‹ Traité de l'amaurose ou De la goutte-sereine ouvrage [electronic resource]Chapitre 25 sur 35 · VARIÉTÉS ÉT10L0G1QUES · texte numérisé non relu

VARIÉTÉS ÉT10L0G1QUES

leur retour, et persévérer dans les remèdes avec modération et mies suspendant de temps à autre. Dupuytren, qui traitait tous ses syphilitiques par les pilules de sublimé, d'extrait d'opium et d'extrait de gaïac, et par la tisane de salsepareille, de gaïac et de squine, insistait à sa clinique de l'Hôtel-Dieu sur ces considérations : que les maux vénériens , supposés guéris à cause de la disparition des accidents qu'ils engendraient, n'étaient presque toujours que palliés ; qu'il fallait, dans le traitement des affections syphilitiques constitutionnelles, continuer l'emploi des moyens curatifs, après la cessation de tous les symptômes , pendant un temps égal à celui qui avait été nécessaire pour dissiper ces symptômes ; il y a lieu de supposer, seulement alors , disait-il , que le venin morbide a été éliminé de l'économie, et ne viendra plus, au moment où l'on s'y attend le moins, occasionner une récidive.

Observation 94. ■ — ■ Olin, charron, avait reçu les avis de plusieurs médecins avant de venir à ma consultation le 18 avril 1850. Un honorable professeur de notre faculté avait prescrit la belladone ; un oculiste avait ordonné les pilules d'opium, dans l'idée que l'amaurose dépendait ici de l'abus des boissons alcooliques; un autre appliqua nombre de fois des ventouses à la nuque et derrière les oreilles ; des mélanges excitants, en frictions sur le front et les tempes, avaient été conseillés par deux confrères. Bref, depuis dix-huit mois, Olin suivait les consultations des hôpitaux et des dispensaires, sans trouver nulle part de soulagement, ni l'espoir d'une guérison future.

J'ai sous les yeux un certificat qui lui fut délivré , le 27 mars 1850 , par le docteur Aladane-Delalibarde. Il

220 TUAIT K DE L AMAUHOSE.

porte que cet homme est affligé d'une amaurose complète à droite, et avancée à gauche.

C'est à la source mentionnée dans les observations qui précèdent que j'attribuai encore le mal pour lequel on demandait mes conseils. L'infection remontait a trois années; un traitement incomplet avait été suivi à cette époque. Je prescrivis les hydrargyriques et l'iodure de potassium. Le 15 juillet suivant, je présentai Olin à plusieurs confrères présents à la consultation ; non seulement il se conduisait sans guide et avait repris son travail , suspendu depuis plus d'une année ; mais il lisait , même de l'œil droit, des caractères d'imprimerie de dimensions assez petites. Les douleurs nocturnes s'étaient presque tout à fait évanouies. Je conseillai le sirop de salsepareille , associé à l'iodure de potassium et au biiodure de mercure.

J'avais perdu cet homme de vue, quand il revint a mon dispensaire le 25 novembre 1850. Une rechute avait eu lieu , par suite de la suspension de tout traitement, motivée par l'état de pauvreté du malade. L'œil gauche put distinguer encore l'heure à une pendule , bien que la vision y eût un peu perdu de sa netteté ; cette fonction était anéantie à droite. Olin annonça, le 3 janvier 1851, qu'il s'était de nouveau soumis, depuis trois semaines , à la médication antisyphilitique que j'avais prescrite, et qu'il commençait à en ressentir les heureux effets.

Nous constatâmes avec satisfaction , le 14 mars suivant, qu'Ôlin avait regagné tout le terrain qu'il avail perdu. 11 reconnut avec facilité, de L'œil droit, des objets minutieux. Nous l'exhortâmes à continuer la médication générale.

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Il faut M*fca E^te & effondre l'amaurose vénérienne avec des désordres de môme origine, ayant pour siège principal l'iris etla cristalloïde correspondante. L erne serait pas possible si l'iritis syphilitique, qui fait partie des accidents secondaires de la vérole, offrait toujours avec franchise le cortège pathognomonique que les auteurs indiquent : altération de la coloration indienne qui peut contracter une teinte cuivrée; irrégularité, trouble de la pupille; douleurs circumorbitaires violentes, et revenant principalement le soir, etc. Il est une autre forme sur laquelle nous avons insisté ailleurs (1) , et que nous avons vu bien des praticiens méconnaître ; se rattachant à l'iritis ou à l'irido-périphakite, dont elle est un premier degré , qui peut se perpétuer longtemps, elle offre une marche insidieuse et lente. Bien que le diaphragme oculaire soit pourvude sa couleur physiologique, et la prunelle de son éclat naturel, en apparence au moins ; bien qu'il y ait absence ansolue ou presque absolue de souffrances , un cercle bleu en dehors 'de la circonférence de la cornée, du resserrement dans la pupille, une faible bride, qui manque parfois encore à la marge pupillaire , du brouillard dans la vue , un peu de photophobie , la résistance du mal aux agents non spécifiques invoqués pour le combattre , suffisent , avec quelques données commémoratives, pour fixer le siège et l'essence de la lésion. Ayez surtout égard à l'anneau ardoisé signalé par les Allemands sous le nom, défectueux d'après nous,

(1) Ch. Deval, Noie sur les affections vénériennes de Vœil et sur une forme insidieuse de Vophthalmie syphilitique {Gazelle médicale, année 1848, p. 2). Ce travail a été analysé ou partiellement reproduit dans les Annales tfoculislique, YUnion et T Abeille médicale, et dans plusieurs autres journaux.

~2~ TRAITÉ 5e l'aMAUIIOSE.

de cercle arthritique. Déffbtafil un mouvernèril t?orfg tiouti©] aux vaisseaux cïliairës; une turgescence «les ramifications vasculaires qui abondent a la périphérie de l'iris el de l'appareil lenticulaire , il montre une iritis existant déjà à un faible degré, ou qui est prés d'éclater avec ses caractères pathognomoniques. Cotfimenf l'iris, comment la capsule antérieure pourraient-ils être frappés de phlogose , sans que les éléments, si éminemment vasculaires, qui les limitent, se congestionnent, devenant visibles alors à travers le tissu sclérotical distendu, de môme que la couleur bleue de la choroïde se laisse apercevoir à travers l'enveloppe fibreuse, peu dense encore chez les jeunes sujets, ou bien, chez les adultes, dans la choroïdite.

ARTICLE XIV

Amaùrose veriniiieuse.

Si la présence des vers dans le canal intestinal détermine, le plus habituellement, la mydriase, elle est susceptible aussi d'engendrer une amaurose,le plus souvent incomplète, mais parfois complète.

Le docteur Pétrequin (1) rapporte que le professeur Lorresini (de Padoue) conserve dans un bocal plus de soixante lombrics dont l'élimination amena la guérison instantanée d'une fille amaurotique , âgée de quatorze ans.

Vandermonde parle d'un enfant, d'une huitaine d'années, qui, ayant perdu la vue et la parole, rendit, à la faveur d'un émétique, et par le vomissement, un ver 1 o n ^

(1) PÉTREQUIN, lOC. Cit. , p. 13.

\ utlKTKS ÉTIGLOGFQUES. 2** d'un demi-pied. Les purgatifs et les anthelmintliiques ne lardèrent pas à amener Ut) rétablissement radical.

«.l'ai vu plusieurs l'ois la goutte-sereine produite [•aides vers, dit Marc-Antoine Petit (1), et céder à l'action des vermifuges. »

C'est principalement chez les jeunes sujets atteints d'amaurose non congénitale qu'il faudra se tenir en garde contre cette cause possible du trouble de la faculté visuelle, trouble qui a quelquefois ici une invasion brusque. Il y aura lieu de la soupçonner, si le malade a le teint jaunâtre, la figure bouffie; s'il éprouve, de temps à autre, du claquement dans les dents; s'il a plus de salive que d'habitude, et si l'on trouve, le matin, sur son oreiller, ce fluide quelquefois écumeux; si le ventre est gonflé et l'haleine fétide; s'il y a du prurit au nez, à la gorge, au fondement; si le sommeil est inquiet et, interrompu par des rêvasseries; si surtout le sujet a déjà rendu des vers. Le docteur Charles de Hubsch , que j'ai trouvé fort habile à diagnostiquer les affections vermineuses , après les avoir observées à Naples en grand nombre, a insisté sur l'état delà langue chez les malades atteints d'helminthiasis (2). Elle offre communément un enduit blanchâtre, parsemé de points rouges. Les uns ont la grosseur d'une tête d'épingle, les autres sont plus petits; il en est qui sont réunis en groupe, de manière à former des plaques rouges| qui se dessinent sur un fond blanc. Plus confluents vers les bords et l'extrémité delà langue, ils sont constitués par l'érection de ses papilles sous l'influence de l'irritation dont elles deviennent le siège.

(1) M. -A. Petit, Observations cliniques. Lyon, 1815.

(2) Abeille médicale et Bulletin de thérapeutique, année 1847.

