtrées d'où pendent de nombreux aiguillons acuminés, formant une belle masse blanche, puis jaunâtre, couverte de basides à spores blanches. On le récolle en automne sur les liges pourries des Noyers, Hêtres, Sapins, etc.. pour le manger, car il constitue un mets délical. Le D. erinaceus Quel. (Hydnum erinaceum Fr. — Herîcium erinaceum Pers.) est la Houppe des arbres ou Penchinilia. On l'a comparé â une épaulclle blanche, puis jaunâtre, attachée latéralement au tronc des Noyers, des Chênes cl des Hêtres, là surtout où leur écorce est

entamée. Il est fade, mais constitue an aliment agréable quand il est bien assaisonné.

L'II. golatinosum Sgop. est devenu le type d'un genre Tremellodon, à cause surtout de sa consistance gélatineuse. 11 croît sur les troncs de Sapins dans les régions de montagne. Sa couleur est glauque, translucide ou un peu brunâtre. Son slipe est très court, latéral, et ses aiguillons sont peu nombreux. C'est une des espèces qui se mangent crues et sont alors rafraîchissantes, assaisonnées au sucre ou avec quelque sirop de fruits. On l'a indiqué aussi comme aphrodisiaque.

Les Clavaires (Clavaria) sont des Hyménomycètes dont le réceptacle, simple ou plus ordinairement ramifié, arborescent ou coralloide, charnu, est de couleurs très diverses, blanc, jaune, gris, rose, violacé, brun ou noir. Le tissu réccptaculaire est formé de phytocyslcs allongés, à peu près parallèles. Certains d'entre eux s'étirent beaucoup, ne sont pas cloisonnés, et renferment du latex. Le réceptacle est régulièrement recouvert de l'hyménium dont les basides sont munies de deux, trois ou quatre stérigmates. Les spores sont sphériques ou ovoïdes, blanches, jaunes ou rougeàtres. Ce genre esl abondamment représenté chez nous, dans les près et surtout dans les bois. La plupart des espèces sont comestibles quoique souvent coriaces et indigestes.

Le C. Bolrytis Pers. (Fungoides coralliforme Dii.l.) est connu sous les noms de Mainotte et de Coralloide pourpre (fig. 135). Son tronc épais, fragile, supporte des branches touffues, à rameaux courts, rapprochés, irrégulièrement dichotomes, de couleur rose pâle, avec les extrémités bifides teintées de rouge pourpre ou carminées. L'hyménium qui recouvre la surface des rameaux, est constitué par des basides à quatre spores oblongues.

Cette espèce, qui croît assez commu-

Fig. 135. — Clavaria Botrytis.

nément dans les bois frais en automne, a une odeur et une saveur agréables; elle est comestible.

On mange de même le C. /lava Schott (Coralloides flava T.), ou Lorall-ade jaune, Pied de coq, Balai, assez commun en automne dans les bois ombragés; tandis que le C. formosa Pers., la Coralloide incarnate, c un beau jaune orangé, teinté de rose, est tenu pour suspect, de môme que le C. aurea Fn la Coralloide ochracée, qui se trouve d'ordinaire en automne dans les bois de Conifères.

J,!i arpe,,dciChamPi?,,ons-Bilsi^omycètes cultivés en dehors du C. de couche. Cependant on a aussi cultivé le C. du peuplier (Pholiota Agerita

Fries) dans le sud cl le sud-ouest de la France. Il suffit, paraît-il (Desvaux), de frotter avec un individu bien mur de cette espèce une large rondelle de Peuplier, épaisse de quelques centimètres, et qu'on enfouit dans un lieu frais cl découvert, jusqu'à (leur de terre. En opérant ainsi au printemps, on est assuré, dit-on, d'avoir une abondante récolte eu automne. En Italie, on désigne sous le nom de Pierre à champignons (Pietra fungaja) une masse de terre et de pierres, dans laquelle est englobé le mycélium du Polyporus tuberosus Pries. C'est peut-être une simple forme de P. Pes Caprœ Pers. (Hanne), qui est alimentaire dans les Vosges. On recherche beaucoup l'espèce aux environs de Naples ; on place dans des endroits chauds et humides, les blocs, souvent volumineux, de ce Pietra fungaja; on les arrose d'eau de temps à autre, et ils produisent tous les deux ou trois mois une abondante récolle d'excellents Champignons. Transportés dans le nord, ces blocs cessent bientôt de produire. On a souvent cité celle phrase de Bruyerin, médecin de François Pr: Qui ne verrait pas avec admiration des champignons sortir d'un fragment de roche, et qui, détachés de la pierre, sont toute l'année remplacés par d'autres; car il semble qu'une partie de leur pédicule se pétrifie pour grossir la pierre qui en est ensemencée, phénomène qui nous découvre une vie d'un nouveau genre? » En Italie, on cultive encore, sur le marc de café torréfié, VAgaricus neapolitanus Pers., qu'on recherche comme aliment. On s'est vanté d'avoir cultivé méthodiquement bien des espèces donl la reproduction n'était probablement due qu'au hasard.

Exidies

Les Exidia sont représentés par des expansions gélatineuses ou tremblantes, en forme de coupe, d'oreille, de lame corruguée, marginéc. La surface supérieure est plus ou moins sinueuse et ridée, recouverte de l'hyménium, avec des interstices lisses et non papillcux. La surface inférieure est veloutée. Par la dessiccation, ces Champignons prennent une consistance cornée.

L'espèce la plus célèbre comme médicament élail YOreille de Judas (E. Auricula Judœ Fr. — Tremella Auricula Judœ L. — Hirneola Auricula Judœ Berk. — Auricularia Sambuci Pers.). C'est une plante ferme et élastique, formée de deux lames appliquées l'une contre l'autre, sessile, très irrégulière, avec, le plus souvent, une grande échancrure qui compléterait sa ressemblance avec le pavillon de l'oreille humaine. Sa largeur est de 5-0 centimètres. Sa surface supérieure, concave, glabre, mais veinée ou plissée, est d'un brun rougeàtre. Sa surface inférieure est plus pâle, subtomcnleusc et pulvérulente, parsemée de veines divergentes cl proéminentes. On trouve celle espèce sur les vieux troncs d'arbres, notamment sur celui du Sureau noir. C'était un médicament purgatif peti

CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 11:1 usité et qui se trouve encore clans les pharmacies de plusieurs pays de l'Europe. Ses propriétés laxatives ont été mises en doute, parce que la plante est comestible. Rabelais eu parle comme d'un aliment, un plat d'entrée qu'on assaisonnait en salade, « une sorte de Funges, .ssaux des vieux Suzeaulx ».

L'E. glandulosa Fr. est tinctorial; il donne une belle couleur brune et

brillante. .

Ces végétaux étaient jadis confondus dans le genre Tremella. Celui-ci

n'est plus formé aujourd'hui que de plantes aplaties, étalées et ondulées, ordinairement poisseuses, ou en masses plissées, hyalines ou colorées, couvertes à un moment donné d'une poussière blanche que forment les spores. Le T. mesenterica Retz (fig. 136) est une espèce de couleur jaune orangé, ondulée-plissée, variable de forme et de taille, plus ou moins lobée, un peu coriace. On la trouve en hiver et au printemps, appliquée sur des branches d'arbres divers, exposées à l'humidité. Elle est comestible, et donne une sorte de couleur rouge bistrée qu'on a proposé d'employer en peinture.

Fig. 13G. — Tremella mesenterica.

Phallus

On donne ce nom, et eu français celui de Satyres, à des Champignons qui présentent, au sommet d'un stipe creux, un chapeau perforé à son sommet, pourvu d'un bord libre, et marqué à sa surface d'un réseau d'enfoncements polygonaux, excrétant une liqueur visqueuse qui englue les spores. Nous ne connaissons guère que le P. impudicus L. (fig. 137,138) ou Enfant du. diable, Impudique, dont le pied atteint jusqu'à 15 centimètres de hauteur, et est percé à jour d'un grand nombre de pertuis irréguliers. Un large péridiuin, qui d'abord enveloppait tout le Champignon, persiste à sabase sous forme de gaine ovoïde, irrégulièrement rompue. Les enfoncements dont est creusée la surface du chapeau sont tapissés d'une glu verdàlre et d'une fétidité extrême, finalement résolue en liquide glai7 reux. L'espèce croît à la fin de l'été el en automne, dans les bois où son odeur atroce révèle de très loin sa présence. Elle attire les insectes qui se nourrissent de la glu des alvéoles. Son odeur dégoûtante empêche qu'on ne la mange, car il n'est pas certain qu'elle soit nuisible. Les bètes fauves s'en nourrissent quand elle est jeune; les chats en sont, dit-on, friands. Mais on la considère dans les campagnes comme emménagogue et anli-

hystérique. On la fait sécher pour l'administrer en poudre aux bestiaux

maUsmes On dit qu'on peut la cultiver en semant ses spores dans des ondro.ls herbeux. Le P. caninus Huds. est devenu le type d'un genre Cynophallus, parce que son chapeau non perforé est inférieurement adné et adhèrent au stipe. 11 croît parmi les feuilles mortes.

Le Clathrus cancellatus L. (fig. 139) est une plante méridionale, que nous avons vue se développer une fois près de Paris sur des Cannes de Provence récemment apportées du Midi, et qui est remarquable parsa tunique extérieure formée de rameaux charnus et anastomosés en treillage, d'une couleur rouge très vif, avec des mailles irrégulièrement losangiques. Leur surface sécrèle de loules paris un liquide d'odeur infecte qui tombe en déliquescence cl entraîne avec lui les spores. Sa base est entourée d'une volve blanche qui d'abord enveloppait la plante entière. C'est un poison narcotique, et l'on croit encore, dans les campagnes des Landes, que son contact donne des cancers. Son odeur de charogne attire les mouches en foule. On pense qu'il est dangereux de demeurer quelque temps dans une

CRYPTOCAMES CELLULAIRES.

chambre où séjourne ce Champignon (Dadham). Ayman rapporte qu/une femme qui en avait mangé un fragment, éprouva une tension hypogastrique

Fie. 139. — Clalkrus cancellatus.

douloureuse et fut prise de violentes convulsions, puisqu'elle perdit la parole et demeura assoupie pendant plus de cinquante-deux heures. Elle ne guérit qu'au bout de quelques mois. Les paysans cachent ce Champignon

116 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYI'TOGAMIUUK.

sous des las de feuilles mortes, afin que personne ne le louche el ne s'expose ainsi à contracter « la gale ». Il y a sans doule beaucoup d'exagération dans lous ces récils, el l'odeur repoussante de celle espèce l'ail que personne n'est tenté de l'essayer comme aliment.

Les Phalloïdés renferment encore un sucre qu'on a proposé d'utiliser.

Lycoperdon

Ces Champignons, souvent nommés en France Vesseloups, sont des Gastéromycèles à péridium double, déforme globuleuse, membraneux, chargés de petites verrues. Leur chair intérieure, blanche et ferme quand elle est jeune, devient finalement une poussière verdàtre ou jaunâtre qui est entremêlée de filaments. Quand le péridium est mûr, il s'ouvre généralement au sommet et laisse échapper par celte ouverture la poussière qu'il contient et qui est en majeure partie formée de spores.

Le L. gemmatum Batsch (flg. 140) est une des espèces les plus communes de notre pays. Elle représente une sphère de 4-6 cent, de diamètre, blanche, puis jaunâtre ou brune, qui se prolonge inférieurement en un pied plus ou moins long et qui est recouverte de verrues ou papilles fragiles, plus ou moins proéminentes, parfois très saillantes ou même divisées à leur sommet. Celte piaule est commune dans les bois el les friches en été. Son odeur esl assez agréable ; et quand elle est jeune, on l'emploie comme aliment dans bien des campagnes. Mais quand sa chair s'esl transformée en poussière brunâtre, elle passe, à tort ou â raison, pour dangereuse. Elle n'est d'ailleurs pas comestible en cet état. Mais on a vu des ophtalmies graves produites par celte poussière projetée dans les yeux, el l'on assure qu elle provoque des élernuments violents et môme des hémorragies nasales. ^

LeL. qiganteum Batsch, ou Vesseloup des bouviers, Boulet d Agnel des Languedociens, a élé l'objet d'un grand nombre de fables rela Uves à ses dimensions énormes et à la rapidité de sa croissance. Le fa t es nue celle espèce se développe en quelques jours, mais non en quelques •u il et que son diamètre peut atteindre 3 ou 4 décimètres, mais rarem eut d-rv Image. Son péridium esl blanc d'abord, fragile, lisse, plus sou- Z ^ pÏÏeu ou floconneux. 11 devient ultérieurement jaunâtre, pins dré Sa' chair, alors qu'il est comestible, esl blanche el ferme; Plu ard He devien pulvérulente, jaunâtre, verdâtre et ultérieurement

Fig. 140. — Lycoperdon gemmatum.

grisâtre, puis brune, alors que le péridium se crevasse et s'ouvre eu haut eu aréoles irrégulières. 11 ue reste finalement que la base spongieuse de la plante. Celle-ci peul servir à préparer une sorte d'amadou. En Finlande, on recolle sa poussière pour la l'aire prendre dans du lait aux jeunes bestiaux atteints de diarrhée. Elle est aussi employée en teinture. C'est un hémostatique populaire; elle sert encore aujourd'hui, en Angleterre et ailleurs, contre Les coupures et les épistaxis. Du temps de Valmont de Bomarc, les barbiers allemands avaient toujours de cette poudre dans leur boutique pour arrêter les hémorragies produites par leurs rasoirs. On aurait môme, d'après Lafosse, conjuré une hémorragie produite chez le cheval par une plaie de l'artère crurale qu'on aurait comprimée avec un morceau de Lycoperdon chargé de sa poussière intérieure. Il n'y a peut-être eu là qu'une action mécanique. Ascherson a donc proposé ce même remède chez l'homme contre les cas d'hémorragies gangréneuses. On a encore affirmé que les Lycoperdon brûlés produisent une fumée anfsthésiante qui stupéfie les abeilles dont on veut récoller le miel sans les tuer. Berkeley aurait vu celle fumée substituée avec succès au chloroforme, et Bichardson aurait anesthésié des chiens pour plusieurs heures en les soumettant à l'influence de cet agent. Cordier n'a produit sur lui-même, à l'aide de ce procédé, qu'une céphalalgie peu persistante. Le L. cœlatum Bull, passe pour avoir toutes les propriétés du L. giganteum. A Java, la poussière de L. Kakava Lév. sert au traitement des coliques flatulentes. Beaucoup d'autres Lycoperdon sont considérés comme comestibles dans leur jeune âge.

Le L. carcinomale, espèce de l'Afrique australe, est devenu pour Fries le type du genre Podaxon. Au Cap, d'après Badham, on l'applique topiquement sur les ulcères cancéreux.

Les Scleroderma diffèrent avant tout des genres précédents par leur péridium simple. Il se déchire irrégulièrement et laisse voir sur toute sa surface intérieure des flocons adhérents, formant des veines distinctes dans la masse intérieure. Les spores sont grosses et granulées. On trouve communément en automne, principalement à la lisière des bois, le S. vulgare Fn. (S. auranlium Pers. — S. citrinum Pers. — Lycoperdon aurantium Bru..), dont la surface est tuberculeuse ou simplement aréolée, de couleur jaune citron ou jaune brunâtre. A sa base est une houppe radiculaire, et sa paroi se perce de trous par lesquels sortent des spores brunes. Sa chair intérieure est blanche et peut alors se manger; mais plus lard elle devient de couleur ardoisée, puis brune, et passe alors pour vénéneuse. Le S. verrucosum Pers. (Lycoperdon verrucosum Bull.), large de 4-9 centimètres, légèrement slipité, fauve ou jaunâtre, parsemé de verrues brunes, est aussi blanc à l'intérieur dans le jeune âge; puis il devient pulvérulent el d'un brun pourpre. Il passe alors pour vénéneux, mortel même, d'après Vaillant. Sa poussière intérieure, lancée dans les yeux, produit, dit-on, de violentes ophtalmies.

Tous les Champignons qui viennent d'être étudiés jusqu'ici ont été rapportés à la grande division des Basidiomycètes dont nous pouvons maintenant, d'une façon synthétique, examiner les caractères d'ensemble. Tous ont un réceptacle fructifère relativement grand; tous croissent presque exclusivement sur le sol ou sur des matériaux végétaux plus ou moins décomposés. Ils ont un mycélium filamenteux, filandreux, affectant la forme de fils plus ou moins fibreux, de phytocystes-lubules, ou bien membraneux, s'étalant en lames variables. Les lubules du mycélium sont cloisonnés en travers, et généralement ils s'étendent en se ramifiant dans tous les sens et dans des limites relativement larges. Presque toujours ce mycélium, partant d'un centre primitif, là où la spore a commencé de germer, se développe dans l'ordre centrifuge; très souvent vivace, passant plusieurs années l'hiver pendant lequel il est plus ou moins au repos, et émettant une ou plusieurs générations de réceptacles fructifères dans le cours d'une saison chaude. Rien n'est plus variable que la forme des réceptacles fructifères. Nés ordinairement dans le subslralum et en très grand nombre, ils peuvent s'élever plus tard audessus de lui. Ces réceptacles ont, comme nous l'avons dit à propos des Agarics, un certain nombre de phytocystes qui supportent les spores et qui sont les basides; et celles-ci sont réunies dans une couche spéciale, l'hyménium. Une baside termine, en réalité, une branche, un rameau des hyphes du réceptacle contigus à l'hyménium; et nous savons que la baside porte le plus souvent quatre spores, formées d'un seul phytocyste dont la forme, la coloration, l'état des surfaces, etc., présentent les plus grandes variations.

L'ensemble des Basidiomycètes se partage en Hyménomycèles et en Gasléromycètes.

Chez les Hyménomycètes, l'hyménium recouvre la face extérieure de réceptacles qui affectent les formes les plus diverses, mais qui manquent très rarement en totalité.

Chez les Gastéromycètes, au contraire, l'hyménium occupe l'intérieur d'un réceptacle fructifère fermé ou qui du moins l'est au début, présentant une forme h peu près sphérique et ne laissant alors rien voir de l'hyménium.

On a comparé les réceptacles fructifères des Hyménomycètes à une foule d'objets divers : chapeaux, ombrelles, écuelles, calices, disques, coussins, croûtes, sabots, massues, buissons, etc. Certains de ces réceptacles sont sessiles ou acaules, et d'autres ont un pied, parfois très long. L'hyménium peut les revêtir sur toute leur surface libre, ou bien seulement sur des portions déterminées, et il constitue une couche membraneuse, caractérisée par la présence des basides dont le grand axe est perpendiculaire ou à peu près à la surface qui les porte. Souvent aux basides sont interposés d'autres phytocystes non sporifères, ordinairement plus grêles que les basides ; ce sont les paraphyses. Mais souvent on

CRYPTOGAMES CKLLULAIHES. M»

y voit aussi dos cyslides, grands phylocystes vésiculeux, également stériles (lis- 181).

Parmi les Hyménomycèles, nous trouvons comme groupes secondaires intéressant la médecine : les Agaricinés, Polyporés, llydnacés, Clavariés et Trémellés.

Quant aux Gastéromycètes,ce sont des Basidiomycéles. Leurs réceptacles fructifères fermés sont plus ou moins globuleux, principalement au début, et ils représentent une sorte d'écorce, très épaisse le plus souvent, qui a reçu le nom de Péridium. On dislingue ordinairement un péridium externe et un péridium interne, c'esl-à-dire deux couches de structure différente, formant ainsi enveloppe à une masse intérieure, qui est la Gléba. Celle-ci est partagée en un grand nombre de compartiments irréguliers que tapisse intérieurement l'hyménium. Les cloisons de séparation de ces compartiments sont constituées par des libres longitudinales centrales qui donnent naissance à de nombreuses branches, généralement courtes, sinon plus ou moins repliées sur elles-mêmes. Ces branches se portent vers la surface de la cloison et s'y terminent en basides. Ailleurs elles dépassent les cloisons, pénètrent dans les compartiments de la gléba, s'y allongent et s'y ramifient et portent là les basides au sommet de leurs rameaux. La forme des basides est variable, mais elle n'est pas généralement la même que celle des basides des Hyménomycèles. Chaque baside porte généralement de deux à dix spores; on a dit qu'en moyenne le nombre était de huil. Il y a donc là une sorte de transition entre le mode de disposition des spores dans les Basidiomycéles et dans les Ascomycètes où nous allons voir les spores renfermées dans des sacs analogues à ceux des Lichens.

ASCOMYCÈTES

Sous ce nom, ou sous celui de Thécasporés, on désigne des Champignons dont les spores sont renfermées, au nombre le plus souvent de quatre à huit, dans de grands sacs claviformes ou sphériques, nommés Asques ou Thèques. Outre les véritables réceptacles fructifères, ce groupe possède très souvent des Conidiphores, des Pycnides et des Spermogonies.

Les Ascomycètes ont un mycélium dont les tubules sont cloisonnés en travers. Leur réceptacle fructifère, dont la forme est extrêmement variable, vit sur le sol, dans le sol, sur des débris végétaux ou dans des plantes vivantes; et le Champignon n'atteint dans ce dernier cas son complet développement que dans la plante attaquée ou dans la partie de la plante attaquée et morte. Dans les asques, les spores naissent par formation libre de pbytocystes à l'intérieur. Le plus souvent les asques sont réunis en un hyménium. Celui-ci peut occuper l'intérieur des réceptacles fructifères; c'est le cas des Pyrénomycètes. Ou bien il en occupe la surface extérieure;

ce qui arrive dans les Discomycètes. Les spores sont des phylocystes à une cavité, ou pourvus de deux, trois, ou d'un nombre supérieur de cavités séparées les unes des autres par des cloisons. La coloration des spores est variable, de même que leur forme, sphérique, ellipsoïde, en baguettes ou en filaments, etc.

Il y a des Ascomycètes relativement très simples, dans lesquels le mycé lium se ramifiant, ce sont ses branches qui portent les asques; et ceux-ci ne sont pas, dans ce cas, bien entendu, produits dans un réceptacle fructifère.

On connaît des Ascomycètes, tels que certains Peziza, Pénicillium, Eurotium, Erysiphe, chez lesquels les réceptacles ne se développent qu'aprè^s une fécondation effectuée sur le mycélium. Les organes qui participent à celle fécondation sont ordinairement un Ascogone, organe femelle, en forme de branche plus grande et plus épaisse, parfois enroulée en spirale, et un Pollônode, organe mâle, en forme de rameau plus petit et plus ténu. Quand il y a eu contact de ces deux sortes de rameaux, la fécondation étant effectuée, il se produit un tissu provenant des portions contiguës du mycélium, tissu qui enveloppe les organes des deux sexes et constitue le réceptacle fructifère. C'est à" l'intérieur de celui-ci que l'ascogone se transforme en un corps qui contient les asques.

Les conidiophores, ordinairement développés avant les réceptacles fructifères, peuvent être des rameaux du mycélium qui s'élèvent perpendiculairement à la surface du subslratum et qui se divisent ou non en ramules. Ou bien ce sont des stromas, épais ou minces, gélatiniformes, ou durs, cornés même, de couleur variable, souvent foncée, portant des Conidies.

Les spermogonies sont des réceptacles clos dans l'intérieur desquels se voient des petites baguettes en grand nombre, desquelles se détachent de petits phylocystes, comparables à des spores et qu'on nomme Spermaties. Leur forme est souvent allongée, droite ou arquée, en bâtonnet ou en faucille. Il y a souvent une petite ouverture au sommet de chaque spermogonie. Par là sortent les très nombreuses spermaties, entourées d'une goutte ou d'une longue traînée de mucilage. Ailleurs les spermaties sortent de la spermogonie par des déchirures irrégulières et voisines de son sommet.

Les pyenides ont été souvent comparées aux spermogonies. Elles s'en distinguent principalement en ce que leur contenu est formé de phylocystes sporiformes plus grands, d'ordinaire ellipsoïdes ou claviformes, presque toujours teintés de brun, uni- ou pluriseplés. Ce sont les Stylospores. Il est très difficile de distinguer nettement les pyenides des spermogonies : il y en a d'ailleurs qui contiennent à la fois des spermaties et des stylospores.

Cil Y PTOGA M F.S CF. L LULA1RES.

Morilles

Les Morilles (Morchella) sont des Ascomycôtes à pied creux, supportant 1111 chapeau également creux, ovoïde, conique ou globuleux, à sommet imperforé, à surface semée de dépressions séparées par des nervures anastomosées et relevées. Les dépressions constituent de larges

Fig. 141, 142. — Morchella esculunla, entier et coupe longitudinale.

alvéoles que revét L'hyménium. Celui-ci est formé d'asques contenant le plus souvent huit spores et s'ouvrant au sommet par une petite calotte, entremêlées de paraphyscs à divers degrés de développement.

La M. comestible (Morchella esculenta Pf.rs.), ou Mourchelon , Mourillon, Ambourige, Mèrigolc (fig. lil-143) esl la plus connue et la plus usitée des espèces de ce genre. Elle a un pied ordinairement cylindrique, assez épais, lisse, d'un blanc pale, el un chapeau ovoïde, conique ou

presque globuleux, assez souvent déformé, à bonis adhérents au stipe et creuse ,1 alvéoles irrégulièrement polygonales, inégales. Les alvéoles d'abord d'un blanc grisâtre, deviennent plus lard jaunâtres, puis d'un brun foncé ou noirâtre, selon les variétés. Aux paraphyses sont quelquefois mêlés des corps ramifies dont certaines brandies portent des renflements conidiens. La plante croît au printemps dans les gazons, les

Fig. 143. — Morchella esculenta. Tlièqucs et paraphyses.

bois. C'est un aliment recherché, vanté comme analeptique cl même comme aphrodisiaque. Son odeur est légère, mais assez agréable.

