‹ Traité de botanique médicale cryptogamique [electronic resource]Chapitre 9 sur 15 · Thèse d'agrégation de · texte numérisé non relu

Thèse d'agrégation de

CRYPTOGAMES CELLULAIRES. -m

des ferments, comme il a dû renoncer à la panspermie telle qu'il l'avait conçue. Ce n'est pas que nous l'eu blâmions, puisque l'invariabilité serait la négation du progrès. Mais nous avons le devoir de constater qu'il a toujours abandonné, d'année en année, les assertions à priori qu'il avait d'abord émises avec une assurance absolue.

Laissons maintenant les chimistes s'entendre entre eux. Un jour peutêtre ils seront unanimes à choisir entre les diverses opinions : La levure agit-elle par simple action de contact ? (Berzelius). La levure agit-elle en prenant au sucre son oxygène? (Pasteur). La levure détermine-t-elle la décomposition du sucre en se décomposant elle-même? (Liebig). La levure se nourrit-elle du sucre pour rejeter ensuite l'alcool, l'acide carbonique, l'acide succinique comme produits de désassimilation ? (Béchamp). La levure fabrique-t-elle un ferment soluble qui agit sur le sucre comme les diaslases agissent sur les fécules ? (Berlhclot). « Les fermentations, dit M. Schûtzenberger, peuvent être provoquées et le sont énergiquemenl par des êtres organisés spéciaux. Quant à une relation plus précise entre le phénomène chimique et les fonctions physiologiques de l'organisme lerment, elle reste encore à trouver, et tout ce que l'on a dit, écrit et avancé pour résoudre la question manque de contrôle expérimental. » M. Berlhelot admet aussi que si dans quelques cas les fermentations à ferments figurés peuvent se faire en dehors de ces organismes, ceux-ci n'en contribuent pas moins, le plus utilement possible, à la fermentation ; mais il conclut que « si les ferments spécifiques se distinguent parleur prompte efficacité, cependant ils ne sont point indispensables pour l'accomplissement d'un effet déterminé ».

On sait encore que la question de la fermentation alcoolique est entrée dans une voie nouvelle, le jour où M. Berlhelot a publié des notes que Claude Bernard avait écrites avant sa mort au sujet de la fermentation des raisins. Plusieurs fois devant nous Claude Bernard avait déclaré que M. Pasteur était dans le faux « quand il attribuait, ce sont ses propres expressions, tout à ses microbes». Dans les notes dont il est question, on lisait:

La théorie de la fermentation alcoolique est détruite.

1° Ce n'est pas la vie sans air. — Car à l'air comme à l'abri de son contact, l'alcool se forme sans levure.

2° Le ferment ne provient pas de germes extérieurs. — Cardans les jus aplasmiques ou inféconds — verjus et jus pourris — le ferment ne se développe pas, quoiqu'ils soient sucrés. Si l'on ajoute des ferments, ils fermentent.

3° L 'alcool se forme sous l'influence d'un ferment soluble en dehors de la vie, dans les fruits mûrissants. — Il y a alors décomposition du fruit et non synthèse chimique de levure ou de végétation. L'air est absolument nécessaire pour celte décomposition alcoolique.

4» Le ferment soluble se trouve dans le jus retiré des fruits, jus pourris. — L'alcool continue à s'y former cl à augmenter. Avec l'infu-

202 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CKYI'TOCAMlyUE.

sion de levure ancienne cette démonstration devient encore pins facile.

5° Il y a dans la fermentation deux étals à étudier : Décomposition; synthèse morphologique.

M. rasleur a répondu que les expériences de Claude Bernard n'avaient pas été faites avec toute la rigueur possible. Il a fait lui-même des expériences avec des raisins en serre, privés de germes, enveloppés de coton stérilisé et qui n'ont pas fermenté, dit-il, après maturité et écrasement; ilavu que la teneur en alcool n'a pas augmenta dans les raisins de serres abandonnés pendant longtemps. Mais nous ne voyons pas qu'il ail convaincu ses contradicteurs; et nous nous arrêtons toujours à l'objection de M. Bertbelot : « Dire qu'une substance fermente par un acte de la vie du ferment, c'est reculer la difficulté, et il est nécessaire (à moins d'admettre comme explication une cause vitale mystérieure) de préciser, autant qu'il se peut, la série des actions chimiques ou mécaniques successives, dont la fermentation n'est que l'effet final? Pour M. Berthelot, la question ne peut pas se résoudre comme l'a fait M. Pasteur dans ses expériences sur les raisins. Il s'agirait de savoir si le changement chimique, produit dans toute fermentation, ne résulterait pas d'une réaction fondamentale provoquée par un principe défini, spécial, de l'ordre des ferments solubles, lequel se consommerait au fur et à mesure de sa production, en se transformant chimiquement pendant l'accomplissement même du travail qu'il détermine. La fermentation alcoolique serait, comme toutes les autres, ramenée à des actes purement chimiques. On peut conclure encore, avec M. Berthelot, que « rapporter une métamorphose chimique à un acte vital, ce n'est pas l'expliquer. Au contraire, tous les efforts de la chimie physiologique ont pour but d'analyser les changements naturels qui se produisent dans les êtres vivants et de les ramener à une succession régulière d'actes chimiques déterminés. Tant que celle analyse exacte n'aura pas été réalisée par la métamorphose du sucre en alcool, la théorie chimique de la fermentation ne sera pas faite, et il demeurera conforme à l'esprit de la science moderne de maintenir, devant l'esprit des expérimentateurs, les hypothèses mulliplcs que l'on peut imaginer. Cela — non certes — comme des vérités acquises, mais à litre de suggestions utiles vers des expériences originales destinées à découvrir la véritable explication ».

Au point de vue biologique, le Saccharomyces Cerevisiœ est pour nous, de môme que tous les végétaux analogues, un être qui, n'étant pas pourvu de chlorophylle, doit, au contact de l'air, dans son état d'évolution normale, respirer en absorbant de l'oxygène et en le combinant pour former de l'acide carbonique. Mais quand on le plonge dans un liquide, sucré ou non, il csl dans un état anormal, et morbidemenl, nous l'avons dil. col être que l'on noie a recours pour se procurer de l'oxygène à la désoxydalion des matériaux nutritifs au contact desquels il est plongé. Une autre plante cryptogame telle que le Pénicillium crustaceum, se comporte absolument de même ; car, plongée dans le liquide sucré, elle lui emprunte

CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 203 de ['oxygène; mais ce n'est pas là son étal physiologique. Elle souffre; ses formes sont altérées, comme ses fonctions cl son développement. Aussi n'est-ce qu'en dehors du liquide qu'elle peut normalement former ses spores ou organes de reproduction aériens, el toute la portion sporigère qui est plongée dans l'air respire en combinant de l'oxygène à ses matériaux hydro-carbonés l.

Ceci nous amène à un autre point des théories de M. Pasteur qui distingua, il y a longtemps déjà, tous les êtres vivants en aérobics et en anaérobies. Sans nous arrêter à faire voir qu'il y a là une conséquence de la distinction malheureuse qu'il faisait de certains ferments organisés en animaux, animalcules ou végétaux, ce qui était une résultante forcée des idées inexactes de J.-B. Dumas considérant encore, à celle époque, la respiration animale comme comburante et la respiration des plantes comme réductrice ; rappelons que pour ceux qui partageaient ses idées, il existait des « microbes » qui ne peuvent vivre qu'à l'air et d'autres que l'air tue, des « microbes » auxquels il faut de l'oxygène en nature, et d'autres qui se l'approprient en décomposant des corps qui en contiennent. M. Pasteur considérait alors le Bacillus amylobacter comme le type des fermenls anaérobies : « Ce vibrion, disait-il, vit, se nourrit, se multiplie, s'engendre en dehors de toule participation du gaz oxygène libre. » Il disait encore : « Le contact de l'air le tue. » Nous pouvons dire qu'il eslanaérobie quand il est noyé dans les liquides au sein desquels va se produire la fermentation butyrique. Mais il vit très bien dans l'air, et là dans des conditions physiologiques normales. Le Bacille typhique vit à l'air libre à la surface d'une tranche de pomme de terre, et il se développe très vite si on le plonge à une température d'environ 30° dans un bouillon de culture. Il est donc à la fois aérobic et anaérobie. Le prétendu Mycoderma aceti de M. Pasteur est bien vivant dans la masse du vinaigre où les fabricants vont le chercher, et cependant il vit aussi à la surface de la corde que M. Pasteur recouvre d'une pellicule de M. aceti dans son expérience sur la production du vinaigre. Si l'on veut conserver la distinction des êtres en aérobics et anaérobies, il faudra arriver à distinguer certaines conditions dans lesquelles un même être, normalement aérobie, devient accidentellement anaérobie; et il en résulte que beaucoup de microphytes dont nous ne connaissons que l'étal anaérobie ne sont probablement pas là dans leur milieu normal et seront ultérieurement découverts dans ce milieu sous une forme différente de celle que nous connaissons jusqu'ici. De sorte que là encore les assertions de M. Pasteur auront besoin d'être considérablement modifiées.

