VARIÉTÉS ÉT10L0G1QUES
rapidement leur vie et hâtent l'arrivée d'une caducité précoce, on prévoit ce qui peut arriver aux vieillards, dans des circonstances pareilles. Un sexagénaire, cité par M. Reveillé-Parise, eut fantaisie de vivre avec une jeune Italienne dont le tempérament était celui d'une Messaline. Il s'ensuivit une cécité, et la mort au bout de huit jours. Il y a lieu de présumer qu'une congestion encéphalique a tué cet homme ; car si les afflux sanguins vers le cerveau sont habituellement légers dans ces occurrences, l'expérience démontre qu'ils peuvent quelquefois aussi devenir funestes.
Les anciens, qui regardaient la liqueur séminale comme une matière nerveuse, sous forme liquide, émanant du cerveau et de la moelle épinière, devaient en considérer la perte comme la source des accidents qui nous occupent. L'émission d'une once de cette liqueur, a-t-on dit, peut être évaluée à celle de liO onces de sang. On pense généralement aujourd'hui que le fait de la spermatorrhée joue ici un rôle moins important que l'ébranlement occasionné par l'orgasme vénérien dans le svstème nerveux tout entier. Chez la femme, par exemple, l'émission du fluide déversé par les organes mucipares ne peut guère, bien que souvent abondant, rendre compte de la gravité des désordres. La moelle épinière est considérée par des praticiens co'mme spécialement intéressée dans les excès de ce genre ; aussi a-t-on depuis longtemps donné à des lésions qui en sont la conséquence le nom de consomption dorsale (tabès dorsalis), et la myélite leur a-t-elle été fréquemment attribuée. Le grand sympathique finit, bien certainement, par participer à la souffrance qui en émane, d'où une assimilation incomplète des aliments, qui vient encore
2®» T1UITÉ m. ' .' vMAUROSE.
ajouter aux. désordres. L'épuisement, eniin, qui résulte de la masturbation chez les jeunes sujets, donne prise au développement de certaines lésions auxquelles ils peuvent (Hre prédisposés. C'est ainsi que tel enfant pourra plus, aisément être affecté que tel autre d'une phthisie pulmonaire ou d'une entérite tuberculeuse, s'il est issu de parents tuberculeux.
L'asthénopie etl'amaurose sont si souvent la suite de la masturbation, qu'il serait important qu'on pût reconnaître celle-ci, chez les jeunes malades surtout, en l'absence de l'aveu de leur faute. Il y aura lieu de la soupçonner, si le sujet, vif et gai auparavant, est devenu taciturne, misanthrope, ami de la solitude, et si au dépérissement général vient se joindre une sorte de paresse intellectuelle et d'inaptitude au travail. La présence de verrues à l'indicateur et au médius a été invoquée, en Allemagne, comme un signe auquel il fallait avoir égard chez les filles. Le docteur Pétrequin paraît avoir remarqué que la dilatation irrégulière et non permanente de la pupille était un indice à peu près certain de la pratique récente de l'onanisme ; il a observé, en outre, que cette dilatation s'opérait généralement en haut et en dedans. Le docteur Chavériat annonce que, depuis qu'il a eu connaissance de la remarque du chirurgien de Lyon, remarque, dit-il, de la plus haute importance, puisqu'elle sert à mettre sur la voie d'une cause, trop souvent cachée, d'une foule de maladies, il s'est attaché à cette étude d'une manière particulière ; or il affirme que, pendant tout le temps où il s'est exercé à diagnostiquer l'acte de la masturbation, il a presque toujours obtenu un aveu de la part des malheureux qui s'y adonnaient, toutes les fois qu'il a rencontré les trois signes suivants :
VARIÉTÉS ÉirOLOGIQUES.
i° Dilatation de ta pupille, eu haut et en dedans.
2° Sclérotique légèrement colorée en bleu.
3o Demi-cercle bleuâtre à la racine, des paupières inférieures, avec plissement de la peau.
Il n'a jamais constaté que ces indices persistassent plus de vingt-quatre ou trente-six heures, à moins que l'acte ne fût renouvelé avant l'écoulement du temps qui
vient d'être fixé.
L'irrégularité de la pupille, chez les sujets adonnés à l'onanisme, est également signalée par Jungken ; mais habituellement, d'après lui, elle offrirait un angle obtus en dehors et en haut. Il ajoute qu'elle perd alors son éclat et contracte une teinte grisâtre, phénomène, d'ailleurs, qu'il ne reconnaît pas comme constant.
ARTICLE XXIV
Ainaurose saturnine.
Mentionnée sous le nom de goutte -sereine rachialgique clans la Nosologie méthodique de Sauvages , cette affection attaque de préférence les peintres en bâtiments, les ouvriers des fabriques de blanc de céruse et de minium , ceux qui passent au vernis la vaisselle de terre , les fondeurs de caractères d'imprimerie , tous les individus adonnés par état à la manipulation des préparations de plomb. Les vins frelatés avec les oxydes de ce métal ont parfois donné lieu à des accidents toxiques dfi ce genre. Des oculistes allemands ont cru devoir attribuer l'amaurose , chez quelques femmes, à l'influence des cosmétiques saturnins dont elles faisaient un usage habituel.
Les effets des substances saturnines sur l'économie
26A wwnii uk l'amabrose.
animale sont aujourd'hui bien connus des médecins. Les écrits de deux éminents praticiens, MM. Brochet et Cayol, nous en offrent une appréciation fort exacte. Que les molécules, qui en dérivent, pénètrent par les voies respiratoires , par les voies digestives ou par la peau, elles attaquent spécialement le système nerveux ganglionnaire, puis tous les centres nerveux jusqu'au cerveau. Le canal intestinal et le système nerveux ganglionnaire de cet appareil semblent primitivement le plus atteints : d'où les nausées , les vomissements , le défaut de sécrétion muqueuse intestinale, la constipation opiniâtre, la dépression douloureuse du ventre vers la colonne vertébrale. Les douleurs névralgiques , l'engourdissement , la paralysie des membres , susceptibles d'arriver tôt ou tard , dénotent la souffrance du système nerveux rachidien. Le cerveau est-il plus gravement envahi, le malade peut tomber dans le délire , et succomber avec des convulsions tétaniques.
L'observation démontre que la révolution dont le système nerveux est le siège est susceptible , dans de telles circonstances, d'entraîner un trouble plus ou moins grand de la vision, qui va parfois jusqu'à la cécité.
Observation 103. — Au commencement de 1834, quelques mois s'étaient seulement écoulés depuis que nous avions obtenu notre grade de docteur à la Faculté de médecine de Paris , quand nous fûmes mandé clans un hôtel voisin de notre demeure pour visiter un malade qu'on disait empoisonné. Cet homme, peintre en bâtiments, était en proie à une colique de plomb d'une acuité extrême; il se tordait en poussant des cris lamentables ; il se plaignait d'un violent mal de télé; de plus, sa vue avait subi une grave atteinte , car les objets de
VAKIKTK8 ÉTI0L0G10.UES. 265
grande dimension n'étaient perçus qu'avec efforts et après quelques recherches. J'eus l'intention de le soumettre au traitement de la Charité, méthode perturbatrice, dit notre ami le docteur Tanquerel (1) , qui change violemment la manière d'être des solides et des liquides, et les ramène à l'état normal, après avoir probablement chassé le poison , cause de tous les accidents ; mais je l'avouerai avec franchise , les formules qui composent le premier jour de cette médication héroïque n'étaient pas assez présentes à mon souvenir pour que je pusse les consigner convenablement dans une ordonnance. Je prescrivis donc des évacuants et des calmants ; les remèdes de la Charité furent commencés le lendemain ; quelques jours suffirent pour le retour de la vision normale ; les autres phénomènes de l'intoxication ne tardèrent pas à disparaître.
