‹ Traité de médecine ... [electronic resource] (volume 2)Chapitre 12 sur 77 · ANÉMIE · texte numérisé non relu

ANÉMIE

L'anémie du larynx coïncide le plus souvent avec celles du pharynx et de la cavité buccale. On l'observe chez des sujets anémiés, soit par des hémorragies répétées, soit par une maladie aiguë antécédente, etc. ; ainsi que chez les chlorotiques et les leucémiques. Le mal de Bright, et les diverses autres maladies chroniques cachectisantes (telles que le cancer, la tuberculose, le paludisme, etc.) comptent aussi parmi ses causes les plus fréquentes. De toutes celles-ci, c'est peutêtre la tuberculose pulmonaire qu'on a le plus souvent l'occasion d'incriminer.

A l'examen laryngoscopique, on constate que l'épiglotte, les ligaments aryépiglottiques, les bandes ventriculaires et la région aryténoïdienne ont perdu leurs couleurs rosées et sont uniformément pâles. Parfois leur teinte tranche à peine sur celle des cordes vocales par un aspect un peu plus jaunâtre. Souvent cette pâleur se constate aussi sur les parois sous-glottiques du larynx. En même temps, la muqueuse laryngée paraît plus mince qu'à l'état normal (Mandl), et les cordes vocales ont parfois un aspect transparent particulier (Schrotter). La muqueuse anémiée est quelquefois, particulièrement au niveau de l'épiglotte, striée d'arborisations vasculaires. Lorsque l'anémie est secondaire et symptomatique d'une anémie générale chez un individu antérieurement sujet aux hyperémies laryngées ou présentant des traces de catarrhe chronique, ces striations vasculaires sont souvent plus nombreuses, et la muqueuse pAlc est terne et dépolie.

Les symptômes sont nuls ou légers. Dans certains cas, la motilité des muscles phonateurs est amoindrie, et la voix est faible ou voilée. Les troubles de la sensibilité (picotements, sensations d'irritation mal définies, douleurs légères même, etc.) ne sont pas rares.

Le diagnostic laryngoscopique n'oflVe aucune difficulté. Il suffit d'un peu d'attention pour ne pas confondre l'anémie des bandes ventriculaires, lorsqu'elle semble plus marquée d'un côté ou en avant, avec des érosions ou des ulcérations; ou bien encore pour ne pas prendre la trace blanchâtre d'une ancienne ulcération cicatrisée pour une anémie circonscrite simple.

IRUAULT.^

MALADIES DU LARYNX

Le diagnostic causal doit être tenté dans tous les cas, car c'est lui qui commande le pronostic et le traitement. La constatation d'une anémie semblant localisée au larynx, avec ou sans troubles de la sensibilité locale et de la voix, doit (surtout lorsqu'il s'agit d'une personne se plaignant d'avoir, depuis peu, légèrement maigri et perdu des forces et de l'appétit) faire penser immédiatement à la possibilité d'une tuberculose pulmonaire au début, et impose un examen a|>profondi de la poitrine (Lennox-Browne, Morell-Mackenzie). Dans un cas de ce genre, si une anémie marquée du vestibule laryngien coïncidait avec la rougeur et l'aspect dépoli d'une corde vocale ou des deux, avec ou sans rougeur interaryténoïdienne, il y aurait lieu, même en l'absence de tout signe d'auscultation, de onger à un début de laryngite tuberculeuse.

HYPERÉMIE

Les liyperémies du larynx sont fréquentes et surviennent sous l'influence de causes extrêmement nombreuses. Elles sont actives ou passives.

Les congestions actives peuvent tenir à des causes purement locales, ou survenir sous l'influence de poussées vaso-motrices directes, ou réflexes, et à points de départ éloignés. Parmi les premières, nous citerons les traumatismes locaux, la pénétration des vapeurs, poussières, fumées âcres ou autres, l'action locale des liquides ou des aliments (boissons alcooliques, épices irritantes), et celle de l'élimination, au niveau de la muqueuse de l'arrière-gorge, de quelques substances médicamenteuses (iodures alcalins, eaux sulfureuses, etc.). Les fatigues locales résultant d'efforts vocaux répétés (cris, toux quinteuse, etc.), ou d'usage trop prolongé de la voix parlée ou chantée, amènent aisément de la congestion du larynx. Elle survient souvent chez les orateurs, et chez les chanteurs de profession qui abusent de leur larynx; surtout, d'après M. Moure, « chez les personnes qui chantent dans le registre grave, sur des notes qui ne sont pas dans leur voix ». Parmi les hyperémies laryngées de causes locales, il faut aussi ranger celles qui surviennent à l'occasion de la mue de la voix, résultant du développement rapide que présente le larynx à l'époque de la puberté. Ce sont les plus persistantes.

