INDICATIONS THÉRAPEUTIQUES GÉNÉRALES DA|NS LES BRONCHITES
Certes, le traitement de la bronchite doit varier avec la cause et la foimc clinique de l'affection. Mais il y a des éléments communs à toutes les bronchites; il y a par conséquent des indications thérapeutiques communes, dont l'une ou
(') Taylor, Cas de syringomyélie avec bronchite. Tlie Lancet, 1894. — Berger (de CouLras), Myélite [aiguë dans le cours d'une bronchite. Congrès de méd. int. de Bordeaux, août 1895.
TRAITÉ DE MÉDECINE, ■2« cdil. — VI. '21
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MALADIES DES BRONCHES
l'aulre pcul être prédominante. Ces indications sont les suivantes : 1" réaliser dans la mesure du possible l'antisepsie des bronches; 2" faciliter l'expectoration ; 5" diminuer la toux.
1" On remplit la première indication avec des substances renfermant des principes volatils ayant un certain pouvoir antiseptique qui, après absorption, viennent s'éliminer par la muqueuse des voies respiratoires. Les balsamiques (térébenthine, terpine, terpinol, copahu, benjoin, acide benzoïque, goudron, créosote, baume de Tolu et baume du Pérou), les gommes résineuses (asa fœtida, galbanum, gomme ammoniaque), les plantes à huile essentielle (boldo, buchu, bourgeons de sapin, eucalyptus), les sulfureux : tels sont les agents de la première médication. L'insuffisance urinaire est une contre-indication à l'usage de ces agents qui, pour la plupart, renferment des résines qui s'éliminent par les reins et peuvent les irriter. L'intolérance de l'estomac est quelquefois aussi une contre-indication; mais en raison même de leur volatilité, on peut alors administrer les balsamiques par la voie des inhalations. Le moyen le plus simple est de verser une cuillerée à dessert d'essence de térébenthine dans de l'eau chaude et de faire inhaler au malade les vapeurs qui s'élèvent au-dessus du mélange. On peut employer aussi des inhalations pratiquées à l'aide d'un flacon barboteur dans lequel pénètrent deux tubes et qu'on remplit à moitié d'un mélange balsamique (5 grammes de créosote ou d'essence de térébenthine dans 500 grammes d'eau).
2" La seconde médication, faciliter l'expectoration, ne se pose que lorsqu'il s'agit d'un sujet en état d'adynamie profonde, dont la muqueuse respiratoire a perdu la sensibilité tussipare, — la toux est, en effet, le meilleur des expectorants, — ou lorsque la bronchite s'étend aux petites bronches, qui possèdent une faible sensibilité. D'après Virchow, certains médicaments faciliteraient l'expectoration en accélérant les mouvements des cils vibratiles : ce seraient les balsamiques déjà cités, surtout la gomme ammoniaque, puis les alcalins très étendus, en particulier les sels d'ammoniaque, le nitrate de potasse. Les vomitifs sont des expectorants qui agissent par la succussion violente qu'ils provoquent : ipéca, apomorphine, préparations d'antimoine. Mais en cas d'adynamie chez les enfants cachectiques en particulier, il faut se garder d'administrer des vomitifs ; ils dépriment l'organisme et peuvent aggraver l'état du malade. Alors les meilleurs expectorants sont les infusions d'ipéca à doses très faibles et fractionnées qui ne sont pas nauséeuses, mais fluidifient les sécrétions bronchiques et, d'après Rosbach, stimulent les muscles de Reissessen ; les décoctions de polygala, qui ont les mêmes vertus, mais à un moindre degré; enfin les stimulants diffusibles : l'acétate d'ammoniaque, le chlorhydrate d'ammoniaque, l'éther, l'alcool.
5" La troisième médication, calmer la toux, ne doit être remplie qu'en s'inspirant de ce que nous avons dit plus haut des toux utiles et inutiles. Les médicaments qui calment la toux (médicaments béchiques) sont avant tout les narcotiques et les antispasmodiques, particulièrement l'opium, le laurier-cerise, la racine d'aconit, la belladone, le datura, la jusquiame.
Il ne faut pas oublier que les tisanes pectorales ou béchiques, un peu délaissées aujourd'hui, au moins par les médecins, sinon par le public, sont quelquefois utiles; elles ont pour effet de favoriser la sudation, d'apaiser la toux et de calmer la sécheresse et la chaleur de la gorge qui l'accompagnent. Les espèces béchiques du Codex qui renferment des labiées stimulantes et balsamiques et
l'ATHOLOGIE GÉNÉRAJlE DES BRONCHITES.
de? plantes antispasmodiques serviront avec avantage à faire la tisane des bronchitiques (').
A côté de ces moyens de remplir les trois grandes indications que peut présenter toute bronchite, il faut citer la révulsion^ qui sera souvent un auxiliaire utile et quelquefois un remède héroïque. Aujourd'hui, quelques médecins veulent abandonner la révulsion; d'autres veulent en limiter l'emploi au traitement de la douleur. Cependant l'expérience a appris qu'elle est très utile dans les phlegmasies ; elle est très efficace en particulier contre certaines bronchites tenaces et localisées. On dit que le mode d'action de la révulsion est inexplicable. Malgré les contradictions des physiologistes (^), il est permis de supposer que l'irritation cutanée agit spécialement sur les nerfs et retentit par voie réflexe sur les vaso-moteurs viscéraux. Et M. Bouchard et ses élèves ne nous ont-ils pas montré le rôle que jouent les nerfs vaso-moteurs dans les phénomènes de défense de l'organisme contre les agents morbifiques?
Le plus souvent, on aura recours à la révulsion étendue et superficielle, telle (pie la réalisent le cataplasme sinapisé, le bain très chaud et au besoin le bain sinapisé; rarement on aura recours à la révulsion limitée et profonde telle que la réalisent les pointes de feu et le vésicatoire.
Le médecin aura à juger comment il convient de mettre en œuvre les moyens (pie nous venons d'indiquer : c'est tantôt une indication, tantôt une autre qui domine la situation. Parfois enfin, la bronchite n'est qu'un élément morbide insignifiant au cours d'un état grave; il faut alors négliger la bronchite et ne s'occuper que de l'état générateur.
Enfin, des notions de pathogénie que nous possédons aujourd'hui, il résulte qu'il y a une prophylaxie de la bronchite. Puisque celle-ci est le résultat d'une auto-iiîfection ou d'une contagion, on cherchera à éviter l'une et l'autre. On diminuera les chances d'auto-infection en soustrayant le sujet aux causes occasionnelles telles que le froid et en pratiquant l'antisepsie nasale, buccale et pharyngée. On évitera la contagion au moyen de l'isolement individuel, de la suppression des contacts dangereux et des mesures destinées à prévenir la souillure de l'atmosphère par des poussières microbiennes telles que les crachats desséchés (').
(') Les espèces béchiques {species berhicœ) se composent des plantes suivantes, mélangées à parties égales : l'euilles de capillaires du Ganada, de lierre terrestre, de scolopendre, de vérônique, sommités d'iiysope, capsules de pavot blanc privées de semence (10 grammes en infusion dans un litre d'eau).
(-) Besson, Étude e.xpérimentale de la révulsion. Thèse d'e Lyon, 1802 (inspirée par Arloing). — Fr. Francla, Étude des principaux effets circulatoires locaux et généraux de la révulsion cutanée. Gnz. hehd. de méd. et de chir., 8 oct. 1892.
('') Pour le détail de ces mesures, voir iirojiliylaxie de la phtisie et de la hroncho- pneumonie.
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