Les M. deliciosa Fries et conica Peus. ont les mêmes qualités. On mange aussi le M. semi-libera DC, dont on a fait le type d'un genre Mitrophora, distingué par un chapeau conique à base libre, avec une membrane spéciale qui relie le slipe au chapeau. C'est le Morillon, souvent plus commun, mais moins estimé que les Morilles proprement dites.

Les Hclvelles sont voisines des Morilles cl comestibles comme elles. Ainsi, l'on mange ['Helvella crispa Fr., ou Morillette blanche, qui a un

chapeau membraneux, découpé de cinq ou six lobes allenialivcinent dresses et réfléchis, à surface supérieure blanchâtre et veinée-ondulée, à Surface inférieure brune ou fauve. L'byméiiiuin recouvre la face supérieure et est formé d'asques cylindriques et de paraphyscs filiformes. Ou emploie également Vif. tacunosa Fa., ou Morillette brune, qui a un chapeau en forme de mitre, à deux ou quatre lobes, et 17/. Monackella Fr., ou Capuchon de moine, qui se trouve au printemps dans les prairies et les forêts sablonneuses, et qui a un chapeau crispé et ondulé, à trois ou quatre lobes réfléchis, fauve, puis noirâtre. Les deux autres espèces ci-dessus indiquées sont des plantes du printemps et de l'été.

Les Pezizes sont également des Ascomycèles, très souvent comestibles, mais peu volumineux et parlant peu recherchés. La P. Ciboire (Peziza Acetabuium L. — Bolctus calyciformis Batt. — Acetabula

Fig. 144. — Peziza Aurantia. Via: 145. — Pe&isa œnotica.

vulgaris Fûck.) est l'une des plus grandes, car e\Û peut atteindre huit centimètres de hauteur. Elle a la forme d'une coupe brune, parsemée de veines blanchâtres, anastomosées et réunies â la hase en un pied court, assez dur. Toute sa face concave est tapissée par l'hyménium. Le P. cochleata L. doit son nom â ce que ses bords sont contournés en hélice ; il est de couleur livide et bistrée. Le P. Axirantia Pehs. (fig. 141) doit son nom à la belle couleur orangée de sa concavité. Ses spores sont de la môme couleur. On pourrait manger cette espèce automnale, qui est généralement négligée. C'est, à ce qu'on rapporte, la vue de la P. orangée qui, frappant d'admiration Persoon, le plus célèbre mycologue de notre pays, le décida â entreprendre l'étude des Champignons. Le P. badia Pers. est comestible, de même que les P. leporina Batscu, macropus Pers., œnotica Pers. (fig. 145), vesiculosa Bull., etc.

La Pezizc noire de nos campagnes est le Bulgaria inquinans Fr., qui a une consistance gélatineuse, épaisse, élastique, une couleur noi-

12i TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQOE.

râtre, et qui croît sur les arbres morts, principalement sur les Chênes abattus au printemps et surtout en automne. Son hyménium est lisse et persistant, avec des spores noires. Sa saveur est peu agréable. On rapporte cependant qu'en 4816, les troupes russes campées en Lorraine enfaisaient une grande consommation. Elle n'est pas dangereuse, en tout ••as; mais clic tache en noir les mains et les linges, et on a proposé pour celte raison de l'employer à préparer un substitutif de la sépia.

Nous citons ici, à cause seulement de leur apparence extérieure, car ils appartiennent aux Gastêromycètes, des Champignons dont le péridiura est fermé de toutes paris, au moins dans son jeune âge. A celle classe appartiennent entre autres les Bovista, les Geastcr, les Lycoperdon, les Scleroderma, les Elaphomyces, les Tuber, les Terfezia, etc.

Les Bovista sont globuleux, avec un péridium double, chartacé et persistant. 11 présente une sorte d'écorce qui se desquame finalement en écailles aplaties. L'intérieur du péridium est lapissé uniformément d'un Capillitium, et les spores sont pédiculécs. Le B. plumbea Pers. (Lycoperdon plumbeum Vittad. — L. ardosiacum Bull.) représente une sphère de îî-i centimètres de diamètre, qu'on trouve en automne dans les pâturages et qui a un péridium double : l'extérieur blanc, se détruisant bientôt totalement ou en partie; l'intérieur papyracé et lisse, devenant à la

Fie. 14-6. — l'eziia conrexula. sh, couche sous-hyménialc ; a, h, C, (/, e, /', asques entremêlées de paraphyscs. Quelquesunes d'entre elles sont stériles et intermédiaires comme développement aux asques fertiles et aux paraphyses'(Sac'hs).

Fie. M7. — Patina confluents.

Appareil copulateur : A, au moment de la fécondation; 1!, après la fécondation; en h se forment les filaments qui constitueront le réceptacle fructifère (Tulasne).

CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 125 malurité de couleur de plomb. La chair intérieure est dé couleur cilrine, puis d'un brun fauve, aussi bien que les spores. Ce Champignon est comestible quand il est encore jeune et ferme. Peut-être n'esl-il qu'une variété du ii. nigrescens PfiRS. (Lycoperdon globosum Bolt.), qui a aussi une couche externe du péridium blanchâtre et se détachant par lambeaux, tandis que l'intérieure devient noire, avec une chair d'un pourpre brun. Celte plante habite les prés en automne. Elle se mange quand elle est jeune. Exi Angleterre, sa poudre est employée comme hémostatique.

Les Geaster ont aussi un doulde péridium; mais l'extérieur se scinde à la maturité en lobes qui s'étalent à la façon des branches d'une étoile, tandis que l'intérieur s'ouvre irrégulièrement dans sa portion apicale el

Fie. 148, 149. — Geaster hygromelricus. Plante avant et après l'épanouissement de l'enveloppe extérieure du péridium.

laisse échapper une poussière abondante, formée des organes reproducteurs. Le G. hygrometricus Pers. (Lycoperdon stellatum Bull.) a été comparé à une lanterne (fig. 148, 149). Son péridium externe s'étale ou se referme suivant que le temps est sec ou humide; de sorte que la plante peut servir d'hygromètre. Les lobes sont épais, coriaces, d'un brun marron, au nombre de six ou sept. Le péridium interne est sessile, de couleur marron plus ou moins clair ou grise, et subréticulé. On trouve assez communément cette espèce en automne dans les bois sablonneux. La poussière contenue dans son péridium interne est fine, très inflammable et peut se substituer, dit-on, à celle des Lycopodes. On peut encore employer aux mômes usages les G.limbatus Fr., duplicatas Ciiev., fimbriatus Fr. et rufescens Fr.

Truffes

Ces piaules ont donné leur nom à l'ordre des Tubêracès. Elles ont un péridium verruqueux ou tuberculeux, plus rarement lisse, ferme etindihiscent, en dedans duquel se trouve une trame charnue et marquée de veines sinueuses. Les asques intérieurs renferment des spores elliptiques et réticulées.

L'une des Truffes les plus connues est le Tubcr cibarium Sibtu., ou

Kig. 150-1S8. — Tuber cibarium . Plante entière et coup» longitudinale. Coupe {\'unc, portion du tissu. États successifs des asques et des spores tju'ils contiennent»

r.ïires, et à surface chargée de rugosités ou d'éminences polyédriques, plus ou moins crevassée. Ses dimensions varient généralement de la grosseur d'un œuf de poule à celle d'une noix. Il y en a qui, exception-

Bellement, atteignent le poids d'un demi à un kilogramme. Extérieurement, la teinte de ces masses varient du noir violacé ou du brun violacé au brun cendré. Intérieurement, la chair est d'abord blanchâtre; mais avec l'âge, elle devient d'un gris noirâtre, avec des veines d'un blanc plus ou moins roussàlre, ramifiées et anastomosées. Les spores, au nombre de deux à quatre, sont elliptiques ou presque spbériques. L'espèce se trouve surtout en Périgord, dans le Quercy et l'Argoumois, dans les terrains légers, sablonneux, principalement dans les bois de Cbènes, Châtaigniers et Hêtres. On les livre à ce qu'on pourrait appeler une demi-culture, c'est-à-dire qu'on favorise leur multiplication en plantant où elles existent déjà, les arbres ci-dessus cités dont elles affectionnent les racines et desquels leur mycélium est peut-être parasite.

Le T. melanosporum Vittad. est souvent désigné sous le nom de T. violette ou T. du Périgord. Il est d'un noir roussàlre, couvert d'aspérités ou de veines polygonales marquées de taches d'une couleur de rouille. Sa chair bien mûre est d'un noir souvent violacé ou un peu rougeàtre, parcourue de veines blanches qu'accompagne de chaque côté une bandelette translucide qui devient finalement rougeâlrc. Plongés dans la masse charnue, les sporanges renferment de quatre à six spores elliptiques-oblongues, opaques et hérissées. Cette espèce, la plus recherchée de toutes, douée d'un parfum et d'une saveur agréables, est assez abondante dans le Midi, principalement en Périgord. On favorise son développement dans les truffières naturelles, de la même façon que pour l'espèce précédente. On la dislingue d'une espèce très voisine, le T. brumale, par la teinte plus noire-violacée de sa chair, ses veines blanches, plus nombreuses et plus ténues; car le 7'. brumale, moins délicat, a une chair d'un brun bistré ou grisâtre, à veines moins abondantes, nettes et d'un blanc bien mat.

Le T. œstivum Vittad. est la Truffe d'élé ou T. de la Saint-Jean. Presque globuleuse, et de la grosseur d'une noix, cette espèce est d'un brun noir, toute recouverte de grosses verrues pyramidales et striées en travers. Sa chair est d'abord blanchâtre, puis d'une couleur bistrée, parcourue de nombreuses stries blanchâtres, entremêlées d'arborisations. Ses sporanges renferment de quatre à six spores elliptiques, réticulées, alvéolées, de couleur brune. Celle truffe, moins bonne que les T. cibarium et brumale, se trouve sous terre en été et en automne, dans le centre et le midi de la France, dans les bois. Son odeur est agréable, assez aromatique.

La Truffe de Bourgogne a reçu le nom de T. uncinatum Chat., à cause de la forme de croc qu'affectent les proéminences brunes dont sont, chargées ses spores et que relie une membrane mince.

Le T. magnatum Pir.o est une espèce italienne, désignée chez nous sous les noms de Truffe grise et T. blanche des Piémonlais. On l'a cependant rencontrée près de Tarascon et d'Avignon. Son tubercule, déforme

irrégulièrement arrondie, atteint jusqu'à un décimètre de diamètre. Il est parfois aplati, irrégulièrement lobé, d'un jaune terreux, d'un gris sale ou d'un blond pâle. Sa surface est à peine papilleuse ou même lisse. Sa chair est tendre, d'un blanc jaunâtre, plus tard d'un roux rosé ou ferrugineux; elle est parcourue de veines ténues, réticulées, blanches. On recherche beaucoup celte espèce qui a un peu l'odeur de l'Ail cl qui croît à l'ombre des Chênes, des Peupliers et des Saules.

Le T. mesentericumymk-a. se nomme chez nous Truffe Grosse fouine et T. Petite fouine. C'est dans le Midi la T. Samarquo. On la trouve, en automne et en hiver, dans les environs de Paris, ou bien plus communément dans le midi de la France. Elle ressemble au T. œslivum. Sa taille est moyenne; sa forme globuleuse; sa surrace raboteuse, noire, avec des verrues en forme de lignes obscures, noirâtres, sinueuses, fortement contournées (d'où le nom spécifique). Les sporanges renferment de quatre à six spores elliptiques, brunes, alvéolées-réticulées. La saveur et l'odeur sont fortes.

Les Truffes sont alimentaires, passent pour aphrodisiaques, mais aussi pour échauffantes, indigestes; on a dit qu'elles renferment du fer el même de l'acide çyanhydrique (Sage).

On vend en Angleterre, sous le nom de Truffe noire, la Melanogaster variegatus Tut... qui est comestible, mais peu délicat. Il se trouve chez nous dans le Midi, et même parfois aux environs de Paris.

La Truffe des lions est le Ter fezia ' nivea (T. Leonis Tul. — Tuber niveum Desfj). Son péridium est lisse el blanc, sans veines. Il est rare en France, mais commun dans les sables de l'Algérie, après les pluies. On ne le recherche guère chez nous ; les Arabes en font une grande consommation, sous les noms de Terfez el Terfas. Ils le font cuire dans l'eau ou le lait. Sa grosseur varie de celle d'une noix à celle d'une orange.

Les Elapliowyces ou Truffes de cerf sont hypogés. Ils ont un péridium exactement clos, qui naît d'un mycélium radiciforme et byssoïde. A l'intérieur, ils possèdent une (rame charnue, toute parsemée de veines sinueuses el plus ou moins entrelacées. Dans celle trame se voient des thèques ou asques qui contiennent de deux à huit spores. h'E. granulatus Fn. (Scleroderma cerrinum Pehs.), ovoïde ou globuleux, de la grosseur d'une noix ou d'une cerise, a une enveloppe rousse ou d'un brun terne, couverte de petites verrues. Sa poussière intérieure est d'un brun pourpré, entremêlée de filaments blanchâtres. H est assez commun au printemps el en automne, dans les bois sablonneux et monlueux. On assure

que les bêles fauves le déterrent el s'en n -rissent. On ne le mange pas

et on le considère, peut-être à tort, comme dangereux. Cru, il a une saveur désagréable et une odeur vireusc. Il a élé vanté comme un puissant aphrodisiaque, el vendu comme (cl par des charlatans. 11 appartient, comme les genres précédents, an groupé des Tubéracés.

Ergot des céréales.

L'Ergot de seîgle (Blé cornu, Clou de seigle, Seigle à éperon, S. noir, S. ergoté, S. ergotisé, Secalis mater, Clavus seliginis, Secale cornutum, en allemand Mutlerkovn) se présente (fig. 159) sous forme de corps allongés, arqués, à coupe transversale cylindrico-lrigone, longs de 25 à 30 ou même- de 30 à 60 milimètres, avec une largeur de 2 à 6 millimètres. Son extrémité inférieure, celle par laquelle il adhérait â l'épi, est conique, tandis que la supérieure, qui est libre, est plus obtuse et' parfois comme tronquée. A l'état frais, elle était surmontée d'une masse irrégulièrement globuleuse, plus molle que l'ergot, grisâtre ou jaunâtre. C'est la Spliacélie, ordinairement disparue dans le médicament tel qu'il se trouve dans les officines. L'ergot est dur. On peut augmenter sa courbure en le pliant; mais il se casse bientôt en travers. La cassure est Jflllî <

blanche, compacte, avec teinte plus ou moins vi- JS^tÊfïï ?r neuse ou violacée près de la périphérie. La saveur est désagréable, et l'odeur analogue à celle du & poisson pourri, surtout quand l'ergot est ancien et n'a pas été conservé dans un milieu parfaite- F]r ,59 ment sec. Cette odeur est due à la fermentation "" ° seigle. ^ d'un peu de Triméthylamine.

En grossissant la coupe d'un Ergot, on la voit homogène et formée d'un grand nombre de phytocystes ténus, irrégulièrement enchevêtrés, à paroi épaisse, à cavité contenant beaucoup d'huile. Si l'on dissout celle-ci par l'éther, le tissu apparaît beaucoup plus nettement. Sur la coupe transversale, les phytocystes sont arrondis ou oblusément polygonaux. Sur une coupe longitudinale, ils sont plus allongés suivant l'axe, irrégulièrement sinueux. Leurs parois sont incolores dans le centre de la coupe, teintées en brun ou en noir vers la périphérie, et un peu plus épaisses à ce niveau. On a donné de la composition chimique de l'Ergot des analyses nombreuses et très diverses. Les deux suivantes, empruntées l'une à AVig^ers (1832) et l'autre à Bonjean (1841), donneront une idée suffisante deces anciennes divergences :

WlGCEItS.

Ergotine on Sécaline . ^

Huile grasse non saponiflablo o-'Âm

Matière grasse cristallisablo ?'n-

Cérinc

Osmazome

Sucre cristallisablo particulier l'es

Matière gommouse, extractive et colorante ................ 2*83

Fungino 40,19

Albumine 1,46

Chaux 0,29

Phosphate tic potasse 4,42

Silice 0,U

BONJliAN.

Ergotinc 13,2:.

Huile Tixe 37,50

Résine brune 2,25

Poudre rougcàtre, non soluble dans l'alcool "*0,63

Gomme LG2

Gluten °,12

Albumine végétale , 1,80

Fungino 5,25

Matière colorante violette 0,*()

Chlorure de sodium L12

Phosphate de potasse et magnésie 0,75

Sous-phosphate acide de chaux 3,43

Oxyde de for °>31

Cuivre lraccs

Silice °'87

Fibres ligneuses 24,35

Eau.... «•*

Perle 2>60

Il y a loin de ces travaux à ceux de M. Tanret qui a extrait de l'Ergot un alcaloïde bien caractérisé, l'Ergotinine. 11 est cristallisé et blanc quand on le soustrait au contact de l'air. L'alcool, l'éther et le chloroforme le dissolvent; mais il est insoluble dans l'eau. Des solutions, môme légères, sont remarquablemen t fluorescentes. Elles présentent les réactions générales des alcaloïdes et en particulier une belle coloration violette, puis bleue, sous l'influente de l'acide sulfurique et d'un peu d'éther sulturiqtie. Il y a environ un millième d'alcaloïde dans une quantité donnée

d'Ergot bien frais. .

Quelle est maintenant l'origine de ['Ergot?Au i nent où le Seigle est

en fleurs et où les glumelles enveloppent encore l'ovaire, celui-ci est envahi par de minces filaments blancs qui appartiennent à un mycélium de Champignon. Les filaments forment à la surface un lacis 1res dense, et de plus ils pénètrent dans l'épaisseur de la paroi dvariei.ne.se substituant Lur ainsi dire à sa substance; s, bien que la forme de l'ovaire est le plus ordinairement bien conservée. Il n'y a d'exception que pour le sommet, répondant à ce qu'en a nommé la Sphacélie. Bientôt sur le mycélium naissent en grand nombre des conidies qui se montrent principalement dans les sillons sinueux lraccs par le mycélium sur la paroi ovarienne. Du mycélium naissent à ce niveau de minces filaments rayonnants dont les sommets, alternativement resserrés ci dilatés, portent les conidies. C esH ro qu'on a nomme l'état de Spermogonie du Champignon envahisseur

CRYPTOGAMES CELLULAIHES. 131 (fig. 1&2). Si l'on place une de ces conidies dans un milieu humide, on la voit produire un filament grêle, analogue au début du mycélium qui sort des spores en germination (fig. 103). Dans la nature, l'eau est remplacée par un suc légèrement jaunâtre, visqueux, riche en huile et en mucilage, qui exsude du sommet de l'ovaire attaqué par le mycélium et vient suinter entre les glumelles de la fleur, entraînant avec lui une multitude de conidies et souvent de grains de fécule. Les filaments s'allongent vile quand les conditions atmosphériques sont favorables, et ils produisent eux-mêmes de nouvelles conidies qui peuvent être portées sur

Fig. 160-167. — Clavicep.i purpurea. a, b (à gauche), sommet de l'ovaire attaqué, c, coupe transversale d'une portion occupée par la Sphacélic. d, conidies germant. Développement du C.laviceps sur l'Ergot (à droite), b, tète du Claviceps, coupe longitudinale, c, coupe longitudinale d'un pérlthèco. d, spores sortant du sporange.

des fleurs voisines du Seigle et former aussi un réseau mycélien à la surface de leur ovaire.

Pendant ce temps, la base du réseau formé par le mycélium primitif devient de plus en plus dense et constitue un feutrage serré cl enchevêtré qui durcit de jour en jour. C'est ainsi que le mycélium prend cet état de Sclérole qui est si fréquent chez les organes de végétation d'une foule d'autres Champignons. Ce sclérole, c'est l'Ergot lui-même, d'abord partout de couleur blanche, et qui devient ensuite violacé dans la portion inférieure répondant à la base de l'ovaire. Bientôt le sclérole grandit,

s'allonge, soulève les parties qui l'entourent, les déchire et apparaît au dehors sous forme d'une corne violacée qui fait saillie a la surface de l'épi. En un mois environ, et d'autant plus rapidement qu'il fait plus chaud et moins sec, la formation de l'Ergot est complète. Quand il est hien dur et hien sec, il demeure ainsi sur l'épi (fig. 168), ou tombe à terre et ne présente pendant plusieurs mois aucun phénomène extérieur appréciable. Mais après un certain repos et au contact d'une certaine humidité, la surface de l'Ergot peut être soulevée çà et là. La couche superficielle éclate au niveau des points soulevés cl laisse sortir des proéminences arrondies, denses et violacées, qui sécrètent souvent des gouttelettes claires. Chaque proéminence grandit en prenant la forme d'un pied cylindrique, surmonté d'une tète sphérique (fig. 164-166), le tout de couleur pourprée. C'est à ces petits réceptacles stipités, formant des bouquets dans lesquels ils sont parfois nombreux, qu'on a donné les noms de Sphœria, Cordiceps, Cordyliceps, Kentrosporium. Tulasne l'a nommé Claviceps purpurea.

Si l'on coupe suivant son axe le petit réceptacle, on voit que la couclie superficielle de sa tète renflée consent de nombreux sacs ou Périthèces, en forme de gourde à court goulot dirigé vers la surface du réceptacle où s'ouvre le goulot par un étroit pertu.s (fig. 166). Chaque périlhèce, dont la paroi est formée de nombreux nhvtocvsles lâchement unis en séries, renferme un nombre variable d'asques ou thèques, insérées sur la paroi, étroites, allongées, renfermant chacune huit ^spores qui sont allongées, minces, rect.l.gnes (fig. 167). Le spores sortent de l'asque par une ouverture apicale et l it abandonnent le périthèce lui-même pour tomber

SU Comme c'est au printemps ou en été que les périthèces Seigle qui va s'épLu, Arrivées sur

produisent, comme une conidie, le my col mm CUampignon. Teus les phénomènes que nous -'-'J, 4es „al.n,acics,

Fig. 168. — Épi de Seigle ergote.

CRYPTOCAMES CELLULAIRES. 133

acles stipilés (Guibourt [1819]). En secouant ceux-ci sur des fleurs de eigle au moment où les spores sont émises au dehors, on détermine la formation d'un mycélium conidifére. En reportant les conidies sur des Oeufs saines, on peut aussi déterminer le développement sur leur ovaire d'un mycélium conidifére, et provoquer la formation ultime de l'Ergot tel que nous l'employons en médecine. Ce sont peut-être des insectes qui portent sur le Seigle sain le suc conidiophore des ovaires infectés, suc mielleux et dont les fourmis surtout sont avides. On a aussi invoqué la projection par les vents et les pluies.

L'Ergot de Seigle est surtout commun en France dans les années humides. On le trouve au nord de l'Europe jusqu'à une latitude de 00° environ. Il est principalement fréquent en Galice, en Russie, etc.

Il se produit beaucoup plus rarement sur le Blé que sur le Seigle cl y est plus gros (20-25 mill. de tour), plus court (10-15 mill. de long), parcouru par un sillon profond ou même divisé en deux lobes, plus rarement en trois. On a employé l'Ergot de Froment en médecine, et on le dil relativement pauvre en matières grasses et résineuses.

En Algérie, il se développe aussi sur le Diss (Ampelodesmos tenax Link. — Arundo tenax Vahl. — A. Ampelodesmos Cvr.), graminée de la région méditerranéenne. Là, il affecte une forme variable, allongé, étroit, plus ou moins arqué (long de 30-90 mill., sur 20-25 de large), à coupe transversale un peu quadrangulaire, à surface d'un marron cendré ou noirâtre. Il est presque inodore, passe pour être plus actif que celui du Seigle et conserve plus longtemps que lui ses propriétés.

Sur l'Orge, l'Ergot est semblable à celui du Seigle, plus adhérent cependant aux glumes.

Sur l'Avoine, il est étroit et allongé, rectiligne, plus petit que sur le Seigle (15-30 mill.), et presque lisse ou à stries très peu prononcées.

Sur le Maïs, Roulin croit l'avoir observé en Colombie où il produirait une sorte de Pelade (d'où le nom de Peladero) et tuerait un certain nombre d'animaux; mais il s'agit là probablement d'un tout autre Champignon que celui de nos pays.

L'Ergot est un poison et un médicament puissant. Il a surtout été employé pour provoquer les contractions de l'utérus et d'autres organes à muscles formés de fibres lisses, par suite contre diverses hémorragies, et aussi contre l'aphasie, etc. On a nommé Ergotismc un état morbide, souvent épidémique, considéré, à tort ou à raison, comme produit par l'usage des céréales que l'Ergot a altérées.

Carie, Charbon et Rouille des céréales.