~tl TRAITÉ DE L'AtyAlîROSE.

Olm-rratio,, 95. — A Hépoque où le «IocI.mii' Hubseh était mon aide, j'eus l'occasion de rencontrer ave< lui, à mon dispensaire, les symptômes qui viennent d'être notés, chez Élisa, âgée de dix ans : c'était le 19 février 1847. Elle était en proie à des douleurs fréquentes a» creux de l'estomac et dans la région ombilicale ; ses digestions étaient pénibles , ses pupilles assez dilatées ; sa vue était confuse dans des instants, et assez bonne dans d'autres, pour lui permettre de distinguer des objets minutieux; ses yeux étaient sensibles à l'éclat du jour. D'après l'ensemble de ces phénomènes , et après nous être assuré que la maladie n'était point une simple mydriase , nous songeâmes à une amblyopie vermineuse , bien que la jeune fille n'eût jamais rendu de vers. Nous ordonnâmes, soir et matin, un paquet composé de calomel, de poudre dé racine de jalap et de semen-contra, et des frictions, tous les soirs, sur le ventre, avec de l'huile camphrée.

Le 22 du même mois, on annonça que les selles avaient été fréquentes et copieuses, mais ne contenaient point de vers.

Plusieurs lombrics furent expulsés du 23 au 26 février. Je fis cesser les poudres, qui paraissaient fatiguer l'enfant, et je leur substituai la décoction de mousse de Corse. Je continuai l'huile camphrée.

Du 26 février au 2 mars , nouvelle expulsion de vers (ascarides lombricoïdeset vermiculaires). Décoction d'ail dans du lait ; frictions au fondement avec de l'onguent napolitain.

Les poudres précédemment prescrites, la mousse de Corse, les anthehninthiques, en un mot, furent ordonnes jusqu'au 3 mai, jour de la dernière consul la lion. A la

YAlîIKTKS tëTJGLQGIQUESi '4^»\

fin d'avril, l'enfant ne rendait plus de. vers , et toute trace d'amb.lyopie avait disparu. Je conseillai quelques

boissons ainères.

L'observation démontre que, chez les adultes aussi, l'amaurose peut avoir cette môme origine. Tel était le cas d'un ouvrier, âgé de vingt-quatre ans, qui souffrait aux deux yeux d'une amblyopie accompagnée de diplopie. Une solution de tartre stibié, à prendre par cuillerées à calé, ayant été prescrite par le docteur Florent Cunier (1) , le malade, qui n'avait, pas souvenance d'avoir jamais rencontré de vers dans ses selles, eut de fortes évacuations alvines, et rendit une vingtaine de lombrics. La continuation du remède eut, pendant plusieurs jours, un résultat identique, et laguérison ne tarda pas à s'établir.

Un villageois était aveugle, avait les pupilles dilatées, et éprouvait, par intervalles , des symptômes de fureur tels, qu'on croyait qu'il avait été mordu par un chien enragé; c'était même l'opinion du chirurgien en chef de l'Hôtel-Dieu de Clermont-Ferrand , où cet homme fut conduit. On l'enferma dans une chambre basse destinée aux malades de cette espèce ; ce malheureux, qui refusa constamment de prendre les aliments et les boissons qui lui étaient présentés, ne tarda pas à succomber. On trouva, dans le canal intestinal, de lf>0 à 180 vers, de la longueur de 5 à 11 pouces , les uns vivants , les autres .morts. Il fut facile de reconnaître, mais un peu tard, ajoute Delarue (2), qui relate ce fait, que les symptômes nerveux que cet homme avait offerts, ainsi que l'amau-

(1) Annales d'oculislique, t. IV.

Du un i.. Cours complet des maladies des yeux. Paris, 1820.

226 TRAITÉ DE l 'àMAUKOSE.

rose, n'étaient pas le résultat d'une cause rabicpie, mais provenaient de la seule présence des vers dans le canal intestinal.

Observation 96. — Madame Bonneville nie fut adressée, le 28 septembre 1846, par le docteur Fournier-Duportail. A une amblyopie très prononcée se joignaient, chez elle, des atteintes de névralgie sus-orbilaire ; la face était terreuse et bouffie; un demi-cercle, d'une teinte bleuâtre, régnait vers la racine des paupières inférieures ; des lipothymies surgissaient de temps à au tre ; le sommeil était souvent troublé par des rêves sinistres, qui réveillaient la malade et la jetaient dans une grande anxiété. Comme elle éprouvait des nausées fréquentes, quelquefois même des vomissements, je crus devoir faire entrer dans la médication, et comme agent purgatif , une mixture composée d'eau-de-vie allemande , de vin de colchique , de sirop de fleurs de pêcher et d'alcoolat d'anis ; madame Bonneville dut en prendre deux ou trois cuillerées abouche tous les trois jours.

Quels furent son étonnement et le mien , quand elle m'apporta, au bout de peu -de jours, plus d'un mètre et demi d'un taenia qu'elle avait rendu par les selles , et dont personne n'avait soupçonné l'existence ! Les indications , dès ce moment, devinrent précises , et j'appris que le médecin ordinaire de la malade s'y conforma, sans que j'en eusse connu les résultats.

La goutte-sereine , déterminée par le séjour des vers dans le tube digestif, a été rangée dans la catégorie des amauroses ganglionnaires ou du grand sympathique : c'est, en effet, l'irritation du système nerveux abdominal, sous l'influence de la titillation continuelle occasionnée par ces parasites, qui en constitue le point de départ.

YARIKTKS ÊîiOL'OGlQtîÊS.

ïl me paraît hors de doute, toutefois, que le trouble des fonctions visuelles s'établit, surtout par la souffrance du cerveau , qui vient participer aux désordres abdominaux , d'où des effets pathologiques divers : la céphalalgie, le trismus, le strabisme, des accès épileptiformes, des accidents parfois qui peuvent devenir mortels. Mais comment se fait-il que la même cause n'entraîne pas toujours les mêmes conséquences, et que l'amaurose apparaisse si rarement, dans cette circonstance, tandis qu'il est si commun , notamment chez les enfants , de rencontrer des quantités énormes de vers qui suscitent à peine quelque dérangement à la santé? Comme pour bien des choses en médecine, l'interprétation de ce phénomène se perd dans les secrets de la vie ; force est d'invoquer, pour l'explication de cette variabilité d'effets, l'irritabilité variable des individus. Il paraît probable, d'après le docteur Duval (d'Argentan) , que , pour donner lieu à la forme amaurotique qui nous occupe , les vers doivent être agglomérés sur un point particulier, et non encore déterminé, du tube digestif, de telle sorte, continue-t-il, que, se trouvant, par exemple, dans la région inférieure des intestins, ils ne produiraient aucune réaction vers les yeux et le cerveau, tandis que, fortuitement placés dans la partie supérieure, ils entraîneraient l'amaurose. Nous ajouterons que, dans la pensée des docteurs Roche et Sanson , les convulsions et les autres désordres sérieux, que ces entozoaires sont susceptibles d'engendrer, ne surgissent que quand ils ont fait irruption dans la cavité de l'estomac.

TRAITÉ m L'aWAUROSE.

ARTICLE XV

Aninurosc suite de la grossesse.

Madame T..., actrice française, habitai! , il y a quelques années, Constantinople, pour l' exercice de son art, quand, au cinquième mois de sa grossesse, elle fut frappée de cécité. Tous les moyens mis en œuvre se montrèrent stériles. On la croyait aveugle à jamais, lorsque, par la parturition , la maladie se dissipa comme par enchantement.

Des faits de ce genre ne sont pas rares : il en est même question dans des auteurs anciens, Sennert, Lazare- Rivière , Morgagni. Des femmes sont devenues aveugles à chacune de leurs grossesses , bien que , dans quelques cas , plusieurs années se fussent écoulées depuis leur dernier accouchement. L'épouse d'un pharmacien , dont le docteur Santesson a relaté l'histoire dans le Journal d'Edimbourg , fut , dans l'espace de dix ans , affligée de goutte-sereine complète, aux deux yeux, pendant huit grossesses consécutives. Dans les premières , la vue se reconstituait une semaine après l'accouchement ; un mois se passa , lors des dernières , avant le retour des perceptions visuelles. Boyer rapporte qu'une femme était prise, pendant sa grossesse, d'une hémiopie qui durait peu de temps , pour revenir ensuite. Une autre , dont parle Portai , devint amaurotique à sa première grossesse, sourde à la seconde, presque muette à la troisième.