Le docteur Rognetta cite le fait d'un peintre qui fut frappé d'hémiopie sous l'influence d'une colique métallique. Le trouble de la vision s'évanouit en même temps que les autres symptômes de l'empoisonnement.
La détermination de l'essence de l'amaurose est chose facile, lorsque, comme dans les exemples qui précèdent, la paralysie rétinienne coexiste avec la colique des peintres ; mais il n'en est pas toujours ainsi, a-t-on dit, la goutte-sereine pouvant être, dans quelques cas qui paraissent rares, l'expression unique de l'empoisonnement, ce que je n'ai jamais eu l'occasion d'observer. Au rapport de M. Tanquerel, le professeur Trousseau a rencontré, à l'hôpital de Tours, un sujet affligé d'amaurose
(1) Tanquerel des Planches, Traité des maladies de plomb. Paris,
266 TRAITÉ DE L amaukosk.
sMiurnine, bien qu'il n'eût jamais été atteint île la colique; cet homme était ouvrier, depuis dix années, dans une fabrique de blanc de cérusc ; il guérit par le traitement de la Charité. Dans un fail cité par le docteur Marende, la surdité et l'amaurose précédèrent l'invasion de la colique.
La brusquerie de l'apparition de la goutte-sereine saturnine, qui, en peu d'heures, amène parfois la cécité, avec dilatation et immobilité des pupilles, et la rapidité avec laquelle elle cesse généralement, qu'elle soit complète ou incomplète, ce qui est le plus rare, formçnt les traits caractéristiques de cette variété morbide. Le terme moyen de sa durée paraît être de quatre à six jours, d'après M. Tanquerel. Il relate l'exemple d'un malade qui n'était plus, depuis plusieurs années, en contact avec le plomb, et qui fut de nouveau frappé de colique, d'encéphalopathie, de paralysie des membres supérieurs, et d'amaurose. D'après le docteur Duplay, ancien chef de clinique à l'hôpital de la Pitié, le nombre des récidives de la colique ne semble pas influer sur la gravité de l'amaurose.
Le fait suivant démontre que la lésion oculaire est susceptible de s'enraciner de telle sorte, qu'elle résiste avec opiniâtreté aux ressources dirigées contre elle.
Observation 104. — Le 17 décembre J8M, j'ai été consulté par un jeune homme, maigre et à face terreuse, qui me dit qu'après avoir longtemps manié le blanc de cérusc, il fut pris, il y avait trois mois, d'une colique pour laquelle il fut traité dans un hospice ; la guérison parut certaine au bout de trois semaines. Huit jours après sa sortie, sa vue, excellente jusqu'alors, se troubla instantanément, à un point tel qu'il lui était impossible de
S V Kl ÉTÉS KTIOUM.IQI KS. WJ
cheminer seul dans la rue sans danger; il entra à l'Hôtel- Dieu, dans le service de M. Honoré.
Les principaux expédients mis en œuvre lurent les sangsues à l'anus et derrière les oreilles, les vésicatoires à la nuque et sur la région fronto-temporale, la strychnine sur les exutoires placés près de l'orbite, les frictions sur les voiles palpébraux et sur les parties limitrophes avec une pommade contenant de la noix vomique, les bains de vapeur, la tisane de salsepareille. Comme aucune amélioration ne survint, le malade reçut son exeat le 16 décembre.
Je trouvai les pupilles dilatées ; les pièces de monnaie ne furent distinguées que vaguement ; le sujet accusa de la constipation, et l'invasion, de temps à autre, d'un bourdonnement qu'il comparait au bruit d'une roue tournant à côté de lui. Je prescrivis les drastiques, les bains sulfureux et quelques excitants, en application au voisinage des organes visuels ; mais le malade, qui probablement rentra dans un hospice, échappa à mon investigation.
L'amaurose saturnine s'accompagne parfois de strabisme. Elle envahit communément les deux globes. Je ne connais qu'un cas de goutte-sereine saturnine uni-oculaire: c'est celui qu'a rapporté le docteur Weiss , médecin de la marine anglaise. Après avoir préparé, pendant douze jours, des couleurs dans lesquelles entrait le blanc de céruse, et s'en être servi pendant huit jours pour peindre des cabines, un matelot fut pris d'une violente colique dont les évacuants et quelques autres moyens le délivrèrent. Six jours après, survint une paralysie du bras gauche suivie, au bout d'une semaine, de cécité complèteà l'œil droit, et d'un ptosis paralytique à la paupière
268 TRAITÉ DE l'aMAUROSE.
supérieure de l'œil gauche, qui conserva une vision normale. Sous l'influence du calomel, du jalap, des lavements de séné, de l'extrait alcoolique de noix vomique et de quelques excitants dirigés vers les parties paralysées, la guérison s'établit après cinq jours de cécité de l'œil droit et huit jours d'hémiopie de cet organe.
ARTICLE XXV
Auiaurose mcrcurlelle ou hydrargjrique.
Le mercure n'est susceptible d'engendrer la gouttesereine que quand les sujets ont été longtemps soumis à son action. Dans son Traité des maladies des artisans, Ramazzini a parfaitement décrit les accidents qui peuvent venir assaillir les doreurs sur métaux, les étameurs de glaces, les ouvriers des mines de mercure, tous les individus, enfin, exposés parleur profession à l'influence d'un agent qui amène si souvent une mort prématurée. Les ulcérations de la bouche, le gonflement, le ramollissement, le saignement des gencives, le déchaussement des dents, le ptyalisme , la diarrhée, des dermatoses (hydrargyrie), l'infiltration des jambes, le tremblement des membres, des paralysies, la surdité, un état, en un mot, analogue au scorbut, viennent les atteindre (cachexie mercurielle) ; leurs chairs deviennent flasques ; leur sang, d'ailleurs, est diffluent, peu fourni de fibrine, d'où la tendance de ces malheureux aux hémorrhagies passives. L'amaurose susceptible de naître dans ces conditions dérive , en grande partie, de la débilitation de l'économie ; elle est essentiellement asthénique.
Dire, avec M. Hafl'ner (1), que l'amaurose mercurielle
(1) Kleinerfs Reperlorium, X* année, 8« livraison. Leipzig, 1836.
VARIÉTÉS KTIOLOGIQUES.
urovieiit d'une inflammation de La rétine par suite de l'absorption du métal, qu'elle frappe surtout les jeunes sujets aux yeux bleus, qu'elle apparaît comme indice de saturation hydrargyrique , que l'œil gauche guérit toujours le premier, etc., c'est émettre des idées qui semblent avoir pour source quelques cas individuels, et rrç sauraient s'appliquer à la généralité des faits ^
Dans ma pratique et dans celle de mes confrères, je n'ai jamais vu le mercure, administré comme médicament, donner lieu à l'amaurose; peut-être même quelques cécités qu'on lui a attribuées auraient-elles du plutôt être rapportées au mal qu'au remède. Je dirai plus : il est peu d'agents aussi précieux que le mercure pour guérir certaines amauroses, proposition que quelques documents viendront corroborer plus tard.