La Carie des céréales est déterminée par un Champignon cnlophyle au-

quel ou a donné le nom de TMletia Caries TvL.(Uredo Caries DC.)(fig.1G0). Dans un grain dit carié, de Blé par exemple, en totalité ou en partie vide de sa graine, on trouve une poussière noirc-olivàtre, d'odeur fétide. Elle est formée de spores sphériques (18-20 ^ dediam.), brunes, d'odeur désagréable. Cliaque spore se compose de deux membranes: l'extérieure marquée d'un réseau peu proéminent. Les pédicules de ces spores sont en partie ou en totalité détruits. Lorsqu'on sème les spores dans le sol avec les grains de Blé, elles germent à peu près en même temps qu'eux ; et leur endospore, faisant hernie au travers d'une solution de continuité de l'cxospore, forme un tube cylindrique assez long, ou stérile et cloisonné, ou bientôt couronné d'un faisceau de 8-10 Sporidies en forme de baguettes linéaires et longuement coniques. Elles sont d'ordinaire géminées et réunies par une commissure rigide et transversale ; de sorte que l'ensemble de deux sporidies figure un II majuscule ou un X. Dans l'air, ces couples de sporidies germent, produisent d'autres sporidies secondaires, oblongues et plus ou moins arquées, slipitées. Celles-ci peuvent reproduire des sporidies semblables à elles-mêmes, ou bien germer en émettant des filaments d'une grande ténuité. Les filaments pénétrent dans la portion inférieure de la lige du Blé. Ils s'allongent avec elle, sous forme d'un mycélium qui arrive de proche en proche jusqu'à l'ovaire, en même temps que sa porlion inférieure se détruit. Dans l'ovaire, ils portent des pédicules grêles au sommet desquels se développent les spores telles que nous les connaissons. Il faut que le péricarpe se fende pour que les spores puissent être semées. Souvent mélangée à la farine, celle poussière lui donne une mauvaise odeur et communique au pain une saveur désagréable. Beaucoup de personnes redoulenl cet aliment, quoiqu'on ne connaisse point d'observation précise d'accidents produits par son ingestion. Quelques médecins en ont pris une assez forte dose sans inconvénient (Cordier). Cependant on a tué des canards et des oies en leur faisant avaler ces spores (Gerlach). Il y a sur divers Triticum un Charbon brun foncé, produit par le Tilletia lœvis Ktjhn (Ustilago fœtens Berkel.). Ses spores sont globuleuses ou ovoïdes, allongées, parfois réniformes (14-28 p), lisses, d'une odeur fétide. Sur les Orges, on a constaté la présence du T. llordei Kœdn. (Ustilago Carbo Rabenii.), qui a des spores globuleuses ou ovoïdes (10-20 fi), à épispore épaissemenl réticulé et d'un brun foncé. Sur le Seigle, le Tilletia Secalis Ktjhn (Uirdo Secalis Cord. — Ustilago Secalis Rabenh.) produit une carie d'un noir-brun, fétide, à spores d'un jaune-brun clair, avec des aréoles réticulées, étroites, plus

PlO. 169. — Tille lia Caries. Spores germant et formation du faisceau de sporidies.

Sporidies géminées.

proéminentes que celles du T. Caries (20-26 /»). On ne sait pas si ces divers Tilletia sont nuisibles.

C'est à tort qu'on a confondu la Carie des céréales avec leur Nielle. Dans celle-ci, le grain est déformé; son contenu pulvérulent est blanc el formé d'anguillules dessécbées. Celte maladie du grain n'a donc point de rapport avec les végétaux cryptogames. Mais on a assez souvent constaté la coexistence de la Carie el la Nielle.

Le Charbon des céréales ne doit pas non plus être confondn avec les affections précédentes. Les fruits du Blé, des Orges et surtout de l'Avoine, qui sont atteints de cette maladie, sont aussi remplis d'une abondante poussière noire; mais celle-ci ne demeure pas àl'intérieur du péricarpe et elle se montre au dehors, rendant les inflorescences entièrement noires et comme couvertes de suie. Cette poussière est formée des spores de VUstilago Carbo Tul., spores beaucoup plus petites que celles de la Carie, et lisses. On recommande de s'abstenir autant que possible de pain contenant des spores du Charbon; mais celui-ci est tellement commun dans notre pays que nous devons souvent ingérer les spores sans même le savoir.

Il y aussi un Charbon du Maïs (Ustilago Maydis) qui peut bien se produire dans le gynécée, comme le précédent; auquel cas les six folioles qui se trouvent autour du grain s'épaississent plus ou moins, tandis que l'ovaire, re onnaissable au style allongé qui le surmonte, ou prend peu de développement, ou devient également turgescent et dépasse parfois le volume d'une noix. L'ovule est souvent visible au fond de la cavité ovarienne qu'occupent les spores de VUstilago. Les grandes bradées de l'inflorescence peuvent être aussi attaquées. Mais les tumeurs spongieuses, verdàtres d'abord, puis d'un blanc sale qui passe au gris plombé et peut, être lavé de pourpre, et qui atteignent jusqu'au volume du poing, occupant divers niveaux de la plante, ont surtout été remarquées des cultivateurs qui, dans le sud-ouest, leur donnent le nom de Millictte et Millargou. Elles occupent les aisselles dos feuilles, ou la base de l"inflorescence femelle, ou même une portion de l'inflorescence mâle. La tumeur est plus ou moins cloisonnée, et ses cavités sont d'abord remplies d'un liquide muqueux, plus tard d'une multitude de spores. On peut donner la maladie au Maïs en semant celles-ci avec ses fruits, et l'on suppose ipie le Champignon se comporte comme celui du Blé. On a accusé le Charbon de Maïs de produire des maladies très diverses. Il y a longtemps (1784) que F. -,J. Imhoff, prenant à l'intérieur un drachme despores pendant quatorze jours et s'appliquanl celles-ci sur une plaie, n'en éprouva pas le moindre malaise. Aujourd'hui, on extrait, aux États-Unis, l'Ustilagine pour l'usage médical.

On a aussi indiqué le Blé rouillé comme pouvant causer des accidents. C'est pourquoi nous devons dire quelques mots de la Bouille. maladie qui s'observe chez un grand nombre de végétaux très divers et

qui doit son nom aux taches jaunâtres qu'elle produit sur les feuilles Sur le Blé et autres Graminées, le Champignon qui la produit a reçu le nom de Pucania Graminis (fig. 170). Celte Puccinic, le Blé la lient de l'Épine-vinette (Berberis vulgaris L.), et c'est pour cela qu'on prescrit avec raison

de ne point cultiver le Berber is au voisinage des céréales. Au printemps, les feuilles de ce Berberis portent souvent des taches jaunes qui se voient sur leurs deux faces. A la lace supérieure, la tache porte des spermogonies, c'està-dire des conccplaclcs qui renferment île nombreuses spcrmalies; et à la face inférieure, il se forme un appareil qu'on appelait jadis un Ecidium. Celui-ci est une coupe saillante dont le fond est tapissé d'un hyménium à basides portant un chapelet de spores orangées. Ce sont ces spores qui tombent sur les Graminées. Germant à la surface de leurs chaumes el de leurs feuilles, elles insinuent leur mycélium par les stomates sous l'épidermc : il s'y ramifie, el finit par produire de grosses spores ovoïdes qui proéminent au-dessus de l'épidermc déchiré. C'est à celle pbasc de la vie des Puccinies qu'on avait donne jadis le nom à'Uredo, el ce nom avait alors une valeur générique; d'où le nom ù'Urôdospore qui a été appliqué à celte forme eslivalc du Puccinia Graminis. Ce n'est pas tout : en automne, le même Uredo produit, non plus des spores, niais des Téleutospores, c'est-à-dire des corps allongés cl séparés en deux compartiments par une cloison. Les léleutospores constituent ce qu'on appelle la Bouille noire; elles ont une paroi résistante, passent l'hiver sur ce qui reste des Graminées, el au printemps se développent en courts filamenls qui portent euxnièmes des Sporidies. Ce sont ces sporidies qui, transportées sur les jeunes feuilles de rÉpine-vineltc, y germent et envoient leurs tubes mycéliens au travers des slomalcs dans l'épaisseur du parenchyme; ce qui complète le cycle si compliqué de l'évolution du végétal. Il y a d'ailleurs d'autres Puccinies sur les autres Graminées qui se cultivent en Europe.

Il y a très longtemps qu'on a remarqué que beaucoup d'animaux ne touchent pas aux pailles rouillées. Quand les chevaux les mangent, elles exercent sur eux une action délétère (Delafond). On a dit que les années

Fia. 170. — Puccinia Graminis. A et I), mycélium d'!7redo produisant des urédosporcs uniccllulaires et des téleutospores bicellulaircs ; B , télétcuspores gc rinces; C, fragment de feuille de Bcrberis, portant un Ecidium et des spermogonies (de Bary).

où la rouille abonde, sont aussi des années à épizootics. Chez l'homme, Salisbury a attribué aux spores du Puccinia Graminis la maladie mal connue dite Rougeole des armées. Sur le Roseau commun (Phragmites vulgaris), il y a une sorte de Rouille noire dont les spores causent des céphalalgies et d'autres accidents chez les ouvriers qui préparent si fréquemment ce roseau pour la construction des toits de chaume. La Canne de Provence (Arundo Donax L.) porte aussi une Rouille analogue et qui produit de terribles accidents : des éruptions cutanées, une enflure considérable de la face, etc. (Michel).

TRAITÉ DE IJOTÀÎJIQBE MÉDICALE CRYPTOGÀMIQTJE.

SGHIZOPHYTES

Nous désignons sous ce nom un certain nombre de Cryptogames microscopiques, les plus petits en général des végétaux connus. On les nommait souvent Schizomycètes alors qu'on se croyait assuré qu'ils appartenaient au groupe des Champignons. Le mot de Schizophycées indique, au contraire, qu'on les croit plus proches parents des Algues. Ils tiennent en cflet des uns et des autres, souvent, mais non constamment, dépourvus de matière colorante verte, comme les premiers. Leur nom indique que leur caractère le plus frappant est leur mode de multiplication par scissiparité, dédoublement. Cependant nous verrons que ce mode de division s'accompagne souvent de gemmation et de sporulation. Ces êtres font aussi partie de ce qu'on a nommé en France des Microbes ; mais nous ne pouvons adopter celte dénomination vague, Rappliquant aussi bien à des animaux qu'à des végétaux, et qui ne peut être maintenue que par des nuleurs étrangers à toute connaissance botanique et par lesquels les ferments et les Schizophyles ont été longtemps ou sont même encore confondus avec des infusoires ou d'autres animaux inférieurs.

Micrococcus '.

Les plus simples cl en même temps les moins volumineux des Schiyophyles sont les Microcoques (Micrococcus Coiin). Ce sont (fig. 171-175) des petits corps arrondis, presque punctiformes, qui d'ordinaire n'ont au plus qu'un millième de millimètre (,,) de diamètre. Ils sont formés d'un phytoblaste, enveloppé d'un pbylocyslc mince qui résiste à l'action de la potasse et d'autres bases et acides concentrés*. Le plus souvent, e phytoblaste est hyalin, souvent finement granuleux. Il se colore parfois de teintes vives, jaunes, bleues, vertes, rouges. Ainsi, le .1/. prod,giosus

1. Il est bien entendu, nous verrons plus loin pourquoi, que ee que nous nonmons ici un genre ou «no espèce, n'a pour le moment qu'une valeur de convention et ne mente

P1^'lhuu^d"de sépare en général dans les Schizophyles le phytocysto du phy-

S constitué par une substance protéique, la Mycoprolcnc. On a n é , e a ccordé <>u en brun plus ou moins noirâtre par des composés ferrugineux.

Cohx, qui colore souvent en rouge le pain, le riz cuit, l'empois d'amidon, et qui, cultivé sur la gélatine, Pagar-agar, les tranches de pomme de terre, etc., leur donne une teinte d'un rouge très vif, est probablement la piaule qui a produit sur des hosties humides de prétendues taches de sang. On l'a trouvé aussi dans le lait rouge. Le pus bleu doit sa couleur au M. pyocyaneus Gess., d'un vert bleuâtre. Les sueurs rouges doivent leur coloration nu M. hœmalodes Zopf. Les tranches de pommes de terre abandonnées à l'air se teintent souvent en jaune orangé, verdàtre, violet ; ce qu'elles doivent respectivement au dépôt d'une certaine couche de .)/. liitcus Sciilot., aurantiacus Sciilot., chlorinus Coiin, violaceus Cohx, espèces dont la structure est d'ailleurs imparfaitement connue. C'est à ces Micrococcus qu'on a donné le nom de Chromogènes.

Vivant dans un liquide, les Micrococcus sont souvent indépendants les uns des autres. Mais souvent aussi, comme il arrive pour les phytocysles des Algues, les couches extérieures de leur enveloppe se gélifient et forment une masse gélatineuse, qui s'observe dans un très grand nombre d'autres Schizophytes et qu'on nomme Zooglée (Zooglœa). Les Micrococcus y sont comme englobés; et l'on a à torl, à une certaine époque, considéré les Zooglœa comme constituant un genre distinct. Ces Zooglées forment souvent, à la surface des liquides altérés, des pellicules nuageuses ou visqueuses auxquelles on a donné le nom de fleur. La plupart des réactifs colorants avec lesquels on teinte souvent les Schizophytes pour les mieux observer, et que les Micrococcus absorbent en général facilement, ont peu d'action sur leur portion zoogléique. Elle est cependant colorée par quelques réactifs. Une goutte de teinture d'iode, ajoutée à une zooglée, rend très distincts les Micrococcus qui y sont englobés.

La vitalité des Micrococcus est moins considérable que celle de la plupart des autres Schizophytes. La plupart d'entre eux sont tués à la température ordinaire, après une année au plus de contact de l'atmosphère; et c'est ce qui arrive d'ordinaire pour les types à spores inconnues.

e» C . u ^ ts O

Fie. 171. — Micrococcus. Fie. 172. — Diptococcus. Fie. 173. — Tetragenus (Dubief).

Les Micrococcus se reproduisent par scissiparité. Il n'est pas rare de les voir présenter un étranglement médian qui les partage en deux moitiés sensiblement égales et leur donne la forme d'un S (fig. 172). C'est ce qu'on a nommé Diplococcus.

On a donné le nom de Slreptococcus à des Micrococcus groupés bout

140 TUATTÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CïlYPTO GAMIQTJE.

à bout (fig. 179, 180) en chaînette, et celui de Tclragenus (fig. 173) à des M icrococcus rapprochés quatre par quatre en carré, comme on en observe dans une affection septicémique des Souris, souvent reproduite de nos jours dans les laboratoires.

Toutes ces variations dans le mode de groupement des Micrococcus doivent déjà faire naître dans notre esprit celle idée qu'un même Schizophyte peut se présenter sous des formes variables, suivant les circonstances et les milieux, sans que chaque forme constitue forcément un genre ou une espèce. Nous verrons ultérieurement un grand nombre d'exemples de transformations analogues, qui devront nous mettre en garde contre une trop grande facilité à admettre les nombreuses distinctions génériques et spécifiques qui ont été proposées dans ces derniers temps.

Le premier des Micrococcus qui ait été bien étudié est celui du Vaccin (M. vaccinœ Coiin). On l'obtient en plaçant sur une plaque de verre ou mieux dans une chamhre humide, une goutte de liquide vaccinal (fig. 174). A un grossissement de 1000 diamètres, on voit dans le liquide un grand nombre de Micrococcus à peu près sphériques, paraissant alors avoir un millimètre environ de diamètre, et de teinte sombre, qui sont ou isolés, ou çà et là réunis deux à deux (Diplococcus). Dans une étuve à 35°, on voit, au bout de quelques heures, des Micrococcus groupés en chapelets

Fie. 174. — Micrococcus vuecinx.

cl d'autres en amas globuleux. Ces derniers forment de légers flocons opaques dans les tubes capillaires ou entre les plaques de verre où l'on conserve d'ordinaire le vaccin. Inoculés à l'homme, ces Micrococcus se multiplient, produisent les pustules vaccinales et garantissent pendant un certain nombre d'années de la variole, ou plutôt la transforment en une affection relativement très bénigne, sans qu'on sache bien au fond la véritable cause «l'une semblable immunité. Toujours est-il qu'on trouve les M. vaccinœ dans le réseau muqueus de Malpighi, les ganglions lymphatiques, le foie, la rate, les reins, etc., des varioleux (Colin, Halher, Wei-erl, etc.). Ils sont de ces Schizophyles qu'on a nommes Pathogènes. Le M. ureœ Coiin (fig. 175) est aussi l'un des plus connus. C'est lu. qui

CRYPTOGAMES CELLULAIRES. Ml

passe pour déterminer l'Ammoniurie (urine ammoniacale), suivant la formule de M. Pasteur : « Il n'y a jamais Iranslormalion spontanée de l'urée en carbonate d'ammoniaque sans la présence et le développement de la petite Torulacée en chapelets qui constitue un ferment organisé. » Nous verrons plus loin ce qu'il y a d'inexact dans une affirmation aussi absolue. Pour le moment, bornons-nous à établir les caractères du M. ureœ, qui n'a rien de commun avec « une Torulacée ». La plante est représentée par des phytocysles sphériques ou légèrement ovoïdes, de 1.5 à 2 fide diamètre, isolés ou rapprochés par 2-8, ou même plus, en ligne droite, courbe, brisée, ou même en croix. Ces corps sont ordinairement doués de mouvements browniens plus ou moins vifs. Ils sont souvent un peu inégaux, les extrêmes d'une série étant les moins volumineux. Avec l'âge, ils se déposent au fond du liquide. Ils se multiplient par bourgeonnement et scissiparité. On a aussi admis qu'ils peuvent se reproduire par spores; ce qui n'est pas démontré. Desséchés, après filtration, ^ ils rappellent les apparences de la Levure de bière ; ils deviennent comme cornés et se fendillent irrégulièrement. On avait supposé que celte plante produisait un ferment soluble, une diastase, qui serait l'agent de la transformation de l'urée en carbonate d'ammoniaque. L'exis- FlGA1-o.-Micrococcusureœ. tencedecette diastase est aujourd'hui démontrée

(Musculus). Comme l'urine abandonnée à l'air devient souvent ammoniacale en quelques jours, on a dû admettre que c'est de l'atmosphère qu'elle reçoit le Micrococcus ureœ ou ses germes. Mais il faut croire que la présence de ces germes ou de la plante dans l'air n'est pas aussi fréquente qu'on l'a pu penser, si l'on réfléchit aux faits suivants que nous avons à diverses reprises constatés.

Ceux qui ont recherché le M. ureœ ne se sont guère occupé que de l'examen des urines qui bleuissent le papier rougi de tournesol. Cependant, si l'on abandonne à l'air une urine normale pendant les plus fortes chaleurs de l'été, non pas dans un récipient hermétiquement bouché, mais dans un flacon simplement recouvert de papier, afin d'éviter l'accès des plus grosses poussières de l'air, on voit assez souvent que, pendant des semaines et même des mois, elle peut demeurer acide. En môme temps, cependant, elle perd sa transparence, et des végétaux se développent en abondance dans la masse liquide. Le tort des botanistes qui ont superficiellement traité ces questions, parait être de ne pas avoir étudié à fond les urines avant qu'elles ne présentassent une réaction alcaline. Seul, à notre connaissance, M. A. Billet a pris le soin d'examiner tous les stades de la végétation dans une urine normale, et il y a rencontré un grand nombre de formes successives d'un seul et même être. En observant des urines longtemps conservées sans avoir subi la fermentation ammoniacale, nous

142 TRAITÉ DE BOTANIQUE MEDICALE CRYl'TOGAMIQUE.

y avons aussi trouvé de longs filaments qui ne peuvent être attribués qu'à ce qu'on a nommé, comme nous le verrons, des Leptotkrix. Mais bientôt ces fils se segmentaient vers leur extrémité libre cl devenaient de plus en

plus moniliformes. Plus lard, en rendant cette urine rapidement a lonia-

cale par l'addition d'une petite quantité du dépôt que nous avions recueilli au fond d'un vase contenant une urine alcaline, nous avons vu les grains de ces chapelets se détacher les uns des autres, et nous n'avons pu trouver aucune différence entre ces grains et ceux qui constituent le Micrococcus urcœ. D'ailleurs de la coexistence des formes Micrococcus, Diplococcus, Slreptococcus, bacterium, Diplobucterium, Streptobacterium, Leplothrix et Vibrio dans une urine où se produit le M. ureœ, on a conclu (A. Billet) que la plante « doit s'appeler dorénavant Bacterium ureœ ».

Il y a dans les eaux d'égout un bacillus,\e b. ureœ Miq. (fig. 170), qui possède aussi la propriété de transformer l'urée en carbonate d'ammoniaque. Il est formé de filaments grêles, distincts ou réunis au nombre de trois, quatre ou cinq, longs chacun de 5, 6 p, larges de 0 p 1 à Op.8; et à la fin de la vie du Bacille, ces filaments se résolvent en spores brillantes et légèrement elliptiques, résistant pendant plusieurs heures aune température humide de 95° à 96" (Miqucl).

En clinique, d'après M. Bouchard, on ne trouverait guère le M. ureœ que 2 fois sur 100 comme agent de l'ammoniuriè. Au contraire, 98 fois sur 100, cet agent serait un Schizophyle en forme de petits bâtonnets, longs de 2, 3 p. sur 1 p de largeur, analogues par l'aspect à ceux du bacterium Termo, isolés ou placés bout à bout, mobiles en ce cas les uns sur les autres, tandis que l'ensemble est doué d'un mouvement de translation totale. Leur activité n'est pas I l ès grande, comparativement à celle du M. urcœ.

De plus, la clinique est arrivée à cette conclusion que « la cystite joue le rôle exclusivement réservé parla théorie nouvelle au petit ferment Fltt. 170. - Dacillus ureœ (Miqucl). ammoniacal dc l'urée » (Guyon) ;

l'iniection de ferments dans la vessie, en l'absence de cystite, est incapable de produire une ammoniurie durable, et le cathétérisme avec une Lule imprégnée de ferments, qui n'amène pas l'état ammoniacal lorsque la vessie est saine, détermine une ammoniurie rapide quand on a preaia lie" Une de la cystite. D'autre part, on guéri, am— a]ors nue sans se préoccuper des ferments, on dirige le trailemen

"Tre l'éi et inflammatoire (Guiard). En fait, le M. ?• P«?

Jas Se comporter dans la vessie comme dans les récipients des chimistes]

parce que dans ceux-ci l'urine csl en contact avec de l'air, et que le M. ureœ a besoin d'oxygène pour vivre. Quand on l'introduit dans la vessie avec une sonde, il peut bien, grâce à une petite quantité d'air introduite en même temps que lui, fonctionner normalement pendant quelque temps; mais le phénomène ne peut durer.

On a attribué (Van Tieghcm) le dédoublement par hydratation de l'acide hippurique en acide benzoïque et en glycocollo, qui s'observe dans l'urée des herbivores, à une fermentation analogue à celle qui dédouble l'urée. « Le ferment serait identique au Micrococcus ureœ; mais ce n'est là qu'une hypothèse qui demande vérification. » (Uubief.)

C'est aussi à un Micrococcus que se rapporterait un micropbyte observé dans les cas de rage, dans la substance cérébrale, constitué par de petites granulations 1 très réfringentes, immobiles là où elles sont emprisonnées dans la substance incomplètement diluée, mais éclaircie par l'eau, et très mobiles dans les points où le liquide prédomine. La plus grande partie de ces microcoques sont à peu près d'égal volume (de 3 à 5 dixièmes de p); d'autres sont un peu plus volumineux ou plus pelils. Sur un nombre plus ou moins considérable de ces microphytes, on peut saisir leur système de pullulalion : une granulation plus petite de beaucoup se voit accolée et semble bourgeonner sur une granulation plus volumineuse, à la manière de la Levure de bière ; c'est cette disposition qui, sous un grossissement insuffisant, donne au micropbyte l'aspect d'une cellule ciliée ou en tète de clou. Un grand nombre de ces microbes sont oviformesou allongés comme les cellules de la Levure de bière; quelques-uns s'allongent sous forme de courts bâtonnets, mais c'est le petit nombre (Gibier). Ces microcoques n'ont pas été cultivés; ils ne se colorent pas facilement, à l'instar de leurs

Fie. 177, 178. Micrococcus gallinarum. Choléra des poules (Pasteur).

congénères. L'opinion qu'ils sont caractéristiques de la rage n'a pas été adoptée. Jusqu'ici la rage passe pourunc affection « sans microbe ». De là un défaut absolu de logique scientifique quand on se propose de modifier son virus de la même façon qu'on atténue celui des virus dits à microbe. Le Choléra des poules, maladie connue dès 1789 et étudiée clinique-

1. Ce seraient (Peter) les corps granuleux de Gliige, corpuscules moléculaires dus à la régression graisscuso des tissus et qui s'observent dans toute myélite des la première période.

144 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CUYI'TOGAMIQUE.

ment, il y a quarante ans à Alfort, par Renault et Delafond, est caractérisé par un microphyle qui à toutes les apparences d'un Micrococcus (M. gallinarum) (fig. 177, 178). Ce sont des corpuscules larges de 2, 3 unis deux à deux en Diplococcus. M. Pasteur les a cultivés, inoculés et fait avaler aux poules, leur communiquant ainsi la maladie. Il en a atténué le virus et l'a inoculé à des poules qui deviennent par là réfractaires à la maladie pendant quelque temps. C'est ce virus que M. Pasteur a propose dans ces derniers temps d'inoculer aux lapins d'Australie pour les détruire; mais, il paraît que les lapins n'en meurent pas toujours. Citons encore :

Le M- Crepusculum Cohn (Monas Crepusculum Enn.), formé de phytocyslcs globuleux et incolores, qui se développe dans presque toutes les infusions de matières animales et végétales en décomposition.