C'est dans le cadre des amauroses ganglionnaires ou abdominales qu'on a encore placé cette forme morbide, qui ne consiste, d'ailleurs, dans bien des circonstances,

\ VIÎIKTKS ÉTIOLOGIQUES.

que dans un simple trouble de la vision, avec ou sans myodésopsie , diplôpie , etc. : il faut l'attribuer , a-t-on dit, à une correspondance sympathique entre l'utérus et [es nerfs de l'organe visuel. Morgagni, qui invoque la turgescence des artères et des veines de l'intérieur et de l'extérieur du nerf optique , me paraît se rapprocher davantage de la vérité , au moins dans la plupart des cas. Je crois que le plus grand nombre des amblyopies ou des amauroses de ce genre sont cérébrales, affectant tantôt un type franchement congestif , tantôt manifestant une allure sourde , asthénique , circonstance dans laquelle il y a lieu de supposer que des épanchements existent dans la cavité crânienne. Quant aux influences auxquelles il faut attribuer ces effets , on les cherchera dans une conformation dont il ne nous est pas donné de sonder le mystère , dans une idiosyncrasie particulière , à laquelle viennent s'ajouter la cessation des menstrues, l'obstacle qu'apporte au cours du sang la compression des viscères abdominaux , d'où la gène de la circulation encéphalique. Les vomissements répétés et incessants , qu'est susceptible de causer la gestation, et qu'on a vus se prolonger pendant toute sa durée , doivent encore entrer en ligne de compte.

L'opinion d'un auteur, d'un grand poids en pareille matière, cadre avec celle que nous venons d'émettre.

«Les névroses opbthalmiques, dit Capuron (1), ne » s'observent pas chez toutes les femmes, ni cà la même » époque de la grossesse. Elles se manifestent quelque- » fois immédiatement après la conception, ce qui indique » alors qu'elles tiennent plutôt à quelque anomalie de la

I) Càpuron, Traité des maladies des fenimés. Paris, 1817.

2,iU TRAITÉ DE I iMAUROSK.

» sensibilité qu'à toute autre cause. Mais, Le plus sou- » V@nt, lesl'cmmes ne se plaignent (Ta\ oir la vue affectée » qu'à une époque plus ou moins avancée de l;i gros- » sesse; c'est ordinairement lorsque le gang reflue vers » la tête, parce qu'il circule avec peine dans les vais- » seaux de l'abdomen. Cette dernière cause doit avoir » lieu principalement chez les femmes sanguines, qui se » livrent aux excès de la table, qui prennent des bains » trop chauds, qui serrent beaucoup leurs vêtements, » qui ne modèrent pas leurs passions. »

Après avoir avancé que la détérioration visuelle, engendrée par l'état pléthorique du cerveau et de la rétine, peut arriver à un degré tel que la femme se croie dans les ténèbres, bien qu'elle n'oflre aucun vice appréciable dans les organes de la vue , Capuron ajoute que ces lésions de l'innervation sont plus ou moins dangereuses, selon l'époque de la grossesse à laquelle elles se montrent. Celles qui s'annoncent immédiatement après la conception sont rarement permanentes, d'après le même auteur; elles disparaissent communément vers le quatrième ou le cinquième mois.

Les exemples de surdité, apparue sous cette môme influence, semblent moins communs; le docteur Sandras (1) en possède plusieurs de paralysie des membres supérieurs ou inférieurs, et même d'hémiplégie.

Il est permis d'établir en thèse générale que les femmes, qui doivent leur cécité à la cause dont il est question dans cet article, recouvrent la vue après la délivrance. Celte proposition ne saurait être absolue. Madame Lebronec, qui me consulta en 1847, était devenue aveugle.

(i) Union w'dioale, année ISbO.

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un mois avant ses couches : « Je ne pouvais, me dit- » elle, reconnaître qu'à la voix les personnes qui m'en- » touraient. » Or, deux mois après la parturilion, cette femme se conduisait, mais sa vue était faible et traversée par des étincelles, des mouches, et de la diplopie de temps à autre. Dans quelques cas, des désordres incurables se sont enracinés dans les tissus qui président a l'acte de la vision. Les annales de la science fournissent l'exemple d'une Juive devenue aveugle dans trois grossesses consécutives : aux deux premières, la vue se rétablit; après la troisième, la cécité persista.

ARTICLE XVL

Amaurose éclamptlquc

Un grand nombre d'opinions se sont produites pour l'interprétation des accès épileptif ormes susceptibles d'atteindre les femmes en couches. Les rapports symptomatologiques existant entre l'épilepsie et l'éclampsie puerpérale, l'analogie des lésions anatomiques qu'on a supposées être le point de départ des attaques dans les deux maladies, ont porté quelques accoucheurs à penser que l'épilepsie constituait une prédisposition à l'éclampsie, tandis que d'autres ont soutenu que la grossesse était, au contraire, plus propre à enrayer qu'à seconder la prédisposition aux diverses formes, d'affections convulsives. On a encore invoqué une congestion encéphalique, un désordre du cerveau développé sous l'empire de la condition puerpérale, une souffrance du grand sympathique et des plexus nerveux en corrélation avec lui , la sensibilité, l'irritabilité propres aux femmes en couches, susceptibilité augmentant par les efforts auxquels elles

161 UtiUBÉ DE L'AMA,UMÔ6E.

se livrent pour l'expulsion du fœtus, une distension violente du col et du corps de la matrice, et la déchirure de cet organe, une trop grande rigidité du col utérin qui vient contrarier le travail, etc. Le docteur Pingault (de Poitiers) rejette cette dernière cause d'éclampsie, après avoir assisté à des accouchements que cette circonstance avait rendus très longs et très pénibles, sans que des attaques se fussent manifestées (1). Cet observateur n'admet pas non plus que le tempérament nerveux dispose plus particulièrement aux spasmes éclamp tiques, avant vu des femmes délicates et nerveuses accoucher, sans avoir jamais été en proie à de tels accès, tandis que ce triste privilège lui a paru notamment réservé aux femmes robustes, bien constituées, sanguines , et qui n'avaient point été affaiblies par aucune maladie antérieure. Il l'a rencontré chez celles dont les membres inférieurs avaient été infiltrés, circonstance qui dépend , le plus habituellement, d'une gêne dans la circulation, gène capable d'occasionner un état pléthorique du cerveau. La primarité lui a semblé une cause prédisposante. On a aussi avancé qu'il existait constamment de l'albumine dans les urines des femmes éclamptiques. Cette coïncidence paraît avoir été constatée par le docteur Cazeaux sur 19 femmes atteintes d'éclampsie, qu'il eut occasion d'observer clans une période de cinq années, d'où l'on a inféré qu'il devait y avoir une certaine dépendance, un certain rapport de causalité entre l'albuminurie et l'éclampsie. «Lors donc, a-t-on dit (2), qu'une femme en- » ceinte présentera une infiltration considérable, on exa-

(1) Bulletin de la Société de piédecincde Poitiers, année 18S0, n" 16,

(2) Union médicale, année 1850, p. 422.

VARIÉTÉS BT10L0G1QUES. £ào

» minera ses urines, et si elles olïrenL de l'albumine, il » faudra prévoir la possibilité d'accidents convulsifs, et » se préparer cà les combattre dès leur apparition. Tout » fait même supposer que l'on pourrait les prévenir, en » pratiquant une ou plusieurs saignées aux femmes inlil- » trées dans les divers mois de la grossesse, surtout dès » que les phénomènes précurseurs de l'éclampsie com- » mencent à se manifester. » Quoi qu'il en soit de la cause prochaine de cette maladie, cause encore enveloppée d'épaisses ténèbres, qui ne sait qu'il arrive souvent, dans ces attaques, que les mâchoires sont vivement rapprochées l'une de l'autre, que les dents font entendre des grincements, que les lèvres se couvrent d'écume ou laissent passer une salive abondante, que la respiration devient irrégulière et bruyante, que les matières fécales s'échappent quelquefois involontairement, phénomènes auxquels succède une roideur générale plus ou moins forte.

L'observation clinique démontre que le jeu des organes des sens est gravement compromis dans ces orages de l'innervation, et que ces organes ne rentrent qu'au bout d'un temps plus ou moins long clans leur attitude primitive. Baudelocque parle de femmes demeurées sourdes et aveugles durant trois ou quatre jours. Le même auteur en a rencontré d'autres qui avaient complètement perdu la mémoire, et qui, plus de huit jours après les convulsions, n'avaient encore aucun souvenir de leur grossesse.

Observation 97. — A la suite d'une violente attaque d'cclampsie, lors de son dernier accouchement, madame Subra resta, pendant un mois, privée de l'usage de sa raison, circonstance pour laquelle elle fut conduite à

234 TRAITÉ DE i, WlM'KOSK.

l'hôpital de lu Gharitè. Après qu'elle l'eut recouvré, elle demeura frappée d'une cécité complète. «Je ne vovais » pas, rue dit-elle, les médecins à La visite, et, dans mon » malheur, je leur demandais du secours. » Peu à peu la l'acuité visuelle revint; assez satisfaisante au bout de quatre semaines, époque à laquelle la malade quitta l'hôpital, elle tinit par reconquérir toute son énergie, au point de lui permettre d'exercer l'état de couturière.