Ce qu'il y a de constant, en tous cas, et en dehors de toute théorie, c'est

1. De là une nouvelle définition de certaines fermentations : elles sont l'effet de létat morbide de micropliyles qui vivent anormalement. Dans ce milieu qui ne leur est pas normal, ils fabriquent ici de l'alcool, là d'autres produits, qui sont les analogues des ptomaïues fabriquées par les micropbytes pathogènes.

que les Schizophytes ont, dans certaines circonstances, besoin d'oxygène pour vivre1. Et en combinant cet oxygène avec des matériaux bydro-carbonés, ils font, outre toutes lés substances jusqu'ici énumérées,de la chaleur et même de la lumière. C'est Fabricius d'Aquapendente qui parait avoir observé le premier (1592) ce dernier phénomène. Il avait vu de la viande fraîche, lumineuse pendant quatre jours, rendre lumineuse d'autre viande qu'on avait placée à côté d'elle. M. Nuesch ayant eu connaissance, en 1879, de semblables faits de viandes phosphorescentes, faits qui se produisent parfois sur une grande échelle, a vu que le phénomène cesse de se produire à l'époque où apparaissent sur la viande les premiers microphytes de la putréfaction. Avant celle époque, il a trouvé que les points phosphorescents répondaient à des amas de microphytes en chapelets et en globules, et que la phosphorescence disparaissait instantanément sous l'influence de diverses substances antiseptiques. C'est aussi aux microphytes que l'on rapporte les phénomènes de la putréfaction : celle-ci consistant en fermentations qui ont pour résultat la décomposition dite spontanée des subs-

Fig. 27;i. — Culture du Iiacillc do la décomposition, à l'état de végétation en bas, à l'état de sporulation en liant (Fol).

tances albuminoïdes. Ces fermentations sont extrêmement complexes, comme nous en avons vu quelques exemples au sujet des bacilles qui se trouvent dans l'intestin. Certains des microphytes qui concourent par étapes successives à la putréfaction jouent, pense-l-on, un rôle spécial. Les uns vivent au contact de l'air, et les autres sont dits anaérobies. On connut surtout parmi eux le Baclerium lermo, les Bacillus amylobacter (fig. 199), subtilis (fig. 191), Megaterium (fig. 198), qui se cultivent sur la gélatine et la liquéfient tout d'abord; de sorte qu'ils jouent le même rôle à l'égard des matières gélatineuses qui se trouvent dans notre tube digestif. LeBacteriumtermo (fig. 186) est, d'après M. Cohn, le plus important peutêtre des Schizophytes de la putréfaction. Il a la forme de bâtonnets longs

1. Nous ne reproduisons que sous toute réserve l'opinion que le Dr J. Lcmaire a prêtée à M. Pasteur, sans dire où clic a été publiée. <> M. Pasteur, dit-il, a écrit que les vibrions vivent dans l'acide carbonique, et tout récemment il a été plus loin, il dit que ce gaz lui servait de nourriture. » 11 doit y avoir ici une erreur.

île 1 p 5 sur Of» 5 de large, très souvent réunis deux à deux. Il s'obtient en faisant macérer des touilles, des pois ou haricots, etc., au Contact de l'air. Le liquide se couvred'une pellicule verdâtre, gélatineuse, c'est-à-dire d'une zooglée dans laquelle les bâtonnets immobiles se comportent à peu près comme ceux du Bacillus subtilis (p. 151). Ils se scindent d'une façon très rapide ; mais on ne connaît pas jusqu'ici de spores à cette espèce. Elle prend au liquide l'oxygène qui s'y trouve. Puis sa pellicule empêche le contact de l'air, et le liquide est desoxydé par les autres microphytes qui peuvent s'y produire. Dans les fèces, on en a décrit un (Bienstock), qu'on a considéré comme l'agent principal de la destruction des substances albuminoïdes, et qui aurait «la forme d'une baguette de tambour». On l'a mis, dans une culture, en contact avec la fibrine qui, dans ce cas, aurait été amenée, par suite de nombreux dédoublements successifs à l'état d'eau, d'ammoniaque et d'acide carbonique. On ne l'aurait jamais trouvé dans les selles des enfants à la mamelle bien portants.

Les microphytes de la putréfaction passent pour sécréter une diastase qui agit sur les albuminoïdes elles rend solubles. Après quoi les liqueurs renferment des produits solubles dans l'alcool. L'albumine est finalement décomposée, et il se produit de l'ammoniaque qui se combine à l'état naissant avec des acides acétique, oxalique, butyrique, valérianique ; du glycocol, de la leucinc, de la tyrosine, des alcaloïdes, des ptoinaïncs, etc.

Fie. 274. — Vibrion septique (Dubicl). I'ig. 275. — Bacilles de l'œdème malin (Koch).

Les derniers termes de la décomposition sont des hydrogènes phosphores et sulfurés qui concourent à donner aux substances putréfiées leur odeur désagréable; de l'hydrogène carboné, de l'acide carbonique, etc. En somme, on voit que le rôle des microphytes seraitde faire disparaître en les réduisant à des corps d'une composition très simple, les matières organiques les plus compliquées1.

Davaine entendait par septicémie la putréfaction accomplie pendant la

J. M. Gunning a prétendu que la présence de l'air est indispensable à la putréfaction et que les êtres supposés anaérobies par M. Pasteur meurent quand ils n'ont pas d'oxygène libre à leur déposition. M. Pasteur a répondu que les microbes ne sont pas morts, mais qu'ils se sont transformés en germes. On s'est alors demandé pourquoi la putréfaction ne reprend pas son cours quand on laisse pénétrer de nouveau de l'air privé de germes.

vie. La putréfaclion du sang s'élablit dès que les ferments putrides, s'introduisent dans sa masse, el quelle que soit la voie d'introduction. Le sang de l'animal qui a succombé est tout aussi seplique que les matières qui l'ont tué; on le dit septicémique. Si la saumure tue un grand nombre d'animaux (Raynal), Davaine admet qu'elle n'agit que par Le ferment de la putréfaction qu'elle renferme. M. Klebs a admis un agent spécial de là septicémie, qu'il a nommé Microsporon septicum.

Le mode de pénétration des microphytes dans le sang et, par suite, dans un grand nombre d'organes, est aujourd'bui des plus incertains, en dehors des solutions de continuité de la peau ou des muqueuses du tube' digestif qui, nous le savons, renferme un grand nombre de Schizophyles. Cependant il y a des animaux, comme les poissons, dans les liquides normaux desquels on a trouvé des microphytes (Richet et Olivier); et si la rareté des germes dans le sang de l'homme sain est un fait actuellement admis, sauf dans les derniers jours des maladies infectieuses, il faut bien supposer que les animaux malades, dont certains viscères ont les capillaires gorgés de Schizophyles, ont possédé à un moment donné ces mêmes végétaux dans le trajet du liquide sanguin qui mène du point d'introduction aux capillaires des viscères envahis. Quand dans une affection telle que l'endocardite dite infectieuse, par exemple, qui a beaucoup occupé

les médecins dans ces derniers temps, on ob-

serve un si grand nombre de microphytes, il y i " ; vîjy a des cas ou l'on rencontre comme point de

départ une solution de continuité de la peau ou S. » j!f \ „\" des muqueuses, un foyer de suppuration simple "(§y /g{ (f) ou spécifique, etc. Le mode d'infection n'est (g) ^- ' pas alors difficile à expliquer. Mais dans les cas

en apparence spontanés, les palbologisles sont F.c. 270 - septicémie des jusqu>ici forcés d'admettre que « l'organisme

souris. Bacilles et globules J 1 1 »

sanguins (Koch). sain porte constamment en lui des microbes

en grand nombre : ces éléments sont parfaitement innocents tant que le fonctionnement organique présente son activité normale, mais ces microbes peuvent devenir nuisibles par envahissement, lorsque l'organisme détérioré manque de sa vitalité et de sa résistance ordinaires » (Jaccoud)1. 11 est vrai qu'il n'y a là qu'une hypothèse. Nous reviendrons d'ailleurs sur ce que l'on a nommé le microbisme latent.

La classification des septicémies n'est pas facile à établir de nos jours. On en a admis de putrides, de toxiques et de suppuratives; mais il est bien possible qu'on ait eu tort de renfermer tant de choses diverses dans un seul et même cadre. Au point de vue de l'histoire naturelle, disons

1. La question du terrain approprié, de la réceptivité, do l'opportunité morbide, sur laquelle nous ne pouvons ici nous étendre, est une de celles sur laquelle on a dit le plus de choses vagues et non démontrées. C'est bien là, comme on l'a dit, «le point faible des doctrines microbiennes » ; aussi n'insistons-nous pas.

seulement que dans les suppurations, on constate l'existence d'un grand nombre de Schizopbyles que nous connaissons, notamment les Micrococcus que l'on a appelés Staplnjlococcus flavesccns Iîab. el S. pyogenes, avec les nombreuses variétés dites aureus (fig. 278), citreus, albus, tennis, etc., dont les caractères distinctifs sont assez mal établis. On a, dit-on, trouvé tous ces végétaux dans le lait des femmes infectées et qui transmettent à leurs enfants des affections dites puerpérales. On a aussi admis la transmission par le lait d'un Micrococcus scarlatinœ et, par suite, de la scarlatine.

On a dit avoir trouvé dans l'eau des rivières un Microbe pathogène (Pasteur), qui par injection produisait l'infection purulente. On a cru aussi (Neller) observer le M. pyogenes dans la salive de sujets sains. On sait qu'on a aussi affirmé que le microphyle de la pneumonie aurait été rencontré dans la salive. Nous ne parlons pas ici des micropbyles de la septicémie expérimentale (fi g. 276)

Nous passons facilement de ce qui précède au mode d'action des Schizophytes dans la production des maladies, au rôle qu'ils jouent en patbo-

FI6. 277. — Vibrion septique, avec globules sanguins (Pasteur).

Fig. 278. — Micrococcus (Staplnjlococcus) pyogenes aureus.

logie, à l'idée qu'ont conçue les praticiens de s'opposer au développement des maladies en s'allaquant aux « microbes » par lesquels ils les croient produites.