ARTICLE XXVI
Amaurosc suite de l'abus des alcooliques.
« Les expériences que nous avons entreprises sur des » lapins auxquels nous avons fait avaler un scrupule » d'esprit-de-vin rectifié, dit Giacomini (1), nous ont » montré que ces petits animaux commençaient aussitôt » par courir à droite et à gauche ; quelques minutes » après, ils avaient des mouvements convulsifs incer- » tains, ou paraissaient agités; ils se couchaient ensuite » sur les jambes postérieures, la bouche béante et tour- » née vers le ciel; ils devenaient inquiets, haletants ; au » bout de quatre heures, ils tombaient dans une sorte » d'assoupissement précurseur de leur mort. L'autopsie
(1) Giacomini, Traité philosophique et expérimental de matière médical* (traduction de MM. Mojon et Rognetta). Paris, 1842.
"/U ÎKAITË BB l amai hosi:.
» de ces petits cadavres a montré les méninges injectées, » ainsi que la substance du cerveau et du cervelet; les » poumons engorges de sang ; l'estomac et le canal in- » testinal phlogosés. »
L'auteur place les alcooliques dans la classe des hypersthénisants rachidiens ou spinaux, parce que leur action paraît , dit-il, se prononcer plus particulièrement sur le cervelet et sur la moitié antérieure de la moelle épinière.Les expériences de M. Flourens l'ont également porté cà établir que l'alcool avait une influence spéciale sur le cervelet.
Qui ne sait que , chez l'homme , l'abus des boissons spiritueuses peut avoir aussi les effets les plus funestes , dont la manifestation la plus grave consiste dans l'ensemble des symptômes qui constituent le delirium t remens (Sutton), le delirium ebriositatis (Blake), Yencephalitis tremefaciens (Frank), la dipsomanie, Yœnomanie, le délire ou la folie des ivrognes. Le vin est bien moins apte à les produire que l'eau-de-vie , le rhum , le genièvre, etc. Aussi c'est dans le Nord et dans les contrées où l'on fait surtout abus des liqueurs fortes, que le delirium tremens et l'amaurose , dite crapuleuse, sont d'observation la plus commune.
Le docteur Visinier me racontait que , pendant son exercice de quinze années dans la paroisse d'Ouest- Bâton-Rouge (Etat de la Louisiane), à une cinquantaine de lieues de la Nouvelle-Orléans, l'un de ses amis, grand amateur d'eau-de-vie, dont il buvait quelquefois jusqu'à trois bouteilles dans les vingt-quatre heures, fu t graduellement atteint d'un trouble permanent de la vision ; elle s'éteignit subitement un jour, pendant qu'ils cheminaient tous deux en cabriolet. L'amaurose affecta d abord une allure
YAK1KTKS ÉTI0L0<;H)IKS.
franchement cofifêâtive, ee qui porta le docteur Visinier à conseiller les émissions sanguines , les pédiluves , les allusions réfrigérantes , l'onguent napolitain belladone sur le front, etc. La période de torpidité s'étant établie, ce praticien fit mettre de nombreux vésicatoires volants au voisinage des orbites, et recourut à la strychnine en pilules et par la méthode endermique. La vue, qui était restée plusieurs mois abolie ou très faible, se reconstitua à un point tel que cet homme, aujourd'hui âgé de cinquante ans , s'adonne aux agréments de la chasse et à ses occupations habituelles. Quand il lui arrive seulement de se livrer aux alcooliques, ce qui forme maintenant exception dans sa manière de vivre , la vision se détériore, et il aperçoit des étincelles et des mouches.
M. Visinier, qui a constaté plusieurs cas de ce genre en Amérique , a vu l'amaurose crapuleuse se perpétuer pendant cinq ou six mois , bien que les malades se fussent astreints à un régime sévère. Il a connu plusieurs nègres chez lesquels une amaurose complète résista à tout traitement. Chez un noir du nom de Maréchal, qui avait largement usé des boissons spiritueuses , elle présenta le type de l'héméralopie.
Le delirium Iremens, point de départ de ce genre de troubles, s'accompagne souvent de la perception d'objets imaginaires, dont la coloration est considérée à la Louisiane comme un indice d'une gravité plus ou moins grande. Le symptôme qui consiste à apercevoir ce qu'on y appelle les macaques (singes) noirs a paru moins fâcheux que celui des macaques rouges ; il est rare que les sujets qui offrent ces derniers guérissent. Sur 32 malades soignés par Sutton, h succombèrent; Blake, qui en perdit un sur 10 qu'il eut l'occasion de traiter, trouva une
THA1TÉ UE L'VMAUROSE.
bonne quantité de sérosité dans Ies ventricules et dans k cavité des méninges.
Nous n'avons jamais rencontré de gouttes-sereines complètes ayant pour source certaine l'abus des boissons alcooliques; les amblyopies de ce genre se sont au contraire montrées dans notre pratique. Les gens qui en étaient affligés avaient parfois la face colorée, les membres plus ou moins tremblotants, la parole „„ peu embarrassée, l'haleine alcoolique ; ils éprouvaient le malin, a jeun, des aigreurs, des nausées, des vomituritions ■ là céphalalgie, chez eux, était fréquente. Comme dans les amblyopies congestives et éréthistiques , j'ai remarqué que la vision était souvent ici meilleure à un demi-jour qu'à une lumière éclatante.
Boerhaave rapporte avoir connu un habitant deLeyde chez lequel la vision s'éteignait à mesure qu'il buvait une grande quantité de vin , de telle sorte qu'une fois ivre il était aveugle. La vue se rétablissait à mesure que l'ivresse se dissipait.
ARTICLE XXVII
\ mau rose suile de l'administration du sulfate de quinine et de quelques amers.
Les expérimentations de MM. Magendie et Mélier ont contribué tà élucider l'influence qu'exerce sur l'économie le sulfate de quinine, que Giacomini place dans l'ordre des hyposthénisants cardiaco-vasçulaires. A la suite de l'introduction de plusieurs grammes de ce sel dans l'estomac d'un chien, l'animal offrait des désordres dénotant que les centres nerveux prenaient une grande part à l'action de la substance toxique : il présentait de la stupeur; il tombait, ou écartait les jambes comme pour
VARIÉTÉS ÉTIOLOCJIULES. '27u
m raainteniren équilibre; il iiuiss;iil par expirer dans le coma, les pupilles dilatées, après avoir été en proie à des mouvements convulsifs. Puis on trouvait les poumons congestionnés; le sang était diffluent, et en grande partie dépourvu de sa coagulabilité. Quelques faits malheureux observés chez l'homme sont venus, dit le docteur Grisolle, confirmer en tous points les résultats constatés chez les animaux. Certains malades qui avaient pris, dans les vingt-quatre heures, de h à 6 grammes de sulfate de quinine, ont fourni des accidents divers, divisés en trois catégories par M. Mèlier. La céphalalgie, une sorte d'ivresse, la diminution des facultés visuelle et acoustique, caractérisent la première période. Le délire, les convulsions, les paralysies se montrent à un degré plus avancé ; les poumons se sont phlogosés chez quelques uns ; il en est qui ont été pris d'hématurie. Les accidents toxiques ont-ils atteint leur apogée, les forces vitales s'affaissent et s'épuisent, et le malade peut mourir dans le coma. Il faut noter encore les nausées, les coliques, les déjections alvines, que le sulfate de quinine est susceptible de causer chez quelques sujets dont les voies alimentaires sont douées d'une irritabilité trop vive. Le professeur Trousseau rapporte qu'un carabinier, ayant pris en une fois, par son conseil, 3 grammes de sulfate de quinine, pour se délivrer d'un asthme qui revenait chaque jour cà heure fixe, éprouva, quatre heures après, des étourdissements violents; sept heures après l'ingestion du médicament, il était aveugle et sourd, délirait et ne pouvait marcher à cause de ses vertiges ; les vomissements étaient continuels. Ces désordres, auxquels on n'opposa aucune médication active, cédèrent spontanément dans le courant de la nuit suivante.