Le docteur Macaiïo rapporte (1) 'qu'arrivée au terme de sa dernière grossesse, une femme déjà mère de trois enfants ressentit, vers quatre heures du matin, une douleur vive à l'épigastre ; sa vue s'abolit subitement. Deux heures après, elle fut attaquée de convulsions violentes, pendant lesquelles elle accoucha sans en avoir la conscience. Une hémorrhagie interne survint après la délivrance ; on futcontraint de porter lamain dans la matrice pour en extraire des caillots etdissiper l'inertie utérine, cause de l'écoulement ^sanguin. Les convulsions éclamptiques duraient pendant tout ce temps ; elles ne se terminèrent qu'à minuit, huit heures après l'accouchement. A sept heures du lendemain matin, la malade avait recouvré la vue.

ARTICLE XVII

Amauroses épileptique et hystérique. Ambljopie des hypochondriaques.

Les conditions morbides , quelles qu'elles soient, qui donnent lieu aux accès d'épilepsie, peuvent occasionner une amaurose, tantôt temporaire , tantôt permanente.

Toute attaque de cette terrible maladie est accom-

-1) Abeille médicale, t. IV, année 1847.

VARIÉTÉS KTI0L0G1UUKS. 235

nagnée de gauttfi?SQreine. Alors les paupières sont le plus souvent largement écartées , bien qu'on les voie parfois entrouvertes ou même fermées. Presque toujours les globes sont lixes, tournés directement en avant, solidement maintenus dans celle position par leurs cordes motrices en proie à une telle roideur tétanique, que la pression du doigt ne peut faire dévier les yeux vers un autre sens. Les pupilles sont dilatées, très rarement contractées; elles ont perdu toute mobilité; elles continuent à jouir de leur éclat primitif. La cécité est assez radicale pour que la lumière d'une bougie , promenée devant les yeux , ne produise aucune impression , et laisse les iris dans une inaction complète. Ces phénomènes s'évanouissent en même temps que l'accès , pour reparaître dans l'accès subséquent. Dans beaucoup de cas , un certain trouble règne dans les conditions visuelles, pendant un temps assez court, après les crises ; mais lorsque celles-ci se sont produites à des intervalles rapprochés et ont été violentes, une amblyopie, une amaurose, presque constamment imparfaite , peut subsister hors de la période des attaques. Les gouttes-sereines complètes de ce genre sont assez rares, et ne surgissent guère que par suite d'accès pourvus d'une grande véhémence , notamment après les attaques apoplectoépileptiques (Walther), circonstances dans lesquelles on a vu la cécité, survenue durant la crise , rester permanente.

(^' est, d'après Beer, d'un mauvais augure, non seulement par rapport à l'amaurose symptomatique , mais encore eu égard à la lésion principale, quand les désordres fonctionnels des yeux précèdent les attaques et rontinuent longtemps après elles. La perte définitive de

ZQX) TltAITK m ,. VMÀI ROSE.

la vision a parfois lieu, ajdûte-t-il, après trois ou quatre de ces dernières; des malades même oui s'uôcômbé au milieu de l'un des paroxysmes.

On peut admettre comme proposition générale que i'amaurose épiteptique est bilatérale et qu'elle affecte une égale intensité aux deux yeux. Quelques rares sujets, guéris de leur épilepsie, ont, suivant Beer, conservé pendant toute la vie des tremblements aux globes. Lœbenstein-Level fait observer avec juste raison que , quand l'épilepsie dure depuis longtemps , les yeux ont tout à fait l'apparence de l'imbécillité , et semblent comme inanimés.

Dans les attaques d'hystérie, les paupières sont communément à demi fermées ; les yeux ne sont pas fixes , mais roulent, au contraire, dans les orbites; la vision est presque constamment conservée. Des faits démontrent qu'une goutte-sereine complète peut se manifester exceptionnellement dans cette occurrence. Chez une femme , âgée de trente-huit ans, Double l'a vue se présenter régulièrement à chaque accès. Le docteur Visinier me racontait qu'appelé pour porter secours à une jeune lille hystérique, en proie, ce jour-là, à un accès plus fort que de coutume, par suite du chagrin qu'elle éprouva en apprenant la mort de son frère, il trouva les pupilles largement dilatées et la malade aveugle. Or, l'attaque dura toute la journée, avec des rémissions, pendant lesquelles la jeune fille annonçait qu'elle ne distinguait pas les personnes qui l'entouraient. Chez les femmes très sujettes à ces sortes de crises, la faculté visuelle huit quelquefois par se troubler et par offrir les symptômes qu'on a assignés à I'amaurose nerveuse ou éréthislique (Ghap, IV, art. m). Nous citerons des don-

YAP.IKTKS ÉTIOLOGIQUES> 287

leurs, plus ou moins vives, apparaissant à des inteiM valles irréguHers et sans inflammation extérieure appréciable, douleurs ayant leur siège dans les yeux (ophllialmodynie) , et s'irradiant dans les ramifications de la cinquième paire. Nous noterons encore la photophobie, le clignotement des voiles palpébraux , la myodésopsie, les hallucinations visuelles de tout genre. Cet état, d'ailleurs, qui n'est communément borné qu'à une faiblesse plus ou moins prononcée de la vue , n'aboutit presque jamais à une amaurose complète. Une femme hystérique, dont parle Demours , lisait habituellement sans fatigue ; mais, dans certains jours, sa vue s'éteignait quelquefois subitement, au point qu'elle cessait d'apercevoir les caractères d'impression et le livre lui-même.

Souvent, d'après Lœbenstein-Level, l'obscurcissement de la vue, chez les hystériques, indique un nouvel accès plus fort que les accès précédents.

Observation 98. — Mademoiselle Champagne, âgée de trente ans, a été sujette, de 1847 à 1850, à des allaques d'hystérie, dont elle attribue la disparition à l'efficacité de l'eau distillée de laurier-cerise, de l'éther et des autres remèdes qui lui furent conseillés par son médecin. Elle a, toutefois , conservé de son affection des traces profondes : elle voit souvent passer à côté d'elle des êtres imaginaires qui l'importunent; les insomnies sont très fréquentes ; la moindre influence morale provoque des pleurs. Elle donne des soins à son vieux père, aveugle, depuis seize ans, de goutte-sereine, et ces pieuses fonctions sont pour elle la source do tribulations de tout genre.

Mademoiselle Champagne nous a di( que sa vue ne s'abolissait jamais dans ses accès; un nuage léger lui sem-

16*> TRAITA DR i. AM U ISOSI .

blait couvrir tes objets ; les yeus se mouvaient avec vivacité et paraissaient , dit la malade, tendre à s'échapper des orbites. Les attaques arrivaient presque toujours un peu avant l'époque des règles. La derrtièrè se manifesta en avril 1850 ; une contrariété lui donna lieu, et elle fut plus violente que toutes celles qui l'avaient précédée. La vue se troubla; de la myodésopsie apparut ; depuis lors, mademoiselle Champagne est atteinte d'une amblyopie qui offre des mutations très variées ; car , tandis que sa faculté visuelle est parfois le siège (l'une détérioration assez grave, avec photophobie, souffrance oculaire et circum-orbitaire , elle lui permet, dans d'autres moments, de se livrer à des occupations minutieuses, et même de faire de la dentelle. La malade, qui offre des palpitations, de l'essoufflement et de la leucorrhée , est soumise aujourd'hui à l'emploi d'une poudre composée de sous-carbonate de fer et de valériane.

Chez les hypochondriaques également, le désordre des fonctions visuelles n'est guère borné qu'à de l'amblyopie, avec vision imparfaite, fautive, traversée par des scotomes. Lœbenstein-Level fait observer qu'aux \ertiges, aux tintements d'oreilles dont ils se plaignent, il faut joindre souvent les étincelles, les mouches, la diplopie, l'aspect d'un crêpe noir devant les yeux; le regard est sombre, ajoute-t-il, l'albuginée est teinte en jaune, et des cercles bleuâtres encadrent les yeux. Les phénomènes de la congestion cérébro-oculaire sont généralement plus prédominants chez ces sujets que chez, les hystériques; c'est ce qui a fait dire à Waither que l'amblyopie des bypochondriaques était plus érélhicocongestive (pie l'amblyopie hystérique.

AR1KTKS KTIOLOCIQUES. 1 239

ARTICLE XVIII

De l amaurose dans l'albuminurie et dans le diabète.