Avec une idée préconçue inexacte, avec une théorie erronée comme point de départ, celui qui remue des faits et qui donne une impulsion à l'activité intellectuelle de son temps, peut rendre les plus grands services à la science et peut amener la découverte de faits d'une incontestable utilité. Ce qui précède est applicable à l'antisepsie. Un pansement ouaté, tel que celui de M. Alph. Guérin, application des doctrines de Schrœder ctDusch qui, en 1850, avaient démontré que la ouate a la propriété de retenir les germes de l'air, cl posé celle substance sur les plaies dans le

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but de prévenir l'afflux de ces germes et, par suite, l'altération des liquides dont la conséquence est l'infection purulente, un pareil pansement est souvent criblé de microorganismes; et cependant les services qu'il a rendus sont incontestables. Le pansement dcM. Lister, avec un grand nombre de pièces superposées et dont plusieurs pourraient vraisemblablement être supprimées sans inconvénient, a, dit-on, pour but de tamiser l'air en lui faisant traverser des couches de tissus imprégnés de substances antiseptiques, de façon que les germes-ferments de l'air soient arrêtés el détruits au passage. Il y a beaucoup d'objections à faire à la théorie, el la plupart ont été souvent présentées. Mais dans la pratique, les résultats sont tels que M. Lister mérite le titre si enviable de bienfaiteur de l'humanité. Et

Fig. 279. — Vibrion septique (Fol).

cependant, l'air est si peu le véhicule de l'infection purulente ou des germes qui sont censés la produire, qu'il n'est pas impossible qu'au lieu d'accumuler sur une plaie les barrières, rendues ou non antiseptiques, d'un pansement plus ou moins compliqué, la chirurgie n'arrive un jour à supprimer la plus grande partie des pansements, à les supprimer même totalement, comme avait fait depuis longtemps Rose, et à laisser les plaies au contact immédiat de l'atmosphère l.

J'entends encore un grand nombre de médecins parler de maladies dont les germes ont été apportés par l'air ; j'entends les chirurgiens les plus éminents répéter que « l'air apporte sur les plaies un principe pernicieux qui a pour conséquence l'infection ». Ces praticiens répètent uniquement ce qu'on a dit depuis si longtemps, sans se rendre compte que la plupart du temps le véhicule des contagions et infections, des maladies contagieuses en général, c'est précisément le médecin ou le chirurgien qui les porte directement d'un malade à un autre, d'un blessé à un autre blessé2. Le chirurgien fait plus quand, au moment où il opère, il n'a pas pris les plus

1. Voy. L. Le Fort, les Pansements el la Mortalité (1885); sans parler dos nombreuses discussions qui ont eu lieu à l'Académie de médecine do Paris.

2. 11 y a bien dos circonstances où ce qu'on appelle épidémie pourrai! être défini : le transport direct d'une maladie contagieuse par une porsonne, médecin ou autre, sur un grand nombre d'individus successifs.

CH Yl'TOOAMES CELLULAIRES. . 2'»9

strictes précautions : par son opération même il ouvre la porte à l'infection. Les théories des anciens hygiénistes sur l'influence de la couleur sur l'absorption des miasmes et sur le danger du médecin vêtu de noir qui va les transportant d'habitation à habitation, ces théories, dis-je, sont surannées. Mais c'est encore, à un autre litre, avec leurs vêtements, leurs instruments non flambés, avec leur vieux linge non désinfecté, avec leurs mains lavées simplement au savon, dont les replis cutanés et unguéaux recèlent encore des parcelles contagieuses, que les médecins, chirurgiens, sages-femmes, infirmiers, élèves, etc., transportent directement sur les malades les germes des maladies les plus diverses. Malgré les nombreux points contestables et contestés dont les théories sur l'infection et la contagion sont peuplées, il est sorti des idées remuées celte notion, éminemment utilitaire, que la plus stricte propreté des gens du monde n'est pas une propreté médicale ou chirurgicale suffisante. J'ai entendu avec plaisir les élèves de la Maternité faire une distinction pratique entre la propreté vulgaire et la propreté qu'elles appellent « obstétricale r>. Aujourd'hui qu'avant de loucher, d'accoucher et de panser les malades, les sages-femmes se lavent à l'acide phénique au sublimé ou autres liquides dits antiseptiques, la fièvre puerpérale a disparu des maternités. Si nous pouvions avoir sur les décisions de l'administration hospitalière une influence quelconque, il y aurait dans tout hôpital une ou plusieurs pièces d'entrée par lesquelles seraient forcés de passer tous ceux qui ont accès dans les salles et qui sont admis à opérer, à panser, à toucher les patients. Ils y déposeraient autant que possible leurs vêtements de ville; ils revêtiraient, à la place du tablier officiel, en linge insuffisamment lavé, un large surtout d'étoffe lisse, imperméable et convenablement désinfecté, et ils seraient tenus, à l'exemple des élèves de la Maternité, de se laver longuement et profondément les mains dans -un liquide antiseptique. Aucun instrument ne serait employé dans les services sans avoir été désinfecté ou flambé, et surtout le linge à pansements serait autant que possible proscrit. Je sais bien que de pareilles mesures sont difficiles à prendre, et que certaines d'entre elles prêteraient à rire dans un pays où le ridicule s'attaque même aux choses les plus lugubres, mais pour ceux-là seulement qui ne prennent pas les choses par le côté pratiquement sérieux. Les visites faites aux malades parleurs parents pourraient demeurer une cause d'introduction de quelque élément morbide. Mais, en y réfléchissant bien, celle cause de contagion est relativement peu considérable; et si les mesures que nous indiquons ici sommairement étaient adoptées, je ne doute pas que le chiffre de la mortalité hospitalière, déjà atténué dans ces derniers temps, ne s'abaissât avant peu à un niveau dont personne ne peut avoir l'idée; ce qui nous fera peut-être pardonner la digression qui précède. Nous devons

1. Nous pouvons, en passant, avertir les praticiens que c'est là un médiocre antiseptique. Les véritables antiseptiques de valeur sont en général ceux qui coagulent l'albumine et les albuminoïdos.

à M. Bouchard une énuméralion des hypothèses principales proposées pour expliquer l'action morbifique des microbes1 :

« l« Rôle mécanique. — On a supposé qu'ils devaient faire obstruction dans les vaisseaux et particulièrement dans ceux du poumon et du rein. Les microbes habitant le sang sont exceptionnels;

« u2" Itôle Iraumatique. — On a supposé qu'ils pouvaient provoquer des actions traumatiques, éroder, perforer les cellules (néphrites infectieuses, blennorrhagie, choléra des poules) ;

« 3° Rôle subversif mortel. — On a supposé qu'ilsamenaient la mort par les lésions anatomiques qu'ils déterminent. C'est précisément supposer admis ce qui est en discussion. L'important est de savoir par quel procédé ces lésions locales sont provoquées ; ce que nous ignorons ;

« 4° Rôle fixateur de l'oxygène. — On a supposé que le microbe pour sa nutrition consommait quelque chose d'utile, dont la soustraction est préjudiciable à l'organisme. Exemple : la bactéridic anaérobie du charbon s'empare de l'oxygène du sang qu'elle envahit ; supposition ingénieuse mais sans démonstration ;

« 5» Rôle toxique. — Les agents infectieux produiraient quelque chose de nuisible, élaboreraient des substances toxiques; c'est la seule hypothèse qui comporte un développement de preuve. »

Pour nous, nous devons tout d'abord déclarer que quand nous disons qu'on observe un « microbe2 » donné dans telle ou telle maladie, nous ne voulons pas dire par là que nécessairement ce microbe produit cette maladie; cl si, entraîné par l'usage, nous le disons quelquefois, cela signifie seulement que c'est l'opinion d'un grand nombre de médecins, mais ce n'est pas nécessairement la nôtre.

Ce n'est pas, en effet, par sa seule présence que la bactérie produit une maladie, puisque quand on la cultive et que dans le cinquième ou le dixième bouillon de culture on produit son développement, elle a,

1. L'opinion que les maladies pouvant être produites par des êtres organisés microscopiques csl une idée fort ancienne. En 1658, un savant éminent à liien ries titres, le ]>. Kircher disait « que la peste était duc à des êtres animés : le pestiféré est sujet à une corruption éminemment appropriée à la reproduction do petits animalcules. Les animalcules qui transmettent le mal sont si petits, si lins, si ténus qu'ils échappent complètement à la vue et no peuvent être aperçus qu'à l'aide d'excellents microscopes. On dirait des atomes; ils se reproduisent en multitudes innombrables... Répandus partout, ils s'accrochent à tout ce qu'ils rencontrent et savent s'insinuer dans les porcs les plus intimes des objets... Le venin pestilentiel peut provenir de la corruption des humeurs internes; mais les humeurs ne peuvent se corrompre que si quelque contage putride s'est introduit subrepticement dans le corps avec les aliments. Ce contage infectera les liquides de l'organisme et leur communiquera la faculté de se transformer en corruption de nature toxique. Chaque espèce de putréfaction donne naissance a un virus spécial qui produit une espèce déterminée de maladie ». 11 n'est donc pas exact de dire, au sujet des Schissophyt.es, que « c'est seulement aujourd'hui que les lumières dç la science pénètrent jusqu'à ces oppresseurs terribles ». Il y a plus de deux siècles qu'on admettait en quelque sorte « la spécificité des microbes ».

2. D'après ce que nous avons dit de la valeur de ce mot, dans les quelques cas ou nous l'employons, ce n'est, pour ainsi dire, qu'à l'état de cilation.

dit-on, perdu ses qualités nocives, cependant que nos sens et les instruments d'observation dont nous disposons ne nous montrent dans son organisation aucun caractère distinctif de ceux qu'elle présentait alors qu'elle était éminemment active.

Le microphyte agit donc, autant que nous pouvons le comprendre, en transportant chez un sujet sain un liquide nuisible dans lequel il était baigné, ou bien en excrétant lui-même une matière nuisible qu'il aura fabriquée.