274 TKAITK DE î/a MAI itosi..
Ge n'es! -une que quand le sulfate de quinine a été donné à des closes élevées , dans un court espace de temps, qu'il parait capable d'engendrer des accidents amaurotiques. Je lis dans YEncyclographie médicale (tome II, page 358), qu'un rhumatisant à qui l'on avait administré ce remède dans de fortes proportions lui frappé d'une goutte-sereine, dont un traitement énergique et varié n'avait pas triomphé, à l'époque de la publication du travail qui relate ce fait. Le docteur Ménière, médecin de l'institution des Sourds-Muets de Paris , a connu un enfant chez lequel une surdité de ce génie demeura complète pendant plusieurs années et ne put être entièrement guérie.
La Louisiane offre une terre d'alluvion . plus basse parfois que le niveau des rivières, qu'on est obligé de cou tenir par des digues, et celui de l'eau des pui ts est très rapproché de la surface du sol. Il résulte, de cette disposition topographique, que les fièvres intermittentes sont fort communes dans cette contrée marécageuse, et forment, pour ainsi dire, toute la pathologie du pays. Le docteur Visinier m'a dit y avoir plusieurs fois rencontré l'amaurose, due à de larges doses de sulfate de quinine administré contre des fièvres pernicieuses; il a vu la surdité s'établir seule, mais n'a jamais constaté la goutte-sereine sans la surdité. Celle-ci fut le symptôme qui se manifesta en premier lieu chez quelques uns de ses malades; la cécité ne vint qu'ensuite. M. Broussard, l'un d'entre eux, était atteint d'une fièvre tierce, dont les accès n'avaient jusqu'alors olfert aucun caractère pernicieux, quand, après l'un de ces accès, son étal inspira des inquiétudes à sa famille. M. Visinier, mande en toute hâte, trouva le malade sans connaissance et
VAKItëTKS ÈTIOLOIJICM'KS. 27 f>
sans voix; le pouls était à peine sensible; bleuâtre aux extrémités, la peau était froide et couverte, clans toute son étendue, d'une matière visqueuse. Ce praticien fit prendre, dans l'espace de six heures, une potion contenant k grammes de sulfate de quinine ; on administra, dans le même espace de temps, deux lavements additionnés chacun de 2 grammes du même sel ; on fit sur toute la surface du corps des frictions avec un liniment contenant également h grammes de la même substance. La fièvre ne reparut pas les jours suivants, mais M. Broussard éprouvait une telle faiblesse qu'il pouvait à peine se remuer dans son lit; il se plaignait d'entendre un sifflement perpétuel qui le rendait sourd; sa vue était complètement éteinte, avec dilatation et immobilité des pupilles. Sous l'influence d'une médication tonique et d'un régime fortifiant, la surdité avait disparu deux mois après, mais la vue restait confuse. Ce n'est qu'à la longue qu'elle finit par reprendre toute sa netteté primitive.
L'usage immodéré et longtemps continué de quelques amers, tels que le houblon, le café de chicorée, le quassia amara, la centaurée, a été considéré comme cause d'amaurose par Andreœ, par Beer, par Jungken, par Weller, par la plupart des oculistes allemands. Walther place dans cette même catégorie le vermout. Je n'ai jamais rien observé de semblable , et Mackenzie paraît douter de l'exactitude de cette assertion, que Lawrence regarde comme hypothétique.
TRAITÉ DE l kMAUROSE.
ARTICLE XXVIII
Amaurose suite de l'action de quelque» autres substances (opium, belladone, vapeur de charbon, seigle ergoté, etc.,
La cécité a été maintes fois notée dans le cortège des accidents toxiques produits par les agents narcotiques et narcotico-âcres ; dans quelques cas même , cette cécité a persisté, tandis que les autres désordres avaient disparu plus ou moins. Des individus endormis par de prétendus sorciers , avec des breuvages contenant de la stramoine , furent , dit-on , longtemps privés de la vue. Chez d'autres , empoisonnés par l'opium , on a observé une insensibilité des rétines , qu'accompagnait le plus souvent le resserrement des pupilles , qui ne se dilataient qu'à l'approche de la mort. Les expériences de Lorry, de Monro, et celles plus récentes de M. Flourens, les ont portés à établir que l'opium et les diverses préparations qui en dérivent agissaient de préférence sur les lobes cérébraux , où ils produisent une effusion sanguine , qui s'étend jusque dans les plus petits détails de leur masse ; il faut y ajouter, d'après M. Desportes , un mouvement congestionnel très marqué vers le tube digestif, les reins, les poumons et les fosses nasales. Giacomini place l'opium parmi les hypersthénisants céphaliques.
Employée à doses toxicologiques , la belladone attaque l'appareil cérébro-spinal ; d'après quelques observations de M. Flourens sur des animaux morts aveugles, à la suite de l'empoisonnement par cette substance, elle exercerait une action spéciale sur les tubercules quad rijumeaux. Giacomini, qui la range dans l'ordre des hy-
VAlUÉTES ÉTI0L0G1QUES. 277
posthénisants céphaliques, annonce que tous les animaux sont affectés par ses effets, sauf, dit-il, les chèvres, qui paraissent pouvoir les tolérer impunément. Dans la pratique ophtalmologique , on n'obtient presque constamment que des mydriases sous l'influence de l'usage de la belladone , et la cécité, qu'elle est susceptible de causer, est rare. Les yeux , chez deux enfants , furent , au rapport de M. A. Smith, insensibles pendant trois jours à la lumière la plus vive , état qui s'accompagnait de quelques secousses convulsives. Les effets de la belladone ne se dissipent généralement pas, d'après Mackenzie , avec autant de rapidité que ceux de l'opium. La cécité produite par la première de ces substances constitue parfois, dit-il, un symptôme très opiniâtre, qui persiste longtemps après que l'affection mentale a disparu ; la pupille reste dilatée , et la vision altérée , pendant des jours et même des semaines. Des effets semblables sont produits par de fortes doses de jusquiame.
Observation 105. — Appelé , il y a deux années , par mon ami , le docteur Zurcher, pour une petite fille de quatre ans atteinte d'une inflammation oculaire grave , je trouvai la cornée droite occupée par un staphylôme de l'iris , dans lequel la pupille était comprise , et la cornée gauche ulcérée centralement , et menacée d'une rupture imminente. Le croirait-on? cette enfant avait une ophthalmie gonorrhéique , ou par l'imprudence qu'on avait eue de la laisser employer une eau ou une serviette qui avait servi au père, affecté de gonorrhée, ou peut-être encore par l'attouchement des yeux de la part du père, dont les mains étaient entachées de matière blennorrhagique. Quoi qu'il en soit , dans le but de prévenir une seconde hernie de l'iris , en cas de rup-
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ture de la cornée gauche, nous ordonnâmes, mire autres moyens, les instillations d'une solution d'extrait de belladone entre les paupières, et la .Madone unie au calomel à l'intérieur. Le surlendemain matin on vint me chercher en toute hâte pour visiter la petite fille que l'on disait aveugle. Je constatai , en effet , une cécité complète à l'œil gauche, seul curable, cécité que j'attribuai à l'action de cette solanée. Sou emploi ayant été interrompu, la vue ne tarda pas à se rétablir.