La maladie de Brigbt {néphrite albumineuse de M . Rayer) se manifeste, durant la vie, par deux symptômes caractéristiques : l'existence dans les urines d'une certaine quantité d'albumine, et la formation d'épanchements dans le tissu cellulaire et dans les cavités séreuses, d'où un œdème plus ou moins étendu, parfois l'anasarque, et d'où aussi des collections séreuses dans les plèvres, le péritoine, etc. Qui ne sait qu'on acquiert la certitude de la présence de l'albumine dans les urines, par l'ébullition de ces dernières, ou en y versant de l'acide nitrique, une décoction de noix de galle, une solution d'alun ou de sublimé ; l'albumine se coagule et se dépose au fond du vase, sous forme d'un précipité floconneux. Dans les premiers degrés de la maladie, on rencontre à l'autopsie, dans le tissu rénal, de l'hypertrophie, une consistance plus ferme et une rougeur plus intense que dans les conditions physiologiques. A une période plus avancée, on trouve, tant à la surface des reins que dans leur intérieur, des granulations blanchâtres oujaunâtres, du volume d'une tête d'épingle ou un peu plus grosses, qu'on a considérées comme engendrées par une matière albumineuse exhalée dans les interstices des tissus. Mais il faut ajouter, question capitale sur laquelle ont insisté avec juste raison les docteurs Ancelon et Blot, que l'albuminurie est loin d'être toujours une entité morbide ; que, le plus souvent même, c'est un simple accident secrétaire qui accompagne des maladies diverses, aiguës ou chroniques, telles que les fièvres éruptives, la scarla-

240 WtiWÉ DR i 'aMAUROSE.

line notamment, dans la période de desquamation, des lésions dû cœur, du l'oie, etc. Au demeurant, dit le docteur Blot, l'albuminurie peut exister, même fort abondante, sans néphrite et sans désordre appréciable dans le tissu du rein ; ce symptôme est fréquemment purement fonctionnel, chez les femmes enceintes, par exemple, où l'albuminurie paraît avoir pour cause une simple hypérémie rénale. L'auteur ajoute qu'il regrette de voir celle expression employée comme synonyme de néphrite albumineuse, de maladie de Bright, vice de langage qui a le grave inconvénient de perpétuer des idées erronées.

Dans l'opinion de M. le docteur H. Landouzy (de Reims), l'amaurose serait un symptôme presque constant de l'albuminurie; elle l'annoncerait comme signe initial, avant l'invasion des autres accidents; elle s'évanouirait et reparaîtrait en même temps que le dépôt albumineux des urines.

« L'affaiblissement de la vue, dit-il (1), signalé par le » docteur Frick (de Baltimore) et par le docteur Bird, dans »l'oxalurie; par M. Bouchardat, dans l'hippurie et dans » la benzurie, ajoute encore à l'intérêt de cette question, » et confirme pleinement ma doctrine d'une altération » nerveuse primitive. Mais on remarquera la' différence » qui existe entre les troubles de la vue coïncidant avec » l'albumine, et les troubles de la vue coïncidant avec le » sucre , l'acide benzoïque , hippurique , etc. Dans le » diabète, dans la benzurie, dans l'hippurie, l' affaiblissement de la vue coïncide avec l'affaiblissement général » de l'économie ; dans l'albuminurie, il existe fréquem- » ment avant toute détérioration des forces. Dans le dia-

(1) Union médicale, année 1 850, p. 527.

VARIÉTÉS ÉTIOLOGIQUES. 2/|1

»bète, l'aûai})lisseinent de la vue augmente. en même » temps que la maladie; dans l'albuminurie , il diminue » quelquefois pendant que la maladie augmente. Dans le » diabète, l'affaiblissement de la vue commence souvent » très tard ; mais dès qu'il a commencé , il est permanent, graduel, uniforme; on peut presque en prévoir «les progrès d'après l'altération de l'urine; dans l'albu- »minurie, il commence plus souvent très tôt, mais il » est inconstant , irrégulier , insidieux ; les progrès du » mal ne peuvent faire prévoir les progrès de l'amaurose. » Dans le diabète, l'affaiblissement de la vue est propor- » tionnel à la quantité du sucre ; dans l'albuminurie , il » est sans rapport constant avec la quantité d'albumine. » Dans le diabète, il existe souvent, surtout à la fin, une » opacité considérable de l'œil ; dans l'albuminurie , on » ne constate aucune modification appréciable des milieux » transparents , ni même de la pupille. Dans le diabète » enfin , le malade peut devenir aveugle ; dans l'albuminurie, la cécité doit être une très rare exception. » Malgré ces différences notables entre l'amaurose albu- » minurique et l'amaurose diabétique , elles me parais- » sent émaner du même genre d'altération primitive, » c'est-à-dire, d'une lésion du système nerveux ganglion- » paire. »

Sans avoir la prétention de résoudre la question clinique soulevée par le docteur Landouzy, eu égard à l'amaurose albuminurique , question qui demande de nouvelles lumières ; nous réservant, d'ailleurs , de modifier notre opinion, s'il y a lieu, d'après des observations ultérieures, voici quelle est aujourd'hui notre pensée silice point de doctrine.

NOUS m1 révoquons pas en doute qu'un trouble des

242 Tlt.MTK DE I 'AMATJR06E.

perceptions visuelles, qu'une véritable amaurose parfois, ne puissent se manifester dans l'albuminurie ; mais nous croyons que l'affaiblissement atnâurotique n'a rien ici de spécial; qu'il surgit comme il peut surgir dans Unis les cas d'épuisement, d'hydropisie, etc., soitqtae, dans cette dernière, la suffusion séreuse s'épanche dans la cavité crânienne, soit qu'elle s'effectue principalement dans le tissu cellulo-adipeux de l'orbite, d'où le tiraillement du nerf optique et une légère compression du bulbe. De plus, les observations des docteurs Cruveilhièr , Honoré , Michel Lévy, Martiu-Solon , et de plusieurs autres médecins estimés , observations dirigées d'une manière plus particulière vers l'organe de la vue, depuis la communication de M. Landouzy à l'Académie des sciences (8 octobre 18A9), ont démontré que l'amaurosè ne devait être regardée que comme une complication exceptionnelle de la présence de l'albumine dans le liquide urinaire. Deux malades traités par le docteur Ancelon n'ont offert aucune détérioration des fonctions visuelles ; ils ne cessèrent même de se livrer à la lecture pour charmer les ennuis du long repos auquel les avait condamnés la gravité de leur mal; deux autres n'ont point parlé du moindre désordre du côté des yeux. Chargé, pendant trois années, de recueillir les observations du professeur Fouquier, dont il remplissait les fonctions de chef de clinique , le docteur Marchai, qui habitait en cette qualité l'hôpital de la Charité, annonce (thèse citée, p. 22) que, dans les cas nombreux d'albuminurie qu'il eut l'occasion de rencontrer, il ne constata jamais l'existence d'un trouble visuel quelconque. Quant à la pensée de M. Landouzy, pour qui la présence de l'amaurosè dans l'albuminurie milite en faveur de la localisation du poinl

VARIÉTÉS liï'lOLOGIQUES. 2/|3

de départ dé c'elfe-ci dans le système nerveux ganglionnaire, je me demande, avec le professeur Forget (de Strasbourg) , si ce ne serait pas là une pure hypothèse, et s'il ne vaudrait pas mieux interpréter la lésion nerveuse par les conditions tenant sous leur dépendance l'albuminurie, plutôt que celle-ci par la lésion nerveuse.

« L'amaurose, dit le docteur Marchai, de Calvi (1). » est-elle constante dans l'albuminurie? Nous l'igno- » rons ; mais qu'elle se présente chez des albuminuri- » ques, c'est incontestable. Nous venons d'en voir deux » exemples au Val-de-Grâce, dans le service de M. le » professeur Maillot, médecin en chef. Quel est, dans » l'albuminurie, le point d'origine de l'amaurose? Voilà » ce qui est difficile à fixer. L'un des malades de » M. Maillot, celui que l'on peut encore interroger dans » ses salles (l'autre est sorti guéri), éprouva d'abord un » notable affaiblissement de la vue ; ses camarades re- » marquaient qu'il engraissait et le lui disaient, ce qui » veut dire qu'il était infiltré en même temps que sa vue » se troublait. Aujourd'hui les pupilles sont contractées, « immobiles ou presque immobiles, sous l'influence de » la clarté d'une bougie approchée de l'œil autant » que possible, et le sujet ne peut lire, soit qu'il êloi- » gne, soit qu'il rapproche le livre. Nous doutons, » jusqu'à meilleure démonstration, que l'amaurose soit » le phénomène initial de l'albuminurie , et partant » que, dans l'albuminurie, elle décèle une lésion pri- » mitive du système ganglionnaire. Nous croyons, bien » loin de là, que l'amaurose albuminurique, comme » l'érlampsie albuminurique, doit être attribuée à la

(l) Gazelle des hôpitaux, année 1850, p. 585.

TRAITÉ DE L*AMAUïtOSE.

» suffûsion séreuse : l'une, l'éelampsie, procédant de «l'œdème sous r arachnoïdien ; L'autre, L'amaurôse, » procédant de l'hydropisie intra-.oeulaire. Pour l'a- » maurose , il l'aut tenir compte, à part l'hydropisie, » d'une circonstance assez importante. Les humeurs de » l'œil et le cristallin contiennent de l'albumine, surtout » le cristallin. Nous venons d'en faire l'expérience, pour » ce qui est de l'humeur aqueuse et de l'humeur vitrée, » en traitant les deux liquides, recueillis séparément sur » douze yeux de bœuf, par l'acide nitrique et par. la » chaleur. Ne se pourrait-il pas que l'albuminurie eût » pour effet la diminution de la proportion de l'albumine » dans les humeurs de l'œil, et, par suite, une altéra- » tion de leur propriété réfringente ? »

Observation 99. — Simonnet, âgé de trente ans, ouvrier à la fabrique de porcelaines de Montereau (Seineet-Marne), me fut adressé, le 19 mars 1849, par mon ami, le docteur Varry de la Baume, qui exerce dans cette ville. Depuis deux années surtout, il était en proie à une grande faiblesse dans le système musculaire ; il se plaignait d'essoufflement et de palpitations; son teint était blême; ses gencives étaient blanchâtres; ses tissus étaient mous et flasques; ses extrémités inférieures offraient souvent de l'œdème ; ce malade manifestait un découragement profond. Tout annonçait une affection organique du cœur; le docteur Legroux avait, de plus, constaté un état albumineux des urines.