Dans le premier cas, il agirait à la façon des mouches charbonneuses qu'on accusait d'aller inoculer le charbon à un animal bien portant, tout comme aurait pu le faire un expérimentateur armé d'une lancette ; ou bien à la façon des mouches qu'on accuse d'aller inoculer aux gens sains les produits contagieux contenus dans les crachai des tuberculeux (on a dit encore que les mouches avalent les bacilles de la tuberculose,, et qu'après leur mort elles se dessèchent, tombent en poussière et disséminent ainsi les microbes, ou bien qu'avec leurs excréments elles vont les déposer sur la viande).

Mais en ce cas, la maladie préexisterait au microphyte, et ce n'est pas lui qui en serait la cause; il ne serait que l'agent du transport.

Cela ne voudrait pas dire que la présence du microphyte n'est pas utile à constater. En effet, si un bacille tel que celui de la tuberculose existe dans tous les organes atteints d'affection tuberculeuse, sa constatation rend les plus grands services au diagnostic, que le bacille soit cause ou effet de la maladie.

Mais d'autre part, si l'opinion de certains palhologistes relatée ci-dessus, que le microbe peut exister dans l'économie sans que l'état de celle-ci permette son développement et sans qu'il se produise, par exemple, une endocardite infectieuse, si cette opinion est admise, l'observation des microbes qu'on croit propres à l'endocardite infectieuse n'est pas une preuve que l'endocardite existe. Et la théorie du microbisme latent étant admise, il y aura des microbes latents, caractéristiques cependant de la tuberculose, de la fièvre typhoïde, de l'infection purulente, sans que ces maladies existent autrement qu'à l'état virtuel ; c'est-à-dire que, pour un médecin sérieux, elles n'existent pas. Ce serait admettre (ce qui n'est pas neuf) qu'un homme admirablement portant peut avoir en lui toutes les maladies, mais à l'état latent, bien entendu. El par la constatation des microbes correspondants, on pourrait lui affirmer qu'il a toutes ces maladies; ce qui serait, nous pouvons le dire, excessif.

Quand on disait que le bacille du charbon nuit à la santé par lui-même, parce qu'il enlève au sang l'oxygène dont il a besoin, parce qu'il forme des embolies, etc., on admettait qu'il n'était pas accompagné d'un liquide virulent. Et cependant, on avait affirmé (Woobridge) qu'on peut assurer l'impunité pour le charbon à un animal en lui inoculant un liquide charbonneux entièrement dépourvu de bactéries. Cela n'a rien qui puisse

étonner, puisque M. Chauveau disait : « J'ai montré en 1879 que, dans les maladies virulentes, le microbe pathogène fabrique un poison soluble cause principale de la mort des sujets malades, el eu 1880 j'ai donné la preuve de l'existence de ce poison soluble »; puisque M. Arloing a vu que prenant un bouillon de péripneumonie infectieuse des bœufs, « si au lieu d'injecter le bouillon complet, on l'injecte après l'avoir débarrassé des microcoques par une bonne fîltration, on observe les mêmes phénomènes inflammatoires, ce qui prouve que les microbes ont laissé dans le bouillon une matière phlogogène; puisqu'on 1888, dans l'école même de M. Pasteur, on a parlé (Roux et Chamberland) de l'immunité contre la septicémie conférée par les substances solubles ». On produit des paralysies expérimentales (Charrin) et d'autres maladies avec, les produits solubles des cultures de microbes. On admet aujourd'hui que le Micrococcus du choléra des poules sécrète une sorte de ptomaïne qui agit sur les volailles affectées à peu près comme une préparation opiacée. La substance phlogogène dont parle M. Arloing « possède certains caractères des diastases». Elle se rapproche donc àplus d'un titre de ce ferment soluble que M. Berthelot indique dans l'eau de lavage de la levure soigneusement filtrée et qui, sécrété par le Saccharomyces Cerevisiœ, produit le dédoublement du sucre de canne. Elle est l'analogue delà diaslase que M. Musculus a mise en évidence en la précipitant par l'alcool et qui est sécrétée par le Micrococcus ureœ. Elle est comparable à la diaslase qui. d'après MM. Filz et Ilueppe, est sécrétée par le ferment butyrique lors de son action sur la caséine du lait, où il ya coagulation, puis liquéfaction et transformation en peptone d'abord et ensuite en d'autres produits plus simples de dédoublement (leucine, lyrosipsine el ammoniaque)8. Elle rappelle aussi cette expérience de Paul Bert qui, anéantissant les bacilles charbonneux dans un sang soumis à l'action ilr l'oxygène comprimé, tuait cependant des animaux en leur inoculant le sang ainsi traité et alors que leur sang ne présentait point de bacilles. C'est

1. S'aperçoit-on qu'on revendiquant la doctrine des vaccins solubles, on supprime le « microbe », c'est-à-dire la pierre fondamentale de toute la théorie si laborieusement construite, depuis des années ? C'est une sorte de suicide inconscient. '

2. Nous regrettons de ne pouvoir citer tout l'article écrit par Ch. Robin en 1879, Sur les actions physiologiques des animaux attribuées à des végétaux bactériens (in Joum. de l'anal, el phys.,&&1); mais il est de notre devoir d'en rappeler quelques passages à l'attention des médecins : « 11 importe que, de leur coté, les physiologistes n'acceptent pas sans examen l'hypothèse des botanistes, qui affirment qu' « on ne sait rien chez les animaux supérieurs sur le mécanisme de la digestion de la cellulose, ni sur la région du tube digestif où elle s'opère et qui correspond aux Amylobacter. » (V. Tricgh.,in G. rend. Ac. se, LXXXVIU, 209.) Tous les observateurs qui ont étudié la digestion des aliments végétaux sur les vertébrés herbivores ont constaté que la région où ils perdent plus ou moins de leur cellulose est limitée entre le duodénum en haut et le cœcum en bas. Les physiologistes ont toujours attribué l'action, soit liquéfiante, soit dissolvante proprement dite, non pas aux cryptogames qui sont là en quantité accessoire, mais aux liquides spéciaux de sécrétion constante et naturelle; d'autant plus que, lorsqu'on arrête leur arrivée dans l'intestin, Vaclion dissolvante, la digestion en un mot, n'a plus lieu, bien que les bactéries restent et môme deviennent alors particulièrement abondantes. II faut donc se garder de croire qu'il soit démontré que dans

en vain que M. Pasteur a objecté que l'action de l'oxygène n'avait pas tué des germes de bacilles contenus dans le sang. S'ils avaient existé, ils auraient, dans le sang des lapins inoculés, don né naissance à des bactéries. Aujourd'hui, la solution de la question parait considérablement avancée par les connaissances nouvellement acquises sur les ptomaïnes et les lcucomaïnes. Les ptomaïnes (Selm) sont des alcaloïdes cadavériques vénéneux, qui se forment en grand nombre aux dépens des matières albuminoïdes. Les leueomaïnes (A. Gautier) sont des corps analogues qui se montrent dans les excrétions fournies par les animaux vivants et en santé. Ils existent entre autres dans les venins, La salive, etc. On peut donc admettre dès à présent que les microphyles sécrètent des substances analogues, etM. Koch, par exemple, a supposé que le vibrion cholérique agit par la sécrétion d'une plomaïne (ce qui a aussi été contesté). Mais comme on admet aussi que ce sont des cellules animales qui sécrètent ces produits infectants, ici, de même que pour les fermentations alcooliques produites par des cellules végétales ou animales quelconques, on en revient, au lieu d'une spécificité de ferments patbogènes sur laquelle on avait longuement insisté, à une action mystérieuse qui, comme précision scientifique, vaut la catalyse ancienne; sans compter que la médecine n'est pas rénovée, comme on s'en flattait, car on revient à la pathologie humorale qui n'est pas, que l'on sache, une nouveauté.

Nous avons encore quelques objections à faire au nom qu'on donne toujours denotre temps aux affections à « microbes », quand on les désigne sous le nom de parasitaires. Un ténia, un sarcopte, un pou, un Trichophyton vivent bien en parasites de l'homme, dans le sens ordinairement accordé à ce mot. Mais en quoi est parasite un Bacterium termo ou un Hacillus subtilis qui décompose nos excréments parce qu'il trouve en eux des produits de décomposition qui conviennent à son existence? On suppose

l'intestin « il y a un organisme qui dissout les grains d'amidon ; qu'un autre transforme et saponifie la matière grasse; qu'un autre encore attaque et rend solubles les matières albuminoïdes, » comme quelques auteurs l'admettent pour le cas des expériences portant sur les matières alimentaires étudiées hors de l'intestin. Si ces hypothèses venaient à être réellement démontrées, la digestion de la cellulose, etc., serait un acte physiologique parasitaire, comme le seraient, dit-on, les maladies... Ici le bien, ailleurs le mal le plus dangereux, produits tout deux par des plantes ne montrant pas toujours de l'une à l'autre des différences spécifiques. La digestion serait accomplie par autre chose que par l'appareil digestif. Devant l'identité d'aspect de la paroi cellulosique de< cellules examinées successivement dans l'aliment et dans l'excrément, il devient impossible de comprendre comment agiraient réellement les Amylobacler; cela est impossible du moins lorsqu'on lit que : « C'est ou contact direct de VAmylobacter avec la cellulose que se produit l'action dissolvante du premier corps sur le second, et non par une diastasc formée en excès par VAmylobacter et agissant en dehors de lui. » (Ju'cst-cc, en effet, que cette action de contact direct, si ce n'est un retour à l'hypothèse ancienne des actions calalijtiyucs qui renverse l'étude actuelle des fermentations; à moins que ce ne soit quelque fluide vital qui de VAmylobacter se porte à une certaine distance dans l'épaisseur de la paroi cellulosique, que le bactérien ne fait que toucher pour rendre solubles du tiers à la moitié des molécules de cette paroi? Si celte action chimique n'est pas due a cela, à l'un ou à l'autre, elle n'est évidemment rien. On sait que c'est matériellement, par une imbibition réelle des aliments solides, que se produit