Mackenzie soupçonne le tabac d'être une cause fréquente de goutte-sereine. La plupart des amaurotiques qui l'ont consulté avaient l'habitude de fumer ou de chiquer, et bien qu'il soit difficile, dit-il, de suivre l'opération d'un poison appliqué chaque jour et à chaque instant sur le corps humain , pendant des années, et en quantité propre à ne produire chaque fois qu'un très faible degré d'influence délétère, il admet que l'insensibilité d'un certain ordre d'organes nerveux est susceptible d'en être, à la longue, l'effet consécutif. Cette proposition est renversée par l'observation de chaque jour, plus forte que toutes les théories. Elle démontre que si le tabac produit l'ivresse et le trouble de la faculté visuelle chez ceux qui n'en ont pas l'habitude, il ne donne lieu à aucun inconvénient, sous le dernier rapport, chez les gens qui y sont accoutumés. J'ai vécu avec de vieux marins qui avaient chiqué et fumé depuis leur enfance , et qui voyaient fort bien. En Allemagne, en Turquie, où l'on fume beaucoup, les amaurotiques sont-ils plus communs que dans les pays où l'on fume moins? J'ajouterai même qu'en Turquie j'ai peut-être rencontré moins de gens frappés d'amaurose qu'en France. Parmi les mendiants aveugles qui stationnent , à Constantinople , aux
VARIÉTÉS ÉïlOLOGÏQUES. ^/W portes âeê mosquées et des couvents des derviches , j'ai surtout trouvé des leucomes et des moignons. On m'a dit que plusieurs de ces malheureux étaient d'anciens pèlerins de la Mecque, qui avaient contracté l'ophthalmie purulente à leur passage en Egypte.
On a avancé que certaines personnes, délicates et nerveuses, avaient été soudainement frappées d'amaurose pour s'être exposées aux émanations s 'élevant des fosses d'aisances; c'est ce que je n'ai jamais observé. Je n'ai rencontré qu'un seul cas oùl'amblyopieme parut devoir être attribuée à l'odeur du charbon, cause d'amaurose d'ailleurs admise parBeer, qui en a constaté des exemples.
Observation 106. — Madame Clauss , âgée de cinquante-quatre ans , qui vint à mon dispensaire le 2 juin 1848, jouissait , il y avait quelques jours encore , d'une excellente vue, quand elle fut prise de pesanteur de tête, d'un sentiment de compression vers les tempes , de vertiges, de bourdonnements d'oreilles , d'éblouissements, sous l'influence de la vapeur que fournissait un réchaud de charbon en ignition. Le lendemain, à son réveil, elle s'aperçut que sa vue était trouble, bien que la céphalalgie lût diminuée de beaucoup. Le 22 juillet suivant, époque depuis laquelle elle ne se présenta plus à la consultation, j'eus le regret de constater que son état était stationnaire , quoique j'eusse employé chez elle les pédiluves , les affusions réfrigérantes, les purgatifs, tous les moyens, en un mot, indiqués par les règles de l'art .
Placé par (liaeomini, avec le tartre stihié, le kermès minéral, l'ipécacuanha, l'aconit napel, etc., dans la catégorie des hyposthénisants vasculaires artériels, le seigle ergoté a souvent engendré l'amaurose, incomplète ou complète, flans 1rs épidémies d'ergolisme qu'on a oit-
TRAITÉ DE l'amAPROSE.
serves dans la Sologne, l'Artois, la Picardie, l'Angoumois, etc.; celles qui sévirent dans le moyen âge, du xc au \Y siècle notamment, et qui sont connues sous le$ dénominations de feu sacré, de mal des ardents,' àa feu Saint- Antoine, etc., sont attribuées par des auteurs à l'ergotisme, qui se produit, comme on sait, quand la farine de seigle, mêlée à une quantité plus ou moins considérable d'ergot, est affectée à l'alimentation. La fré> quence de l'héméralopie, qui a régné, au commencement de ce siècle, dans la maison des orphelins et dans celle de travail, à Berlin, a paru à l'oculiste Flemming devoir être rapportée au seigle ergoté contenu dans le pain destiné à ces établissements.
Je n'ai jamais observé d'exemple de trouble quelconque de la vision engendré par cet agent administré à titre de remède. Le fait suivant m'a été communiqué par M. Otto Rœhrig.
Lors de son dernier accouchement, en octobre 1850, madame Caroline Brown, âgée de trente-cinq à trentesix ans, prit du seigle ergoté, d'après le conseil d'une sage-femme. L'accouchement eut lieu bientôt, mais la vue ne tarda pas à devenir confuse, puis s'éteignit tout à fait; quelques heures après, elle commença à se rétablir, et elle reprit peu à peu son énergie primitive. Chose remarquable, le même phénomène s'était manifesté chez cette dame, en Angleterre, lors de ses trois premières couches. Elle connaissait si bien l'effet que le seigle ergoté produisait sur l'état de sa vue, qu'elle en prévint le médecin à son quatrième accouchement. Or l'ergot de seigle ne fut pas alors administré', et la vue ne subit aucun désordre.
« La noix vomique à hautes doses, dit Lœben l< m
VARIÉTÉS ÉTIOLOGIQUKS. 281
» Level, occasionne des vertiges, la céphalalgie, et sou- » vent nous avons observé une amaurose passagère s'é- » tablir sous son influence. » Un homme, cité par M. Carron du Villards, ayant tenté de s'empoisonner avec cette substance, fut atteint d'une paralysie complète des extrémités inférieures et. d'une goutte-sereine au globe droit. Depuis dix années, ajoute-t-il, ces organes n'ont point recouvré leurs fonctions.
M. Ricord rapporte (1), d'après le docteur Guillon, qu'un de nos confrères avait vu une double amaurose survenir sous l'influence de l'iodure de potassium, chez un sujet dont la femme présenta le même accident. Des faits semblables, continue M. Ricord, ont besoin d'une analyse sévère avant d'être accueillis. Je me demande si, dans l'espèce, l'un des effets du mal n'aurait pas été attribué au remède.
Au nombre des causes susceptibles de donner lieu à la goutte-sereine, Andrese place l'iode, sans fournir de preuves à l'appui de cette assertion.
Le contact répété sur les yeux des vapeurs de soufre peut engendrer l'amaurose, suivant les observations de Weller, qui en a constaté la fâcheuse influence à Dresde, surtout chez les ouvriers adonnés à la fabrication des chapeaux de paille. Le docteur Furnari, qui dit avoir également rencontré une fois l'amaurose sulfureuse chez un fabricant d'allumettes, et deux fois chez des blanchisseurs d'étoffes chargés de soumettre celles-ci à la vapeur du soufre enflammé, recommande, comme moyen prophylactique, dans les fabriques où l'on emploie le soufre, un bon système de ventilation qui puisse chasser les gaz délétères, et renouveler l'air à volonté.