Or, chez cet homme, la vue n'avait commencé à se troubler que depuis six semaines. La lumière du soleil lui était pénible ; la flamme d'une bougie lui semblait allongée et déchirée sur ses bords; les objets étaient fréquemTnen'i aperçus comme coupés en deux ; il y avait de

\ mu ki £s é;e i o uoqi qu es . 2# la myodéso^sie ; il n'existait point de photopsie. Les «lobes d'ailleurs, présentaient leur aspect normal.

Nous prescrivîmes le fer, les toniques, une alimentation substantielle, de l'exercice. Le docteur Varry nous annonça plus tard que ce malade avait fini par succomber dans le coma, complètement aveugle et fortement infiltré. Tout démontre qu'il y avait ici un épanchement séreux comprimant les points de l'encéphale liés à l'acte des fonctions visuelles.

Le diabète sucré, ou glucosurie, offre pour trait pathognomonique la présence du sucre dans des urines abondantes. Cette grave affection donne lieu à un sentiment de sécheresse et de brûlure au pharynx et à la bouche, aune salive épaisse, à une soif vive, à une faim dévorante, à une haleine fétide, à une absence presque absolue de sueurs. Peu a peu l'appétit disparaît, tandis que la soif persiste insatiable; l'urine coule involontairement et presque sans interruption; le sujet perd ses forces et ses facultés régénératrices, et succombe dans l'épuisement et dans le marasme.

Il y a lieu de supposer, à priori, que la vue doive, tôt ou tard, prendre part à ces désordres, qui portent une perturbation dans l'économie tout entière. Aussi le plus grand nombre des ophtalmologistes ont-ils placé la glucosurie parmi les causes de la goutte-sereine. Bien que la rétine ne puisse qu'être frappée de langueur et d'inertie, dans des circonstances semblables, il est une autre influence matérielle susceptible d'engendrer l'affaiblissement de la vision, et sur laquelle M. le docteur Miallie a attiré l'attention des praticiens; question trop importante pour ne point mériter ici quelques développements. D'après M. .Miallie, <|ui a surtout consacré ses vastes

2/1(5 l'HAITK DE fclA*MJROSE.

aonnaissances en chimie à l'interprétation d'une foule de phénomènes qu'offre l'hômmé dans l'état de santé et clans l'état de maladie, le diahète reconnaît; pour cause un vice d'assimilation du sucre par défaut d'alealinilé suffisante dans l'économie animale. Il résulte de ses recherches : 1° que la transformation de certains aliments en sucre n'est pas propre aux seuls diabétiques ; qu'elle est la condition nécessaire de la digestion et de l'assimilation de ces aliments; 2° qu'elle a lieu par un ferment spécial qui existe dans les humeurs salivaires de tous les animaux, ferment qui exerce sur les matières amyloïdes un pouvoir spécifique tout à fait semblable à celui qu'exerce sur l'amidon la diastase, ou principe actif de l'orge germé découvert par MM. Payen et Persoz, ferment, enfin, ou principe actif de la salive, que M. Mialhe appelle diastase animale; 3° que chez tous les animaux, sans exception, les matières féculentes, pour devenir absorbâmes et assimilables, doivent passer à l'état de saccharification, sous l'empire de cette diastase animale. Introduit sans cesse dans l'économie, ce sucre est destiné a la nutrition, but auquel il ne parvient que par sa décomposition dans nos humeurs ; car on ne le rencontre, chez l'homme sain, dans aucune sécrétion. Une influence quelconque a-t-elle contrarié cette décomposition, a-t-elle rendu cette substance impropre à l'assimilation, elle se répand dans l'organisme, devient un corps étrange]1, et, comme tel, est rejetée par les glandes rénales et par les autres appareils sécrétoires. Le sucre a été, en effet, trouvé dans le sang, dans la sueur, dans toutes les sécrétions des diabétiques. Or l'influence qui vient arrêter la décomposition dont il s'agit est un défaut d'alcalinité dans les humeurs; aussi, chez les diabétiques, la

VARIÉTÉS ÉTI0L0G1QUES. 247

salive, cossa.it d'être alcaline, rougit-elle le papier de tournesol.

Renvoyant, pour les détails qui expliquent cette théorie, au travail de M. Mialhe (1), et ne nous occupant ici pe de la question pratique, nous ajouterons que, pour enrayer les désordres qui proviennent de cette insuffisance d'alcalinité, on doit, d'après cet observateur, s'efforcer de rétablir les conditions normales des humeurs viciées et l'ordre naturel des fonctions assimilatrices, en introduisant dans l'économie l'alcali qui fait défaut. On peut, à cet effet, administrer l'eau de chaux, le lait de magnésie, l'eau de Vichy, le bicarbonate de soude ; ce dernier sel et l'eau de Vichy ont été, jusqu'à ce jour, appliqués avec le plus d'avantage. La transpiration de la peau étant un émonctoire destiné à éliminer les acides de l'économie, on cherchera càla rétablir par les sudorifiques, par les bains de vapeur, par les bains alcalins, par des frictions sèches cà la surface du corps, et par l'exercice.

M. Mialhe a publié une observation tendant à démontrer que, dans quelques cas de diabète qui résultent de l'ingestion trop prolongée de substances acides et ne s'accompagnent pas de désordres graves, la guérisonpar les alcalis peut être, pour ainsi dire, instantanée.

En 18Z|7, à l'époque des grandes chaleurs, un Italien, professeur de langues, tourmenté par une soif ardente, fit un usage immodéré de boissons acidulés, de granits, de pastilles de citron, etc., sans éprouver de soulagement à la soif et à la sécheresse continuelle de la bouche. Le

<\) Mialhe, Nouvelles recherches sur la cause et le traitement du diabète sucre. Paris, 1849.

"J/,S TRAITÉ DE L'aWAUR'OSE.

besoin d'uriner, qu'il ne ressentait que trois ou qdatrë fois par jour, devint de plus en plus pressant ; les urines étaient très copieuses et plus abondantes que la somme des liquides ingérés; il survint en même temps beaucoup de malaise, de la prostration des forces, de l'amaigrissement, un affaiblissement de la vue. M. Mialhe, ayant analysé les urines, constata l'existence d'une affection diabétique. D'après ses conseils, le malade cessa toute boisson acidulé, et se soumit à un traitement alcalin par l'eau de Vichy, le bicarbonate de soude et la magnésie calcinée ; vingt-quatre ou trente-six heures suffirent pour la disparition de toute trace de sucre dans le liquide urinaire, et la guérison ne tarda pas à s'effectuer.

« Dès le second jour, ajoute l'auteur, la vue reprit » toute sa lucidité. D'après mes recherches, c'est aux » alcalis contenus dans les liquides animaux que la trans- » parence des humeurs vitales doit être rapportée. Dans » l'affection diabétique, le sérum du sang, au lieu d'être » transparent, comme dans l'état de santé, est, au con- » traire, opalin, d'une apparence laiteuse, fait constaté » par Rollo, Dobson, Mac-Grégor et Thompson. D'une » transparence incomplète des humeurs de l'œil vient » l'affaiblissement de la vue ; aussitôt que sous l'influence » des alcalis, le sérum du sang reprend ses qualités » transparentes, la vue cesse d'être trouble et reprend » son intensité physiologique. »

ARTICLE XIX

Amauroso pellagreusc; ainaurosc pliquctisc.

Endémique dans le Milanais et dans le royaume Lombardo-Vénitien, la pellagre, qu'on rencontre encore en

VARIÉTÉS ÉTIOLOGïQUES . "2/49

Espagne et dans quelques uns de nos départements (Aude, Haute-Garonne, Landes, etc.), n'est point une affection bornée à la peau ; l'observation démontre que c'est une maladie générale qui mine profondément l'organisme entier, qui attaque les solides et les liquides, et présente, unis à une dermatose, des troubles de tout genre, dans le système nerveux notamment, et dans les organes de la digestion.

Le sens de l'ouïe et celui de la vue participent souvent à ces désordres ; le type qu'affecte ici l'amaurose paraît être d'ordinaire asthénique. L'héméralopie serait fréquente chez les pellagreux, d'après le docteur Roussilhe.