FlG. ÎT'J. — Sehizophytes du vin tourné.

Le Microcoque du vin filant, qui est formé de globules en chapelet, ou isolés, ou groupés de diverses laçons (fi g. 179), de 2 p. de diamètre, et qu'on a dit (Pasteur) être peut-être identique au M. urece Cohn.

Le M- diphtherilicus Cohn, composé d'éléments granuleux et ovoïdes, longs de 0.35 à 11 p, isolés ou groupés plus ordinairement par 2-6, en chapelet, se multipliant quelquefois, dit-on ((Erstel), en colonies et se répandant dans les tissus malades qu'ils décomposeraient et détruiraient.

Le M. septicus Cohn (Microsporon seplicus Klebs), formé de phylocystes arrondis, immobiles, groupés en amas ou en chapelets, ayant individuellement 5 ^ de diamètre et observés (Klebs) dans les liquides sécrétés par les plaies des seplicémiques. Waldeyer les signale en zooglées dans les callosités ulcéreuses, cl groupés 2 par 2 ou en chapelets dans le sérum de la fièvre puerpérale épidémique; dans Ions les tissus, vaisseaux, etc., chez les septicémiques et les pyoû'émiques. On a décrit aussi (Hallier) des Microcoques de

Fig. 180.— Sehizophytes .le la Graisse des vins.

la rougeole, de la scarlatine, de la variole des animaux, de la diarrhée ôpidémique, du typhus intestinal, de la morve, de la syphilis; mais M. Colin (Deiti:., II, 118) déclare que « la doctrine de Rallier sur les Micrococcus est tellement parsemée d'assertions inexactes et d'hypo- Ihèses peu probables, qu'il est impossible de rien conclure des laits qu'il a observés. »

Le M. Bombycis Coiin, observé dans l'intestin des Versa soie atteints de la maladie dite Flacherie, a d'abord été indiqué comme Formé d'éléments de 1 n <le diamètre, ordinairement réunis par 2-5 ou plus, en Chapelets. Plus tard, M. Colin (Beitr. [1875], 201) les décrit comme de l'orme ovale, larges au plus de 5 p. M. Béchamp donne au microphyle de la flacherie le nom de Microzyma Bombycis. Dans sa théorie, les Microzyma sont des granulations élémentaires dont l'assemblage forme toutes les cellules organiques. Ces Microzyma sont agrégés entre eux au moyen d'une substance sécrétée par eux, une Zymase. Quand la sécrétion des zymases est viciée, les Microzyma s'agrègent palhologiqucment, en microroques, bactéries, bacilles, etc. Lors de la mort de l'être qui les porte, les Microzyma survivraient et deviendraient les agents de la fermentalion putride.

Signalons ici les grandes analogies extérieures avec les Micrococcus, de plantes telles que le Mycoderma Aceti, dont il sera question plus loin.

Nous ne pouvons pas, comme nous l'avons fait pressentir, ne pas étudier au présent chapitre les microphytes qu'on a désignés sous le nom de Streptococcus, car ce sont simplement des Micrococcus unis en chapelet, tels que nous venons d'en indiquer un certain nombre. Dans le pus blanc des abcès et phlegmons, on observe le plus souvent le S. pyogenes Ogst. que nous nommerons Micrococcus pyoç/encs. Il est formé d'éléments sphériques, inégaux dans une même chaînette où leur diamètre varie de Opl à 0f*7. Implanté sur de la gélatine, il ne la liquéfie pas, comme font tant d'autres Schizophytes, mais il forme une pellicule arrondie et blanchâtre ; tandis que sur l'agar-agar, il produit une couche plus saillante, à rebord taillé en laïus. Le plateau atteint souvent 2, 3 millimètres en moins d'un mois (fig. 181).

Dans l'érysipèle, on observe un autre Micrococcus (M. crysipelatus), ordinairement nommé Streptococcus crysipelatus (fig. 182, 183), et qui, inoculé à l'homme, non sans péril, reproduit la maladie (Felheisen). Il est aussi disposé en chaînettes, mais à éléments plus égaux, plus réguliers que

Fie. 181. — Micrococcus (Stnphijlococcus) pyogencs (Dubicf).

ceux du précédent (le plus souvent Ou. 3). Il abonde souvent dans le derme, surtout dans l'intervalle des faisceaux fibreux, dans les voies lymphatiques. Il y constitue souvent aussi des amas irréguliers. Il peut s'introduire dans le tissu cellulo-adipeux sous-cutané, et là prendre la place de la cellule adipeuse plus ou moins désorganisée. Pénétrant dans le sang et dans les lymphatiques, il arrive aux vaisseaux du foie, du rein, etc., et s'y groupe en masses. Quand l'affection siège au cuir chevelu, ces masses peuvent se trouver à la périphérie des pellicules des cheveux, et l'on explique de la sorte la chute des cheveux, qui se produit souvent en pareil cas l. Cultivé sur gélatine et agar-agar, il y forme des plaques plus blanches et moins épaisses que celles du M. pyogenes, parfois découpées comme une feuill

Fig. 182, 183. — Micrococcus eri/sipelalus, libre cl dans les tissus (Dubiel.)

de fougère. Mais il semble qu'il y ail des transitions entre le M. pyogenes et le M. erysipelatus. Ce dernier conserve d'ailleurs pendant longtemps son inoculabilité.

Le Streptococcus plicatiiis Lemtre, observé dans la maladie dite Perléche, est aussi un Micrococcus.

Les Staphylococcus ne son! pas non plus génériquement distincts des Micrococcus, car ils en représentent un état zoogléique. Ainsi le S. pyogenes aureus (Microbe doré) ci les autres variétés à coloration distincte (blanchâtre, verdàtre, etc.), rencontrées dans tant d'affections purulentes, doivenl pour le moment prendre le nom de Micrococcus pyogenes (fig. 181).

Nous rapporterons au môme genre les Gonococcus, caractéristiques, a-t-on dit, de l'écoulement blennorragique. Ce sera pour nous le Micrococcus blennorrhœus (fig. 184). Il est formé de nombreuses petites ponctuations arrondies, réfringentes, souvent très mobiles, disposées en petits amas et non en chaînettes. Leur diamètre varie de 0p2 à OpO. Elles sont libres ou siègent dans les cellules du pus ou dans les cellules épithéliales de la muqueuse. Elles sonl très ordinairement

I. Dans l'infection puerpérale, outre des Bactéries qui ont été, à torl ou à raison, rapportées aux 15. septiques, on trouve (Dolëris) des Microccocus analogues, isolés, on couples et en chapelets.

accompagnées, notamment dans la blennorragie cl la blén'norrée des femmes, de nombreux antres micr'opliylcs. Les cultures et les inoculations de ce micropliyte nul rarement donné des résultats positifs; les observations diverses concordent peu entre elles. Les principaux médicaments antiseptiques retardent le développement du raicrophyte, principalement le sublimé, le nitrate d'argent et la résorcine (Munnich). Comme la plupart des Micrococcus précédents, celui de la blennorragie se présente souvent sous forme de Diplococcus, et même (Pouey) de Tetragenus et de Merismopœdia, c'est-à-dire de groupes formés au moins de quatre éléments séparés par un sillon crucial.

Fig. 184. — Micrococcus blennorrhœus (Dubicf).

Bactéries

Le genre bactérie (Bacterium) a été créé par F. Dujardin, l'un des plusgrandsobservaleurs de noire pays, méconnuet martyrisé, bien entendu, par ses contemporains. On a eu lort d'étendre le nom de Bactéries à l'ensemble des Schizophyles ou Schizomycètes, et de donner en bloc à ceux-ci le nom de famille des Baclériacées. Le groupe des Bactériées, quelque degré de valeur qu'on lui attribue, à pour type le genre Bacterium, plus limité qu'il n'était au temps de Dujardin et formé de Schizophyles plus longs que larges, courts néanmoins(très ordinairement à peine deux fois aussi longs que larges), isolés ou réunis en zooglées, parfois groupés deux à deux, pendant leur sectionnement, mais non généralement en chaînettes, doués d'ordinaire de mouvements spontanés, oscillatoires parfois très vifs, en présence de l'oxygène et dans les milieux riches en substances alimentaires.

Pour se faire une idée des caractères de ce genre, il est bon d'en étudier d'abord deux espèces communes, qui se rencontrent dans un grand nombre d'infusions de matières animales et végétales, môme dans l'eau de la mer, les Bacterium Lineola cl Terme.

Le B. Lineola Con.\ (B. triloculare Mm, — Vibrio Lineola Ehrb — V. tremulans Ehrb.). (fig. 187) esl formé de pbytocyslcs cylindroïdes, presque tronqués aux deux extrémités ou plus ou moins atténués aux deux bouts, longs de 3F 8 à 5P25, larges de 1 ^5, isolés ou places bout à bout par 2-4, droits, rarement unjPeu tordus, pourvus

Fie. 185, 186.— ZJactertwm punclum et fi. Termo.

d'une paroi distincte cl d'un contenu finement granuleux; les granulations foncées, douées de mouvements vifs. 11 se rencontre sous forme de zooglées cl môme, dit-on, de chaînettes formées de 8 à 10 articles. C'est ce qui fait dire à M. Warming qu'on ne trouvera pas extraordinaire celte phrase de M. Ray Lankester : « Il paraît probable que chacune de ces espèces (les B. Lineola et Termo) a une forme ou une phase sphérique, en biscuit, bacillaire, serpentine (Vibrio) et peut être spiralée(S/nn7/«m). » Nous pouvons en rapprocher le B. fusiforme Warm., observé aussi à l'état libre ou en zooglées, et dans lequel les articles, plus atténués aux extrémités el dépourvus de ponctuations, ont de 2 à 5 p de long, sur 0 p 5 à 0 p 8 de large.

Le B. Termo Ei-irb 1 (Monas Termo Muell. — Vibrio Lineola Eurb. part.) (fig. 186) esl plus encore que le précédent l'agent de la putréfaction ; il est donc surtout zymogène ou saprogène. Il se montre, et généralement le premier, au bout de peu de temps, dans les infusions. Ultérieurement, il sert à l'alimentation d'autres végétaux auxquels il cède la place. Ses éléments, isolés ou réunis sans ordre, ou disposés en série, sont longs de i (x 5 à 4-7 fi, sur 1 f* 2 à 2 p 5 de large, ellipsoïdes ou plus ou moins cylindriques, parfois un peu renflés au milieu, plus arrondis el plus gros dans la forme griseum (Warm.), plus ellipsoïdes ou allongés, moins brusquement tronqués dans la forme littoreum (Warm.). On l'a vu aussi primitivement à l'état de zooglées, dans l'eau, puis à l'état de chaînettes (et c'est pcut-êlre là le B. Catenula Duj.). Il peut èlrc cultivé et donne aux cultures une odeur caséeusc. Ses mouvements oscillatoires sont souvent très prononcés, moins cependant que ceux de l'espèce précédente. Lors de sa division par scissiparité, ses articles s'étranglent sur une large surface. Il a d'ailleurs été confondu avec un grand nombre de Schizophytes pathogènes.

Baclerium Lineola.

Kic. 188. — Baclerium lacticum.

On a attribué les mouvements de celle espèce à des cils vibratiles, dont

1. Comme le fait remarquer Bc Bary.il y a plusieurs microphylcs distincts auxquels on a donné ce nom; et il n'est pas certain que l'espèce d'Ehrcnbcrjj; soit celle do M. Colin, espèce qui, pour ce dernier, est le ferment spécial de la putréfaction.

MM. Dallingcr et Drystlale croyaient avoir démontré l'existence. Comme c'est la première fois que nous rencontrons ces organes dans un Schizophyte, indiquons ce qui divise les botanistes à leur sujet. Les uns croient que ce sont des dépendances du phytoblasle, en, un mol de véritables cils de nature proloplasmiquc l; les autres admettent que ce sont desimpies tractus de la matière visqueuse extérieure au phytocyste, produits lors de la scission des articles. On peut s'étonner, avec celle dernière interprétation, qu'ils soient souvent si égaux et si régulièrement disposés à la surface des Scbizopbytes.

Fie 189. — Bacilles observés dans la pneumonie (d'après M. Fol).

C'est, pour le moment, au genre Bacterium, sous le nom de B. lactictfm(fig. 188), que nous rapportons le Vibrion lactique ou Ferment lactique (Vibrio lacticus. — Bacillus laotiens), dont il sera question à l'article des fermentations. Uu ^ %> Nous nommerons alors aussi B. caucasicum le Dispora çaucasica Kern, qui préside à la / ^> * \ fermentation du Kéfir, et qui a d'abord été * \ ^

décrit comme arqué, avec deux spores api- ^ • î '• \ » cales ; ce qui n'est qu'une apparence, les pré- « , <^* '

tendues spores représentant les extrémités ^> ^

arrondies du Schizophyte. & 9 <^> ^*jt

Le Bacterium Aceti des auteurs parait être o la forme bactérienne du Mycoderma Aceti \* que nous avons dit (p. 145) être un Micro- Fic. 190. Microphytes d'un

COCCUS. crachat pneumonique

Le Nosema Bombycis, observé dans la ma- (Dubicf). ladie des vers à soie, dite Pébrine, et encore nommé Micrococcus ovatus, nous semble aussi, à cause de sa forme elliptico-ovoïde, deux fois plus longue que large, devoir être rapporté aux Bacterium.

Le Bactérie tuberculeuse des auteurs appartient au genre Bacillus, de môme que la B. butyrique des chimistes.

t. Indépendamment des cils, il y a souvent dans les Scliizophyles des mouvements très manifestes qui sont dus à une sorte do contraction du phytoblastc, et qui se produisent, bien entendu, dans des espèces totalement dépourvues de cils.

150 TR UTÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CIIYPTOGAMIQUE.

Il y ;i dans l'atmosphère un grand nombre de Dacterium qui ont été figurés par M. Miquel cl dont nous aurons l'occasion de parler (p. 216).

Il faut bien se garder, pour éviter les confusions, de considérer comme appartenant aux Bactéries ce que beaucoup d'auteurs disent des « Bactériens »; et des « Bactéries » en général, puisque, ainsi que nous l'avons indiqué (p. 147), ils désignent sous ce nom l'ensemble des Schizomycèles et même des Ferments.

Ce que les médecins nomment Microbe de Fraenhel, et que plusieurs

Fie. 191 — Pneumoccocus (Friedlander). Fig. 192. — Pneumoccocus (Cornil).

d'entre eux considèrent, comme caractéristique de la pneumonie, pourrait bien, du moins dans un de ses étals, être rapporté à un Bacterium{.

Bacilles.

Il faut réserver le nom de Bacille (Bacillus Coiin) aux Schizophytes représentés pardes filaments minces, allongés, rigides ou flexibles, doués ou non de mouvements. Ils sonten réalitéformésd'articlcset trèssouvent présentent des étranglements, maisseulement lorsde la division, au niveau des points d'union de ces articles (fig. 195, 196); mais ces points ne sont pas toujours facilement visibles. Il y a aussi des Bacillus qui, à un moment donné, peuvent se résoudre en Micrococcus. Ce sont d'ailleurs •des Schizophytes endosporés, c'est-à-dire pouvant se reproduire à un moment donné par des spores intérieures.

1. Les palliologistcs sont loin d'être d'accord sur les microorganismes caractéristiques des pneumonies. Pour les uns, c'est le bacille de Friedlander, qui est encapsulé (Pneumococcus), se développe à la température ordinaire et tue, les cobayes, mais non les lapins. Pour les autres, le vrai Pneumocoque de la pneumonie est le M. de Fraenkcl, encapsulé aussi, que Stcrnbcrg a nommé Micrococcus Pasteuri et que M. Pasteur a, dit-on, découvert dans la salive. Celui-ci se développe à une température voisine de celle du corps humain, tue les lapins et les souris et perd de bonne heure sa virulence. On dit mémo l'avoir trouvé dans le poumon sain. On l'a souvent décrit comme ayant « une l'orme de lancette ». M. Woiohselbaum a trouvé, on 1886, quatre microphytes différents dans la pneumonie. Plusieurs d'entre eux auraient été observés dans des cas de rhinite, de méningite cérébro-spinale et dans plusieurs organes de l'homme sain. Un quart des individus bien portants aurait le microbe de Fraenkcl dans la salive, les bronches. On peut dire que la question s'obscurcit de jour en jour.

Pour se faire une idée générale dès caractères de ce genre, éludions d'abord quelques espèces communes ou remarquables par leurs grandes dimensions el la netteté de leur évolution. Tels sont les B. subtilis et Metfaterium.

Le B. subtilis Coux{Vibrio subtilis Eiiun.)(fig. 193), quelquefois appelé Bactérie du foin, est une des espèces que les botanistes ont le plus observée dans les infusions végétales et dont ils ont le plus recommandé l'étudeaux débutants. Pour l'obtenir pur, il faut avoir recours à la métbode de Roberts et Buchncr, que M. Strasburger1 a recommandée en ces termes. « On arrose du foin sec avec la quantité d'eau exactement nécessaire pour le mouiller, et on laisse l'infusion pendant quatre heures dans une éluve portée à une température constante de 30° centigrades. On retire l'extrait sans le filtrer, et on l'étend, au cas où il serait trop concentré, jusqu'à l'amener au poids spécifique de 1,004. Ensuite, on transvase le liquide dans un ballon d'environ 500 centimètres cubes. On bouebe le ballon au moyen d'un tampon d'ouate et l'on fait bouillir le liquide pendant une heure, tout en ayant soin que le dégagement de vapeur ne soit pas trop fort; on laisse redescendre la température que l'on arrête à 30° centigrades. Après un jour ou un jour et demi, il s'est formé a la surface du liquide une pellicule grise, mince, la fleur, qui se compose de zooglées du B. subti!is. On utilise donc, pour obtenir une culture pure de cette

Fie. 19$. — Uacillus subtilis, formé, à la surface d'une infusion de foin bouillio après vingt-quatre à quarante-huit heures (6Ô0 diam.) (Colin.)

espèce, la propriété qu'ont ses spores de résister longtemps à une haute température. Les Bactéries se distinguent par leur résistance aux températures élevées ; mais celle-ci tient le premier rang sous ce rapport. Pour l'examen, on porte une petite parcelle de la fleur, avec une quantité convenable du liquide producteur, sur le porte-objel, et on étudie aux plus forts grossissemeuts dont on dispose. On trouve que la pellicule est formée par des filaments longs, articulés, ondulés et parallèles les uns aux autres. Les filaments demeurent réunis pour la plupart en une seule courbe par une substance gélatineuse invisible; ils sont composés de

i. Manuel technique d'Histologie Végétale, trad. Godfrin (1886), 2-10.

bâtonnets cylindriques de différentes longueurs, mais en général deux ou trois fois plus longs que larges. La substance des bâtonnets paraît liomogène, incolore et assez réfringente; même aux plus forts grossissements, on n'y peut reconnaître aucune structure. Le cblorure de zinc iodé colore toute la masse du bâtonnet en jaune brun et le rend plus visible. Les images sont plus belles qu'avec d'autres solutions iodées. Après ce traitement, les articles des filaments paraissent plus courts qu'à l'étal frais, parce que leurs limites s'aperçoivent maintenant, Pour mieux faire apparaître les bâtonnets, on les colore... avec la fuchsine, le violet de mélhyle, le violet de gentiane ou la vésuvine, et on peut les conserver alors en préparations persistantes dans le baume de Canada ou la résinedammar. La picronégrosine est aussi employée avec avantage pour fixer et colorer ces préparations. En grossissant environ mille fois un petit fragment de la fleur, on peut voir directement la division des bâtonnets

(Brefeld)... Si les substances nutritives sont encore en quantité suffisante dans le liquide d'observation, les divisions des bâtonnets se répètent à une heure ou une heure et demie d'intervalle. Les divisions sont d'autant plus fréquentes et plus rapides que la température de la pièce est plus élevée. Les bâtonnets augmentent en longueur sans s'amincir pour cela; lorsqu'ils ont atteint une dimension déterminée, il se forme à leur partie moyenne une cloison de séparation d'aspect plus foncé. Ce mode de division explique l'arrangement des bâtonnets en filaments; il rend compte aussi des courbures de ces derniers. En effet, de nouvelles divisions venant s'intercaler dans le filament, il faut nécessairement, dans le cas où ses extrémités ne peuvent s'éloigner, qu'il se déplace latéralement pour gagner en longueur. C'est pour cette raison que la fleur ne tarde pas à se plisser elle-même et à présenter des rides visibles à l'œil nu. Si on veut observer celte Bactérie dans toutes ses phases cl voir la formation des spores, il faut porter un mince fragment de la pellicule dans une goulle d'eau suspendue à la paroi supérieure d'une petite chambre humide... On dépose au centre d'un couvre-objel une petite goulle du liquide de culture dans laquelle on place la Bactérie à examiner. Puis, par un mouvement rapide, on retourne le couvre-objet..., la goulle liquide en dessous... Les substances nutritives de la goulle une fois épuisées, la partition végétative cesse, et bientôt commence la formation des spores Au bout de six à huit heures, il existe déjà dans les filaments des spores ellipsoïdes, très fortement réfringentes. Les filaments paraissent alors vides; les spores ne sont plus reliées que par une enveloppe incolore. A certaines places de la préparation, on trouvera sûrement

EiG. 194. — Bacillus subtilis (Dubicf).

encore des spores en voie de formation; elles se présentent comme des amas d'une substance très réfringente, situés le plus souvent vers le centre de chaque bâtonnet. Ce petit globule grossit pendant que le bâtonnet se vide, et finalement la spore est complètement terminée. Si on continue la culture pendant quelques heures, les enveloppes des bâtonnets disparaissent, et au bout d'un jour, les spores devenues libres, tombent à la partie inférieure de la goutte liquide. Contrairement aux bâtonnets, les spores ne se colorent pas dans le violet de gentianeni dans les autres colorants... excepté toutefois la fuchsine à l'acide phénique... Les spores germent très facilement dans une solution fraîche de substance nutritive. A la température de la pièce, la germination est assez lente ; elle devient beaucoup plus rapide à 30° centigrades. Le mieux est de les faire bouillir environ cinq minutes et de les laisser se refroidir lentement. Le début de la germination peut déjà se manifester après deux ou trois heures (Brefeld). La membrane de la spore s'ouvre; le petit germe commence à faire saillie, puis s'allonge progressivement en bâtonnet, tandis que son extrémité postérieure demeure renfermée dans la membrane de la spore. Il faut ensuite environ douze heures pour que la bactérie nouvelle se divise pour la première

(Il

Fie. 195. — Bactérie se multipliant par bipartition.

Fie. 196. — Multiplication d'une Bactérie par cloisons transversales (Dubief).

fois. Les préparations examinées pendant ce temps montreront donc tous les stades delà germination et de la bipartition. Le plus souvent les bâtonnets jeunes entrent bientôt en mouvement, portant encore à une de leurs extrémités la membrane de la spore. Le nombre des bâtonnets mobiles augmente rapidement par suite de leurs divisions continuelles; ils remplissent finalement, avant la formation de la fleur, tout le liquide. Ils se rassemblent ensuite à la surface du liquide, se mettent au repos et produisent la fleur. Les bâtonnets mobiles ont des longueurs inégales, car ils se composent d'un nombre variable d'articles. Leur mouvement est serpentiforme. Pour obtenir une préparation persistante de ces organismes, on dessèche sur le couvre-objet le liquide qui les contient, et on les colore... Les bactéries mobiles possèdent à chacune de leurs extrémités un cl qu'il est très difficile d'apercevoir (Brefeld). Pour compléter cette description que nous avons reproduite presque intégralement, parce

qu'elle est un modèle d'exactitude et de précision, et que nous ne saurions trop la recommander aux observateurs qui débutent dans l'élude des Schizophytcs, nous ajouterons que ebaque bâtonnet a environ 5-6 (* de longueur, sur environ 1 p d'épaisseur. Il y a d'ailleurs bien des variétés du B. subtilis. Bûcher en a observé cl décrit cinq différentes, en faisant varier la composition chimique du liquide, en le sucrant, en lui ajoutant de l'asparagine qui fait disparaître les cils. Le B. subtilis digère l'albumine coagulée ; il la transforme, dit-on, en peplone».

Nous ne savons si l'on doit distinguer spécifiquement du B. sublilis deux grands Bacilles de mêmes dimensions qui se trouvent, entre autres, dans les fèces de l'homme, mais qui sont immobiles et ne se comportent pas de même dans les cultures à l'agar-agar. On admet que, dans le gros intestin, divers Bacilles travaillent simultanément à décomposer les nombreux matériaux de la digestion, notamment les substances albuminoïdes et hydro-carburées.

La deuxième espèce que nous examinerons estiez. Megaterium de By (fig. 198), qui a été communiqué par le laboratoire de l'Université de

Strasbourg à plusieurs savants, et que nous avons vu en Belgique. Il se développe sur la gélatine, dans les solutions sucrées, les infusions, et est remarquable par ses grandes dimensions (4-6f* de long, sur 2p 15

de large). Les bâtonnets sont cylin- Fic. 197. — Dacilli en voie de segmenta- 0/ „„ •

«on (de Lanessan). dnques, rcct.lignes, arques ou si-

nueux, comme ceux des Vibrions, parfois mobiles. En ce cas, ils se placent souvent bout à bout. Sinon, plus épais, ils deviennent intérieurement granuleux et cessent de se mouvoir. En cet état ils ont souvent de i â 6 articles. Alors, ils se gonflent à une extrémité, et il s'y produit une spore. Celle-ci devient libre, grossit encore; puis sa paroi se rompt; la germination commence, et le contenu de la spore se développe en bâtonnet.