1 Bulletin de thérapeutique, t. XXIII, p. 166.
TKAITi; DÉ l AAIAI HOSK.
ARTICLE XXIX
Amaurose par rétraction musculaire.
L'un des phénomènes les plus constants qu'offre le strabisme existant depuis longtemps, est l'altération de la vue de l'œil affecté. On le rencontre dans toutes les espèces et à tous les degrés de cette infirmité ; peu de sujets en sont exempts; mais fort souvent les malades ignorent qu'un de leurs yeux est plus faible que son congénère, cet affaiblissement partiel n'ayant point apporté de trouble clans la vision générale. D'après Dieffenbach (1), les déviations en haut et en bas n'amènent habituellement, dans la perception des objets, qu'une perversion peu considérable. Ce chirurgien dit avoir rencontré des strabismes frontaux à un très haut degré, et compliqués parfois de ptosis, dans lesquels la vue n'avait subi aucune atteinte ou avait seulement éprouvé une détérioration de peu d'importance, abstraction faite, bien entendu, de l'obstacle que la paupière, supérieure pouvait opposer aux rayons lumineux, quand la pupille était en grande partie obstruée par ce voile.
L'amblyopie des yeux louches paraît avoir pour cause la plus commune la compression à laquelle la rétraction musculaire peut soumettre le globe; dans les strabismes intenses, cet organe est quelquefois aplati du côté de la corde qui l'étreint, pendant que le côté opposé de la sphère oculaire conserve son bombement naturel. Si l'on exerce, avec le bout du doigt, une certaine pression sur
(1) Diiïffenbach, Ueber das Schietenund die llcilunrj dessclbcn duirh die Opération. Berlin, 1812.
WlUKTÉS ËTIOIAKUQUES. S$8
un œil sain, soudain la vue devient confuse, puis récupère sa netteté dès que la compression cesse. C'est ce qui arrive le plus souvent dans le strabisme. La rapidité avec laquelle la section du muscle contracté bonifie la vision, dans un très grand nombre de cas, nous le prouve. J'ai observé, dans la pratique de mes confrères, et j'ai opéré moi-même des malades qui, incapables de distinguer les caractères d'imprimerie avant l'opération, les discernaient à merveille sitôt après le redressement de l'organe ; chez d'autres, cette amélioration ne s'établit que graduellement. L'inactivité plus ou moins grande, à laquelle est condamné le globe dévié, doit encore entrer en ligne de compte dans le décroissement de la puissance visuelle.
La perversion delà vision, dans ces occurrences, est le plus communément signalée par un simple trouble , les objets paraissent moins éclairés quand on les regarde avec l'œil strabique seul, que quand l'œil sain les fixe; ils semblent parfois couverts d'une teinte nébuleuse. Le degré de l'affaiblissement visuel n'est pas dans une harmonie constante avec celui de la déviation ; en général, un œil qui louche peu, voit mieux qu'un œil qui louche beaucoup ; mais il est des cas dans lesquels un strabisme peu prononcé est compliqué d'une détérioration visuelle plus considérable que ne l'est, chez d'autres sujets, celle <ïime déviation beaucoup plus forte. Un jeune homme dont parle Dieffenbach était atteint, depuis sa naissance, d'un strabisme convergent de l'œil gauche; le bulbe ne pouvait que faiblement se porter en dehors. Dans l'opération, le droit interne fut trouvé divisé en deux faisceaux, d'épaisseur ('gale, parfaitement séparés, H pourvus chacun d'un tendon qui se fixait au globe.
*m TRAITÉ DE L AMAUH0SE.
Les deux attaches tendineuses ayant été coupées, les deux ventres musculaires se rétractèrent en se rapprochant l'un de l'autre, et l'œil récupéra sa rectitude. La guérison du strabisme ne se fit pas attendre ; un haut degré d'amblyopie dont il était accompagné se dissipa également. Tel est le seul exemple d'une véritable bifurcation musculaire que le chirurgien de Berlin dit avoir observé dans ses nombreuses opérations de strabisme.
La découverte de Stromeyer vient de mettre au jour une grande vérité nosologique : c'est que la détérioration visuelle du bulbe strabique est loin d'être toujours la cause de la déviation ; qu'elle en est bien souvent l'effet.
On lit, dans la Gazette des hôpitaux (année 1845), qu'une bride fibreuse , consécutive à une double opération d'un ptérygion situé au grand angle, empêchait l'œil de se porter librement vers la tempe, et occasionnait, par compression, l'affaiblissement de la vue. Le docteur Marchai (de Calvi) en effectua l'excision, et le malade vit ensuite, dit-on, aussi bien de l'œil opéré que de son congénère.
ARTICLE XXX
Ainaurose traunia tique.
Les amauroses par origine traumatique sont loin d'être rares. Elles sont passagères ou permanentes. Tantôt elles ont pour cause une commotion , un désordre quelconque du cerveau ; tantôt la violence vulnérante a sévi sur le globe lui-même. Était-il recouvert par les paupières au moment où il a été frappé , la force du coup a été amortie, et l'accident, toutes choses égales d'ail-
VARIÉTÉS ÉTIOLOGIQUES, 28'6
leurs, est muins grave. On peut, établir que l'ébranlement moléculaire de la rétine , analogue a celui de l'encéphale, qui peut entraîner la paralysie, ébranlement qui se complique parfois encore de déchirure de cette membrane et d'autres tissus oculaires , est plus funeste que la piqûre ou qu'une section nette de la membrane sensitive. On la traverse avec des aiguilles dans l'abaissement par scléroticonyxis ; on la coupe avec des couteaux lancéolaires ou autres pour l'extraction de cataractes primitives ou secondaires , suivant les procédés de Giorgi (d'Imola), de Quadri, de M. Sichel, etc., et l'on n'a presque jamais signalé d'inconvénients résultant de ces lésions , eu égard à la perturbation de la sensibilité rétinienne. A-t-elle été commotionnée , au contraire, par une balle de paume , par un coup de poing, par un projectile de guerre , cette secousse a eu fréquemment pour résultat la goutte-sereine , qui , le plus communément, surgit au moment même de la blessure, et peut se compliquer bientôt après de réaction inflammatoire, avec douleurs dans le trajet de la cinquième paire. Jaeger insiste beaucoup sur la précaution de ne pas récliner trop bas les cataractes , de peur de produire sur la rétine une commotion qui, par un trouble dans les rapports de cohésion de cette dernière, pourrait devenir funeste. De même que Chelius, queRosas , que la plupart des ophtalmologistes , il admet qu'une goutte-sereine est susceptible de provenir de la compression que le cristallin exerce sur la membrane sensitive , quand on l'a trop profondément plongé; la vision s'est rétablie, dit-on, dans quelques circonstances de ce genre , après une secousse qui avait fait remonter le corps étranger. Une amaurose complète existant depuis huit années, à la suite d'une
*** vnwiE tm \>l \l HUM..
o|*»ti»B decâtaracte; se sérail tëiil â eotlp dissipée, suivant Beer, âppèguriê Huile dans laquelle !;, tête porta sur le carreau, d'où le déplacement subit des deux cristallins. Ce sont ces faits qui ont engagé des auteurs à conseiller , dans le cas où l'on soupçonne la cause de cécité dont il est ici question , de provoquer la réascension de la lentille, en faisant exécuter au malade de grands mouvements de tête. Je dois toutefois ajouter qu'on a observé des exemples dans lesquels une amaurose existait, bien que le cristallin flottât librement derrière la portion inférieure de l'iris. En supposant même une absence complète de compression, le froissement et l'ébranlement que peut avoir subi le tissu rétinien, surtout dans une manœuvre longue et vulnérante, ne suffisent-ils pas pour expliquer l'invasion des accidents amaurotiques? Le docteur Bonavita, élève de Vacca, nous apprend (1) que ce professeur a vu la goutte-sereme se manifester, dans le cours de l'opération, chez un homme qui, cataracté d'un seul œil, pouvait distinguer encore, de ce côté, l'ombre des grands objets, chez qui tout, annonçait enfin une cataracte des plus bénignes. La pupille se dilata au moment où. l'on déprima le cristallin ; plongé immédiatement dans les ténèbres , l'organe resta, dès cet instant, amaurotique.