Dans un cas de pellagre constaté, il y a quelques années, à l'hôpital de la Charité de Paris (service de M. Rayer) , chez une fille de vingt-trois ans, cas dans lequel la malade succomba à une péricardite intercurrente, et ayant la vue très affaiblie, on ne trouva, à l'autopsie, aucune altération pouvant expliquer les désordres qui avaient existé pendant la vie. La moelle était peutêtre diminuée de volume, mais sans trace aucune de lésion. L'étude du sang des pellagreux, faite par le docteur Roussilhe, paraît lui avoir démontré une diminution de ses globules analogue à celle de la chlorose. Tous les observateurs sont d'ailleurs d'accord sur ce fait, qu'un régime alimentaire insuffisant et les différentes causes de débilitation prédisposent à l'affection pellagreuse. Le docteur Théophile Roussel a invoqué, comme cause efficiente, le maïs altéré, influence dont la valeur est mise en doute par M. Courty, auteur d'un travail intéressant sur la pellagre (1), qu'il eut l'occasion d'étudier clans la vallée du Vernet (Pyrénées-Orientales i.

1) Gazette médicale, année 1850, p. 525.

Z0U TRAITÉ PB LAMAfUROSE.

Il v a lieu de croire également que La pliqua polonaise <'si une maladie générale dans laquelle l'exhalation de

la madère agglutinative qui entrelace les cheveux n'apparaît que connue un phénomène critique. Si les accidents prodromiques que cette dégoûtante affection entraîne sont parfois exempts degravité, ne consistent, par exemple, que dans quelques douleurs de tète, dans quelques souffrances aux membres simulant le rhumatisme, il est des cas aussi où ils sont pourvus d'une grande véhémence et envahissent les fonctions les plus importantes. M. Szokalski (1) cite la sensibilité épigastrnpie, l'anorexie, les flatuosités, les coliques, les nausées, les vomissements de matières bilieuses; tantôt une constipation opiniâtre a lieu, tantôt c'est une diarrhée fétide et d'une odeur fade. Les urines déposent un sédiment rouge et qui adhère aux parois du vase. L'odeur de la sueur infecte et le lit et le logis du malade ; elle laisse sur son linge un résidu blanchâtre , qui fournit une phosphorescence légère, ayant de l'analogie avec le phénomène observé par MM. Biot et Becquerel, lorsqu'on jette dans l'eau de la poudre de sulfate de chaux. Il n'est pas rare quf le bourrelet hémorrboïdal se tuméfie. Des névralgies, des paralysies même, surviennent à une période plus avancée. Telle est, d'ailleurs, la variabilité des phénomènes , qu'un praticien de grande expérience disait au docteur Szokalski, qu'il n'y avait point un état pathologique, parmi les maux qu'on observe habituellement sur le sol polonais, qu'il n'eût rencontré durant le développement de la plique. Le feutrage des cheveux par une humeur visqueuse apparaît tôt ou tard;

(1) Szokalski, De la plique polonaise. Paris, 18ii.

VARIÉTÉS ÉTI0L0G1UIÏKS. 25Î

quelques tFichom.es ont un mètre et plus ; la longueur de la majeure partie est de quelques pouces.

Le docteur Charles Kosztulski, qui fréquente les conférehcés cliniques de mon dispensaire, m'a assuré qu'il s'était plusieurs fois convaincu, dans sa patrie, que la dvscrasie pliqueuse était une cause d'amaurose. Elle se manifeste d'ordinaire lentement parmi les phénomènes prodromiques, et offre les symptômes de l'amhlyopie congestive, à allure sourde; la cécité peut être complète au moment de la manifestation du feutrage. Une invasion brusque de la goutte-sereine paraît chose assez rare. Le docteur Kosztulski, l'ayant vue subitement surgir chez ira malade, ne songeait qu'à une simple congestion cérébro-oculaire, quand, quelque temps après, les accidents du tiïchome apparurent, suivis, quatre mois après, de l'entrelacement des cheveux. Il eut aussi l'occasion de rencontrer une fois ce genre d'amaurose associée à un double exophthalmos assez considérable.

Quelques personnes qui avaient habité la Pologne m'ont dit aussi avoir constaté des phénomènes amaurotiques, par suite delà section du trichoma. Le docteur Szokalski annonce qu'en ce qui concerne l'enlèvement des cheveux pliqués, les auteurs de toutes les opinions sont unanimes à cet égard, qu'il faut entourer cette opération de grandes précautions. La section delaplique doit s'effectuer peu à peu et à plusieurs reprises ; la suppression, se faisant avec une lenteur que l'on gradue à volonté, n'offre dès lors aucun danger.

TRAITÉ 1)1 L AMAUROSK.

ARTICLE XX

De l'anianrosc dans la convalescence de quelque» maladies. Amblyople des plitlilslqucs.

Je rencontre souvent l'amblyopieet l'amaurose, à type le plus fréquemment asthénique, dans la convalescence d'affections, aiguës ou chroniques, qui ont porté dans l'économie une perturbation profonde, tant par les ravages que le mal a produits, que par ceux qu'ont pu engendrer les émissions sanguines et les autres expédients mis en œuvre pour le combattre. Il faut surtout avoir égard à l'atonie, à l'affaiblissement, qui, dans ces circonstances, sont venus frapper nos organes; peuvent-ils, dans l'appareil de la vision, se traduire autrement que par les phénomènes de l'anesthésie rétinienne ?

J'ai donné des soins à une femme qui, à la suite d'une pneumonie dont elle avait été traitée à l'hôpital Beaujon, avait la vue très émoussée à gauche et presque abolie à droite.

Beer, Reil, et d'autres observateurs ont constaté des amauroses, passagères ou durables, après le typhus. Le docteur Carron du Villards annonce que celui qui sévit épidémiquement en Italie, en 1817, causa un grand nombre de gouttes-sereines. Les désordres, encéphaliques et autres, associés à cette affection, expliquent amplement l'invasion des accidents amaurotiques. La fièvre typhoïde est susceptible d'entraîner les mêmes conséquences. Le docteur Dclar roque père, très compétent en ce qui concerne cette maladie, à laquelle il a consacré un traité spécial, m'a assuré qu'il y avait généralement rencontré les pupilles dilatées. « Dans le courant de la

VARIKTKS KTIOLOCIUl'KS. 253

» Qèyre bilieuse, dit Lœbenstein-Levél, les pupilles pré- „ sentent souvent l'apparence de la goutte-sereine. » Un élève en médecine, docteur aujourd'hui, m'écrivait , en mai 1846, sous le toit paternel, où il était allé se rétablir d'une lièvre typhoïde dont il avait été atteint à Paris : « Les premiers jours de mon arrivée, je marchais » comme un homme à moitié ivre; pendant longtemps » aussi mes jambes ont été très faibles. Je n'ai que très » peu d'intelligence et point de mémoire. Ma vue est » considérablement détériorée ; elle ne me permet pas « d'écrire ni de lire beaucoup ; je vois à cinq cents pas, » à peu près; au delà tout n'est qu'un brouillard. » Or, sous l'influence du repos et des soins hygiéniques, la santé se reconstitua dans sa normalité primitive, et tout trouble de la vision était dissipé au bout de quatre mois.

Arrachart dit avoir vu plusieurs soldats qui furent attaqués de goutte-sereine à la suite de fièvres in termitten tes inconsidérément supprimées. Un homme dont parle Pinel fut atteint, pendant treize mois, d'une fièvre quarte opiniâtre; le rétablissement ne s'effectua que lentement. Passé ce terme, et n'étant point tout à fait guéri, il commença à apercevoir des bandes noires de l'œil gauche ; elles allèrent croissant, de telle sorte qu'au bout de quinze jours, cet organe était privé de la faculté visuelle. Notons que le docteur Kremers prétend avoir remarqué que les fièvres intermittentes étaient accompagnées desensibilité dans la région d'une ou de plusieurs vertèbres, d'où l'on a conclu que ces maladies pouvaient dépendre d'une lésion de la moelle épinière, assertion dont la valeur est loin d'être démontrée, mais <|ui mérite toutefois l'ai lention des praticiens.

TRAITÉ DE l'aMAUR08B.

Observation 100.— Al/ly. attadhé ù l'octroi de Paris, dont je commençai le traitement le 10 janvier 18à8, venait d'être attaqué, pendant trois années consécutives, de fièvre tierce, dans la province d'Oran. Il avait pris, pendant ce laps de temps, de fortes doses de sulfate de quinine; elles furent impuissantes à couper la fièvre, qui se dissipa, d'après le malade, par suite d'un excès de table. Je suis fondé à croire que le retour en France fut surtout héroïque dans ce cas. On sait, en effet, que rien n'est salutaire, contre les fièvres paludéennes, comme le changement de lieu. Quoi qu'il en soit, la faculté \ isuelle baissa peu à peu chez cet homme, et finit par se détériorer à un point tel que, quand il me consulta, il avait peine à éviter les obstacles qui se présentaient à lui sur la voie publique.

Les ventouses scarifiées à la nuque, les onctions belladonées sur le front, etc., clans la période sthénique, et, plus tard, les moyens stimulants dont nous faisons usage dans la période asthénique de l'amaurose, rendirent à ce sujet une vue assez bonne pour qu'il pût reprendre ses travaux. Incapable, il y a quelques mois, de lire l'écriture manuscrite, il a recouvré cette faculté sous l'influence de l'électricité.

