‹ Traité de l'amaurose ou De la goutte-sereine ouvrage [electronic resource]Chapitre 10 sur 35 · TRAITÉ DE LAM\UKOSE · texte numérisé non relu

TRAITÉ DE LAM\UKOSE

douleurs vives à l'œil, aux paupières, et même dans Ja région péri-orbitaire. Greilois, qui nie consulta en février 1849, éprouvait dans la branche ophthalmique de Willis, du côté droit, des élancements tellement violents, qui s'exaspéraient notamment vers la brune, que je crus à la présence ou à l'imminence d'une iritis commençante au globe droit , et que j'agis en conséquence. L'œil gauche ayant été envahi peu de temps après, je reconnus que je n'avais affaire qu'à une phlegmasie conjonctivale, compliquée de névralgie oculaire et circumorbi taire. Un purgatif salin , quelques pédiluves et des lotions astringentes en firent prompte justice.

Le collyre au sublimé et les pommades au précipité rouge nous ont fréquemment réussi dans la conjonctivite chronique. Un expédient que nous avons fait connaître (1), et qui entre nos mains a été couronné d'un succès inespéré , consiste dans un mélange de 6 parties de sous-acétate de plomb liquide et de 8 parties d'huile d'olive. Le malade, après l'avoir agité, en imbibe deux ou trois compresses ayant la dimension des voiles palpébraux , et qu'il applique au-devant de l'œil , le soir, au moment du coucher ; elles sont maintenues en place par un tampon de charpie et par une bande légère , et enlevées le matin. L'huile a-t-elle figé sous l'influence du froid, on lui rend sa consistance primitive en l'exposant à une douce chaleur, en plongeant, par exemple, la bouteille dans un bain-marie. Je n'ai jamais vu ce remède entraîner le moindre accident. Madame Lepetit, qui vint à mon dispensaire le 30 août 1850, était affligée, depuis quatre années, d'une double conjonctivite qui s'é-

(1) Abeille médicale, année 1850, p. 5. — Bulletin de thérapeutique, t. XXXVIII, p. 483.

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tait montrée rebelle à tout traitement; des vaisseaux nombreux , dont beaucoup étaient d'un fort volume , se propageaient sur les conjonctives cornéales. Les paupières étaient exemptes de granulations. C'était un cas d'excision ou de scarification des vascularités au pourtour du limbe kératique ; avant d'y procéder, je fis l'essai du collyre huileux saturnin. Quel fut mon étonnement, une semaine après , et quel fut celui des médecins qui assistaient à la consultation , quand nous constatâmes que la malade se trouvait sur les limites de la guérison ; les petits vaisseaux avaient disparu presque tous ; les plus gros avaient extraordinairement diminué de calibre ; le sentiment de gravier , l'agglutination des paupières avaient cessé ; la vue était plus assurée. Le même remède ne tarda pas à achever la cure.

L'état granuleux de la conjonctive palpébrale exige une attention particulière. Je n'emploie jamais ici le crayon de pierre infernale , très douloureux pour le patient et pouvant donner lieu à l'entropion et au symblépharon. J'use peu de celui de sulfate de cuivre , expédient infidèle , d'une action lente , et avec lequel les traitements sont interminables. Les granulations sontelles assez volumineuses pour offrir quelque prise aux ciseaux de Cooper, je les extirpe avec ces derniers; j'ébarbe , je nivelle la paroi muqueuse de la paupière ; le sang s'épanche avec abondance, et le malade est infiniment soulagé. Sont-elles petites, serrées, confluentes , je les scarifie avec la lancette , puis je cautérise immédiatement ou plus tard. Comme Quadri , comme Scott , je me sers d'une solution concentrée de nitrate d'argent, dont j'imbibe un pinceau que je promène sur les surfaces altérées: celles-ci blanchissent; le lavage à grande eau

*V TRAITÉ DR b'AMAUROSE.

entraîne les portions superflues du caustique, ce qui contribue à rendre l'opération à peu près exempte de douleur. Une dissolution de sel marin , appliquée après la cautérisation, tend au môme but. C'est aux paupières supérieures qu'il faut souvent employer ces expédients; on doit les retourner cà cet effet , ce que tant de médecins négligent de faire : les oculistes exercés savent que lepannus dépend, neuf fois sur dix, de l'état granuleux des voiles palpébraux. Nous pourrions citer des aveugles que nous avons rendus, par cette méthode, à la lumière. L'un d'eux, Marmet, habite aujourd'hui l'hospice de Bicêtre; ses sclérotiques offrent une teinte olivâtre, par suite du long emploi de la solution de nitrate d'argent. Chez Lefèvre, domicilié à Melun , que nous avons traité suivant le même mode, avec addition de collyres divers, de la pommade de Guthrie et du collodion, comme agent d'occlusion des paupières (1) , la cécité , à laquelle ce malheureux était condamné depuis longtemps, s'est également évanouie, sauf à l'œil droit, leucomateux par suite de variole. Il a quitté Paris, se conduisant sans guide et lisant les grosses lettres des affiches.

Maintes fois j'ai vu la kopiopie dépendre de la présence de corps étrangers dans l'œil. Ces particules sont souvent des demi-coques de millet, qui se sont implantées, par leur face concave, sur la conjonctive oculaire, pendant, en général, que le malade soufflait dans une cage d'oiseau pour la nettoyer. Ordinairement un paquet de vaisseaux variqueux y afflue, de telle sorte qu'on croirait à l'injection lymphatique des auteurs allemands; diagnostiquant là une phlyetène ou une pustule , bien des

(1) Ch. Deval, Du collodion dans le traitement de quelques maladies oculaires {Union médicale, n°* des 4 et 6 avril 1850).

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médecins ont proposé la cautérisation de la tumeur. Chez madame Lambert, l'une de nos malades, la demicoque de millet, adhérente depuis six semaines, côtoyait le limbe kératique. Je l'ai observée existant depuis plusieurs mois : chez une femme citée par le professeur Velpeau, plus d'une année et demie s'était écoulée depuis l'introduction d'un corps de ce genre, que la simple pression atmosphérique, dit ce chirurgien, semblait maintenir en place. J'ai vu la présence d'un corps étranger dans la cornée donner lieu à une douleur plus ou moins vive dans la paupière supérieure correspondante, d'où il suit que les malades s'imaginent que l'obstacle est fixé sous ce voile, et que des praticiens, partageant cette erreur, l'y ont vainement cherché. Tel était le cas de Bessart, cultivateur de la commune de S tains , chez lequel des tentatives multipliées avaient été faites pour l'extraction d'un corps étranger qu'on croyait situé sous la paupière supérieure droite ; je le retirai de la substance de la cornée à l'aide d'une aiguille tà cataracte : c'était un petit fragment de fer qui y était logé depuis quatre mois , et qui, chose remarquable, n'était môme pas entouré d'une auréole nuageuse.

La blépharite ciliaire est une cause fréquente de lassitude oculaire. On sait que les pommades au précipité rouge réussissent souvent à ramener les bords palpébraux à leur attitude physiologique ; il faut se souvenir qu'on est exposé à échouer dans leur emploi, quand, au préalable, on n'a pas fait tomber les croûtes à l'aide de cataplasmes émollients. Le remède, sans cette précaution, agit sur le produit morbide , et non sur le sol dégénéré, dont les ulcérations fournissent une matière ichoreuse qui se concrète à leur surface sous forme de plaques

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