Le B. Ulna Coiin (Vibrio Bacillus Eiird.) est encore une espèce commune, observée dans diverses infusions et aussi dans l'eau de mer. 11 est formé de filaments épais et rigides, comme articulés et br.ses, avec des articles longs de 4-12 ^ sur 1, 5-2F 2. L'ensemble atteint assez souvent 50 u. L'intérieur est finement granuleux. On a cru voir (Warming) des cils dans celle espèce. Son phyloblastc peut développer de gros globules intérieurs (Colin) qui sont peut-être des spores endogènes. Un

1. C'est surtout dans les Bacilles qu'il es. facile d'étudier le luode ^«on «présenté théoriquement dans les fig. 195, 196 £ . ^'al, s,

Schizophytcs. On voit dans la première de ces figures ^mmm 1 pcm,.,„t la

tant en microcoques.

lui attribue certaines couches sèches et filamenteuses qui s'observent sur le blanc d'œuf exposé à l'air.

FiG. 198. — Bacillus Meyatcrium (de 15ary).

M. Pasteur a considéré comme un animalcule une autre espèce de ce genre, son Ferment butyrique, que M. Trécul a observé dans l'eau de flacons bien bouchés qui contenait des fragments et du latex de certains végétaux. Il lui a donné les noms <ï Amylobacter, Urocephalum et Clostridium. De là le nom de B. Amylobacter V. Tiegh. (Clostridium butyricum Prasm.). Il se rencontre dans la présure, la choucroute, le malt, sur divers Jégumes qu'il altère. Il se présente (fig. 199, 200) sous forme de bâtonnets, longs de 3-10 f* sur Op. 6-0p 8. Il a été observé en chainetteset en zooglées, b il est mobile. Dans certaines circonstances, ses bâtonnets se renflent, soit dans le milieu de leur longueur, de façon qu'ils deviennent fusiformes, soit à l'une ou à l'autre de leurs extrémités. Parfois aussi ils s'arquent légèrement. C'est surtout quand le milieu ambiant devient acide que se produisent ces renflements; ce qui arrive surtout quand il se développe dans le fromage ou la choucroute une certaine quantité d'acide lactique. Au niveau de ces renflements se produisent les spores j. Mais une trop grande quantité d'acide, comme il arrive dans la fermentation butyrique, arrête totalement le développement du Bacille. D'après M. Fitz, ce Bacille, maintenu à une température de 80-90° pendant plusieurs heures, peut bien encore se reproduire, mais il ne détermine plus de fermentation. Il y a une ou deux spores par article. Les spores

I. L'apparition de la spore est précédée do celle de la granulosô amylacée. Au milieu de la masse qui bleuit par l'iode, apparaît une tache qui demeure colorée en jaune, et c'est là que se forme la spore. II y a cependant (Prazmowski) des Schizophytes amyligcrcs chez lesquels la granulose ne précède pas toujours la spore.

Fig. 199. — Bacillus Amylobacter (Dubicf).

ont de 2fi à % 5 de long, sur lp environ de large. Elles se détruisent vers 100°. Quand elles germent, c'est un de leurs pôles qui s'allonge en cylindre pour reproduire un nouveau bâtonnet.

Cette espèce a fourni un des plus beaux exemples connus de L'inanité de la théorie dite de la Spécificité des ferments,. M. Pasteur a d'abord établi

Fig. 200 — Dacillus Amylobacter (de Bary).

qu'elle est l'agent de la fermentation butyrique, c'est-à-dire qu'elle présiderait à la transformation en acide butyrique des sucres, de l'acide lactique, des acides citrique, tartriqueet malique, des matières amylacées.

Tic. 201. — Dacillus Anlhracis, dans le sang frais d'un cobaye.

albuminoides. Tins lard, elle a été considérée comme l'agent de la destruction de la cellulose ; et l'on admet que cette action est duc à une diastase sécrétée par le Bacille et qui transforme la cellulose en dexlr.nc, puis en glucose. Mais il est avéré qu'il y a beaucoup de phytocystes qu'on considère comme formés de cellulose cl sur Lesquels cette diastase n a aucune .

CRYPTOGAMES CELLULAIRES. *r>7 action. On a dit que c'est cette diaslase pi dissocie les tissus des plantes textiles dans l'opération du rouissage. M. Van Tieghem pense encore que c'est celte plante qui, dans l'estomac des ruminants, rend solubleet assimilable la cellulose. Il admet môme que lors de la formation de la houille, le B. Amylobacter agissait pour détruire lacellulose des végétaux. Toutes ces assertions. demandent vérification. Ce qui est positif et facile à constater, c'est que le B. Amylobacter renferme de l'amidon1 et bleuit au contact de la teinture d'iode; et toutes les théories ci-dessus relatées tiennent à cette hypothèse que le Bacille prendrait de la fécule produite par lui aux dépens de la cellulose végétale cl qu'il aurait ensuite absorbée, sans lui faire subir quelque transformation ultérieure. Il joue cependant un grand rôle dans la putréfaction des matières organiques*. Il y a aussi beaucoup de Bacilles pathogènes. Le mieux connu et celui dont

Fie. 202. — Dacillus Anthracis. Schizophylcs du Sang de rate, avec globules de sang.

l'étude se recommande le plus aux commençants, est leB. Anthracis Cohn (fig. 201-220). II fut découvert en 1850 et nommé Bactéridie charbonneuse par un médecin français, Davaine, aussi grand observateur que Dujardin et qui eut la même destinée que lui, repoussé comme lui par l'Académie des sciences. Davaine avait constaté avec Rayer que, dans les cas de charbon, de sang de rate, qui s'observent sur les bestiaux ou plus rarement sur l'homme, non seulement, comme on le savait depuis longtemps, la rate est ramollie, et le sang prend une teinte sombre, une consistance poisseuse, avec agglutination des globules rouges, mais qu'il y a, « en outre, dans le sang, de petits corps filiformes, ayant environ le double en longueur du globule sanguin. Ces petits corps n'offraient pas de mouvement spontané ». Plus tard, Davaine a reproduit le charbon chez un grand nombre d'animaux en leur inoculant le sang qui contenait le Bacille; et

1. Il y a plusieurs autres Schizophylcs qui présentent les réactions de l'amidon : le Micrococcus Pasleurianus, le Spirillum umyliferum, et, en partie, le Leplothrix bucr.alis (De Barv).

2. Les Tyrothrix Ducl., trouvés dans les fromages et décrits avec trop peu de pré- . cision pour être rapprochés de tel ou tel type de Schizophylcs, se comportent comme

le II. Amylobacter, coagulent puis liquéfient le lait, et produisent, dit-on, finalement de la tyrosinc, de la leucinc, du valérianatc d'ammoniaque et du carbonate d'ammo- ' niaque.

c'esl en 1877 seulement que M. Pastenra fait des cultures de ce Bacille.

Fie. 203. — Dacillus Anthracis, trouvé dans le sang d'un cochon d'Inde, après inoculation (Colin).

Fie. 204.— Bacillus Anthracis, dans le sang d'un bœuf mort do Sang do rate (Colin).

Observé dans le sang des animaux charbonneux ou dans des pustules

Fie. 205. — Bacilli développés en longs filaments (Lew is).

malignes récentes, le B. Anthracis est le plus grand tle nos Bacilles pathogènes, car ses bâtonnets ont jusqu'à près de 2 p d'épaisseur, sur une longueur de 5-20 p ou plus. Ils s'unissent les uns aux autres par des extrémités aplaties et parfois un peu dilatées, de façon à rappeler un peu les nœuds des chaumes. Au niveau des jointures se voit souvent une ligne claire transversale. On les a aussi représentés arqués et en crosse; nous n'avons pu voir normalement cette dernière forme. Ils sont immobiles et rigides ; ils se laissent facilement pénétrer par les couleurs extraites de l'aniline, la fuchsine, le bleu de méthylène, le violet de rtiéthyle, etc.

M.Kochacullivé méthodiquement ce Bacille dans la chambre humide. En plaçantune gouttelette de sang charbonneux ou une parcelle de ratecharbonneusc sur une lamelle à recouvrir, on ajoute une goutte de sérum frais ou d'humeur aqueuse; on retourne rapidement et on fixe la lamelle sur

la chambre humide qui est portée à l'étuve à 35» centigrades. Après une heure ou un peu plus, on voit la croissance se produire (fig, 207), et en la suivant méthodiquement, on peut, au bout d'une douzaine d'heures, observer l'apparition des spores. Les points auxquels elles correspondent deviennent réfringents. Leur évolution est plus active vers les bords de la

Fie. 206. — Bacillus Anthracis, du Sang de rate. En haut, la forme végétante avec des globules sanguins ; en bas, la forme de sporulation.

goutte, là où l'accès de l'oxygène est plus actif. Finalement, l'oxygène et la substance nutritive étant épuisés, les spores tombent au fond de la goutte. Ces spores sont tuées par l'action de la lumière solaire (Arloing).

Fie. 207. — Bacillus Anthracis. Culture dans une goutte d'humeur aqueuse (Koch).

C'est M. Koch qui les a le premier observées et décrites en 1876. Ce sont des petits grains réfringents, ovoïdes, un peu plus étroits que le diamètre du bâtonnet. On cullive aussi le Bacille dans des liquides nourriciers. Là, son apparence se modifie considérablement : il forme des flocons filamenteux et se présente sous formes de très-longues baguettes, simples, mais enchevêtrées entre elles, avec des articles peu ou points distincts. Dans les cultures sur gélatine, les colonies ont souvent l'apparence d'un chevelu ondulé-sinueux (fig. 214). 11 faut au Bacille de l'oxygène pour vivre; il l'emprunte au sang ou aux autres milieux dans

lesquels il se Irouvc, en les désoxydant, el il produit de l'acide carbonique. Quand le milieu nutritif salière, les Bacilles de la putréfaction font dis-

Oo

Fie. 208. — Bacillus Anthracis. Germination des spores dans un milieu de culture (d'après Koch)-

Kig. 209. — Bacillus Anthracis.

Germination des spores (d'après Colin).

paraître celui du charbon. Un froid de — 45 peut agir pendant plusieurs

Pi g. 210. — Bacillus Anthracis.

Formation des spores dans les filaments.

FlG. 211. — Bacillus Anthracis. Filaments dont les membranes sont en grande partie détruites.

heures sur ce dernier sans le tuer, cl une température de -110° nedétruit

o o oooo o

Fie. 212. — Bacillus Anthracis sporifère. Tubes et spores (Dubicf).

Fie. 213. — Bacillus Anthracis.

Évolution dos spores (Dubicf).

5as la virulence du sang charbonneux (Friscta). La température la plus

favorable ù son évolution parait être celle des mammifères. Il se développe bien aussi chez plusieurs oiseaux. La poule doit, dit-on (Pasteur), être refroidie pour que le charbon se développe dans son sang. Inversement, les replites et les poissons contractent la maladie si on élève à 35° l'eau qu'ils habitent (Gibier). Le Bacille peut être desséché sans perdre ses propriétés. Il est tué par une température de -(- 50" à 55°. Mais les spores sont plus résistantes (Pasteur et Grubert). Elles ne cèdent pas à l'action de l'eau bouillante cl peuvent, desséchées, supporter des températures de -f- 120° à 130°; l'alcool absolu ne les tue pas, tandis qu'il fait périr le Bacille. Les spores fraîchement ensemencées résisteraient moins à la lumière solaire que le Bacille adulte1.

Les avis sont partagés sur le mode d'inoculation du Bacille charbonneux aux animaux. Chez l'homme, la pustule maligne, manifestation externe de l'affection charbonneuse, si; produit directement par une inoculation quelconque, le plus souvent cutanée. La peau peut présenter quelque solution de continuité par laquelle pénètre, au contact, une petite quantité de liquide charbonneux; ou bien la solution de continuité se produit au moment même de l'inoculation par une foule de procédés divers. On a accusé les mouches dites charbonneuses, de pouvoir, lorsqu'elles piquent l'homme ou les animaux, déposer dans la plaie une petite quantité de virus; mais rien n'est jusqu'ici moins démontré. MM. Pasteur, Chamberland et Boux ayant arrosé des luzernes avec des cultures de Bacille et des spores, ont remarqué que les moutons nourris de ces luzernes n'étaient qu'en petit nombre atteints de charbon, mais que la mortalité s'accroissait de beaucoup si des portions piquantes de végétaux étaient ajoutées à l'aliment et déterminaient des solutions de continuité dans la bouche ou le pharynx. M. Koch admet, au contraire, l'inoculation par les parois de l'intestin; il fait avaler aux bestiaux, sans contact avec la bouche, des pommes de terre contenant, non des Bacilles qui seraient détruits par l'action du suc gastrique, mais des spores qui résistent aux sucs de l'estomac, et les animaux meurent du charbon, sans lésions des premières voies. MM. Pasteur cl Jouberl pensent que les troupeaux ingèrent dans lcschampsoùont é t é enfouisdes

Fie. 214. — llacillus Atilliracis. Culture.

1. Cette espèce a été confondue avec le B. subtilis, et plusieurs auteurs les déclarent jocnt.qucs. Cependant le II. subtilis est mobile; il ne germe pas de la même façon que ie II . Antkracis; et, sans parler des propriétés pathogènes de ce dernier, les llocons qu il lormc demeurent en général au fond des liquides de culture, tandis que ceux du 11. subtilis en occupent la surface.

animaux charbonneux, des spores du Bacille ramenées à la surface du sol par les excréments des Lombrics. M. Kocb croit, au contraire, que ce

Fig. 215. — Bacillus Anthracis, Fig. 216. — Bacillus Anthracis, cultivé

avec globules sanguins. (Dubief).

sont les inondations qui amènent les spores à la surface des prairies où les bestiaux les avalent *.

Le Bacillus Anthracis se transmet de la mère au fœtus à travers le placenta, au moins chez certains animaux, comme les cobayes (Chamberland et Straus). Le bœuf s'inocule facilement par le tube digestif, peu facilement par la peau. Le lapin cl le cobaye s'inoculent aisément par la peau, difficilement par le tube digestif. Le chien et le porc contractent très rarement le charbon. Le mouton est très facilement inoculable; et cependant, il est très remarquable que le sang des moutons charbon-

Fig. 217. — Bacillus Anlliraris. Schizophytes du Charbon (Fol).

neux de France s'inocule impunément aux moulons d'Algérie (Cliauveau).

Comment se comporte le Bacillus Anthracis dans l'économie des animaux non réfractaires? Il se répand par tout le système vasculaire, notamment dans le poumon (fig. 219), le tube digestif (fig. 220), le rein.

1. Les spores ne se forment pas dans le corps dos animaux vivants.

Kic. 218.— Dacillus Anlhracis, absorbé par les globules blancs du sang de la grenouille (Mclsclinikolï).

CRYPTOGAMES CELLULAIRES. «fi

le foie, la rate qui est épaissie, diffluenle, noirâtre (d'où le nom de Sang de rate). De la Pustule maligne cl de son pourtour, il passe jusque

dans les capillaires sanguins de tous les organes. Toussaint admettait que dans les capillaires, il obstrue la circulation. M. Pasteur pense qu'il y agit en dépouillant les globules du sang de leur oxygène et en produisant par suite l'asphyxie1, On a dit encore, comme nous verrons, que la maladie produite était due à la sécrétion d'une substance toxique par le Bacille; sans parler de l'opinion qui veut que le Bacille ne se développe dans le sang que parce que celui-ci est préventivement altéré.

Il est naturel qu'on ait songé aux moyens de détruire le Bacille quand il existe dans l'économie. On sait qu'il est expulsé par les niicropbytcs de la septicémie; que la présence des Bacilles de l'anthrax dans le sang arrête son développement, etc. ; mais ces faits ne sont pas jusqu'ici applicables à la pratique. On n'a guère pu non plus prescrire à l'homme ou aux animaux atteints de charbon des médicaments qui tueraient le Bacille sans nuire au malade. On en proposera certainement beaucoup. Davaine avait préconisé la teinture d'iode, mais seulement dans le cas de Pustule maligne. Mais on a eu l'idée d'atténuer par des procédés divers le virus charbonneux, et cette idée appartient à un vétérinaire français, Toussaint, quoique bien des auteurs l'attribuent à M. Pasteur. Nous étant imposé la loi de ne jamais, dans cet ouvrage, juger cette personnalité célèbre, nous nous bornons à reproduire, sur celte question, le jugement du professeur H. Fol. « G'cslToussainl, dit-il, qui le premier a su atténuer le virus charbonneux par la culture à de hautes températures, et en a fait un bon vaccin pour le mouton. Il l'a prouvé par des expériences convaincantes. M. Pasteur a attaqué bien à tort la théorie de l'atténuation de Toussaint; il emprunta ses procédés, mais prétendit les expliquer par l'action de l'oxygène sur les virus. Il passa aux yeux du public pour avoir découvert l'atténuation du virus charbonneux, et Toussaint mourut dans le désespoir et l'oubli. La poslérilé sera certainement plus juste pour lui que ne l'ont été ses contemporains. Chameau a raconté récemrhentqué l'oxygène, «onlraîrement

1. De Bary a établi pourquoi on doit « repousser celte opinion, souvent soutenue, que le Bacille :i une action purement mécanique, qu'il enlève au sang vivant... toul 1 oxygène que ce sang contient. Il est plus naturel de dire que faction du Bacille csl une action toxique... duc à un virus... Cela étant posé, il faut admettre encore que ce ■virus est secrète ou éliminé par le ltacille, sans quoi il n'agirait pas. C'est ce que semble prouver I observation de M. Motschnikoff sur l'assimilation rapide du Bacille par le g obuic blanc (Ûg. 218), lorsque le premier n'a pas une grande virulence ».

après ». Uiauvcau, les Bactéries atténuées disparaissent dans le poumon cl te foie.

aux assertions do M. Pasleur, n'est pour rien dans l'atténuation par la chaleur. Au contraire, l'affaiblissement se produit plus facilement ;i une température élevée lorsque l'oxygène est absent. C'est à la température ordinaire que l'action atténuante se fait le mieux sentir, mais elle exige un temps assez long. » Chez les bestiaux, l'inoculation du virus atténué

Fig. 'il',). — Dacillus Anihracis, dans le poumon d'un cobaye.

quelquefois mortelle, confère l'immunité ; mais «: elle ne paraît pas excéder la durée d'une année 1 ».

Nous nommerons Hacillus Chauvœi le mio ophyle qui a été observé dans la maladie appelée par Chaberl (1782) Charbon essentiel, et qu'on a nommée depuis Charbon symptomatique, Charbon emphysémateux, Mal de montagne. MM. Arloing, Corncvin et Thomas ont donné à la plante le nom de Bacterium Chauvœi; mais dans son état le plus parfait, elle se présenle sous forme de bâtonnets au moins quatre ou cinq l'ois aussi longs que larges, et souvent bien davantage (fig. 221). Ces bâtonnets sont, en effet, longs de 5 à 10^ sur 1 ^ environ d'épaisseur. Ils sont très mobiles. Les plus grands ont des mouvements oscillatoires et présentent à une ou aux deux extrémités un renflement qui répond à une spore. Dans le cas d'une seule spore, le bâtonnet est donc claviforme (fig. 222). La teinture d'iode le colore eu violet, et il résiste à l'action des acides cl des alcalis. Dans l'alcool,

1. M. Koch avait « déclaré, il y a quelques années, que la vaccination charbonneuse préconisée par Pasleur, ne conférant qu'une immunité insuffisante contre l'infection naturelle, d'une action préservatrice du trop peu de durée, ne pouvait être considérée comme ulilisablo dans la pratique. Depuis cette époque, ajoute-t-il, la méthode des inoculations charbonneuses n'a reçu, ni de Pasteur ni d'aucun autre, do perfectionnement notable, et, à ma connaissance, on n'a fourni de sa valeur pratique aucune démonstration nouvelle, .le n'ai donc eu aucune raison do modifier ma manière de voir à ce sujet ». M. l'astcur ayant écrit que M. Koch avait changé d'opinion, celui-ci répond celte année : « J'ai jugé indispensable de ne point laisser s'accréditer une pareille erreur au sujet de mes idées sur la question, et d'affirmer énergiqueraent, contrairement au dire de Pasteur, que je n'ai, en aucune façon, modifié mon opinion

CRYPTOGAMES CELLULAIRES. TO il se colore par le violet d'aniline, ou bien «-'est la spore seule qui se colore. On n'a pas pu s'empêcher de remarquer que les caractères physiques de ce mierophyte sont souvent absolument ceux du H. Amylobacter et (nie l'inoculation seule peut les différencier ; nouvel exemple de peu de valeur de la théorie dite de la spécificité des germes. Il y a aussi dans le

Fie. 220. — Bacillus Anthracis, Fie. 221. — Bacillus Chauvxi (Àrloing,

dans une villosité intestinale. Cornevin et Thomas).

Charbon symptomatique, des Micrococcus mobiles auquels les vétérinaires n'accordent qu'une importance secondaire. Tous ces végétaux se trouvent dans des tumeurs musculaires noires, crépitantes; ce n'est qu'ultérieurement qu'on les rencontre dans le sang. La maladie est environ dix fois

sur la valeur pratique des inoculations charbonneuses ». M. Pasteur ayant écrit qu'en France, plus de deux cent mille moutons vaccinés annuellement présentent une mortalité inférieure à 1 p. 100, M. Koch donne pour l'Allemagne une tout autre statistique. A Gorslcben, par exemple, il montre que l'on perd 10 p. 100 des bovidés vaccinés; à Klonic où tous les bestiaux sont vaccinés, on perd 3. 4 p. 100 des bovidés et 5. 5 p. 100 des ovidés, et « à plusieurs reprises, on a vu des animaux revaccinés succomber au charbon •. A Packisch, il est mort autant d'animaux vaccinés que d'animaux non vaccinés. Et M. Koch ajoute : « Nous demandons re qu'il faut penser d'une méthode de vaccination qui a donné, après cinq ans d'essai, de pareils résultats. El cependant les inoculations de Packisch ont été faites conformément à toutes les indications de M. Pasteur, et avec la lymphe fournie par son agent, M. Boutroux. 11 ne s'agit pas ici de milliers de hôtes; mais toutes les vaccinations sont exactement notées et les cas de mort scrupuleusement comptés; nos chiffres ont une autre valeur que les gros nombres ronds de Pasteur, dont nous ignorons absolument l'origine. Voilà tout ce que l'Allemagne peut fournir sur la question des vaccinations charbonneuses; il n'y a pas un seul résultat favorable, décisif, d'acquis. Et il ne parait pas en être autrement dans les autres pays; s'il y avait des succès, on les publierait. » En France, nous connaissons beaucoup d'agriculteurs qui ne vaccinent pas leurs bestiaux, soit parce qu'ils trouvent le prix du vaccin trop élevé, soit parce qu'ils pensent qu'ils ne perdent pas plus de bétail en moyenne en ne vaccinant pas qu'en vaccinant.

plus fréquente que le Sang de raie. Elle atteint surtout les bœufs et les moutons. Les porcs et les chiens sont réfraclaires. La virulence o'est pas détruite par un refroidissement à — 130°, ni par une élévation inférieure à 4- 65°. La présence des Schizophytes du Sang de rate et de l'anthrax

ViG.m.—BaciUusChauvxi^n, m). Charbon symptomatique. Tumeur musculaire (Dubief).

n'entrave pas l'action du B. Chauvœi. On a atténué la virulence de celui-ci par les antiseptiques, les cultures successives et surtout par l'action de la chaleur.

Pour l'homme, le plus important à étudier des Bacilles pathogènes est celui de la Tuberculose (Bacilliis tuberculosus), découvert en 1882 par

Fig. 223. — Bacillus tuberculosus.

M. R. Koch (fig. 223). Il est constitué par des bâtonnets à peu près cylindriques, longs de 3 à 5/t, larges de 0^6. Ils sont rectilignes ou légèrement arqués, parfois à peine un peu dilatés vers le milieu de leur longueur, obtus ou coupés droit à leurs deux extrémités. Sous l'influence de certaines co-

loralions, ils apparaissent comme cloisonnés, avec une série de quelques points plus clairs, alternant avec les cloisons et qu'on a, vraisemblablement à tort, attribués à des spores. Ces Bacilles sont immobiles. Ils se cultivent bien dansdivers milieux, notamment sur la gélatine et l'agar-agar glycériné; ils reproduisent la maladie chez un grand nombre d'animaux, soit par inoculation dans le sang, soit pas injection dans les voies respiratoires ou même le tube digestif, à peu pics ('(11111110 l'inoculation de la matière tuberculeuse elle-même, démontrée, comme on le sait, par M. Villemain. Il va sans dire qu'on cherche des médicaments qui puissent, chez l'homme vivant, détruire le Bacille sans nuire au malade. Il est vraisemblable qu'on en proposera encore beaucoup. Jusqu'ici, l'acide fluorhydrique n'a pas réalisé les espérances qu'on avait fondées sur son emploi.

Dans tous les organes affectés de tuberculose on a retrouvé le Bacille, notamment dans la peau, les os, le pus des abcès froids, tous les viscères atteints, dans leurs capillaires sanguins, souvent aussi dans les cellules épithélioïdes dont le noyau s'est seul multiplié et qu'on a nommées géantes. La recherche du Bacille a généralement donné des résultats négatifs dans les humeurs, urine, lait, sperme, etc., alors que les parois de leur réservoir n'étaient pas directement affectées de tubercules.