J'ai vu l'amblyopie coïncider avec les phénomènes qui signalent une période avancée delà phthisie pulmonaire. Tel est aujourd'hui le cas d'un jardinier attache au service de ma famille, et chez qui tout annonce une calastrophe prochaine. Fréquemment, dans la journée, il tremble et devient pâle ; le sommeil de la nuit est interrompu par des cauchemars ; le matin, à son réveil, il est harassé de fatigue et baigné dans une sueur abondante; des quintes amènent des crachats purulents ; l'émana-

VARIKTKS KTIOLOC.IOIES. 265

tion fait des progrès rapides. Or, chez cet homme, la vue subit a chaque instant nn grand trouble; il est des moments où elle s'éteint presque tout à l'ait pour reparaître bientôt après.

J'ai aussi rencontré des phthisiques incommodés par des orgelets. Ils se manifestent notamment lors de la fonte des tubercules pulmonaires.

ARTICLE XXI

Ainauiose suite d'évacuations sanguines exagérées.

L'épuisement, occasionné par les grandes évacuations, de quelque nature qu' elles soient , peut donner lieu à l'amaurose, dans ces cas, primitivement asthénique. Ces causes de débilitalion générale auront, sur l'organe visuel , d'autant plus de prise , que le sujet sera plus chétif ou plus affaibli, et que les yeux auront déjà présenté des symptômes d'amblyopie ou d'amaurose confirmée.

Le vulgaire dit que les saignées affaiblissent la vue , proposition populaire que j'ai trouvée vraie dans bien des circonstances. Les lignes suivantes de Demours contiennent, sous ce rapport, un enseignement qu'il ne faut pas perdre de vue dans la pratique.

« Les évacuations de sang , dit-il , surtout lorsqu'elles » sont trop abondantes , sont souvent nuisibles. Les » sangsues appliquées à la marge de l'anus , indiquées » dans un grand nombre de cas, sont quelquefois suivies » d'un affaiblissement réel de la vision ; il est bon de ne » pas employer ce moyen indifféremment. »

Un jeune homme atteint de dévoiement et de fièvre fut , au rapport d'Arracbart , saigné deux fois au bras ,

l0(> TRAITÉ RE l'aMAUBOSE.

dans im courÇ espace de temps., cl sa vue commença «1rs lors ii se troubler. Une troisième saignée, pratiquée au pied, augmenta sensiblement l'affaiblissement de cette fonction. Immédiatement après une quatrième saignée du pied, la cécité, était complète.

Walther dit avoir vu , pendant le choléra, l'amaurose paralytique surgir instantanément durant La saignée, et persister jusqu'à la mort.

J'invoquerai le témoignage de mon ami le docteur Carron du Villards, qui, après avoir avancé que les violentes hémorrhagies pouvaient donner lieu à la gouttesereine , dit avoir traité , avec Lisfranc et Pariset, une dame affligée d'un carcinome utérin, et qui, après chaque hémorrhagie , devenait aveugle pendant plusieurs jours ; elle succomba, frappée de cécité depuis quelques semaines. « C'est probablement, ajoute l'auteur (1), les «symptômes amaurotiques développés à la suite des » évacuations sanguine qui font croire généralement » que les saignées très abondantes et répétées altèrent » la vue , croyance que je partage, d'ailleurs, sous quel- » ques rapports. »

Au nombre des accidents que peut déterminer l'-hémorrhagie chez la femme, avant, pendant ou après l'accouchement, le docteur Cazeaux place la faiblesse de l'ouïe et celle de la vue. Il cite l'observation, relatée par Ingleby, d'une malade qui, devenue subitement aveugle sous cette influence , resta cinq jours sans pouvoir distinguer aucun objet, et ne recouvra la vue qu'au bout de six mois.

(1) Guiron du Villards, Guide pratique pour l'étude et le traitement des maladies des yeux. Paris, 1838, t. II.

VARIÉTÉS ÉriOLOGIQlES. 257

L'une de nos parentes, en ce moment soignée d'une affection utérine par notre habile confrère Jobert (de Lamballe), eut, au début de son traitement, une hémorrhagie foudroyante qui dura près d'une journée. La vue subit un tel trouble, que, pendant longtemps, la lecture devint impossible; trois mois encore après l'accident, celle-ci ne pouvait avoir lieu le soir.

Ma pratique me fournit une foule de faits du même genre.

Observa (ion 101. — Madame Perrin, qui me consulta pour la première fois le 9 octobre 1846 , jouissait , il y avait trois mois, du plein exercice des fonctions visuelles, quand elle fit une fausse couche. Celle-ci fut suivie d'hémorrhagies utérines qui , pendant six semaines , se reproduisaient tous les deux ou trois jours. « Le sang, dit » la malade, ne s'arrêta que parce que je n'en avais plus. » Madame Perrin tomba dans une langueur extrême , éprouva une détérioration très grande delà vision, à l'œil droit, tandis que celle-ci fut anéantie dans son congénère. Je constatai que ce dernier n'apercevait que l'ombre des corps qu'on agitait devant lui.

Observation 102. — M. Riban, ancien capitaine dans la première légion de la garde nationale parisienne , homme vigoureux et d'une haute stature, se sentant incommodé par le sang, se fit poser trente sangsues au fondement, sans l'assentiment d'un homme de l'art. Une telle pensée lui fut fatale. Sa vue , bonne jusqu'alors, subit une altération qui, plusieurs mois après, durait encore.

L'amaurose, d'ailleurs, n'est pas le seul accident que soient susceptibles d'engendrer les spoliations sanguines exagérées. En compulsant les écrits de Sydenham, de

*25H nt.viTK m :.\>i.vi iiosi'..

Yan-Swieten, de M. Barras, de ML Lô^er-ViïlfefiMy, on y rencontre des exemples d'affections spasmodiques ou autres reconnaissant une telle origine. C'est dans les pays chauds surtout que les saignées amènent plus particulièrement la prostration; Le docteur Visinier m'a dit avoir constaté , à la Louisiane , plusieurs cas de fièvres intermittentes pernicieuses , ayant pour cause des évacuations sanguines.

L'intervention des pédiluves irritants a paru mauvaise chez quelques amblyopiques. Plusieurs d'entre eux se sont plaints que leur vue en était altérée. Leur nombre est tel que je ne saurais douter de la véracité de leurs assertions.

ARTICLE XXII

Amatiro&e suite d'une déperdition immodérée de Inll et de

ptyalisme.

Une lactation prolongée peut , en détériorant l'économie, avoir pour conséquences l'amblyopie et l'amaurose. Lawrence a vu, dans la basse classe de la société, des femmes, qui allaitaient trop longtemps, tomber dans le marasme et devenir presque tout à fait aveugles. Une malade, qui a fréquenté mon dispensaire pour une lésion de l'œil droit, ne voyait plus , depuis plusieurs années, de l'œil gauche, qu'elle considérait comme perdu. Or elle me dit que la vision existait, bien que faible, dans cet organe , quand elle baissa graduellement pendant qu'elle nourrissait son enfant; dix-huit mois après le début de l'allaitement, elle était abolie. Ces mômes phénomènes morbides peuvent dériver de la galactorrhée , ou éux exagéré de lait, lequel reconnaît pour causes principales l'allaitement de plusieurs nourrissons à la

\ Uill.ï l.s KT10LOG1QUES. 259

fois, une trop vive stimulation des seins occasionnée par un enfant vorace , une constitution débile ou ruinée par des maladies préexistantes, par un régime trop peu réparateur.

Beer et d'autres auteurs font figurer les salivations abondantes dans le cadre étiologique delà goutte-sereine. On sait que le ptyalisme s'associe aux différentes espèces de stomatite, soit que la membrane orale soit seule frappée de phlegmasie, soit que les accidents intéressent les os maxillaires ou d'autres parties limitrophes. Les maladies du pancréas , et notamment les lésions organiques de ce viscère sont accompagnées souvent d'une sialorrhée copieuse, d'après le docteur Grisolle. M. Aerpel, praticien de grande expérience , qui habite aujourd'hui Prague , écrivait dernièrement à M. Otto Rœhrig qu'il avait eu l'occasion de donner des soins à un jeune homme affligé d'un bec-de-lièvre très développé à la lèvre inférieure; il était survenu par suite d'un coup de fusil qu'il avait reçu à la chasse , et qui avait fracassé la mâchoire correspondante. Une forte quantité de salive ruisselait continuellement à travers l'orifice; elle était surtout abondante pendant les actes de la mastication et de la parole. A la longue , une grande prostration des forces s'établit; les digestions devinrent pénibles et les vomissements fréquents; le sujet finit par succomber. Or, pendant que l'affaiblissement général suivait son cours , la vue vint participer aux désordres ; trouble d'abord , elle s'éteignit complètement avec les phénomènes de l'amaurose asthénique.

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