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BRONCHITE CHRONIQUE COMMUNE

Étiologie. ■ — La bronchite chronique commune n'a pas de causes spéciales. Toutes celles que nous avons énumérées en étudiant l'étiologie générale peuvent en être l'origine. Ce qui fait la chronicité, c'est d'abord l'intensité, la persistance ou la répétition de la cause, c'est ensuite les qualités natives ou acquises de l'arbre bronchique chez certains sujets. Toute broncJiite at(j%ië peut être suivie d'une bronchite chronique ; soit que l'infection primitive ait été très intense, soit qu'elle se soit répétée souvent, elle lèse la muqueuse bronchique de façon que celle-ci ne peut revenir entièrement à l'état normal et elle la met pour toujours dans un état d'infériorité au point de vue de la défense contre les bactéries. Ainsi est constituée la bronchite chronique dans le plus grand nombre des cas. Certaines causes contribuent plus spécialement à entretenir une bronchite à l'état chronique. Telles d'abord les affections chroniques des première^ voies (végétations adénoïdes du pharynx nasal, hypertrophie des cornets, etc.); il est des cas où une bronchite s'améliore ou guérit sous l'influence de l'amélioration ou de la cessation de l'affection naso-pharyngée. Puis viennent les affections c/ironiques du poumon, de la plèvre et du médiastin, particulièrement l'emphysème, la phtisie, la pleurésie adhésive chronique, l'adénopalhie trachéobronchique. Citons aussi les dyspepsies chroniques, particulièrement la dilatation de restomac qui semble agir par auto-intoxication (Bouchard et Legendre).

Parmi les autres formes de bronchite chronique, la bronchite asthmatique, les bronchites cardiaques, les bronchites albuminuriques offrent quelques caractères spéciaux que nous indiquerons plus loin.

Nous avons discuté déjà la question de l'influence des diathèses sur la bronchite chronique ; c'est se leurrer de mots, et d'une manière préjudiciable à la pratique, que d'admettre une bronchite scrofuleuse, une bronchite herpétique, une bronchite arthritique. Non pas qu'on puisse nier la prédisposition de certains sujets au catarrhe chronique. Mais cette prédisposition peut être interprétée de la manière suivante. Elle est acquise ou héréditaire. La prédisposition acquise résulte d'atteintes antérieures de bronchite qui ont affaibli la résistance des éléments de la muqueuse. Quant à la prédisposition héréditaire, on peut la concevoir d'après ce que nous a appris la neurologie sur les affections familiales : dans certaines familles, certains systèmes anatomiques, certains appareils se développent incomplètement ou irrégulièrement et restent toujours plus ou moins débiles. Si c'est la muqueuse des voies respiratoires, la prédisposition aux catarrhes est créée. Il y a des familles de catarrheux comme il y a des familles de dyspeptiques, de dermopathiques, de myopathiques, de névropathiques.

Symptômes. — C'est habituellement après une série de bronchites aiguës

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que l'affection passe à l'état chronique. Quand la bronchite chronique est établie, il est rare que ses signes persistent sans discontinuité ; chez le plus grand nombre des malades, ils disparaissent de temps en temps pour réapparaître ensuite; ils présentent des recrudescences, soit pendant l'hiver, soit au printemps, soit à l'automne. Les variations atmosphériques ont une très grande influence sur ces poussées. « La muqueuse bronchique devient un véritable baromètre, ou plutôt une sorte d'hygromètre, sensible à l'humidité et au froid » (C. Paul). Quelques malades ne toussent que pendant l'hiver (rhume d'hiver, toux hivernale) et sont bien portants pendant la belle saison. Souvent la fièvre apparaît au début de ces exacerbations aiguës.

Chez les catarrheux qui sont sujets aux dermatoses (eczéma, lichens, etc.), on observe parfois une alternance entre les manifestions cutanées et les manifestations bronchitiques. N. Guéneau de Mussy s'appuie sur ces faits pour considérer les bronchites chroniques comme des e7idermosp». La vérité est qu'on ne peut donner aujourd'hui aucune explication claire de ces alternances dont l'existence ne peut être contestée.

Les principaux symptômes de la bronchite chronique sont la toux et Yexpecloration. La toux est constante, mais variable d'intensité; elle est plus fréquente la nuit que le jour, et les quintes sont souvent plus fortes au coucher et au lever. Quant à l'expectoration, elle présente des variations sur lesquelles on a fondé une division des bronchites chroniques.

Les signes physiques sont ceux de toute bronchite. Le son de percussion est normal, et l'auscultation laisse entendre soit des râles sonores (ronflants ou sibilants) si la sécrétion est rare et visqueuse, soit des râles humides (muqueux, sous-crépitants) si l'a sécrétion est abondante et fluide. Ces variétés de râles permettront de savoir jusqu'à quelles ramifications bronchiques le processus phlegmasique est étendu.