donc qu'un bacille qui vit dans le pus agit sur ce liquide d'une autre façon qu'un bacille de la putréfaction agit sur une substance albumiuoïde qui se décompose. Loin de rien prendre à l'alcool, le Micrococcus de la fermentation acétique lui apporte de l'oxygène. Dira-t-on que son action est parasitaire, si d'autres Micrococcus, morphologiquement semblables, s'observent à chaque pas dans des affections qu'on qualifie de ce nom? Un microphyte qui vit en anaérobie dans certains liquides des animaux malades, n'est pas plus leur parasite que la levure de bière n'est parasite du sucre duquel, pendant la fermentation alcoolique, elle prend une partie pour se développer. Ch. Robin avait déjà dit « qu'il importe de rappeler que lorsqu'il s'agit des bactéries et des vibrions qu'on trouve dans l'enduit gingival, le sang, les sérosités, les mucus, avec ou sans infection, contagion, etc., leur mode d'action n'est pas autre que dans le cas de putréfaction, ni que dans celui où ils sont expérimentalement et industriellement employés comme ferments ». El plus loin : « Ce qu'on dit ici parasite est un ferment figuré, et parasite ne signifie rien sous la plume de ceux qui l'emploient, s'ils no spécifient en quoi l'action de ce parasite diffère de l'action des teignes, de la gale... Ce qu'on appelle microorganisme parasite est un cryptogame, ferment figuré botaniquement,zymique au point de vue de sa physiologie propre, et ne porte en lui rien de plus. 5> Les chimistes qui veulent rénover la médecine, et les médecins qui les imitent malheureusement sans examen préalable de leurs doctrines, feront donc bien d'effacer dans un très grand nombre de cas de leurs nomenclatures le terme d'affections parasitaires.

Ce n'est donc point toujours comme parasilicides que, dans les quelques traitements institués contre ces affections, doivent être considérés les remèdes proposés, mais plutôt comme antiseptiques, comme contre-poisons; et c'est encore là un point que nous nous permettons de recommau-

« l'action dissolvante », ou plutôt encore liquéfiante, des sucs gastrique, duodénal, biliaire, pancréatique et intestinal sur les aliments. Or, malgré la quantité de ces humeurs et ce que l'expérience prouve sur leur spécificité d'action et de décomposition, l'hypothèse du contact direct les met de côté, pour leur substituer, dans chaque cas, un solide ou, si l'on veut, une troupe d'autres cellules plus microscopiques, mais non moins solides individuellement que celles des aliments. Ces plus petites cellules sont chargées de digérer leurs homologues par contact, aussi bien hors de l'intestin que dans celui-ci. De plus, « au point de vue de la iligeslibilité par l'Amijlobactcr, il y a, dit-on, de grandes différences dans une mémo plante, suivant les tissus, dans un même tissu, suivant les plantes. » Enfin, toujours d'après la môme hypothèse, donnée comme prouvée, « l'Amylobacter digère d'abord la cellulose, mais ensuite il l'ait fermenter le principe soluble obtenu. La digestion et la fermentation proprement dite sont accomplies successivement par le môme organisme. » On voit que s'il en était ainsi sur les animaux, ce ne serait plus l'animal qui digérerait, mais un végétal cryptogamique qui le ferait pour lui... Uuc action dissolvante exercée par le contact d'un bactérien solide, sans imbibition possible, reste scientifiquement incompréhensible... 11 n'est pas nécessaire d'insister pour montrer dans quel degré de confusion anti-scientifique jette l'esprit cette importation de termes d'une branche de la biologie dans l'autre. » Avoc les idées que Ch. Robin combat, il semble qu'on digérerait aussi bien après la mort que pendant la vie et que la dyspepsie n'existerait pas ou serait due à une maladie, à une insuffisance <les « microbes » chargés de digérer pour nous.

der à toute l'attention des médecins. Il est logique, sans doute, si l'on admet que c'est un microphyte qui produit une maladie, de chercher à tuer ce microphyte, comme on tue le sarcopte pour mettre fin à la gale. Quelques-uns ont pensé à faire expulser le végétal par un autre qui se substituerait à lui; ce qui peut se comparer aux tentatives naïves imaginées pour substituer au Phylloxéra des vignes un autre animal qui se chargerait de le chasser à notre profit. On a donc proposé un traitement bactériel de la phtisie. On a dit qu'en administrant par inhalation des Ilacterium termo, ceux-ci faisaient disparaître le Bacille de la tuberculose (Cantani). On a aussi topiquement traité le lupus par le Bacterium termo. On esl à la recherche de médicaments qui tuent les Schizophyles sans nuire à l'homme, et des essais très nombreux se font chaque jour dans ce sens1. Mais on a surtout cherché à prévenir les maladies par l'inoculation des virus atténués, et M. Pasteur a donné dès 1880 une théorie générale de l'atténuation des virus. « Un virus, dit-il, alors même qu'il esl constitué par un microbe, peut, sans un changement très marqué dans sa morphologie générale, être atténué dans sa virulence, conserver celle-ci dans des cultures, produire des germes et, sous son nouvel état, communiquer une maladie passagère, capable de préserver de la maladie mortelle, propre à l'action de ce virus dans son état de nature. Cette précieuse modification peut se produire par une simple exposition du virus à l'oxygène de l'air. > Ailleurs on a employé la lumière, la chaleur qui peuventavoir une grande influence sur le microbe. Ailleurs encore on essaye d'atténuer les virus en les faisant passer successivement par plusieurs milieux vivants. C'est ce que M. Pasteur a fait, comme l'on sait, pour la rage, qu'on fait passer de moelle de lapin en moelle de lapin jusqu'à ce qu'on ait obtenu un virus rabique suffisamment atténué. L'élude de la rage, qui passionne le monde médical, ne rentre pas dans noire cadre, puisqu'on ne la considère pas actuellement comme une maladie à microbe. Mais n'est-il pas évident que si l'on traite de la même façon, au point de vue de l'atténuation, une affection microbienne et une affection sans microbes, on n'accorde par là même à ceux-ci qu'une influence bien secondaire dans la production des maladies contagieuses2?

Il va sans dire d'ailleurs que, avec les doctrines panspermiques dont nous avons déjà parlé plusieurs fois, on doit s'efforcer, comme d'ailleurs on l'a fait de tout temps, de purifier l'atmosphère qui est en contact avec l'économie animale, de tous les germes-ferments qu'elle peut contenir, qu'on doit essayer de les y détruire le plus possible, de modifier l'air, avant

1. Avec l'hypothèse qu'il n'y a pas autre chose que le microphyte dans la maladie, il est assez logique (le croire qu'un Schizophyto comme celui du choléra peut être tué par l'ingestion d'un médicament tel que le sublimé à faible dose, car ici le végétal peut être attaqué directement dans le tube digestif.

2. Il convient de mentionner les cas où, d'après plusieurs expérimentateurs (Prazraowski, de Bary, etc.), la violence d'une culture s'affaiblit spontanément, sans cause apparente.

21ti TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CUYl'TOOAMIQUE.

qu'il n'arrive à nos poumons et à nos aulrcs organes, par l'action des microbicides, des antiseptiques. C'est ce dernier point qui va nous occuper maintenant quelques instants.

Ce qui vient d'être dit nous amène en effet, à étudier sommairement au point de vue qui nous occupe, les milieux que de toute antiquité on a considérés comme les véhicules des contages. Nous voulons parler plus particulièrement de l'air et des eaux.

On a été convaincu de tout temps que l'air pouvait contenir en suspension des corpuscules très nombreux, sur lesquels on a écrit des volumes; mais nous nous bornons à reprendre cette question à l'époque où M. Pasteur essaya de combattre l'hélérogénie par l'élude des germes suspendus dans l'atmosphère. Citons textuellement ses paroles : «Il y a constamment, dit-il, dans l'air commun, un nombre variable de corpuscules dont la forme et la structure annoncent qu'ils sont organisés. Leurs dimensions s'élèvent depuis les plus petits diamètres jusqu'à 1 /100e et davantage de millimètre. Les uns sont parfaitement sphériques, les autres ovoïdes; leurs contours sont plus ou moins nettement accusés. Beaucoup sont tout à fait translucides, mais il y en a aussi d'opaques avec granulations à l'intérieur. Ceux qui sont translucides, à contours nets, ressemblent tellement aux spores des moisissures les plus communes, que le plus habile micrographe ne pourrait y voir de différence. » Nous n'insistons pas sur ce qu'il y a de peu précis, d'imparfait, dans les caractères qui précèdent. Les figures qui les accompagnent (fig. 280) montrent assez le peu de netteté des observations de M. Pasteur, qui ajoute, non sans logique : « Je crois.