On a aussi signalé (Malassez et Vignal) une forme de tuberculose, qui serait caractérisée par des Micrococcus à l'état zoogléique et sur laquelle il y a beaucoup de réserves à faire1.

Les Bacilles qu'on attribue à la lèpre sont très analogues à ceux de la tuberculose. Ils sont droits et comme noueux. Ils ont de 4 à 6 de long,

Fie. 224. — Bacilles observés dans un tubercule (H. Fol).

sur 1 ^ au plus de large. Ils sont mobiles. Ils se colorent plus facilement que ceux de la tuberculose et par les mêmes moyens; mais l'hypochlorite de soude à 0.01 ne les décolore pas comme ceux de la tuberculose (Lustgarten). Ils ont pu être cultivés (Neisser), mais non encore inoculés. On dit qu'ils peuvent être encapsulés. En tous cas, dans les tubercules cu-

1. Il y a dans la tuberculose, des micropliylcs d'importance secondaire, dont ta présence tient à des phénomènes d'inllainination ou de destruction des tissus (fi"- 224) mais qui ne sont point pathognomoniques.

tanés, leur Siège est profond; une couche épaisse de tissu les recouvre; elle rend la contagion très difficile (Cornil).

Le B. diphthericus est le microphyle que M. Loëfflcr a considéré comme caractérisque de la diphtérie, et qui se rencontre dans les fausses membranes où il prédomine au début. Cultivés sur gélatine, ses bâtonnets auraient présenté un renflement au sommet avec une spore incolore dans l'intérieur. Ces bâtonnets n'ont pu être inoculés sur les muqueuses saines. Mais sur une muqueuse enflammée, il se produit à leur niveau une exsudation membraneuse et une hémorragie (Loëffler). Lors même que les animaux inoculés ont succombé, on n'a pas trouvé de Bacilles dans leur sang ; d'où l'on a conclu que l'intoxication générale, si prononcée d'ordinaire dans la diphtérie, était due à une diaslase sécrétée par le Bacille.

11 y a d'ailleurs encore dans la diphtérie des M icrococcus, des Streptococcus, des zooglées, etc., dont la présence se rapporte probablement à la simple inflammation primitive des membranes. L'élude des microphytes de la diphtérie demanderait à être reprise méthodiquement ; il est probable qu'elle présentera de grandes difficullés.

Le /?. typhicus (fig. 225-230CSI le Bacille de la fièvre typhoïde, souvent

FiG. 225. — DaciUus typhicus l u;. 226. — Bacillus typhicus, dans la

(Artaud). rate.

nommé B. d'Eberth, du nom du savant qui l'a observé en 1870 dans les viscères des lyphiques et qui en a fait depuis le sujet de plusieurs mémoires remarquables. Il est fusiforme, à peu près quatre fois aussi long que large (3-6 ^ sur 0^8-1^5) avec les extrémités obtuses, ou, dans certaines formes, aiguës; ce qui lui donne l'apparence d'une navette. Dans les préparations colorées, qui se font difficilement, car le Bacille n'absorbe pas bien les matières colorantes, notamment celles d'aniline, on distingue souvent au Bacille trois parties : une moyenne incolore, et deux extrêmes plus foncées. Ces dernières ont été considérées comme des spores par M. Gaffky qui a vu aussi le bâtonnet â peu près cylindrique.

CRYPTOGAMES CELLULAIUKS. 'OU

Mais il n'y a probablement là que (les différences de leinle dues au mode de préparation; et la zone moyenne qui ne] se colore pas, est une portion du bâtonnet de laquelle le phytoblasle parait s'être retiré, comme d'une portion morte et suivant laquelle va peut-être se produire la scission en deux parties secondaires. Aussi voit-on assez souvent deux bâtonnets jeunes placés bout à bout, sans que pour cela il existe la moi mire spore. Ces Bacilles sont mobiles et sécrètent des liquides particuliers sur les propriétés desquels les opinions varient. On peut constater La présence de ce Bacille sur le vivant, soit dans le sang extrait des papules rosées (Necbauss), soit dans un fragment de rate extrait par ponction capillaire. 11 existe dans l'urine alors qu'il y a albuminurie, et dans les eaux auxquelles on attribue la contagion de la maladie. Il se cultive de diverses laçons cl notamment sur la gélatine peplonisée où il produit des colonies de forme variable (fig. 228, 231). Les spores, qui occupent le sommet du

Fie. 227. — Bacilles dits do la lièvre typhoïde (Fol), avec globules de sang, tirés

d'une rate humaine.

bâtonnet (fig. 230), sont arrondies, très réfringentes (d'où une grande ressemblance de ce Bacillus avec leB. Amylobacter). Elles résistent. dit-on. à une température de 80 et 90° et à la dessiccation. On a extrait de leur masse une subtance très toxique, la Typhoxine, que l'on considère comme un alcaloïde (Brùger). Le sublimé, l'acide pbénique et un grand nombre d'autres antiseptiques arrêtent les cultures de ce Bacille. Les inoculations aux animaux donnent des résultats négatifs; mais certains d'entre eux (moutons, chiens et chats jeunes, cobayes) sont tués par l'ingestion des cultures. Le sang d'un chat tué par le sang du cadavre d'un cobaye typbique cultivé, est très virulent pour le lapin qui meurt nettement typhique. Mais la communication de la fièvre typhoïde de l'homme aux animaux ne s'obtient pas directement; le microphyle typhique a besoin, pour se développer, de deux milieux différents : un liquide de culture et un chat, un liquide de culture et un cobaye, un chat cl un lapin, par exemple (Tayon).

1. Il y a là aussi des Bacilles d'importance secondaire (fig. 227) auxquels on a quelquefois attribué la fièvre typhoïde.

On tue souvent, mais non constamment, les animaux par des inoculations dans le lissii cellulaire ou le péritoine, (le Bacilles typhiques cultivés.

Fig. 228. — Bacillus typhicus.

Colonies de culture

Fig. 229. — Bacillus typhicus (Dubief).

11 y a un grand nombre d'antres Bacilles dits pathogènes, et de

Bacilles très-divers observés dans les substances putréfiées. Nous traiterons ultérieurement de ceux qui sont dits Bacilles de la septicémie. Tels sont encore, à ce qu'il semble, ceux que Marlineau, MM. Klebs et Lustgarten ont observés dans la syphilis. MM. Klebs et Tommassi Crudelli ont décrit dans la malaria des bâtonnets « longs de 2-7 s'allongeanl en filaments qui se segmentent en articles plus courts, pouvant se mettre en spores au centre, à une extrémité où dans toute leur longueur.

Fig. 230. —Bacillus typhicus.

Sporulation (Chantemessc et Vidal).

Fig. 231. — Bacillus typhicus. Colonies de culture.

Le microphyte indiqué dans la diarrhée infantile verte, et qui est luimême coloré en vert, serait aussi un Bacillus. M. S. Clado a étudié (1887)

CRYPTOGAMES CEUXUIHES.

une « Bactérie aeptique de la vessie », qui lue les ammaux et na que

ï»6-2«, sur 0,5 de largeur, el qui appartient probablement a la même catégorie. Le Micrococcus de l'urine peut se présenter nous 1 avons vu, SOUS la forme bacillaire. Dans la maladie du pore dite Bovrjcl ou Erésx-

Fig. 232-231. — Schizophytes du'Rouçcl du porc.

fêle malin, on a observé (Klein) un Bacille qui a été comparé aux Bacillus Anthracis et subtilis, de même qu'au Leplolhrix de la boucbe (fig. 233- 235). D'autres n'y ont vu que des microphytes arrondis ou en forme de 8 (fig. 232). Aussi a-t-on pensé qu'on a confondu sous un seul et même nom plusieurs maladies distinctes du porc.

Davaine a décrit dans la fermentation du pain, dont nous parlerons plus loin, une Bactérie du levain, qu'il a crue identique à « elle du charbon et qui, divisée en 2-4 articles, atteint 10-20 ^ de long. 11 a fait

Fie. 235. — Schizophytes du Rouget du porc, dans un ganglion (Klein).

connaître, chez les oiseaux, une Bactéridie intestinale qui est un Bacille épais et rectiligne. long de 10-40 j»; une B. des infusions, longue de 10-20^; une B. glaireuse, à filements droits et courbés, longs de 10^; une B. des vins tournés, ténue, flexible, indistinctement articulée et de longueur très variable. Ce sont tout autant de Bacilius et dont plusieurs passent môme à la forme de Leptothrix. Le B. ruber de M. Colin, qui se développe sur le riz, est enveloppé d'une substance muqueuse rouge; il est très mobile et formé de longs bâtonnets isolés ou réunis par 2-4, etc., etc.

Leptothrix.

Rion n'est plus mal défini que ce genre de ScMzophytes, l'un des plus anciennement connus cependant, et celui dont l'étude serait vraisemblablement la plus instructive. C'est Leeuwenhoek qui, au moment môme de la découverte du microscope, a observé dans le tartre dentaire le L. buccalis Ch. Rob. (fig. 236, 237); cl le genre Leptothrix avait été établi par Kûtzing, comme caractérisé par « des filaments non raineux, ni engainés, ni cohérents». Le L. buccalis a encore été nommé Algue filiforme de la bouche. 11 habile la surface de la langue, les interstices des dents, la cavité des dénis cariées. Il y a môme longtemps qu'on admettait qu'il pouvait passer dans les liquides de l'estomac et de l'intestin. En examinant les substances sur lesquelles il croît, on aperçoit des masses demi-transparentes et finement granuleuses, légèrement jaunâtres et hérissées de petits filaments en forme de baguettes droites, ayant une extrémité libre et l'autre implantée dans la masse granuleuse (Ch'.Robin).Il y a aussi beaucoup de filaments isolés, nageant, droits ou légèrement courbes, de même épaisseur dans toute leur longueur, peu flexi-

Fig. 23G, 237. — Leptothrix buccalis.

filaments, si l'on ne colore pas ces derniers. Leur intérieur est transparent. Cependant Ch. Robin y a vu de très petits granules ronds et placés de distance en distance. Quand on laisse s'accumuler la matière blanche quise trouve dans l'interstice des dents, les filaments peuvent atteindre 1 millimètre de long sans augmenter d'épaisseur. Ce Leptothrix se cultive, mais non dans un milieu acide. Il liquéfie la gélatine. On ne connaît pas ses organes de reproduction. Il ne paraît exercer aucune action sur la santé.

es

CRYPTOGAMES CLLLLL A I ItliS. 17:5

Son élude est très favorable comme introduction à celle des Schisophgtes en général. Il y a beaucoup d'autres micropbyles dans le contenu des dents cariées : des Microccocus, Bacillus, Streptothrix, Spirillum, etc. (fig. 238). On leur a attribué la production de la carie dentaire, pareeque, a-t-on dit, dès que la surlace de [a dent est dénudée de son émail en

un point même 1res restreint, la °0 qo & - q

denline se ramollit sous l'influence &G <> o°'°

des acides salivairos, cl les Schizo- o phytes peuvent pénétrer dans les ^ n canalicuies. On y en trouve, d'après 0 Miller, cinq espèces diflérentes. Il y en a bien davantage (.Vignal), entre autres les Bacillus Termo, le Vi- ^ m Bactérjcs dc Ia bouche> brioRugula et le Microccocus pyo- aans les dents cariées (Miller). gènes. Tous peuvent pénétrer dans

l'estomac; ils y sont rapidement détruits par le suc gastrique1.

On a trouvé de nombreux Leptothrix différents de celui-ci dans le tube digestif d'insectes, surtout aquatiques. Kiitzing en a décrit plusieurs autres dans les eaux stagnantes (L. brevissima, L. rigidula). sur les roches humides (L. cœspitosa), sur les Algues marines (L. radians, L.parasilica, L. spissa Rabenh.).

Beggiatoa.

Attribue à des groupes 1res divers, ce genre paraît bien voisin des Leptothrix. Il est caractérisé par des filaments fins, recouverts d'une substance muco-gélatincuse, rigides et doués de mouvements oscillatoires. Leur phytoblaste est bien distinct du pbylocyste, incolore ou blanchâtre, et il

renferme dc nombreuses granulations formées dc soufre à l'étal cristallin, qu'on peut dissoudre par le sulfure de carbone ; d'où le nom de Sulfuraires. Ce fait s'explique par l'habitai ordinaire des Beggiatoa qui se trouvent dans les eaux therl ig. 239. - Beggiatoa alba malÇs sulfureuses, dans les résidus des (Warming). fabriques ou en général dans les eaux

stagnantes ou salées qui dégagent une odeur d'hydrogène sulfuré. Leurs colonies forment la matière floconneuse qu'on nomme souvent Barégine et Glairine.

1. C'est à ces organismes que M. Miller (Der Rinfluss auf d. Caries <t. menschl. Zahn, in Arch. E.ip. Palh. (1882, XV) allribue la carie des dents. M. Lowis a aussi décrit dans la s;.livc un Baçillo-virgulo en 1884 {Mémorandum on llie comma-shaped Bacillus, etc.).

Le B. alba TitEvis.esl L'espèce la plus connue du genre. Elle forme sur

le sol qui a élé ca contact avec les eaux dont il est question plus haut

couche limoneuse et muqueuse, blanchâtre. Les filaments incolores qui y sont renfermés ont de 1 à 4 p d'épaisseur; ils deviennent souvent libres et plus ou moins fragmentés. Ces filaments sont en réalité formés d'articles peu distincts, qu'on rend visibles en les traitant par l'aniline ou en chauffant la plante dans le sulfate de soude ou la glycérine. Celle-ci dissout en partie les granules que le sulfite de soude fait disparaître totalement.

Il est certain aujourd'hui que les filaments des Beggiatoa se résolvent en Micrococcus (sans parler des divisions longitudinales qu'on a aussi observées dans ces plantes), et aussi que les filaments fixés peuvent, vers leur extrémité libre, se courber ou se contourner en spirale. Tous se meuvent en exécutant des mouvements de reptation. M. Zopf a démontré que, suivant les circonstances, les Beggiatoa présentent des filaments, des bâtonnets droits ou spirales, des formes de Spirillum portant des cils (on les a nommés Ophidonionas),des phytocystes orbiculaires, des spores et aussi la forme zoogléique.

Ces plantes réduisent les sulfates des eaux qu'elles habitent, fixent le soufre et dégagent de l'hydrogène sulfuré. Le soufre libre s'y combine avec la matière organique pendant la vie. Après la mort, on croit que le soufre intracellulaire n'est plus converti en hydrogène sulfuré D'autre part, l'hydrogène sulfuré forme avec le fer que peut renfermer la plante du sulfure de fer qui colore en noir la paroi des Beggiatoa. Il y a dans les «■aux thermales d'autres espèces du même genre, dont nous parlerons tout à l'heure. On ne saurait, malgré de grandes différences, méconnaître certains caractères qui rapprochent les Beggiatoa des Oscillaires, ordinairement rapportées, parmi 1rs Algues, au même groupe que les Nostoc (Schizophycées).

Quoi qu'il en soit, le B. nivea (Hygrocrocis nivea Kuetz. — Leptonutus niveus Agii. — Leploncma niveum Rybenii. — Oscitlaria punclala Menegh. — 0. sulfurai ia Jol.) (fig. 240, 241) est l'espèce qui caractérise le plus souvent par sa présence la malien1 des eaux sulfureuses dont Bordeu disait dès 1746, que : « il y aurait beaucoup de recherches à faire par rapport à ces glaires » et (pie « le temps nous apprendra beaucoup. » C'est Vauquelin qui lui a reconnu une nature véritablement organique,

I. Il y ;i déjà longtemps que ces faits oui été découverts par un pharmacien de Forcalquier, M. Plauchud, de sorte que nous n'avons pas à parler des auteurs qui ont cru récemment les avoir signalés les premiers. Dans son remarquable mémoire (Joum. pharm. chim., sér. 4-, XXV, 180) cl dans ceux qui lui ont fait suite, M. Plauchud a péremptoirement démontré que c'est exclusivement aux Sulfuraires vivantes que les eaux chargées de sulfates doivent leur transformation en sulfures. Les matières organiques amorphes corrompent l'eau, is no la sulfurent p is. L'odeur sulfhydrique que

dégage la bouche des perse s s aines ou malades est due à L'action des microphytes

dos gencives et des dents sur des sulfates. Il se produit des faits analogues dans les

eaux ferrugineuses crénatées ou apoorënatées. Elles « reconnaissent également comme facteurs des êtres microscopiques d'une nature à pou près identique ». (J- Duval.)

GRYPTQGÀMBS CELLULAIRES. 175

en la qualifiant de « matière animale » 1res analogue à l'albumine et à la gélatine animales et possédant, comme elles, tous les caractères d'une substance fortement azotée. Gimbernal lui avait donné le nom de Zoogène. C'est Longehamps qui, eu 1853, l'a appelée Uarégine; et douze ans après, Turpin distingua la substance des eaux de Néris, formée de Nostoc thermalis, et la glairine de Uarèges, substance transparente, presque in-

Vig. 240, 241. — Beggialoa nivea.

colore, amorphe et gélatineuse. Fontan a distingué dans la barégine deux choses : la glaire amorphe et azotée, et un végétal confervoïde voisin des Arabaina, spécial aux eaux sulfureuses et que, pour celle raison, il nomme otufaraire.

La matière glaireuse a reçu les noms de Glairine, Céline, Barégine l yrenéine, Daxine, Luckonine, Saint-Saucerine. Sulfurhydrine Sullurosc, Sulfomucose et Snlfodiplitérose. Elle fait rarement défaut dans

les eaux sulfureuses des Pyrénées, mais elle n'y a été trouvée que dans des eaux sulfureuses. Elle sê rencontre au milieu même des eaux, hors du contact de l'air, plus rarement hors de l'eau, rarement dans les eaux dont la température s'élève au-dessus de 70°. On l'a comparée à du mucilage, au frai des grenouilles, à l'humeur vitrée. Il y en a de nombreuses variétés, principalement au poinl de vue delà consistance (filandreuse, floconneuse muqueuse, membraneuse, compacte, slalactiforme). Elle est généralement presque incolore, blanchâtre, parfois colorée en jaune, en rouge, en brun ou en vert, soit parce qu'elle est altérée, soit parce qu'elle renferme des piaules qui lui donnent ces teintes. Son odeur est d'abord fraîche, simplement sulfureuse, puis elle devient fade, parfois aromatique, le plus souvent infecte. Il y a un moment où il s'y montre de lins granulés plus ou moins foncés, puis des filamcnls hyalins extrêmement ténus. Elle renferme aussi des crislaux de soufre, de la silice, clc. Beaucoup d'observateurs ont pensé que la glairine provient de la destruction des piaules qui se trouvent dans les eaux, on bien qu'elle esl un produit d'excrétion de ces plantes. La principale de celles-ci avait été indiquée dès 1782 par Villan, sous le nom dcByssus lanmjinosus. G'esl elle queFontan nomme Sulfuraire. Elle se présente sous forme de filaments très grêles, de longueur 1res variable, lisses ou disposés en épis, en houppes, en crinières, parfois radiés à partir d'un supporl commun, d'une sorte de noyau, de consislance mucilagineuse ou gélatineuse sur lequel sont porlés ces filaments. Ce sont des tubes à paroi mince, à cavité remplie de globules de soufre, égaux en volume et placés bout à bout. Ces corpuscules, rendus libres par la destruction du phytocysle, peuvent s'agglomérer de laçons très diverses. Quant à la portion libre des filaments, droite, plus ou moins arquée ou recourbée,

elle exécute des uvements qu'on a attribués au liquide ambiant, mais

qui appartiennent bien à la piaule elle-même el qui paraissent incontestables (Joly). On admet que cette piaule ne se développe que là où l'eau sulfureuse peu! s'aérer el ne s'élève pas comme température au-dessus de 50°. A une température plus élevée, elle disparaît en général et il se forme des dépôts de soufre. La Sulfuraire est blanchâtre, opaline el presque transparente; elle ne se colore en brun que quand elle esl altérée. Si elle devient rouge ou verte, cela esl dû à la présence de certaines Algues qui viennent s'ajouter à elle. A ces caractères nous reconnaissons le Beygialoa nivea Rabenh. (lig. 210, 241), distingué scienlifiquemenl dans le genre parunstratum floconneux, cespiteux, flottant, blanc ; des trichômes très grêles (0m 00005 à 0m 0000G de diamètre)* hyalins très obtusément fasciés-articulés ; un cytioplasme homogène-granuleux, puis fascié-infracté.

On trouve aussi dans les eaux sulfureuses le ZL alba(B. punctatû Treyis. — Hygrocrocis Vandelli Menegh. — Oscillaria albdVA.vcn.), dont il a été qucslion plus haut (p. 174), à stratum muqueux, d'un blanc sale ou crétacé, avec trichômes hyalins et continus, et cytioplasme granuleux (diamètre : 0m 00013 à 0» 00015);

CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 1" Le B. leptomitiformis Menegh. (Oscillatoria leptomitiformis Mexecii.). B slratum muqueux lénu, d'un blanc crayeux, avec trichomes très grêles, indistinctement articulés, hyalins, subincolores, el à cytioplasme incolore, obscurément granuleux (diamètre : 0m00007 à 0"'00009).

Le B. arachnoïdes Rabenh. (Oscillaria arachnoïdes Agii. — 0. versatllis KïïETZ.), à stratum muqueux, membraneux, très ténu, aracbniforme, neigeux, crustacé, à trichomes épaissement intriqués, se mouvant en avant, distinctement articulés, obtus au sommet légèrement arqué ; les articles subégaux comme diamètre ou doubles environ en épaisseur les uns des antres; à eylioplasme blanchâtre, granuleux-opaque (diamètre 0m0G2 à 0m0026).

On cite encore le B. tlgrina Rabenh. {Oscillaria tigrina Rœm.), dans les boues el sur les boiseries des sources thermales; le B. OErstedii Rabenh. (Leucothrlx Mucor Œrst.), dans les boues submarines; les B. mirabilis Coux et pelluclda Coiin, dans les eaux de la mer; le B. Lanugo TiwK.(Leptomitns Lanugo Agh), sur certains Ceramium,c\.c Il y aune variété marina Coiin du B. alba.

Les eaux sulfureuses contiennent un grand nombre d'êtres organisés : des crustacés tels que des Cypris; des vers, tels que les Anguillules, Phanoglene, Oncholaimus ; des Monas et Leucophra; des Algues-Néodiatomées, comme des Clostéries, des Navicules, des Eitnotia, Frustulla; des Oscillatoires, des Hygrocrocis, Fischeria, Mougeotia, Ulothrix, Anabaina et Protococcus (J.-L. Soubeiran).

Nous devons rapprocher des Beggiatoa les Crenotrix qui, depuis les recherches de M. Zopf. sont aussi caractérisés par des étals divers comparables à ceux que parcourent successivement les Beggiatoa. Il y a des Crenotrix dans un grand nombre d'eaux minérales, entre autres ferrugineuses; mais on les observe également dans des eaux de toute provenance, même dans des eaux d'infiltration jusqu'à vingt mètres de profondeur. Le mieux connu est le C. Kuhniana, qui, à l'étal le plus développé, se présente sous forme de filaments grêles (3-0 p de largeur), longs de près d'un centimètre. Par une de leurs extrémités, ces filaments sont ûxés à un substralum et demeurent droits ou légèrement arqués. Plus haut, le filament est formé d'une série de phytocysles-lubules, souvent à peu prés aussi longs que larges. Leur paroi est latéralement tapissée én dehors d'une couche superficielle qui se colore, à partir d'un certain âge, en jaune brun ou en brun verdâtre, grâce aux sels de fer dont elle est pénétrée. Très souvent les lubes se segmentent en travers el sont ainsi réduits en fragments qui forment des masses floconneuses dans le liquide. La division a lieu dans tous les sens, de façon que les lubes se divisent en autant d'éléments à peu près égaux selon tous les diamètres et sarrondissent même d'une façon régulière. C'est l'étal qui répond à relui de Microcoques. La segmentation des tubes en travers produit des disques, et la division longitudinale de ceux-ci donnent des phylocystes arrondis, pres-

que réguliers, de pelilc laille. On voil aussi les disques se gélifier à leur sommet, et là s'ouvrir pour laisser échapper des spores qui peuvent germer dans l'eau et reproduire des filaments semblables à ceux dont elles sont dérivées. Souvent leur paroi se gélifie en dehors el forme là une épaisse couche de mucilage. Ainsi se constituent des zooglées, très petites en général, parfois larges de près d'un centimètre. M. Zopf a vu alors ces phytocystes entrer quelquefois en mouvement, puis revenir à l'état de repos. Au début les zooglées sont incolores, hyalines. Mais bientôt elles se colorent par le fer dont elles sont imprégnées, de la même façon que les tubes. Chaque phylocysle de la zooglée peut alors s'allonger en tube. La multiplication de ce Crenotrix peut être rapide. Il peut envahir les conduites d'eau, les obstruer d'un épais mucilage ferrugineux qui oblitère leur canal. Dans un réservoir où l'eau est au repos, le fond peut se recouvrir d'une couche de Crenothrix épaisse de près d'un mètre; et l'eau peut cesser d'être utilisable, bien que le Crenothrix lui-même ne soit pas réputé dangereux pour la santé.

Vibrions.