Formes de la bronchite chronique commune, — Laënnec, et la plupart des auteurs après lui, ont distingué diverses formes de bronchite chronique suivant les caractères de l'expectoration. Le catarrhe bronchique est, en effet, sec ou humide, suivant le cas.

Il est impossible d'établir un paralléHsme étroit entre la forme sèche ou humide de la bronchite et telle ou telle cause spéciale. Chez un même sujet, la bronchite chronique est tantôt sèche et tantôt humide et, dans ce dernier cas, tantôt muqueuse, tantôt purulente. Il y a ici quelque chose d'analogue à ce que l'on observe chez les eczémateux dont la dermatose est tantôt sèche, tantôt humide, et qui, sur divers points du corps, peuvent présenter en môme temps les deux formes. Chez d'autres, le catarrhe est toujours humide ; chez d'autres enfin, après avoir été un catarrhe sec, une bronchite sibilante, pendant de longues années, il finit par devenir humide (muqueux ou purulent).

Ceci posé, on peut distinguer les variétés suivantes d'après l'expectoration : 1° la bronchite humide ou muco-purulente vulgaire, type le plus commun; 2" ]-a bronchite sèche ; o" la bronchite séreuse ou catarrhe pituiteux de Laënnec ; 4" la broncho-pyorrhée ou bronchite purulente; 5" la bronchite putride. Aces variétés suivant l'expectoration, nous ajouterons une variété suivant la localisation : 6» la trachéite chronique.

1" Broncltite rnuco-piirulenle vulgaire {Catarrhe muqtieux de Laënnec ; bronchite catarrhale chronique de M. Ferrand). Dans cette forme, qui est la plus

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commune, on n'observe rien de spécial. L'expectorai ion plus ou moins abondante est muco-purulente. Dans les cas légers, les malades expectorent seulement le matin quelques masses muco-purulentes; dans les cas plus graves, l'expectoration est plus abondante et se répète plusieurs fois par jour.

2" Bronrhite sèche [Calarrhe sec de Laënnec; bronchite congestive chronique de M. Ferrand). — Cette forme est surtout le propre des asthmatiques; mais on peut l'observer en dehors de l'asthme. — La muqueuse sécrète faiblement; mais elle est turgescente, et cette turgescence est mobile; elle passe d'un point à un autre avec facilité (Laënnec). Quand elle est très prononcée, elle engendre une dyspnée à paroxysmes diurnes ou nocturnes, qui confinent à l'accès d'asthme. — La toux est d'ordinaire pénible et très laborieuse. Elle est incessante et suscitée par une sorte de « démangeaison bronchique » (C. Paul). Elle aboutit, après beaucoup d'efforts, à l'expulsion d'une matière visqueuse, de consistance d'empois ou un peu plus forte, disposée en globules de la grosseur d'un grain de clîènevis ou de millet ; c'est ce que Laënnec a désigné sous le nom de crachats perlés {sputa margaritacea), et dont, à tort ou à raison, on a fait une caractéristique de la bronchite asthmatique (Voy. plus loin : Bronchite asthmatique). — A l'auscultation on n'entend pas toujours de vrais râles. On peut percevoir des sifflements qui, dans les moments de dyspnée, peuvent s'entendre à distance. Au début, cette sibilance est intermittente et s'accompagne souvent d'un bruit de cliquetis (Laënnec), ou d'un bruit de clapet (Lasègue). Plus tard des râles sonores apparaissent et s'installent d'une manière permanente ; la poitrine du malade chante et siffle comme celle d'un asthmatique (respiration musicale). — Le catarrhe sec aboutit, tôt ou lard, à la bronchite muco-purulente. Il se complique de très bonne heure d'emphysème pulmonaire. Il coexiste fréquemment avec la dilatation de l'estomac.

3" La bronchite séreuse {Catarrhe pituiteux ou plilegmorragie pulmonaire de Laënnec)., forme très rare, mais curieuse, est caractérisée par l'expectoration extrêmement abondante de crachats incolores, transparents, fluides, spumeux, semblables à une solution légère de gomme. La toux qui expulse ces crachats est violente, quinteuse et s'accompagne de crises dyspnéiques qui ont fait donner à cette forme le nom d'asthme Jiumide. Tantôt cette spoliation est bien supportée, et Laënnec parle d'un malade qui, depuis 12 ans, rendait tous les jours quatre litres d'expectoration et avait un état général excellent. Tantôt elle affaiblit les forces, et Striïmpell a observé un cas de catarrhe pituiteux chez une jeune femme dont les forces étaient considérablement diminuées. La bronchite séreuse s'observe surtout chez les arthritiques nerveux (hypersécrétion nerveuse). On l'aurait observée aussi au début de la sclérose rénale.

A" La bronchite purulente ou broncho-pgorrhée n'est que le dernier terme de quelques bronchites chroniques. Les malades toussent fréquemment et expectorent dans les vingt-quatre heures jusqu'à un demi-litre de sécrétion presque exclusivement purulente. Cette expectoration doit faire soupçonner d'ailleurs que la bronchite chronique se complique de bronchectasie ou de tuberculose.