Fie. 280. — Spores atmosphériques (Pasteur).

qu'il y aurait un grand intérêt à multiplier les éludes sur ce sujet et à comparer dans un même lieu avec les saisons, dans des lieux différents, à une même époque, les corpuscules organisés disséminés dans l'atmosphère. Il semble que les phénomènes de contagion morbide, surtout aux époques où sévissent les maladies épidémiques, gagneraient à des travaux poursuivis dans celle direction. » M. Miquel est l'auteur qui a le mieux, dans noire pays, répondu à ces desiderata. Dans sa remarquable thèse de 1883, le chef du service micrographique à l'Observatoire de Montsouris a laborieusement et consciencieusement rassemblé toutes ses observalions sur

CRYPTOGAMES CELLULAIIIES. 217

« les organismes vivants de l'atmosphère ». Il y montre des cadavres et des œufs d'infusoires, de l'amidon, des pollens, des spores de cryptogames; il donne les lois qui régissent l'apparition de ces mêmes spores, il étudie les corpuscules des poussières déposées spontanément à la surface des objets, il traite del'cxislence dans l'air des germes des bactéries'. Puis, il établit le chiffre des bactériens trouvés dans l'air de divers lieux, aux différentes époques, aux diverses températures, pendant la pluie et dans les temps secs, avec tel ou tel vent; il montre que l'humidité de l'atmosphère est

JOOODiamètre*

3 8333° 000% C\ oo oi

FiG. 281. — Micrococcus atmosphériques (Miqucl).

une des causes les plus puissantes de l'affaiblissement du chiffre des germes aériens; il apprécie l'influence de l'élévation des lieux et fait voir que plus ceux-ci sont élevés, plus le nombre des germes diminue. Tout cela est traité dans la perfection. Malheureusement, quand il arrive «à

1. Il combat la plupart des conclusions tirées de ses observations par M. Tyndall, dans son ouvrage les Microbes, conclusions qu'il qualifie d' « inacceptables, ayant pour point de départ des résultats entachés de causes d'erreur vulgaires, qu'il est regrettable de voir méconnaître par un expérimentateur si habile. » Quand M. Tyndall voit « une multitude innombrable de microbes dans l'air ambiant », M. Miqucl dit que cela « est contraire à la vérité ». 11 condamne aussi les « nuages bactéridiques » de M. Tyndall.

m TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQDE.

traiter des relations entre « les bactéries et les maladies épidémiques » nous ne voyons point de conséquence suffisamment positive à tirer de ses observations et deses courbes. Nous ne saisissons pas clairement quel parti la pathologie peut tirer de tant de travaux assidus, et surtout nous ne pouvons, au point de vue médical, nous associer aux conclusions de l'auteur que nous nous faisons un devoir de reproduire ici textuellement « L'air impur, a dit Pringle, est plus meurtrier que le glaive. Les

Fig. 282. — Bacillus atmosphériques (Miquel).

médecins le savent si bien qu'ils se hâtent de diriger loin des villes très peuplées les personnes faibles et débilitées par un séjour trop prolongé dans les vastes agglomérations urbaines; les hygiénistes ne l'ignorent pas non plus quand ils conseillent aux municipalités d'ouvrir, au prix des plus grands sacrifices, de larges voies, d'aérer les quartiers malsains et humides, d'assurer le parfait fonctionnement des égouts, de multiplier l'arrosage des rues dans les saisons où le vent peut soulever des nuages de poussière, etc. Les chirurgiens surtout peuvent apprécier l'influence néfaste qu'exerce sur le succès de leurs opérations l'air impur des salles

des malades et l'atmosphère môme d'une ville où, comme à Paris, l'opération césarienne a une issue presque toujours fatale. »

A cela nous répondons brièvement : Non, ce n'est pas l'air qui apportait aux opérées de la méthode césarienne des causes de mort à peu près certaine. C'était l'opérateur; c'étaient ses aides, ses instruments, ses pansements. Aujourd'hui qu'on pratique en plein Paris, sur l'abdomen largement ouvert, des opérations bien autrement graves et profondes, l'air arrive toujours au contact des parties lésées, et la mortalité est relativement moindre, parce que les contacts infectants sont en grande partie supprimés par l'asepsie, en même temps que par le drainage on empêche le séjour prolongé des liquides pernicieux dans le foyer de l'opération. Nous ne blâmons

^u^fJcpj

FlG. 283-285. — Bactéries atmosphériques (Miquel).

pas les grandes voies de communication bien aérées; mais l'atmosphère de ces grande voies est toujours en contact avec celle des cavités du sous-sol et avec celle des rues voisines encore étroites et mal assainies. Un médecin qui envoie à la campagne un opéré, une accouchée, un malade pour lequel il redoute la fièvre typhoïde ou toute affection contagieuse analogue, ne rend point grand service à tous ces geas-là s'il les y fait accompagner par une personne ou des objets contaminés; et il est presque assuré de faire

FlG. 280, 287. — Bactéries atmosphériques (Miquel).

contracter la fièvre typhoïde, par exemple, puisque c'est la maladie que nous avons citée, par la personne qu'il envoie aux champs, si cette personne trouve au village des eaux qui charrient ou des linges qui traînent avec eux le poison typhique jusqu'à des gens bien portants. Quant à l'isolement des opérés, des blessés et des accouchées, dont on parle tant comme les préservant des affections contagieuses, c'est probablement une mesure à peu près inutile, si dans ces salles des isolés pénètrent à chaque instant des personnes qui viennent d'autres salles ou d'autres maisons où régnent des contages, sans s'en être préalablement purifiées.

■ Au point de vue de la panspermie, la pratique est bien souvent en contradiction avec la théorie. Nous avons vu des liquides fermentescibles abandonnés au contact de l'air ne point cire ensemencés par celui-ci. Parfois c'est une condition physique qui fait défaut, comme la température par exemple. Ailleurs ce sont les microphytes qui, à ce qu'il paraît, font défaut, puisque le Micrococcus ureœ, qu'on croit venir de l'air, n'arrive pas toujours au contact de l'urine placée dans un récipient non clos et que celle-ci demeure alors très longtemps acide. Un tuberculeux n'introduit pas dans l'air par l'expiration les bacilles de la tuberculose qu'il a en lui. parce que son poumon est un filtre qui les relient (Grancher, Straus). M. Tyndall avait montré que l'air qui sort du corps humain est optiquement pur. Loin de souiller l'air par leur respiration, l'homme et les animaux tendent donc, en ce qui concerne les microbes, à le purifier. Il faut donc bien admettre que c'est par le contact direct, par leurs vêtements, par les poussières qu'ils mettent en mouvement, etc., que les hommes, agglomérés ou non, transmettent la maladie, mais non par la dissémination des microphyles ou des germes dans l'atmosphère. C'est exactement la conclusion à laquelle nous étions plus haut arrivé pour les septicémies. Les idées panspermisles de M. Pasteur devront donc encore, à cet égard, être profondément modifiées'.

Les diverses eaux naturelles sont plus riches d'ordinaire en microphytes que l'air. Les pluies balayent l'air des divers micro-organismes qu'il renferme. Cependant, au niveau des sources, on admet que l'eau, filtrée par la terre, est pure de microphytes (Pasteur). Plus lard, les cours d'eau reçoivent une foule de germes. M. Miquel estime que l'eau de pluie contenant 64,000 microbes par litre, celle de la Seine en renferme à Bercy 4,800,000 cl à Asnières 12,000,000; celle des égouts à Clichy 80,000,000. Le Bacille typhique se trouve dans l'eau. On trouvera certainement des microphyles dans les eaux qui donnent la dysenterie. Il faut donc se défier des filtres, même les plus prônés, qui laissent passer les micro-organismes; il est utile défaire bouillir l'eau qu'on boit en cas d'épidémie typhique ou dysentérique. Mais la boisson la plus sûre est en pareil cas l'eau distillée,

1. Ceci est également applicable aux Saccharomycen. Il est peu exact de dire que l'air en mouvement soit l'unique véhicule de ces végétaux, rares dans l'atmosphère. M. J. Duval dit avec raison que « les levures, par la dessiccation, ne prennent jamais la forme pulvérulente qui serait nécessaire à leur dissémination aérienne supposée ». M. Pasteur a cru so tirer de difficulté en supposant que si les levures ne sont pas dans l'atmosphère, celle-ci renferme leurs germes. Mais que veut dire ici le mot germes ? Pour la levure de bière, on pourrait supposer qu'il s'agit des spores. Où sont les spores des Micrococcus, des ferments lactique, acétique, ammoniacal, etc.9 11 n'y a là que des hypothèses. La panspermie peut être invoquée contre la doctrine hétérogénistc ; mais il est n une chose regrettable, c'est que la question des ferments organisés ait été subordonnée par M. Pasteur à celle des générations spontanées » (Guillaud). On se rappelle aussi, à ce sujet, les remarquables expériences do Sir J. Tyndall, dans lesquelles une chambre close, à paroi glycérinéc, a une atmosphère tellement dépouillée de poussières organisées que les substances putrescibles s'y conservent et qu'un rayon lumineux qui la traverse devient absolument invisible.

CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 2*1 qu'avec quelque habitude l'estomac supporte très bien, quoi qu'on en pense généralement.

Ou a attribué les lièvres intermittentes, la Malaria, à des eaux renfermant des Bacilles (fig. ^88) el d'autres Microphytes; mais rien n'est démontré de ces assertions '.

Nous avons à nous occuper maintenant de la question taxinomique. Nous avons vu qu'au début de ses études, M. Pasteur avait distingué des

Fie. 288. — Bactérie des fièvres intermittentes (Fol).

ferments animaux et des ferments végétaux. C'est principalement Ch. Robin qui a rectifié sa manière de voir à cet égard, et nous nous bornerons à citer ses paroles : « M. Pasteur, dit-il, considérant comme végétaux les organismes qui n'ont pas des mouvements propres, et comme animaux les organismes qui ont un mouvement en apparence volontaire (C. rend. Ac. se, L VI, 4/20), a en effet désigné comme ferments animaux, comme animalcules in fusoires du genre des vibrions, les ferments soit butyriques, soit tarlriques, soit de la putréfaction (Pasteur, Animalcules infusoires vivant sans gaz oxygène el déterminant des fermentations; ibid., LU, 344; LVI, 418, 1190, 1192). Or à l'aide des réactifs et en suivant leur évolution, il est facile de reconnaître que ces vibrions-ferments , comme les autres vibrions, ne sont que des Cryptogames de la classe des Champignons dans leurs états évolutifs de spores (germes des divers auteurs) et mycéliens, avec motilité, mais ne sont aucunement des animaux. Il résulte de là que, très vrai d'ailleurs, tout ce que dit M. Pasteur de ces êtres, s'applique non à des animaux, comme il l'expose, mais bien à des plantes; que, d'autre part, ce qu'il donne comme le premier exemple connu de ferments animaux n'est autre que celui d'un végétal-ferment à ajouter aux autres. C'est à des Cryptogames et non à des animaux que s'appliquent les passages de M. Pasteur dans lesquels il dit que le ferment