On a jadis donné ce nom et celui de Vibrioniens à tous les Schizophyles, quels qu'ils fussent, surtout quand ils étaient observés dans quelque milieu de Fermentation. Plus lard on l'a réserve à ceux qui sont courls et en même temps ondulés. On les comparait à de petits serpents dont les ondulations, et par suite la forme générale, varient d'un moment à l'autre. Aujourd'hui M. Colin ne conserve dans ce genre que les filaments spiralés, courls el ondulés. On a prétendu que la forme spiralée n'existe pas dans les Vibrio, mais que par leurs ondulations ils présentent cette apparence alors que leurs diverses portions sonl sur des points différents du porle-objel du microscope.

■ Le V. Rugula Muell. (fig. 242) est caractérisé par un filament qui présenterait vers son milieu une seule courbure, faible, mais distincte. Il a

souvent 8-15 p de long el peut en atteindre jusqu'à 35 lorsqu'il est en train de se scinder. Ses mouvements semblent être ceux d'une rotation plus ou moins vive autour de son grand axe. On voil la plante progresser en avant, cl elle donne alors la sensation d'un mouvement serpentiforme. On lui accorde un cil (Warming). Celle espèce se trouve dans les infusions les plus diverses, souvent en essaims, dans les liquides de la bouche el de l'intestin (Leeu-

CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 179 wenhoek), dans les liquides diarrhéiques, dans l'eau de mer. Ou ne. lui (sonnait pas d'influence positive sur la santé.

Fie. 243. — Spirilles-virgules (Vibrions) du Choléra asiatique.

Le V. serpens Muell. est bien plus mince que le précédent, de moitié environ. 11 a de deux à quatre ondulations. Ses mouvements sont analogues à ceux du ^ Bacillus subtilis, et il est pourvu d'un cil ^ (Warming). Sa longueur est de 10-25 p, et f >

son épaisseur de 0 n 7. Un de ses tours de <s ^ spire est long de 8-12 y. sur 1-3 p de dia- ^ métré. On trouve aussi celle espèce dans les

cours d'eau et les infusions les plus diverses. l lG- ~ 1 ,l>r'° (Spiril-

On ne devra peut-être pas distinguer génériquement des Vibrio les Spirillum que les auteurs en séparent à cause de leurs spirales plus rigides. On trouve dans les infusions les S. undula Ehub. (? S. ru f uni Vert. — Vibrio prolifer Ehrb.), le S. tenue Ehrh.

Fig. 245. — Spirillum undula, dans une culture.

et le S. volutans Ehrb., le géant du genre, car sa longueur atteint 30 p et il forme jusqu'à trois tours et demi de spire. On a décrit aussi beaucoup de Spirillum dans l'eau de la mer.

C'est au même groupe générique, ainsi conçu, que nous croyons devoir rapporter le Bacille du choléra ou B. virgule, B. comma (Kommabacil-

[go TRAITÉ DIC BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE.

Ion (fig. 246-250), un de ceux qui ont le plus occupé les médecins dans ces dernières années et qui a été découvert par M. Koch. Il est souvent arqué en forme de croissant ou de virgule, long en ce cas d'environ 3, 4 y, sur 0 p 8-1 y. de large. Fréquemment aussi, dans les cultures, on voit deux de ces croissants placés bout à bout et en direction inverse, figurant un S par leur réunion. Ailleurs, la plante est plus complète encore, et l'on a sous les yeux une chaîne plus ou moins longue, formée d'articles tous concaves

Fig. 216, 217. — Vibrio cholericus.

d'un même côté, ou alternativement convexes et concaves d'un même côté. Dans les cultures, il n'est pas rare de voir à chaque extrémité d'un article uni' petite masse sphérique de 3, 4 /* de diamètre, hérissée de saillies plus petites encore. On a admis que c'est là une déformation du microphyte, une « forme involulive » qui se produit dans les cas où le milieu

FIG. 218. — Vibrio cholericus. Fig. 219. — Vibrio cholericus,

Colonies de culture (Cornil). dans l'intestin (Doyen).

ambiant est défavorable à l'évolution du microphyle. Celui-ci ne se développe bien que de lfi à 40°. Il est tué en une demi-heure par une température de 50 à 55", mais il est encore vivant à — 10'. La dessiccation le tue, de même qu'un milieu acide. Aussi est-il détruit par l'action du suc

gastrique. Ou ne l'a observé que dans l'intestin. Ou a fait périr des cobayes eu leur injectant dans le tube digestif des liquides contenant le I ibno Choierions, en même temps que des solutions alcalines. On cultive bien le microphyte à l'état de colonies, et l'on observe d'abord, principalement à la surface des milieux de culture, car il ne se développe bien qu'au contact de l'air, des points opalescents qu'entoure une double zone plusdaire(fig.247,248).Le point central devient successivement jaune, puis granuleux, et les granulations i /\J } I £1 répondent à des groupes de vibrions. Les milieux f) ( W > * " de culture doivent toujours être alcalins1. Dans le \\ f ,C ) choléra nostras, MM. Finckler et Prioront observé fio. 250. — Vibric un Bacille arqué qu'ils croient fort peu différent de cholerieus. celui du choléra asiatique; mais M. Van Ermengen l'a étudié de très prés el lui trouve des caractères suffisamment distincts.

Spirochaete.

Ce genre a moins d'importance que le précédent pour la médecine, quoiqu'on en ait observé une espèce dans la Fièvre récurrente ou Typhus à réduites, affection intermittente qui règne dans les districts pauvres de l'Allemagne du Nord, de la Russie et de l'Irlande. C'est le S. Obermeicri Cohn, découvert par Obermeier en 1873. Le genre Spirochœte Emu:, est caractérisé par des éléments spiralés. longs et à spirales flexibles, contenant un pbycochrome (Cohn). Le S. Obermeicri est grêle, long de 1-40 fx, à courbures très égales et à mouvements ondulatoires très rapides (fig. 253). 11 se trouve dans le sany el disparaît en grande partie dans l'intervalle des accès de la fièvre récurrente. On l'a cultivé (R. Koch), el il forme dans les cultures des faisceaux qui rappellent des amas de cheveux.

Les uns le disent non inoculable, et d'autres assurent qu'il a pu ôtre inoculé au singe et déterminer chez lui la fièvre.

Le S. plicalilis Efinn. n'est peut-être fig. 251. - Spirochœte

pas spécifiquement distinct du précédent. Ses filaments sont contournés en hélice très longue (110-200 f*); ils sont susceptibles de se mouvoir en ondulant; leurs tours despire sont très

1. M. Emcrich, qui a vu dans les selles cholériques le Vibrion en virgule, croit qu u n est pas spécifique et que ce rôle appartient à un Baclcrium court et droit, qu'il a cultive et inoculé avec succès à des animaux.

TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE. rapprochés, cl leurs extrémités sont mousses. On l'a observé dans les eaux stagnantes, les infusions; il vit aussi dans la mer. M. Warming a trouvé sur les côtes danoises un S. gigantea qui n'a pas

Fie. 252. — Spirochxte buccalis, de l'homme.

moins de 3 p d'épaisseur et dont les tours de spire ont 25 ^ de hauteur. Son phyloblaste est finement granuleux. Il y a, souvent avec le Leptotluïx,

Fig. 253. — Spirockœle Obermeyeri, dans le sang humain.

un S. buccalis ou S. dentium (fig. 252), long de 10-20/*, et dont les extrémités sont amincies. Mulliaùser en a décrit une espèce qui vil dans le fumier et n'a pas été cultivée (S. tenue Muni.) ; elle est fort analogue, à ce qu'il semble, au S.Obermeieri.

Cladothrix.

Ce genre appartient pour M. Zopf à une famille spéciale, les Cladolhricées, dont les représentants possèdent à la fois des cocci, des bâtonnets, des filaments et des spirales. C'est, comme nous l'avons vu (pag. 142), le l'ail du microphyte principal de l'urine, qui aurait été, sous ses différents états, désigné sous les noms de Micrococcus ureœ Côhn, Bacillus ureœ Miq. et Bactérium ureœ Bill. Le C. dicholoma Cohn (fig. 254), qui se rencontre

CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 1™ dans les macérations, les eaux croupies, a d'abord été connu sous forme de filaments, semblables à ceux des Leptothrix, très ténus, non articulés, rigides ou légèrement ondulés, incolores. On les avait primitivement

considérés en m me subdichotomiquemenl ramifiés; puis M. Côhn a cru voir que ce sont en réalité des filaments simples accolés les uns aux autres dans une certaine étendue et se séparant au delà. Le filament a une paroi bien distincte. 11 s'épaissit souvent de la base au sommet, île façon a être cinq à sept l'ois plus gros en haut qu'en bas. D'après M. Billet, son protoplasma, jusqu'alors homogène dans toute l'étendue du phytocysle, se contracte en un corpuscule arrondi, de réfringence plus grande, en tout comparable à un noyau cellulaire. Ce noyau cellulaire s'allonge, se rétrécit vers son milieu et alTecle la l'orme en biscuit des noyaux en voie de division, tandis qu'une cloison transversale divise le phytocyste primitif en deux nouvelles cellules plus courtes, également rectangulaires, ayanlchacune un noyau. Le phytocyste rectangulaire arrondit peu à peu ses angles, et devient une cellule sporifère elliptique, dont le noyau n'est autre que la spore. Celle-ci a un dia-

mètre de 1-1.5 p. Les spores germent en- YiG.Zhl. — Cladotlni.viticltoloma. suite, groupées on masse zoogléique dans laquelle on voit tous les états successifs de la plante.

Dans ces dernières années, le genre Cladothrix avait surtout pris de l'importance à cause du rôle que l'on attribuait (Bostroem) aune de ses espèces dans la maladie des animaux et de l'homme qu'on nomme Actinomycose. On en a fait avec raison le type d'un genre particulier, sous le nom d'Aclinomyces.

Actinomyces.

Ce genre, dont nous venons d'indiquer certaines affinités, et qu'on a aussi rangé parmi les Mucédinés-Racodiés, est représenté par une plante, VA. Bovin ILvitz (fig. 255), qui est formée de masses jaunâtres, d'environ un millimètre de diamètre, qu'on a trouvées dans les foyers abcessueux observés dans l'Aclinomycose. Ces masses sont formées de filaments ramifiés qui se colorent par le violet de gentiane. Les filaments

184 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYl'TOGAMIQUE.

son! renflés en massue ou subglobuleux "à leur extrémité. Quand on a colore la plante en violet par le réactif que nous venons d'indiquer, on poursuit les filaments dans la portion renflée, qui est, dans ce cas, de couleur rouge, et qui avait été primitivement considérée comme une conidie.

L'A. Boris produit chez le bœuf une maladie de la langue qui était

Fig. 255. — Actinomyces Bovis.

connue à la fin du siècle dernier, et souvent désignée sous les noms de Crapaudine, Tuberculose linguale, Langue de bois, Ostéosarcome maxillaire. 11 y a une vingtaine d'années que Rivolta attribua cette maladie à un végétal qu'il nomma Discomyces. En 1877, Bollinger observa la plante dans l'ostéosarcome de la mâchoire du bœuf. Il essaya sans succès de l'inoculer à d'autres animaux. En 1873, la maladie fut observée dans l'espèce humaine (Ponfik); et depuis lors, on n'en compte plus les exemples. Sa terminaison est souvent fatale. L'Aclinomycose se développe dans la plupart des viscères, principalement dans ceux de l'abdomen, dans les poumons, dans les os. Elle s'introduit chez les bestiaux dans le cordon spermalique et dans la prostate, à la suite de la castration (Csokor). Outre Y Actinomyces, les cavités purulentes renferment des Staphylococcus et d'autres Schizophyles. Ponfik a pensé, à cause de l'analogie de V Actinomyces avec le Streptothrix Forsteri, trouvé dans des concrétions du canal lacrymal, qu'il y avait lieu de rattacher ce dernier aux Bactéries.

Mérismopédies et Sarcines.

Nous avons vu certains Micrococcus se réunir quatre par quatre pour former des groupes aplatis. C'est là le caractère des Tetragcnus et des Merismopœdia qui ne sont cloisonnés, par conséquent, que suivant deux directions. Si le cloisonnement se produit en longueur, largeur et épaisseur, le groupement devient cubique et c'est là le caractère plus particulier des Sarcina. Le genre Merismopœdia a été établi par Moyen en 1839, et dès 1853, Cli. Robin a nommé M. ventriculi le Sarcina ventricuii de Goodsir (fig. 256). C'est ce dernier qui a découvert la plante en 1842, dans l'estomac

de l'homme. Elle se trouve aussi dans le poumon, les dépôts de l'urine, dans le pus ci chez plusieurs sftimaux. Les phytocystes qui la formenl sont souvent groupés par -MO, et les amas sont cubiques avec des angles arrondis. Mais on peut aussi, en suivant les divers étals de développement, observer des groupes de deux phytocystes et des phytocystes isolés (Zopf). L'ensemble est donc une sorte de zoogléc à gélatine peu abondante, et peut-être devrions-nous rapporter simplement celte forme aux Micrococcus. Le phytohlaste est jaunâtre, vcrdàtre ou rougeàtre, plus rarement translucide et incolore. Les phytocystes isolés ont de 2 à 8 ? de diamètre. La plante peut se cultiver dans divers milieux, notamment sur des pommes

Fig. 256. — Merismopœdia (Sarcina) ventriculi.

de terre où elle forme des plaques jaunâtres. On a considéré à tort cette espèce comme caractéristique du cancer stomacal, car elle peut exister dans toutes les affections chroniques de l'estomac et môme dans l'estomac sain. On l'a rencontrée sur des légumes cuits, dans des liquides de culture, dans delà bière aigrie, etc. Chez l'homme, elle été vue, quoique plus rarement, dans le rein, le poumon et même le sang.

Nous rapporterons au môme genre le Sarcina lutea des auteurs, qui a été observé dans l'air, peut se cultiver et ne paraît avoir aucune influence sur la santé; le S. hyalina ou Bacterium merismopœdioides qui, à la surface de la vase, se présente à l'état de cubes, mais peut, dans d'autres milieux, revêtir la forme de filaments et de chaînettes; le S. liltoralis, dont les phytocystes incolores, arrondis, ont 2 f* de diamètre, et qui a été observé dans l'eau de mer altérée. Chacun de ses éléments renferme 14 grains de soufre rougeàtre ; le S. Reitenbachii, observé sur les plantes aquatiques et dont le phytocyste est teinté de rose ; le Micrococcus letragonus Koch, rencontré dans les cavernes du poumon et dans le pus des abcès mélastatiques, inoculable aux animaux et formé de phytocystes larges de 0 p. 8. Le Merismopœdia glauca Warm., trouvé dans l'eau de mer, est remarquable par la matière verte qu'il renferme et qui le rapproche des Algues les plus inférieures. Ses grains rappellent en effet beaucoup ceux d'un Pleurococcus.

SACGHAROMYGÈTES Saccharomyces.

On a souvent donné comme synonymes les mots de Saccharomyces etde Ferments; nous verrons bientôt ce qu'il y a d'inexact dans cette confusion.

La plupart des auteurs contemporains considèrent les Saccharomyces comme des Champignons unicellulaires d'une structure très simple. Ils les appellent aussi des Levures. Mais il ya certainement des levures beaucoup plus simples encore que les Saccharomyces.

Récemment aussi l'autonomie générique des Saccharomyces a été fortement contestée (Brefeld). On les a considérés comme de simples conidies de Champignons plus élevés en organisation, conidies qui, dans des milieux nutritifs particuliers, pourraient se multiplier indéfiniment par gemmation, asexuellement. D'autres en font des Mucédinés, rangés, bien entendu, parmi les plus simples. On en lait encore (Frank) un ordre spécial, du nom de BlastomycHes, et on les a classés parmi les Discomycèles les plus dégradés, à thalle dit dissocié. Le genre Saccharomyces avait été établi par Meyen avant 1838.

Ferments alcooliques. — C'est en 1080 que Leeuwenhoek, étudiant la Levure de bière, vil qu'elle était formée de nombreux corpuscules ovoïdes ou irrégulièrement sphériques. Il attribua leur origine aux farines employées dans la confection du moût de bière (il faut dire à ce propos que les Levures du commerce renferment souvenl des grains de fécule). « Mais celte observation, disait, en 18:57. un savant français, Caguard-Lalour, n'a pas conduit son auteur au point le plus important, qui était de savoir que les globules sont capables de germer cl de végéter dans le moùl de bière pendant sa fermentation. » Ce même savant avait, dès 183."), admis pour la Levure : « que les grains dont elle se compose oui une forme globuleuse ; d'où j'avais concluque très probablement ces grains étaient organisés. » En 1837 il disait : « On peut regarder comme forl probable que les globules de la Levure sont organisés et qu'ils appartiennent au règne végétal », mais que ce sonl des plantes très petites; et plus loin il ajoute que « présumant que les globules de la Levure devaient avoir la faculté de se reproduire », il a fait des essais pour s'en assurer et qu'il y a réussi. « Les globules de ferment, dit-il encore, sont susceptibles, à ce qu'il paraît, de

pouvoir se développer 1res prompte lit; car un peu de moùl de la cuvée

ayant élé examiné au microscope, huit heures après la mise en levain, préscnlail déjà dans le champ de l'instrument 80 à 100 globules, tandis qu'aussitôt après l'introduction du levain, on n'en voyait moyennement <me 18. D'ailleurs, après que l'on eut recueilli toute la quantité de Levure

CRYPTOGAMES CECLULAIRBS. 187 que la nivée (de porter) avail produire en fermentanl, on a trouvé que cette quantité était à peu près sept Ibis le poids du levain employé ; ce qui s'accorde, comme on le voit, avec les résultats de mon examen microscopique. D'après la promptitude avec laquelle l'excédent de Levure a été obtenu, il y a tout lieu de croire que cet excédent est résulté principalement de la reproduction même des globules du levain, c'est-à-dire de ce que ces globules ont trouvé dans le liquide qui les contenait l'aliment propre à favoriser cette reproduction. » Les conclusions du travail sont les suivantes : « 1° que la Levure de bière, ce ferment dont on l'ait tant usage cl que, par celle raison, il convenait d'examiner d'une manière particulière, est un amas de petits corps globuleux, susceptibles de se reproduire, conséquemmenl organises, cl non une substance simplement organique et chimique, comme on le supposait; 2° que ces corps paraissent appartenir au règne végétal et se régénérer de deux manières différentes, et 3° qu'ils semblent n'agir sur une dissolution de sucre qu'autant qu'ils sont en état de vie; d'où l'on peut conclure que c'est très probablement par quelque effet de leur végétation qu'ils dégagent de l'acide carbonique de cette dissolution el la convertissent en une liqueur spiritueuse. » Contrairement à ce que font les divers auteurs qui se recopient sans remonter aux sources, et ne pouvant, comme nous l'aurions voulu, reproduire le mémoire de Gagnard-Lalour dans son intégrité, nous en rappelons certains passages qui prouvent que dans une solution sucrée où il y a de la Levure, en même temps qu'il se produit de l'alcool, il se dégage de l'acide carbonique dû à la végétation de la levure qui en même temps se multiplie. Grâce à ces textes, on voit bien que Gagnard-Lalour avail expliqué tout le problème dans ce qu'il a d'essentiel, et qu'il ne restait plus qu'à doser dans le liquide les substances employées et celles qui existent à la fin de l'expérience.

On connaît actuellement beaucoup mieux qu'en 1837 la plante dont il vien l d'être question, et il faut l'étudier sur nature pour en bien déterminer le caractère. C'est le Saccharomyccs Cerevisiœ • Meyen (Torula Cerevisiœ Turp. — HormisciumCerecisiœB\iL.—Cryptococcus fermentumKvETz.—C.CerevisiœKvETz.).

Pour l'observer, il suffit de prendre quelques gouttes de moùl de bière et d'en transporter une minime portion sur le porte-objet du microscope. Si ses globules sont au repos, c'est-à-dire sans trace de liquide nutritif, ils apparaissent (fig. 257) sous forme de phytocystes elliptiques, ovales ou plus rarement spbériques, ayant dans leur plus grande longueur 8-10 p.

Fig. 257. — Saccharomi/ce-i Cerevisiœ, ;iu repos (Dubief),

Leur paroi esl d'une grande ténuité, un peu sinueuse ou ondulée, et leur contenu esl translucide, avec un grand nombre de granulations intérieures sur lesquelles nous reviendrons bientôt.

Telle esl à peu près figurée la Levure dans le mémoire que publia Tur-

Fic. 258. — Sacclia7-omyces Cerevisiœ.

pin en 1838 « sur la cause et les effets de la fermentation alcoolique1».

Pour faire sortir le S. Cerevisiœ de son « repos », qui pourrait durer des années, il faut faire intervenir un liquide nutritif connue l'eau sucrée. Alors, si l'on empêche, sur le microscope, la dessiccation de se produire, on voit les globules de la Levure, devenus turgescents, bourgeonner en un ou deux points, et chaque globule secondaire peut bourgeonner de la môme façon. Le Saccharomyces finit donc par devenir ramifié, et son phylocysle devient plus net. Quant aux mierosomes de son pbytoblaste, ils demeurent en partie petits et somhres. D'autres taches répondent à des masses huileuses; d'autres enfin, plus grandes encore, à des vacuoles qui prennent la place de la portion du phyloblasle qui a passé dans les hourgeons. Ceux-ci, s'étranglant à leur base, se séparent de la Levure mère et peuvent se comporter isolément de la môme façon qu'elle.

Si maintenant le liquide sucré dans lequel le Saccharomyces était

1. Étudiant au microscope une Levure de bière, Turpin décrit les globules, leurs corpuscules intérieurs. 11 les a vus former un faux parenchyme par leur rapprochement et leur déformation ; ce qui est, en effet, fréquent. Il a observé la gemmation des globules, la formation do liles moniliformes. Dans l'eau sucrée, il lui semble que les globules s'étiolent et il suppose qu'il leur manque quelque aliment qui se trouve dans la cuve du brasseur. Il croit à leur transformation en Pénicillium, comme l'ont fait plusieurs auteurs plus récents. C'est dans ce travail que Turpin a écrit cette phrase que beaucoup de personnes ne songent pas à lui attribuer : Point de décomposition de sucre, point de fermentation sans l'acte physiologique d'une végétation. Lo mémoire do Turpin a été lu à l'Académie des sciences de Paris, le 20 août 1838.

CRYPTOGAMES CELLULAIRES. lftJ plongé vient à s'épuiser, la Levure peut se putréfier ou se dessécher. Mais auparavant, elle peut «aussi former des spores(fig. 259). Dans la sporulation, le phytoblaste se scinde en deux, trois ou quatre niasses. Chaque

a, et a,

Fig. 259. — Saccharomyces Cerevisiœ. Sporulation et germination (Dul)icf).

masse est réfringente et s'entoure de fins microsomes. Puis elle devient nettement sphérique et se recouvre d'un phytocyste propre. Les spores une fois constituées, on les fait germer en les plaçant dans un milieu nutritif, "et elles bourgeonnent alors à la façon de la Levure primitive.

Fig. 260. — Saccharomyces Cerevisiœ. Bourgeonnement.

Chaque phytoblaste possède un noyau qu'on décèle en le colorant. Il suflit de fixer avec l'acide picrique et de colorer à l'hématéale d'ammoniaque. Le noyau central se montre alors sous forme d'une tache sombre et arrondie.

Payen a analysé la Levure de bière et lui a trouvé la composition suivante :

Matière azotée 62.7:!

Cellulose 22.37

Graisse 2.10

Matière minérale ' 5.80

C'esl colle Levure dont M. Pasteur a étudié le mode d'action en 1800, dans le plus célèbre de ses mémoires : Sur la fermentation alcoolique, dans lequel il appelle ainsi « la fermentation qu'éprouve le sucre sous l'influence

Fig. 261. — Saccharomyces Ceremsiœ. a, colonie de cellules produites par bourgeonnement les unes des autres; c, un phytocyste dont le protoplasma est segmenté en deux masses; b, un phytocyste dont le protoplasma s'est divisé en quatre spores; rf, e, spores en voie de germination.

du ferment qui porte le nom de Levure de bière », et où il établit « que l'expression de Fermentation alcooliquene peut pas désigner lout phénomène de fermentation où il se produirait de l'alcool ; car il peut y en avoir de diverses sortes ayant ce caractère commun ». Dans ce travail, l'équation finale de la fermentation du sucre par la Levure esl, en résumé, la suivante :

100 parties de sucre de canne (C12III101,)J qui correspondent à 105. 3li de glucose (CI2H12012), sont décomposées en :

Alcool 51.10

Acide carbonique 49.20

Acide succinique 0.05

Glycérine 3.40

Matière cédée à la levure, etc 1.30

Les chiffres indiqués pour la glycérine et l'acide succinique sont là pour rectifier l'équation ancienne de Lavoisier, cl M. Pasteur admet que ces corps ne proviennent pas de la Levure, mais des éléments mêmes du sucre. C'est Schmidt qui, dans cette fermentation, a découvert la présence de l'acide succinique, en 1847. Nous avons vu la Levure riche en huile,

1. Ces nombres varient dans presque toutes les citations des ailleurs. Ceux que nous reproduisons sont empruntés à Wassersug.

CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 191 et on peut se demander si ce n'est pas de cette matière grasse que proviendrait l'acide sucçinique. M. Pasteur a donné dans son mémoire (p. 74) des ligures du Saccharomyces Cerevisiœ qui sont assez inexactes.