Observation 107. — J'ai été consulté, en décembre 1850, pour la petite Juliotte, âgée de douze ans, qui avait reçu sur l'œil droit, il y avait un an, un marron d'Inde fortement lancé par un gamin. La vue fut obscurcie subitement par un voile noir; un quart d'heure après
(1) Bonavita, Thèse inaugurale (collection des thèses de l'Kcole de Montpellier), année 1820.
VARIÉTÉS É-TIOLOGIQUES. 2»/
la walaâe voyait pouge; m boul de trois jours ellé voyait jaune. Les fonctions visuelles se rétablirent peu à peu , mais à un degré bien inférieur à celui que possédait auparavant l'organe. Je trouvai le champ pupillaire partiellement occupé par une opacité inégalement distribuée , et qui me parut avoir pour siège la cristalloïde postérieure : on aurait dit qu'on avait jeté là une pincée de plâtre. La pupille était dilatée, ce qui me sembla être moins la conséquence de l'état d'anesthésie du globe que de la condition qui avait surgi dans l'iris, pour le passage des rayons de lumière sur les côtés de la tache. La jeune fille pouvait distinguer des objets assez minutieux ; elle aperçut sans hésitation une épingle. L'obscurcissement du feuillet capsulaire ne dépendait-il pas d'un trouble occasionné par la lésion traumatique dans l'artère centrale de la rétine , artère qui contribue à la nutrition de la cristalloïde postérieure?
Une contusion très légère peut donner lieu à une faiblesse amaurotique de la vue, et même à une gouttesereine complète et incurable , tandis que des coups, infiniment plus violents, n'ont point eu de tels résultats.
Observation 108. — Hautreux, qui vient encore de temps à autre à mon dispensaire, avait eu l'œil gauche fortement contusionné, et la cornée fendue par l'éclat d'une mine. La capsule antérieure avait été déchirée, le cristallin déchatonné, l'iris divisé dans le sens de la portion temporale de son bord pupillaire à l'angle externe, la vue radicalement abolie. Sous l'influence du traite-? ment auquel je soumis ce malade, et qui se composa des antiphlogistiques, des mercuriaux, de la belladone, etc., la lentille cataraetée s'est résorbée, et la vision s'est réta-
-8Î5 TIÎ.VIÏK M LAMAl RO$E.
blie aupointqu'Hautreux peut distinguer des corps d'un petit volume. Le coloboma traumatiquede l'iris fait suite, en dehors, à la pupille primitive.
Parfois l'amaurose a été produite par une pression continue, qui avait froissé, lacéré peut-être la pulpe rétinienne. Un homme dont parle Beer devint tout à coup aveugle, sans lésion apparente, victime d'une facétie de l'un de ses amis, qui, debout derrière lui, lui serra les yeux contre ses mains, en l'invitant à indiquer à qui il avait affaire. Le docteur Guillié rapporte qu'un enfant; jouant au colin-maillard, demeura pendant une demiheure les yeux fortement comprimés, et cessa dès lors de voir pour jamais.
Des lésions traumatiques ont, dans quelques cas, donné lieu à l'amaurose partielle.
Le soldat Lecœur, traité par Larrey (1), fut frappé d'hémiopie à l'œil droit, par suite d'un coup de fleuret déboutonné qui pénétra profondément entre ce globe et la paroi interne de l'orbite. Plaçait-on un objet vers la gauche du malade, il était découvert en entier; il disparaissait quand on le présentait du côté de la tempe droite.
Observation 109. — Le 9 mai 1849, Hugny, âgé de douze ans, reçut à l'œil droit une contusion qui y fit naître une cataracte, que je constatai, le 15 du même mois, à mes consultations cliniques.
Sous l'influence d'une médication analogue à celle que j'avais conseillée au malade Hautreux, le corps opaque diminua peu à peu de volume ; le 20 août suivant, la résorption était complète. L'œil toutefois était frappé
(1) Bulletins de la Société médicale d'émulation, t. I .
VARIÉTÉS ÉTI0L0G1QUIÏS. 289
(famaurose , inégalement répartie dans le tissu rétinien. La violence traumatique paraît avoir été la cause capi taie de cette dernière ; l'épuisement subi par l'organe, lors du travail de la résolution lenticulaire, ne demeura peut-être pas étranger à sa constitution. Les corps situés du côté de la tempe droite étaient seuls aperçus, dans le principe, bien que confusément; placés en face du globe ou vers le nez, ils échappaient à la vue.
La médication de l'amaurose torpide, qui consista, surtout ici , dans des embrocations autour de l'orbite, avec des mélanges stimulants, et dans des vaporisations éthérées et ammoniacales vers l'œil, y rétablirent les perceptions visuelles à un point tel que je reconnus, le 8 juillet 1850, que les objets étaient distingués par les parties rétiniennes naguère atteintes d'anesthésie complète.
Quelquefois les accidents visuels ne sont pas immédiatement engendrés par l'impression de la violence traumatique.
Observation 110. — Houarsain, commissionnaire, qui vint à mon dispensaire le 18 décembre 1847, se plaignait que sa vue était toute drôle, trouble , et offrait de la diplopie. Or ces désordres avaient surgi sept ou huit jours après un coup sur la partie gauche de la tête , par une roue de voiture.
Observation 111. — Madame Potier, ayant lait une chute sur la tète, se réveilla, neuf jours après, complètement aveugle. Sous l'influence d'une abondante saignée, la vision se rétablit dans la soirée, mais resta mauvaise depuis cette époque.
Je n'ai jamais remarqué que l'opération de la pupille artificielle par excision latérale eût amené la goutte-
88$ THAlTfc QJB i/aMaL'HOSK. '
sereine, Il n'en est pas ainsi de cette môme ûpéPfttiûB
pur iridodialysis, dont l'application Bit plus vumirattte.
yne section nette de la substance indienne est effectuée dans la première de ces tentatives ; dans la seconde, on la déchire; le malade , au moment du décollement , éprouve une très vive douleur, que plusieurs comparent à celle que produit l'avulsion d'une dent, et l'on donne toujours ou presque toujours lieu à un écoulement abondant de sang, qui remplit les chambres.
Observation 112. — L'un des ouvriers de Gustawson, carrossier, que j'ai soigné avec le docteur Zurcher, poursuivait un rat avec un crochet de 1er ajusté au bout d'un bâton , quand son patron , qui se trouvait sur son passage, reçut le coup en place de l'animal , et eut la paupière supérieure gauche traversée par la tige métallique, et le globe fortement contus. Cet organe se remplit de sang, dont la résorption laissa l'œil amaurotique. La vue s'y est reconstituée , bien qu'imparfaitement, au bout d'un traitement qui dura quatre mois. Cet homme aperçoit aujourd'hui, de l'œil gauche, les grands objets et le nombre des doigts qu'on lui présente.