1. « Ces observations, dit M. Corail, sont môme sujettes à bien des critiques. ■ M. Lavcran, dans son Traité des fièvres palustres, a décrit « des microbes du paludisme », qui se trouvent dans le sang. Mais comme ce sont, d'après l'auteur, des animaux, nous ne nous en occuperons pas ici. Salisbury avait attribué la fièvre intermittente à des Palmella.

butyrique est un an imalcule infusoirequi, non seulement vit sans oxygène libre, mais que l'air tue (loc. cit., LU, 346) ; dans lesquels il dit quo les infusoires-ferménts ou animalcules-ferments n'ont pas besoin d'oxygène libre pour vivre, étant doués de ce deuxième genre de vie qui, s'effecluant en dehors du gaz oxygène, s'accompagne toujours du caractère fermentque la nutrition accompagnée de fermentation est la nutrition sans consommation d'oxygène libre; que là est certainement le secret du mystère de toutes les fermentations proprement dites. C'est encore à des plantes et non à des animaux que s'applique ce qu'il dit des animalcules infusoires, pouvant vivre sans oxygène libre et être ferments (loc. cit., LVI, 420, 1190). A ces divers titres il y a des êtres vivants anaérobies, du moins temporairement, comme il y en a d'aérobies; mais ce sont des plantes qui sont dans ce cas-là, et non pas des animaux anaérobies, pas plus qu'il n'y a des animalcules infusoires ferments ; ce qu'on dit animal dans ces conditions se trouvant être végétal, comme dans tous les autres cas de fermentations et de putréfactions. » Nous espérons donc qu'aujourd'hui M. Pasteur considère tous ces ferments comme étant de nature végétale. On continue cependant encore dans son école, et c'est, comme nous l'avons dit, une grave atteinte à la théorie de la spécificité des ferments, on continue à considérer même les cellules animales comme aptes à décomposer le sucre en alcool et en acide carbonique.

Les Schizophytes sont donc des plantes cryptogames, et la plupart des auteurs en font des Champignons, sous le nom de Schizomycètes. Si nous n'avons pas employé de préférence celle expression, c'est pour ne pas affirmer définitivement que ces végétaux sont des Champignons, attendu que certains ailleurs les regardent encore comme des Algues, et qu'il est bien difficile, par exemple, de ne pas voir quelles affinités intimes il y a entre un Beggiatoa qui est rapporté aux Schizomycètes et une Oscillaire que l'on range parmi les Algues; entre un Leuconostoc que quelquesuns rangent parmi les Schizomycètes, et un Nosloc que la plupart attribuent aux Algues, etc. En somme, les Schizophytes sont intermédiaires aux Algues et aux Champignons, et nous ne sommes guère avancés parla façon dont M. Sachs tranche la question en réunissant les Algues et les Champignons dans un seul groupe, les Thallophytes, dans lequel il établit deux séries parallèles : l'une comprenant les formes à chlorophylle (Cyanophycées [Oscillaircs, etc.], Palmellacées) ; l'autre les formes dépourvues de chlorophylle (Schizomycètes, Saccharomycètes)1. Nous savons aujourd'hui qu'il y a des Bactéries à matière colorante, et même à matière verte, comme celle qui s'observe dans la diarrhée verte des enfants. Il n'est pas dit néanmoins que celle matière verte soit de la

1. En parlant dos Champignons, de Bary dit : « Les types qui rentrent dans ce groupe sont, en réalité, tous sans chlorophylle Mais ce caractère n'est pas plus indispensable, pour marquer leur place dans la classification, que no l'est, chez un oiseau, la présence d'un appareil de vol pour faire reconnaître qu'il est un oiseau. »

chlorophylle. Mais celle des Oscillaires en est-elle donc? Et, d'après de Bary, « il existe, en petit nombre il est vrai, des Bactéries proprement dites qui possèdent de la chlorophylle et présentent toutes les propriétés qui accompagnent ordinairement une action chlorophyllienne. » 1

Les déterminations qui précèdent n'ont pas d'ailleurs une grande importance au point de vue médical. 11 n'en est pas tout à fait de même des déterminations génériques et spécifiques. Il y a eu un moment où chaque microphyte découvert par des observateurs peu expérimentés en histoire naturelle était considéré comme le type d'une nouvelle espèce, bien plus comme le type d'un nouveau genre. Aujourd'hui, nous pouvons dire en toute sincérité que nous ne savons pas ce que c'est qu'un genre de Schizophytes. Ceux qu'on avait crus les plus distincts, les plus nettement caractérisés, passent, dans des observations mieux suivies, de l'un à l'autre avec une facilité parfois surprenante. Aussi sommes-nous forcé, non seulement d'avertir ici que ce que nous pouvons considérer comme un genre bien établi n'en sera peut-être pas un demain, mais encore qu'il n'y a pas de limites absolues entre deux groupes que nous considérons provisoirement comme des genres2. Leur nombre est d'ailleurs très limité en ce qui concerne les applications à la médecine et à la physiologie. Pour le moment, nous n'avons guère à distinguer que les types suivants :

1" Micrococcus.

2° Bacterium.

3° Bacillus.

&" Leptothrix.

5° Beggiatoa.

6° Crenothrix.

7° Vibrio.

8° Spirochœte.

9° Saccharomyces.

Nous rattachons, provisoirement toujours, les Streptococcus et les Staphylococcus, les Gonococcus, les Tetragenus, les Merismopœdia et les Sarcina aux Micrococcus, et les Spirochœte aux Spirillum. Maintenant, comment séparons-nous les uns des autres nos cinq groupes? Par la forme extérieure :

1. Au sujet des affinités des Schizophytes avec les Champignons, de Bary, qui avait tant étudié ces derniers, dit : « On ne peut guère les rapprocher des Champignons définis de la manière que nous avons indiquée, et placés à leur rang ordinaire dans la classification naturelle. »

2. Il appartenait à notre époque de voir des personnes étrangères à toute notion d'histoire naturelle écrire qu'ici « la fonction physiologique est le plus solide élément de classification ». Cela vaut à peu près leur science étiologique des maladies, quand elles admettent qu'un germe peut rendre un organe malade ou le sauver par suite d'une « émotion qui y arrête ou y fasse affluer le sang ». Ces personnes croient-elles sérieusement qu'il y ait quelque chose de bien nouveau dans les théories qui réduisent la maladie, la digestion, etc., à Une fermentation?

Les Micrococeus sont puncliformes.

Les Bacterium sont ovoïdes-oblongs ou cour-tement cylindriques.

Les Bacillus sont longuement cylindriques, filiformes.

Les Leptothrix sont indéfiniment allongés, ténus, sans gaine distincte.

Los Beggiatoa sont cylindriques, longs, plus épais, et ils contiennent des cristaux do soufre.

Les Crenothrix sont pourvus d'une gaine, comme les Leptothrix et comme le groupe des Desmobactériacês en général. Mais cette gaine est épaisse, et la reproduction peut se faire par spores, tandis que ces dernières sont inconnues chez les Leptothrix, qui ont la gaine mince. El nous avons vu qu'on en fait parfois des Mucédinés.

Les Vibrio ont des filaments courts et ondulés, flexiblesou paraissant tels.

Les Spirochœte sont spiralés, allongés, à spirales flexibles cl pourvus d'un phycochrome.

Les Saccharomyces sont ici des êtres à part; ils se distinguent de tous les précédents en ce qu'ils ne sont pas ou du moins ne sont pas aussi nettement scissipares. Ils sont plutôt gemmiparcs (ce qui n'exclut pas toujours chez eux la scissiparité). Pour la plupart des auteurs ils appartiennent à une autre grande division que tous les précédents, celle des Levures, tandis que tous les précédents sont des Bactériens proprement dits ; et nous avons déjà vu qu'on les rallacbe aussi comme types dégradés aux Discomycétes, en les rapprochant ainsi des Ascomycèles.

Si maintenant nous passons en revue les types secondaires, nous bornant comme précédemment à ceux qui ont un intérêt médical, nous verrons que :

Les Streptococcus sont des Micrococeus à grains rapprochés en chapelets et sans phycochrome. Les Staphylococcus et les Gonococcus se rattachent au type précédent.

Les Tetragenus sont des Micrococeus groupés par quatre dans un même plan. Dans les Merismopœdia, le nombre des éléments peut être plus considérable. Les Sarcina sont des Merismopœdia à grains groupés dans plusieurs plans superposés; l'ensemble présentant trois dimensions: longeur, largeur et épaisseur.

Les Cladolhrix sont des Bacillus ou des Leptothrix en apparence ramifiés, en réalité accollés les uns aux autres de façon à former entre eux parleur rapprochement des angles généralements aigus. Nous avons aussi vu les Cladotkrix se résoudre en Micrococeus.

Les Spirillum sont des Vibrio moins courts, à spirales plus rigides.

Les Carpozyma sont des Saccharomyces à grains terminés aux deux extrémités par des pointes coniques.

Maintenant, les espèces appartenant à ce que nous considérons provisoirement comme des types génériques, peuvent être ou mobiles ou immobiles, être pourvues ou dépourvues de cils, et elles peuvent, oui ou non, être groupées en zooglées.

CRYPTOGAMES CELLULAlItKS.

Mais nous ne pouvons (cl ceci est important à remarquer) indiquer d'une façon absolue en quel point se sépare un Micrococcus d'un Jiacteriam, un liacterium d'un liacillus, un Bacillus d'un Vibrio, un Leptothrix d'un Hacillus, un ticijtftaloa d'un Leptothrix. un Vibrio d'un Spirocliwte. Il y a entre les uns et les autres des formes de transition, sans compter les états dits d'involution (p. 180), qui allèrent la forme normale des Schizopliyles ».