Le S. Cerevisiœ, cultivé avec des liquides nourriciers appropriés, donne la Levure que les brasseurs emploient dans la fabrication de la bière, que les boulangers mettent, en certains pays, dans la pâte du pain pour la faire lever, et qui est souvent dite artificielle. Sa végétation est active vers 30 — 35' centigrades; elle l'est moins de 8° à 30°. Elle s'arrête à peu près au-dessous de 3°, et le végétal meurt dans un liquide au-dessus de 75°. Mais, desséché, le ferment se conserve, pour ainsi dire, indéfiniment et supporte pendant plusieurs heures sans périr une température de 100" à 130°. L'industrie distingue des Levures haute et basse. La première s'emploie pour obtenir la fermentation dite haute, du porter, de l'aie et d'autres bières brunes et blanches. La deuxième détermine la fermentation, dite basse, des bières de mars, de Bavière, etc. La haute a des phytocystes plus elliptiques et plus gros. La basse les a plus globuleux et plus petits; mais dans certaines cultures, et en particulier par une simple élévation de température, la basse peut grossir et prendre la forme elliptique de la haute.

Le S. ellipsoideus Rkess est une espèce (?) très voisine de la précédente. Ses phylocysles sont en général plus allongés relativement à leur longueur; ils présentent lors de leur gemmation des ponctuations et des vacuoles bien plus prononcées; et dans un liquide nutritif, ils forment des chapelets bien plus allongés et à éléments plus nombreux, placés bout à bout (fig. 265). Us ont alors environ G p de long, sur 4 p. de large. C'est,

Fit;. 2G-2. - Saccharomyces conglomeratus. Fie. 263. — Saccharomyces exiguus.

d'après M. Pasteur, le ferment alcoolique ordinaire du vin, l'agent de la fermentation du moût de raisin. Il se trouve fréquemment à Ta surface des fruits fermentescibles de notre pays, el peut, bien entendu, pénétrer dans leur intérieur.

Le Si conglomeratus RbeSS (fig. 262) a aussi été décrit comme une espèce distincte. Ses éléments sont globuleux, larges de 5 à 6 disposés en

petites pelotes agglomérées, arrondies ; ce qui est attribué à la rapidité de la gemmation. On l'a observé à la surface des grains de raisin qui se pourrissent et dans le moût au début de la fermentation; mais on le dit relativement rare.

Le S. exiguus Reess (fig. 263) est formé de grains placés par deux, trois, bout à bout. Ses phytocystes bourgeonnants sonl coniques ou tur-

Fig. 264. — Saccliaromijces Fie. 265. — Saccharonujces

Mycoderma. ellipsoideus.

binés, peu ramifiés, longs de 5 p, larges de 2 à 5 (x. On le trouve mélangé au S. Cerevisiœ, vers la fin de la fermentation de la bière.

Le S. Paslorianus Reess (fig. 207) forme de longues ramifications quand la végétation est active. Dans ce cas, leurs éléments sonl ovalesallongés, arrondis ou claviformes, longs de 18 à 22 p, sur 8 à 10p. de large; ils portent des phylocysles bourgeonnants longs d'environ 5 p. Quant la végétation se ralentit, les éléments sont isolés, ovoïdes ou oblongs, et peuvent également bourgeonner. La plante se voit à la surface des fruits, dans leur suc, dans la bière et dans le vin, surtout à la fin de la fermentation.

Le S. vini (S. Mycoderma Reess) (fig. 264) est le Mycoderma vini Desm. (M. Cerevisiœ Desm. — Hormiscium vini Bonord. — //. Cerevisiœ Bonord.). C'est lui qui forme les pellicules dites Fleur de vin, qui se voient, sous forme de plaques blanches, puis grisâtres, lisses d'abord, puis plissées, à la surface des vins, bières, etc., abandonnés à l'air libre. Il est formé de grains ovoïdes, elliptiques ou subcylindriques, granuleux, longs de 6 p 7, larges de 2 p, rapprochés en colonies ramifiées, souvent au nombre de trois dans chaque branche. D'après M. Pasteur, tant que celle plante se trouve à la surface d'une boisson fermentée, elle prend l'oxygène de l'air el le porte au conlacl de l'alcool du liquide qui est ainsi oxydé cl se détruit. Si, au contraire, la plante

CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 193 est plongée dans un liquide sucré, comme il arrive quand la pellicule mycodermique esl brisée el mélangée au liquide, celui-ci fermente cl produit de l'alcool. M. Gienkowski a constaté dans ce végétal un mode de reproduction qu'il compare à celui des Mucorinés, en ce sens que l'un des phytocystes pourrait émeltre une sorte de bourgeon allongé, qui se séparerait par une cloison transversale du phytocyste dont il esl émané. Puis lui-même serait ultérieurement partagé par une cloison transversale en deux pbylocysles secondaires qui se sépareraient aussi l'un de l'autre.

Le 5. apiculatus Reess (fig. 268) avait été primitivement considéré comme le type d'un genre à part, sous le nom de Carpozyma. Il se distingue par ses éléments en forme de citron, elliptiques, avec une pointe conique

Fig. 2GG. — Saccharomyces minor.

Fig. 207. — Saccliaromi/ces Paslorianus (Pasteur).

à chaque extrémité. Leur longueur est de 0 à 8 p, sur 2 3 de large. Les bourgeons apparaissent, solitaires ou en petit nombre, aux extrémités aiguës, el ils se détachent bientôt; de sorte que la plante est

194 TUAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CKYPTOGAMIQUE.

rarement ramifiée. Celle espèce est fréquente à la surface des fruits notamment des raisins; ce qui fait qu'on lui attribue souvent la fermentation spontanée. Elle s'observe aussi dans le vin, au commencement surtout de sa formation, dans la bière, etc. Elle se comporte d'ailleurs comme le S. Cerevisiœ.

Notons ici en passant, pour y revenir à l'occasion, qu'il y a un grand nombre de Cryptogames qui, en dehors des Saccharomyccs, peuvent produire la fermentation alcoolique.

Fig. 268. Saccharomyces (Carponjma) apiculatus.

Le Champignon du Muguela étéaussi, nous le verrons (p. 226), attribué au genre Saccharomyces.

Fermentai ion acétique. — A voir les grandes analogies de la fermentation qui précède avec celle-ci, on serait tenté de croire à une [étroite parenté entre les plantes qui président à l'une et à l'autre. Il n'en est rien cependant, et l'analogie n'est que physiologique, comme nous le verrons bientôt.

Fig. 2C9. — Micrococcus aceli. Vin tourné en vinaigre.

M. Pasteur, que les faits relatifs à l'histoire naturelle préoccupaient peu, a nommé Mycoderma aceli le microphyle qui présiderait à celle fermentation. Pour qu'elle se produise, il faut mettre en présence la plante,

l'alcool, et il faut l'intervention de l'oxygène. Le M. aceti, ne vivant pas aux dépens de l'alcool, comme la levure de bière vit aux dépens du sucre, l'alcool s'oxyderait par l'intermédiaire de la plante. Pour le démontrer, M. Pasteur sème le M. aceti à la surface d'un liquide qui contient en dissolution des matières organiques azotées et des phosphates. La plante se développant recouvre d'une couche mince la surface du liquide. Celui-ci est enlevé à l'aide d'un siphon et remplacé par de l'eau alcoolisée. L'acide acétique apparaît alors, et on en produit indéfiniment de nouvelles doses si l'on remplace par de Peau alcoolisée le liquide acide toutes les fois que la réaction se ralentit. Si l'on n'agissait point de la sorte, la plante détruirait l'acide acétique produit, en le transformant en acide carbonique el en eau.

Si maintenant nous examinons au point de vue de l'histoire naturelle le prétendu il/, aceti, nousverrons ^ que c'est une zooglée, et que sa pellicule cmpri- s <>0%

sonne des plantes à éléments presque sphériques, ^ ^ ^

longs de 2 à 5 p, 5 sur 1^5 à 1 p de large, libres <r ou groupés en chaînettes (fig. 269, 270). Tous ces caractères sont ceux d'un Micrococcus (p. 138), le ' „^

M. aceti (Bacterium Aceti. — Arthrobacterium a<x*ir*> aceti. — Ulvina aceti Kuetz.). Il se trouve dans le ^ l j % vinaigre, dans les vases qui servent à préparer et à (T conserver les liquides alcooliques, dans le vin piqué, Fic 27Q

etc. On le nomme vulgairement Fleur de vinaigre, Micrococcus aceli. et l'on sait que dans la fabrication du vinaigre dit d'Orléans, on emploie pour acélifier l'alcool un résidu qui se trouve au fond des tonneaux après une fabrication antérieure, el qu'on nomme M ère du vinaigre. Ce résidu est riche en Micrococcus aceti, et c'est au seul phénomène qui se produit en sa présence que M. Pasteur accorde le titre de fermentation acétique, car on sait que l'alcool peut se transformer en acide acétique sous l'influence seule d'un corps poreux, comme la mousse de platine. On sait aussi qu'on introduit dans le vin qu'on veut transformer en vinaigre une petite quantité de vinaigre précédemment obtenu. Ce n'est pas seulement parce que ce vinaigre renferme des Micrococcus aceti, mais aussi parce que le inicrophylc se développe bien dans un milieu acide, tandis que dans un milieu neutre, il se produirait du Saccharomyces mycoderma, qui transformerait directement l'alcool en eau et en acide carbonique, sans formation d'acide acétique. L'acide sulfureux empêche aussi l'évolution du M. aceti; el c'est pour l'empêcher de se produire dans les tonneaux destinés à contenir le vin ou la bière, qu'on fait brûler des mèches soufrées dans leur intérieur. M. Pasteur pense que les copeaux de hêtre qu'on emploie dans la fabrication du vinaigre ne font que multiplier les contacts avec l'air, sans agir par leur porosité, et il a fabriqué du vinaigre en ensemençant avec le Micrococcus une corde sur laquelle il

faisait lentement couler de l'eau alcoolisée1. Nœlner a vu que l'acide mucique, « sous l'influence d'un vibrion », donne de l'acide acétique, cl que le tartre, en présence de matières azotées, produit pendant l'été de l'hydrogène et de l'acide acétique. On a signalé plusieurs substances autres que l'alcool pouvant par fermentation donner de l'acide acétique.

Fermentation lactique. — C'est Turpin qui, en 1838, établit que les diverses fermentations du lait ne se produisent pas sans l'acte physiologique d'une végétation. Il arrive parfois, en effet, que dans un liquide où se produit la fermentation lactique, on observe à la surface ou sur les parois du vase, des taches grisâtres d'une substance qui renferme de nombreux microphytes. Un peu de cette substance introduit dans une infusion de levure contenant du sucre et du carbonate de chaux, produit vers 35° une fermentation à la suite de lquelle le liquide contient beaucoup de lactate de chaux. Le microphyte est le Bacterium lacticum (fig.271) ou Micrococcus lacticusY. Tiegh. que M. Pasteur a nommé Vibrion lactique et Fermentum lacticum. Il se présente sous forme de bâtonnets immobiles, un peu plus longs que larges (une demi-fois ou une fois), immobiles et se multipliant par scissiparité, mais avec les articles parfois unis bout à bout en courtes chaînettes. Il ne peut se bien développer qu'entre 30° et 35° centigrades, et dans un milieu non acide; c'est pour cela qu'on ajoute de la craie aux liquides de la fermentation lactique. M. Hueppe admet qu'il peut se reproduire par spores endogènes3.

1. Le Dr J. Lemaire qui a publié en 1866 des notices très intéressantes sur la physiologie des Schizophyt.es, notices sur lesquelles un silenco complot a été fait, nous ne savons pourquoi, et qui a beaucoup contribué à répandre dans la pratique l'idée de l'emploi des antiseptiques, a dit à ce sujet : « Cette expérience n'est pas, pour moi, démonstrative. J'ai dit que M. Pasteur avait reconnu que le Mijcoderma vini était impropre à faire de l'acide acétique. 11 n'a pas dit quel était le mycoderme qui recouvrait le liquide dans lequel il a trempé sa corde. Ce ne pouvait être le M. vini, puisque dans son opinion.ee champignon est impropre à faire du vinaigre. Je suis donc obligé de supposer que c'était le M. aceli, puisqu'il s'agissait de démontrer son action. Eh bien ! s'il en est ainsi, la corde, en sortant du liquide, était imprégnée d'acide acétique. Il n'est donc pas étonnant que l'alcool en ait contenu à son arrivée à l'extrémité de cette corde. Lemaire a des droits à la reconnaissance publique; il est, dit M. L. Le Fort, « le véritable fondateur de la théorie et de la doctrine antiseptiques... et toute la doctrine de Lister n'est que la reproduction des idées de Lemaire ».

2. Nous devons rapprocher de ce qui précède les extraits suivants d'une note sur la fermentation lactique, écrite par M. L. Boutroux à l'instigation de M. Pasteur : « Le ferment lactique se présente le plus ordinairement, à l'œil nu, sous la forme d'un voile placé à la surface du liquide où on le cultive, voile d'une faible ténacité et souvent d'une épaisseur irrégulière, se disloquant en lambeaux écailleux. Au microscope, on voit qu'il est constitué par des cellules ovales, disposées ordinairement par groupes de deux, égales, placées bout à bout; souvent aussi en chapelets de forme plus ou moins courbe. Les dimensions des cellules sont très variables. La largeur varie environ entre 1 et 3 millièmes de millimètre; la longueur est à peu près double. La forme même n'est pas absolument fixe. Au début de la fermentation, on trouve fréquemment de très grosses cellules à peu près sphériques; d'autres présentent en leur milieu un étranglement plus ou moins profond, qui leur donne en coupe à peu près la forme d'une lemniscate; d'autres sont divisées par une cloison transversale; enfin, on y rencontre des chapelets dont les grains vont en diminuant de grosseur, et se rapprochent de la forme normale; quelquefois deux chapelets partent d'une même cellule, très grosse,

11 y a d'autres végétaux en présence desquels la fermentation lactique peut se produire : deux Micrococcus de la salive humaine (Hueppe) y produiraient l'acide lactique qui y a été trouvé; le M. prodigiosus Gohn, etc.1.

Nous pouvons rapprocher de la fermentation lactique celle du keur, boisson médicinale, acidulé et gazeuze. introduite récemment chez nous,

Fig. 271. — Ferment lactique. Fie. 272. — Ferment du Kéfir.

mais dont l'usage paraît ancien et très répandu en Russie. On l'obtient en faisant fermenter du lait à l'aide de masses mamelonnées, irrégulières, jaunâtres qui renferment, entre autres choses, unBacterium arqué (fig. 272), que nous nommerons B. caucasicum (Dispora caucasica Kern). C'est un bâtonnet arqué qui, vu dans certaines directions, avait paru pourvu à chacune de ses extrémités d'une petite masse arrondie, prise d'abord pour une spore, mais qui n'est que le sommet mousse du bâtonnet. Il y a aussi du ferment lactique dans le Kéfir.

Plusieurs auteurs ont admis, répétons-le, que d'autres végétaux que le B. lacticum pouvait produire la fermentation lactique.

Panification. — H y a, notamment dans l'économie animale, des fermentations très complexes. Il y en a aussi en dehors des êtres vivants. Nous n'en citerons ici qu'un exemple des moins compliqués, d'après lequel le biologiste se rendra compte de ce que peuvent être les autres, et de la dif-

sphérique. A mesure que la fermentation s'avance, les formes se régularisent; les cellules deviennent d'une grandeur uniforme. Enfin, quand la fermentation est terminée, on ne voit plus que des grains fins, en groupes tout à fait irréguliers, souvent très serrés... Pour que le milieu soit propre au développement (du ferment), il faut de l'oxygène à l'état libre. Si. après avoir ensemencé un mélange sucré, on fait le vide sur le liquide, ou si, avant et après l'ensemencement, on fait passer dans le liquide un courant d'acide carbonique privé de poussières, aucun développement n'a lieu; le liquide ne subit aucune altération... Lorsque la fermentation est terminée, le voile tombe au fond en se disloquant, sous l'influence de la moindre agitation; mais il garde sa vitalité. Je n'ai pas constaté la formation des spores; les cellules se conservent sans être transformées... En s'appuyant sur d'autres expériences, on peut considérer le ferment lactique et le Mijcoderma aceli comme un seul et même organisme dont les fonctions varient avec la composition du liquide nutritif. »

1. M. J. Dttval croit avoir obtenu la fermentation lactique avec le Sacclinromyces Cerevisix. M. Pasteur a nié la possibilité de ce fait et a dit que la levure de M. J. Duval n'était pas pure. M. J. Duval a alors prié M. Pasteur de lui communiquer de la levure pure. Mais M. Pasteur lui a répondu : « J'ai le regret de ne pouvoir mettre à votre disposition le mycoderme que vous me demandez. »

liculté qu'on aura à les analyser le jour où l'on renoncera à la simplicité théorique des ouvrages didactiques. Nous voulons parler de la panification qu'un trèsgrand nombre de chimistes définissaient une variété de la fermentation alcoolique. Il ne s'agit pas, bien entendu, de ceux qui contestent la formation de l'alcool dans la panification. On peut toujours constater dans celle opération la présence de vapeurs alcooliques. On trouve toujours aussi dans la pâle en fermentation des Bacilles et des Saccharomyces, notamment le S. Mycoderma Reess, et surtout le S. minor Eng. (fig. 266). Celui-ci est formé de globules sphériques ou un peu allongés, bien plus petits que ceux du S. Cerevisiœ. Dans un liquide nutritif renfermant du sucre, il produit une fermentation plus lente, et il bourgeonne également. On l'a vu aussi, dit-on, se reproduire parspores. Ilsccullivc dans divers milieux, et les produits de culture transforment le sucre en alcool. Dans la panification, il se comporte à la surface de la masse comme un anaérobie. La pâle devient légèrement acide; ce qui est dù à une formation d'acide acétique, attribuée aux S. minor et Mycoderma (Archangeli). Le Bacille qu'on obtient en cultivant le levain, est bien voisin, sinon identique au B. subtilis. Il rendsolubles les matières albuminoïdes, le gluten. Si la masse ne subit pas la fermentation putride, elle le doit à la présence <le la matière sucrée.

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES, BIOLOGIQUES, TAXINOMIQUES, PRATIQUES ET CRITIQUES SUR LES FERMENTS ET LES FERMENTATIONS.

Les considérations générales que nous présenterons ici et que nous nous permettrons de recommander à l'attention des médecins, ont été jusqu'à présent à peu près complètement abandonnées aux chimistes. Comme on attribue de nos jours, non sans raison, une grande importance médicale à toutes les questions qui louchent aux ferments, on a le droit de dire qu'on peut bien, en dédaignant et en ignorant ces questions, être un praticien presque aussi bon et aussi utile aux malades que les autres, mais qu'on n'aura pas, surtout dans un avenir prochain, le droit d'affirmer qu'on soit un médecin éclairé et vraiment digne de ce nom. On n'aura pas surtout à sa portée les instruments de synthèse et d'analyse requis pour juger ce que les nouvelles doctrines renferment d'utile à la médecine; ni les armes nécessaires pour repousser ce qu'elles ont d'exclusif, d'illogique cl d'exagéré. La médecine veut des faits positifs et ne se contente pas d'affirmations; mais.il est indigne d'elle de repousser de parti pris les innovations par cela môme que ce sont des innovations. Il est puéril et dangereux de dire, avec certains indifférents, qu'il importe peu de savoir ou non qu'une maladie est caractérisée par tel ou tel bacille. C'est comme si l'on disait qu'il importe peu de savoir que la gale est caractérisée par un sarcopte ou [la) teigne par un Irichophyte.

Mais il est tout aussi puéril d'affirmer, avec certains enthousiastes, désintéressés ou non, qu'il y aura désormais deux médecines, celle d'avant le microbe et celle d'après le microbe. C'est comme si l'on décrétait qu'il y a eu une médecine d'avant le quinquina et une d'après le quinquina. Avec le temps, beaucoup de temps sans doute, la médecine qui, comme toute chose, progresse et se perfectionne sans cesse, admettra dans la construction de son édifice ce qui est vrai, bon et utile, et rejettera définitivement ce qui est inexact et nuisible.

Il est pénible sans doute de voir un médecin se refuser à étudier un progrès quelconque soumis à son examen. Mais combien n'esl-il pas plus pénible encore de voir des néophytes qui ont appris une douzaine de sciences en trois ans, et qui les connaissent toutes également bien, condamner sommairement les hygiénistes les plus expérimentés, juger en souverains maîtres la médecine qu'ils ne connaissent que de nom, et prétendre l'enseigner à des savants respectables qui ont blanchi sous le harnois et qui ont consacré de longues veilles à l'observation et à la méditation des maladies ; comparer, dans un joli roman, la maladie à une invasion de barbares, cl se demander s'il y a actuellement une maladie sans microbe1! Le malheur est que les médecins sérieux ne peuvent le plus souvent répondre que par le silence aux dédains et aux mépris des choryphées de la « vérité nouvelle », attendu qu'ils n'y sont point prép très. Nous avons précisément écrit les chapitres qui précèdent en vue de les mettre au courant, aussi bien que les élèves de nos écoles, des vérités, des hypothèses, des exagérations et des erreurs qui constituent ce qu'on nomme les nouvelles doctrines, et, par suite, de leur donner des armes pour défendre légitimement la dignité et les intérêts de leur profession, injustement attaquée et souvent traitée avec un sansfaçon et une désinvolture qui doivent retomber sur ses détracteurs.

Quelle opinion d'abord peut-on se faire à l'heure qu'il est de ce que l'on nomme les fermentations2? Les uns, et ce sont les disciples de M. Pasteur, entendent par fermentation tout phénomène chimique dû aux cellules vivantes. Ceux-là n'admettent plus les ferments dits solubles; mais plusieurs accordent encore que des cellules peuvent sécréter des ferments solubles, agents des fermentations. D'autres, moins exclusifs, disent « qu'il y a fermentation toutes les fois qu'un ou plusieurs corps organiques ou organisés subissent des changements de composition ou de propriété sous l'influence d'une substance organique azotée, appelée ferment, qui agit sous une faible masse et ne cède sensiblement rien à la

1. C'est, paraît-il, la môme chose en Allemagne où de Bary parle « du zèle exagéré qui conduisit quelques auteurs inexpérimentés à voir et à chercher partout des parasites». Il ajoute que « l'épidémie de choléra qui sévit en 1866 dans une partie de l'Europe, Contribua à augmenter cette ardeur inconsidérée qui eut pour résultat de détourner les observateurs sérieux de ces recherches où les erreurs n'étaient plus à compter ».

î. Voy. la note do la page 203.

200 TRAITÉ Mi BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE.

malièrc fermcnlée (A. Gautier1). On ;i aussi établi une distinction entre les fermentations dites directes (Saccliaromyces Cerevisiœ), et les fermentations qu'on nomme indirectes el qu'on a définies « des réactions dont la cause dérive d'un organisme, mais pcul agir en dehors de lui » (Schùlzonberger). On en a donné pour exemple, entre autres, le mode d'action du suc pancréatique. Alors que la graisse a été émulsionnée, il s'est produit une émulsion, puis une saponification, avec dédoublement par hydratation de la trioléine, de la trimargarine, de la tristéarine, en acides gras el en glycérine. On connaît à fond la formule chimique de ce pbénomène; on sait que clans ce cas, comme dans celui d'une fermentation directe, une petite quantité de ferment a agi sur une masse relativement considérable de matière fermentescible; mais on ignore la cause foncière du pbénomène et on ne sait pas comment le produit de certaines cellules de l'organisme vivant a pu le déterminer. On disait, il y a quelques années, qu'i y aune grande analogie entre ce pbénomène et celui qui se produit dans la fermentation du sucre, mais que dans celte dernière fermentation, l'être vivant qui la produit, le Saccliaromyces, est nécessairement présenl, tandis que le pancréas, qui a produit le suc pancréatique, peut ne pas être présent au moment où le phénomène se produit, le suc pancréatique pouvant être séparé de lui. Mais on ajoutait, non sans logique, que cette différence pouvait bien n'être qu'apparente et disparaître le jour où le mode d'action des micropbyles dans les fermentations directes serait mieux connu.

Ce jour est, on peut dire, arrivé pour certains ferments d'origine végélale. Au début, M. Pasteur avait émis l'idée que chaque sorte de fermentation était produite par un organisme spécial; il admettait la Spécificité des ferments. Pour la fermentation alcoolique, le ferment spécifique élail le Saccliaromyces Cerevisia;; la matière fermentescible spécifique élail le sucre. La notion était d'une netteté absolue, et elle présentait, par suite, un caractère franchement scientifique et qui devait satisfaire les plus exigeants. Mais depuis lors, les chimistes nous ont appris que l'on obtient la fermentation alcoolique avec une foule d'autres Saccliaromyces, avec des Carpozyma, avec des Mucor, des Dernatium, des Pénicillium, des Aspergillns, puis des raisins, des prunes, des graines, des feuilles (Lechartier et Bellamy, Mûnlz, de Luca, etc.), voire même des cellules animales, c'està-dire du protoplasma organique sous ses différentes formes. D'autres chimistes nous ont montré les ferments alcooliques agissant sur une foule de substances différentes du sucre de canne ; et alors on se demande où, de part et d'autre, se trouve la spécificité. La notion scientifique nette et précise est remplacée par une notion vague et mystérieuse, attribuée aux protoplasmes. Autant vaut nous ramener aux arcanes de la catalyse- De sorte que M. Pasteur a probablement dû renoncer à la spécificité

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