‹ Traité de l'amaurose ou De la goutte-sereine ouvrage [electronic resource]Chapitre 8 sur 35 · DE LA K0PI0P1E · texte numérisé non relu

DE LA K0PI0P1E

tains y.eux à si4 fatiguer avec rapidité, par l'application ,'i des travaux un peu minutieux.. Ces! ce qu'on appelle kopiopie. Ce mol, récemment introduit dans la science, doit v être maintenu, comme répondant à une manifestation qui n'est ni l'amblyopie , ni l'amaurose , bien qu'elle lasse partie du cortège des accidents amaurotiques, niais consiste dans un phénomène spécial , lequel se produit sous l'influence de quelques conditions sur lesquelles nous devons appeler l'attention du lecteur.

Les rétines, chez les divers sujets, ne sauraient avoir une énergie vitale identique. De môme que certains estomacs sont inhabiles à digérer certains aliments, de môme que tel homme ne peut soulever un fardeau que tel autre , plus faible quelquefois en apparence , lèvera avec la facilité la plus grande, il est des yeux qui se refusent à l'exécution de certains labeurs exigeant de la part de ces organes une contention soutenue sur des corps petits et rapprochés. Nous avons connu des jeunes gens qui, voulant entreprendre un art mécanique qui les forçait d'exercer leur vue sur des objets ténus, étaient contraints, au bout de peu de temps, de renoncer à la profession, à cause de la fatigue à laquelle elle les condamnait. La vision se troublait, chez eux, par une assiduité plus ou moins longue ; un brouillard venait l'obscurcir, les conjonctives s'injectaient, les yeux devenaient larmoyants, parfois môme des douleurs se manifestaient au-dessus des orbites : force était de cesser le travail. J'en ai rencontré pour lesquels celui-ci était un vrai supplice; plusieurs heures étaient nécessaires, chez quelques uns, pour que les yeux lussent remis de leur lassitude; d'autres, en se réveillant le matin, se ressentaient encore de la fatigue de la veille.

1A TRAITÉ DE LAMAUROSE.

Ayant souvent engagé des individus pourvus de cette disposition à adopter une profession exemptant d'une application soutenue, je les ai observés s'en aequittanl sans aucune gène, et conservant dans la suite les perceptions visuelles intactes aussi longtemps qw ceux qui, primitivement, avaient joui d'une vue plus solide.

Si l'on réfléchit aux vocations diverses auxquelles les différentes portées de vue ont été destinées par la nature, il sera facile de déterminer, à priori, celle qui., dans notre état de civilisation, dispose le plus à la kopiopie. Le myope est né pour concentrer ses regards sur des objets rapprochés; le presbyte les fait planer clans l'espace, à de grandes distances , et sa vue peut embrasser un horizon immense. L'obligez-vous à s'ajuster à la perception de corps minutieux et placés près des yeux, elle le pourra, dans beaucoup de cas, si les globes sont doués d'une organisation vigoureuse ; elle faiblira dans d'autres, et sa souffrance se traduira par la kopiopie d'abord, plus tard par l'amblyopie, que le docteur Sichel appelle, avec juste raison, presby tique, et par des désordres-plus graves. C'est ainsi que les sujets élevés à la vie des champs, et se couchant avec le soleil , pourront devenir astbénopiques, si vous en faites des horlogers ou des graveurs, travaillant aux lumières artificielles. Aux uns les professions qui astreignent à la contemplation des objets rapprochés; aux autres celles qui permettent de regarder au loin, l'art militaire, la marine, l'agriculture.

Parmi les kopiopiques que j'ai été à môme de rencontrer, je ne me souviens de n'avoir guère observé que des presbytes. Cette assertion est peu d'accord avec les idées émises par un éminent praticien, le docteur Bonnel

DE LA KOPIOPIE. 15

((Je Lyon), qui annonce que l'existence de la myopie avec [a lassitude oculaire est si fréquente qu'il n'a trouvé cette dernière que deux fois chez des individus pourvus d'une portée vue ordinaire (1). Chez les myopes, ajoute-t-il, la tendance à la kopiopie n'est point en raison directe de l'intensité de la myopie : tel sujet, myope au point de porter le n° 3, ne fatigue pas ses yeux par l'exercice, tandis que le contraire a lieu pour un autre qui se sert du n° 20oudun° 15. L'auteur avance que, réfléchissant que la kopiopie ne se manifestait que quand les malades regardaient avec assiduité des objets d'un petit volume, c'est-cà-dire, accommodaient leurs yeux à la vision des corps rapprochés, il s'arrêta h cette pensée, que l'accommodation résultait d'une compression exercée sur le globe par les muscles chargés de le mouvoir. En interrogeant les sujets, dit-il, sur le genre de souffrance qu'ils éprouvent par suite d'une application attentive, on apprend qu'elle est analogue à celle qu'engendre la pression du doigt sur l'organe. L'analogie de sensation ne tend-elle pas à faire penser qu'il y a aussi analogie de cause , et que, dans l'un et l'autre cas, la douleur dérive d'une pression sur le bulbe visuel? La théorie le conduisit donc à supposer que le traitement de la lassitude oculaire devait consister dans les moyens capables d'amoindrir cette pression; que la voie la plus sûre était la division des muscles qui l'entretiennent. S'il se décida à effectuer celle du petit oblique, c'est qu'elle est la plus innocente de toutes les sections de ce genre, et l'événement, conlinuc-t-il, a dépassé ses espérances. C'est ainsi que, quatre jours après cette opération, un homme qui ne pou-

(1) Bonnf.t, Traité des sections tendineuses. Paris et Lyon, 1841, p. 290.

lb TRAJ/J'É DE L'AEAUROSE.

vait lire plus d'un pari d'heure sans que sa vue ne se troublât, lut sans fatigue deux heures et demie et plus. Un autre qui avait été centra»! do suspendre ses études classiques, après avoir épuisé tous les moyens ordinaires, put lire aisément, la nuit comme le jour, pendant plusieurs heures. Inhabile à lire plus de deux pages de suite, une femme en lut quarante, quatre jours après, et reprit sa profession d'ouvrière en soie, qu'elle avait été obligée d'abandonner. Il reste à savoir si ces sujets ne portaient pas une myopie acquise, cas dans lequel on conçoit fort bien que la diminution de la compression du bulbe aura pu amener un raccourcissement du diamètre antéro-postérieur de ce dernier, et, par suite, un certain étatpresbytique ramenant l'organe à sa vocation primitive. Il reste à savoir surtout si l'amélioration s'est maintenue , ce qui n'a pas toujours eu lieu , d'après ce que m'en a dit un jeune médecin qui a longtemps fréquenté les hôpitaux de Lyon. M. Siebel affirme aussi (1) qu'il pourrait citer des cas où la bonification des conditions visuelles parla ténotomie, trompeuse au début, n'avait pas persisté , d'où une récidive qui avait déterminé les malades à demander de nouveau les secours de l'art.

Quoiqu'il en soit, il est un fait acquis à l'observation : c'est qu'à l'âge de quarante-cinq ou quarante-six ans , quelquefois plus tôt, souvent plus tard , le désavantage reste aux presbytes. Nous sommes journellement consulté par des sujets jouissant d'une longue vue, et qui, vers la période de la vie que nous venons de signaler, sont atteints de kopiopie, d'amblyopie môme, et deviennent incapables de lire des caractères d'imprimerie de

(l) Sichel, leçons cliniques sur les lunettes, etc.

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