De même, c'est d'une façon provisoire que nous distinguons comme espèces les divers êtres que nous avons énumérés et sommairement étudiés de la page 138 à la page 197 de ce travail. La même 2 apparat! plusieurs fois sous des noms différents, suivant les milieux où elle a été observée3. C'est pour celle raison que nous ne pouvons accorder la moindre valeur scientifique à la division des microphytes en chromogènes, zymogènes et pathogènes *.. Nous nous sommes quelquefois servi de ces expressions, mais seulement à titre d'indications pratiques5.

On voit qu'il y a encore dans l'étude des Schizophytes un grand nombre de points obscurs, et que les auteurs de ces obscurités sont sou-

1. L'involution (Noegeli) est une sorte d'hypertrophie maladive, une régression, a-t-on dit, qui a été observée dans un certain nombre de types, le Vibrio cholericus, le Dacillus Anthracis et autres, des Cladothrix, des Micrococcus, etc. On a par là, peutêtre sans démonstration ' suffisante, expliqué bien des déformations dont plusieurs tiennent sans doute à des influences de milieu.

2. En 1874-, M. Billrolh n'a admis pour l'ensemble des formes pathogènes étudiées par lui qu'une seule espèce, le Coccobacteria seplica. M. Naegeli pense qu'une môme espèce prend, dans la suite des générations, des formes successives différentes, variables, dissemblables morphologiquement et physiologiquement.

3. C'est pour cela que cette notion, admise par de Bary, qu'il n'y a d'espèce assurée que celle qui a été suivie d'un bout à l'autre de son évolution, est tout à fait insuffisante, si le milieu dans lequel a vécu la plante n'a pas varié.

4. Pour nous borner à un exemple frappant, on ne peut nier que le Schizophyte du choléra soit pathogène. « Mais il est avant tout saprophyte, puisqu'il peut non seulement passer une partie de son existence à l'état de saprophyte, mais qu'il en a absolument besoin pour achever son évolution et produire des spores ». (De Bary.) Là où le Bacterium Anthracis est qualifié de pathogène, il n'est pas dans le milieu normal de son évolution; comme la levure de bière dans le liquide sucré, il se noie et lutte contre l'asphyxie. Nous ne distinguons pas non plus ici les Parasites facultatifs et nécessaires, comme le fait de Bary, cette classification reposant sur une notion erronée du parasitisme et sur des connaissances médicales insuffisantes.

5. Aux arguments invoqués contre la trop grande multiplication des types génériques et spécifiques, il faut joindre ceux qui ressortent des études de MM. Guignard et Charrin sur les variations morphologiques des Schizophytes. D'après eux, celui qu'on considère comme caractéristique de la l'yocyaninc, mobile et long de 1 y. sur une largeur de 0 |x 6, vivant dans un bouillon auquel on ajoute diverses substances organiques ou inorganiques, variera de forme avec ces diverses additions. L'acide phénique et la créosote donnent au Schizophyte la forme d'un Bacterium. Avec le thymol, le napthol, l'alcool, on obtient des Bacillus de longueurs diverses. Avec le bichromate de potasse, on observe des filaments longs et enchevêtrés ; avec l'acide borique, des Spirillum. On peut aussi obtenir dans presque toutes ces formes des corps intérieurs, sphériques, à paroi épaisse, à forme de Micrococcus, constituant une forme de conservation et de reproduction. Toutes ces formes, cultivées sur gélatine, agar-agar, etc., reproduisent avec la Pyocyaninc le Schizophyte normal, sans mélange. 11 est à remarquer que les milieux qui ont ici fait varier le Bacillus pijocijaneus sont principalement des antiseptiques.

22G TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CUYl'TOGAMIQUE.

venl ceux qui ont traité trop superficiellement et comme à l'aventure la question, sans s'élrc préoccupés de la méthode qui devrait présider à l'étude des sciences naturelles1.

Muguet.

On désigne à la fois sous ce nom une maladie caractérisée par la présence d'un végétal; et ce cryptogame lui-même, lequel, après avoir été longtemps considéré comme un Champignon de la trihu des Oïdiés de

Fig. 289. — Saccharomyces albicans.

Léveillé, est actuellement rapporté comme espèce au genre Saccharomyces, sous le nom de S. albicans Reess (fig. 289). En masse, il forme sur certaines muqueuses des plaques blanches, molles, pultacées, dont l'aspect rappelle celui de certaines fausses membranes. Elles sont cons-

1. La'division en Endosporés et en Arthrosporés est de toutes vraisemblablement la plus scientifique, et elle sera peut-être un jour définitivement adoptée. Mais pour le moment, on n'est pas toujours d'accord sur les spores des Schizopbytes, et il y en a un très grand nombre qui en sont peut-êtro pourvus, chez lesquels on ne les a pas encore aperçues, de même qu'on a parfois qualifié de « spores » certaines portions courtes des organes végétatifs.

tituées par la plante elle-même, c'est-à-dire par des filaments ténus, simples ou légèrement rameux, en forme de mycélium, partagés en pbytocystes placés bout à bout et de forme variable, la plupart cylindriques, larges de 3-5 p, très ordinairement de dix à vingt fois plus longs que larges, ou même davantage. Ces segments ont un pbytocysle distinct et un pbytoblasle opalin, renfermant des granulations de teinte sombre, souvent mobiles (larges d'environ 1 p.). Au niveau des points de jonction despbylocystes, il y a un léger étranglement, et c'est à ce niveau que naissent les ramifications, qui commencent par un seul pbytocysle gemmiforme. Celui-ci est souvent l'origine d'une sorte de pelote formée d'éléments arrondis et qui se séparent à une époque variable. Au sommet des ramifications se montrent aussi des pelotes analogues qu'on a décrites comme formées de « spores ». L'extrémité sporifère du filament est souvent dilatée. Son phytocyste terminal, spbérique ou ovoïde, séparé du précédent par un étranglement très marqué, alleint'jusqu'à 5-7 p de diamètre. Il peut être surmonté de quelques très petits phytocystes placés bout à bout, et ceux qui le précèdent sont fréquemment courts et en forme de grains de cbapelet. Quant aux spores, elles sont sphériques ou un peu plus longues que larges, à contours nets, assez réfringentes et de couleur ambrée. Leur contenu est finement granuleux, et on y voit souvent, en outre, un ou deux corpuscules larges d'environ 1/2 p. On leur a aussi donné le nom de cellules-filles. En plaçant ces dernières dans un liquide nutritif, elles deviennent à peu près toutes semblables, sphériques et larges~d'environ i p. On les cultive bien dans des milieux différents, notamment sur des tranches de légumes, de fruits acides et sur des sucs de fruits, et l'on obtient une multiplication des phytocystes qui peuvent ensuite s'inoculer sur les muqueuses et reproduire des plaques de Muguet. La plante vit donc également sur des animaux et des végétaux, et il conviendra de modifier beaucoup ce qu'on a dit de son « parasitisme ». Quand le microphyte se trouve sur une muqueuse baignée de liquide, celui-ci renferme beaucoup de spores détachées et flottantes. D'autres se fixent fortement aux cellules épithéliales et peuvent les recouvrir complètement. Elles germent à la surface de la membrane, et l'on en voit qui sont déjà allongées et formées de deux ou trois articles, quelquefois étroits et allongés. Quand on enlève la couche de cellules épithéliales qui porte les spores ou les plantes plus développées, avec le mucus visqueux dont elles sont baignées, on aperçoit, non le derme sous-jacenl de la muqueuse, mais une couche épithéliàle de nouvelle formation. Le siège du Muguet n'est donc pas sous-épilhélial. La muqueuse peut être phlogosée là où il se trouve, mais elle peut aussi paraître parfaitement saine; et si le Muguet se développe à sa surface, c'est parce qu'il trouve dans les liquides altérés qui la baignent un milieu favorable à son évolution. Ce milieu est d'une acidité à peu près constante, et lorsqu'on l'alcalinise, le développement du Muguet s'arrête d'ordinaire promptemcnl.

228 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CBYI'TOGAMIQUE.

Chez l'homme, le Muguet s'observe le plus souvent sur la muqueuse buccale, notamment chez les enfants athrepsiques, ebez les vieillards et les cacbecliques à l'extrémité. On a décrit un Muguet primitif du pharynx dans la fièvre typhoïde. Les diverses portions du tube digestif peuvent devenir le siège de la végétation. Elle se développe aussi sur la peau, notamment au niveau du mamelon et dans diverses régions affectées de phlébite, à la vulve cl dans le vagin, etc. Elle est contagieuse et inoculable aux animaux, surtout quand ils sont cachectiques, débilités. Le Muguet n'est pas une maladie; c'est un épiphénomene; et puisque aujourd'hui on l'attribue au genre Saccharomyces, son mode d'évolution jettera peut-être un certain jour sur la signification du développement dans l'économie animale de divers autres Schizophytes.

On avait jadis rapporté le Muguet au genre Oidium, sous le nom d'O. albicans Ch. Rob., et c'était aussi le Syringospora Robinii Quinq. Mais le genre Oidium, hétéronome, comme nous l'avons dit, n'a pu être conservé dans son intégrité, pas plus que la tribu des Oïdiés. Le plus connu des Oïdium, celui qui attaque la Vigne (0. Tuckeri), est un état imparfait d'une plante qui n'est pas connue. Il ne se reproduit que par conidies. On l'a cependant nommé, mais théoriquement, Erysiphe Tuckeri, lui-même rattaché, théoriquement aussi, à un Uncinula américain. Tulasne a dit que l'O. monilioides est la forme conidienne de Y Erysiphe graminis. L'O. leucoconium serait de même un étal imparfait du Sphmrotheca pannosa, el il y a beaucoup d'autres Oidium dont on connaît de même VErysiphe.

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