Dans des cas , assez rares d'ailleurs , on a attribué la production de l'amaurose à la lésion du nerf optique par un corps assez aigu pour s'immiscer entre le bulbe et les parois orbitaires, la paroi latérale externe surtout. On a vu le plomb de chasse blesser suivant ce mécanisme.
Au rapport du médecin anglais Philips (1), un homme perdit instantanément la vue, à droite, à la suite d'une contusion sur l'organe lui-môme par un 1er attaché à la
(1) Gazelle médicale de Londres, apnée IN H
VARIÉTÉS ÉTIOLOUIQUKS. ^l
brick- d'un cheval , et que la tête de ce dernier poussa Violemment, Le malade étant mort élans le delue , on trouva le nerf optique droit coupé en travers; les deux tronçons étaient unis par une membranule mince , au niveau du trou optique. Comme il y avait eu fracture de la base du crâne, et qu'un fragment osseux était attache à la dure-mère, au niveau de la selle turcique, on attribua à cette esquille la déchirure du nerf optique et de la substance cérébrale.
Beer rapporte qu'il rencontra, sur le côté de la selle turcique, une longue épine osseuse qui traversait les nerfs optiques, au niveau de leur jonction, chez un garçon qui succomba dans un état de cécité et de démence.
Dans un autre fait, qu'a relaté le docteur Teirlinck , dans le Journal de médecine de Gand, un coup de fleuret déboutonné , qui avait frappé l'angle interne de l'œil droit, amena une cécité subite, avec dilatation complète et immobilité de la pupille, à l'œil gauche. Après avoir obliquement pénétré à travers la paroi interne de la cavité orbitaire droite, traversé les fosses nasales et leur cloison , et percé la paroi interne de l'orbite gauche , l'agent vulnérant était allé atteindre le nerf optique de ce côté, dans sa région orbitaire. Le blessé resta borgne, après l'essai infructueux de plusieurs moyens curatifs.
Signalées par Plenk et même par les auteurs de l'antiquité , les amauroses consécutives aux blessures de la région péri-orbitaire , de celle du sourcil surtout , sont très communes ; les plaies du sourcil ont môme produit la mort, quelquefois avec fractures par contre-coup à La base du crâne. Abernethy s'étant , dans une chute de cheval, contusionné la pommette et les os du nez , fut pris, dans l'œil correspondant, d'un trouble considérable
292 TRAITÉ DE ' ' IMAUROSE.
de la vision, avec hémiôpie; la contusion subie par les nerfs sous-orbitaire et nasal fut, dans sa pensée, la cause prochaine de ces désordres. Nous avons eu l'occasion d'établir (page 160) comment nous comprenions l'essence de ces amauroses, qui ne méritent que très rarement de figurer au nombre des amauroses trifaciales; la gouttesereine suite d'un soufflet sur la joue, dont on a rapporté quelques exemples , trouve plutôt aussi son explication dans un ébranlement du cerveau ou de la rétine que dans une lésion de la cinquième paire (1). Nous avons parfois constaté la mydriase après une contusion de la cornée. Tel était le cas de Nicolas Mayer, portant, depuis vingt-sept années , à l'œil gauche , une mydriase survenue par suite d'un coup de fouet sur la cornée , disposition qui ne troublait aucunement, d'ailleurs , la vision générale. En fournissant à l'organe une petite pupille forée dans une carte, il put reconnaître très clairement l'heure à une pendule , ce qui n'avait pas lieu sans ce moyen. Chez Simon, observé à Berlin par le docteur Flemming (2), la dilatation était telle, au globe gauche, où le miroir avait été blessé par un morceau de bois, qu'il y avait confusion de la chambre antérieure avec la postérieure , ce qui n'empêchait pas cet œil de distinguer les grands objets et les couleurs. Rappelons que Schlemm (de Berlin) a trouvé, dans la cornée, des nerfs provenant des nerfs ciliaires , lesquels , en traver-
(1) « J'ai vu plusieurs fois, dit Deraours, une amaurose occasiounée subitement par un soufflet ; dans quelques uns de ces cas, la maladie s'est étendue à l'œil opposé, et cela dans le cours de l'année. Alors la contusion du nerf maxillaire supérieur était évidemment la cause de la perte de la vue, par liaison névrologique. »
(2) Journal de Hufeland et de Himly, année 18 H. — Bibliothèque médicale, t. XXXIX.
VARIÉTÉS ÉTIOLOGIQUES. 293
sanl le ligament de ce nom , se divisent en deux séries de filets , les postérieurs destinés à l'iris , les antérieurs à la cornée , découverte confirmée par les dissections de Purkinje (de Breslau) et de Pappenheim. On conçoit dès lors comment une violence agissant sur les rameaux nerveux kératiques retentit vers les filets iridiens, d'où l'anesthésie de ceux-ci et la paralysie de la cloison qui les reçoit. La cautérisation de la cornée, comme moyen curatif de la mydriase , fonctionne d'après le même mécanisme; la stimulation imprimée aux filets cornéens se propage ici aux filets iridiens , d'où la contraction de la pupille.
La compression qui résulte d'une esquille enfoncée vers le cerveau, dans une fracture comminutive du crâne, peut entraîner une goutte-sereine accompagnée de coma et d'autres accidents sérieux. On lit, dans la Gazette médicale de Londres, que M. Stuart, dans un cas de ce genre, circonscrivit par deux incisions un lambeau tégumentaire qu'il releva après l'avoir disséqué, puis remit en place, avec un élévatoire, les fragments déprimés. Trente-quatre jours après, le malade quitta l'hôpital en convalescence.
Tous les auteurs sont d'accord sur la gravité des blessures de l'œil par des grains de plomb lancés par des urmes à feu. Des points ecchymosés brunâtres sur la sclérotique indiquent, dans quelques circonstances, que les projectiles ont pu s'y frayer une voie vers l'intérieur du bulbe; il n'y eut, dans d'autres, que contusion à la surface de l'organe, etl'amaurose dut être attribuée à la commotion instantanée, qui produisit un dérangement clans l'organisation de la rétine. Lawrence a vu une cér i té complète engendrée par un grain de plomb qui
ÏVh TftAÎÏÉ bÉ L'A MA I IlOSK.
atteignis oMiquenienfe la, sclérotique, sans pénétre* dans l'œil.
Demours l'ait part d'un phénomène dont la gravité doit être prise en considération : il s'agit de l'influence qu'il appelle sympathique, et qui compromettrait le salut du globe sain, cà la suite d'une blessure de l'autre œil. Il cite le fait d'Une marchande de vin qui perdit l'œil gauche par une amaurose, après qu'elle eut reçu un soufflet de la part d'un homme ivre ; un mois après l'extinction complète de la vue de cet organe, cette fonction commença à se troubler, puis finit par s'abolir à l'œil droit, de telle sorte que cette malheureuse devint aveugle et se retira dans un hospice. Nul doute, pour nous, que, dans l'espèce, la cause contondante n'eût engendré dans le cerveau une lésion quelconque, d'où résulta la ceci lé du premier œil, et dont la persistance amena les mêmes accidents dans son congénère.