Les poussées hyperémiques de causes générales ou de causes éloignées sont presque aussi fréquentes. On observe les unes dans certaines maladies infectievises (fièvre typhoïde, etc.), ou elles semblent résulter de l'action des poisons microbiens sur les centres vaso-moteurs ; et dans certaines fièvres éruptives, où elles marquent le plus souvent le début d'une localisation inflammatoire catarrhale. Les autres se voient fréquemment chez certaines femmes à l'approche ou pendant la durée des périodes menstruelles. Elles peuvent encore résulter d'excès vénériens. Leur cause de i^eaucoup la plus fréquente est le refroidissement, soit généralisé, soit plutôt limité aux extrémités inférieures. La respiration d'un air froid et humide peut la provoquer sans que le malade se refroidisse; et le séjour dans une atmosphère surchauffée et trop sèche peut amener le même résultat. Ce sont surtout les arthritiques (Joal), les lymphatiques, les dyspeptiques et les conslipés qui souffrent de ces hyperémies laryngées

TROUBLES CIRCULATOIRES

déterminées par les changements de température : il s'agit, le plus souvent, d'individus sujets à des poussées subaiguës de catarrhe nasal et pharyngé, et chez eux l'hyperémie n'atteint le larynx que consécutivement aux régions sus-jacentes. Plusieurs de ces causes diverses sont souvent associées. ■ Les congestions passives s'observent chez des cardiaques présentant des lésions valvulaires mal compensées, les emphysémateux et les bronchitiques avec dilatation du cœur droit, les gens atteints de cirrhoses du foie, a,ussi bien que chez les sujets présentant des tumeurs voisines du larynx et en comprimant les veines émergentes. La bronchite capillaire -aiguë s'accompagne aussi do congestion passive de la muqueuse du larynx. Les efforts prolongés, la toux et les efforts de vomissement (coqueluche) peuvent avoir le même effet. Les hyperémies survenant rapidement sous l'influence d'un examen laryngoscopique prolongé (Mandl, Schrôtter), me paraissent devoir être considérées aussi comme des congestions passives dues aux efforts persistants que le malade fait inconsciemment.

Les résultats de l'examen laryngoscopique diffèrent un peu suivant que la congestion est active ou passive. Dans ce dernier cas (sauf s'il s'agit d'une compression limitée), le larynx est atteint d'une rougeur livide diffuse, surtout marquée au niveau du vestibule; et lorsque la congestion est déjà ancienne, on trouve souvent l'épiglotte et la base de la langue sillonnées de varicosités bleu noirâtre. En cas de forte hyperémie active, la rougeur est très vive. Elle est surtout marquée au niveau du vestibule : bandes ventriculaires, région aryténoïdienne, replis ary-épiglottiques, et souvent aussi au niveau de l'épiglotte. Mais les cordes vocales sont rarement de couleur rouge vif. Elles sont seulement rosées, au lieu d'être blanches et nacrées comme à l'état normal. Lorsque la congestion est moins vive, la rougeur est également moindre, les cordes vocales peuvent avoir conservé leur blancheur en partie, et présenter seulement un liséré rouge sur leur bord libre. Lorsque la congestion est consécutive à des quintes de toux répétées, ce liséré occupe surtout la région interaryténoïdienne et ne dépasse guère les apophyses vocales; il peut au contraire s'étendre plus en avant et être moins marqué en arrière, s'il résulte de fatigues de la voix.

Dans les cas légers, les symptômes sont à peu près nuls. Si l'hyperémie, plus vive, est limitée à la région aryténoïdienne, il n'y a qu'une légère sensation de chaleur et de sécheresse, et un chatouillement qui porte le malade à « hemmer », ou à toussotter; si les cordes vocales sont touchées, la voix s'altère dans sa tonalité et dans son timbre, la première s'abaisse et le second devient cuivré et dur. Il peut y avoir de l'enrouement marqué si l'hyperémie s'accompagne de parésies musculaires, ce que fait reconnaître l'examen laryngoscopique. La voix parlée peut être à peine altérée, et la voix chantée compromise. Les artistes lyriques (voix de soprano et de ténor surtout) deviennent incapables de chanter sans effort et se plaignent que leur voix est surtout altérée dans le médium (Moure). Au contraire, il n'est pas rare de voir des barytons et des basses présenter de l'hyperémie marquée des cordes vocales, parfois même persistante, sans présenter d'altérations sensibles de leur voix (Semon).

On comprend que la marche, la durée, les terminaisons et le pronostic des hyperémies passives varient avec leurs causes. Les poussées de congestion active, le plus souvent, sont de courte durée, ou même tout à fait passagères, lorsqu'elles ne constituent pas le début d'une laryngite catarrhale. Elles ne deviennent sérieuses que lorsqu'elles se répètent fréquemment, en augmentant

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MALADIES DU LARYNX

de durée; et surtout lorsqu'elles atteignent des personnes obligées par leur profession à ménager leur voix (professeurs, avocats, orateurs ou prédicateurs, chanteurs, etc.); car elles aboutissent facilement au catarrhe subaigu répété d'abord, et chronique ensuite. En pareil cas, une fois le diagnostic établi avec le laryngoscope, on devra rechercher avec soin les causes et s'appliquer à les faire disparaître ou à les éviter.

Le traitement est nul dans la majorité des cas. Le repos toujours, le silence surtout, quelquefois un léger purgatif, un bain de pieds très chaud, pourront être conseillés avec avantage.. Les applications locales sont presque toujours plus nuisibles qu'utiles. L'aconit à l'intérieur (teinture ou alcoolalure) jouit, aupi'ès des chanteurs surtout, d'une vogue qu'il ne mérite certainement pas : d'ailleurs la dose parfois utile varie suivant les cas et les individus, et de plus le médicament ne peut sans danger être laissé à la libre disposition des malades»

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