5° Bronchite putride. — Souvent, au cours d'une bronchite chronique, l'haleine cl les crachats deviennent très fétides; mais celte fétidité n'esl pas permanente ; elle dure cinq ou six jours et disparaît. Quand elle est permanente, il faul penser soit à une gangrène des bronches, soit à une bronchectasie putride.

0° Trachéite chronique. — Loi'sque le processus phlegmasique se localise à la hachée, le type morbide présente ([uelques caractères particuliers. — Isolée pni

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Beau el étudiée récemment par divers auteurs, entre autres Lubet-Barbon et Nicaise, la trachéite s'observe surtout à la suite des affections du nez, du pharynx ou du larynx; d'autres fois, elle est le reliquat d'une bronchite aiguë ou chronique. L'absence de phénomènes stéthoscopiques, une toux persistante avec un timbre spécial (timbre du chaudron fêlé), une sensation de douleur sourde derrière l'extrémité supérieure du sternum, douleur qui s'exagère par la pression sur les premiers anneaux de la trachée, tels sont les principaux symptômes. Au laryngoscope, on constate une coloration intense delà muqueuse et une vascularisation plus ou moins prononcée des anneaux de la trachée.

Il faut noter aussi parmi les signes de la trachéite, les altérations de la voix. La trachée n'est pas seulement une région de passage pour l'air respiré ; elle joue aussi un rôle dans la production du son. C'est poui-quoi la trachéite s'accompagne si souvent de dysphonie. Le mécanisme de la dysphonie trachéale a été étudiée par M. Nicaise. Cet auteur a montré d'abord, comme nous l'avons dit, que la trachée se rétrécit et se raccourcit pendant l'inspiration et qu'elle se dilate et s'allonge pendant l'expiration. Il a démontré, en outre, ce qui pouvait être prévu, que, dans l'inspiration, la pression de l'air contre la trachée et les bronches est moindre que la pression atmosphérique, et que, dans l'expiration, elle est plus élevée. Lorsque le larynx fonctionne, la trachée est en état de dilatation expiratoire, son élasticité est en jeu et la tension de l'air plus forte que la pression atmosphérique, ce qui, soit dit en passant, explicjue la production de Vanévrysme trachéal chez les crieurs et les chanteurs. La trachéite, diminuant l'élasticité et la contractilité des parois trachéales, finit par altérer la voix ; il y a des fautes, des variations dans l'émission du son, qui est moins intense, dont le timbre et la résonance sont modifiés; parfois des notes manquent. La vieillesse, qui ossifie les cartilages trachéaux, a sur la voix des effets analogues à ceux de la trachéite (').

Dans quelques cas, la trachéite chronique se distingue par des caractères particuliers. Massei, B. Frsenkel, Luc et Wagnier (-) ont cité des cas d'o;ène trachéal consécutif à l'ozène nasal. L'ozènc trachéal se manifeste cliniquement par l'expectoration, surtout le matin, de crachats verdàtres, visqueux, épais, exhalant l'odeur sui generis de l'ozène, par la persistance de la fétidité de l'haleine après le lavage des fosses nasales. Le laryngoscope montre sur les parois trachéales les croûtes verdàtres et desséchées caractéristiques de l'ozène. — Massei a décrit une trachéite chronique hémorragique (^). L'affection se manifeste par des hémorragies plus ou moins abondantes et plus ou moins fréquentes. Pour peu que ces hémoptysies soient répétées et que le malade maigrisse, on croit avoir affaire à la phtisie. Cependant, l'examen thoraciquc est négatif; il n'y a ni fièvre, ni sueurs; le larynx est sain, la muf|ueusc est de couleur normale; c'est seulement dans les inspirations profondes qu'on est frappé de la richesse vasculaire des régions supérieures de la trachée ; la couleur blanche des anneaux cartilagineux contraste vivement avec l'injection des zones inter-cartilagineuses ; on distingue, dans ces zones, un véritable plexus superficiel, formé de petites veinules qui, partant des ¥ et 5'^ anneaux, convergent vers la région sous-glottique. Les hémoptysies surviennent par accès,

(') Nicaise, Académie de médecine, 1891, 28 juillet.

(*) Luc, Areliives de laryngologie, i" année, 1887-88, p. 101 et 177. — Wagnier, Soc. franc, de laryrig., Paris, mai 1895.

(') Archivi ital. de larincjologia, 1898, n° i, p. 155.

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séparées par des mtervalles plus ou moins longs, et durent quelques jours ; la quantité de sang rendue varie de quelques crachats à 50, 50 ou même 100 centimètres cubes par vingt-quatre heures. Les principaux éléments de diagnostic sont au nombre de trois : examen négatif de la poitrine ; absence du bacille de Koch dans les crachats ; existence des lésions trachéales susdites. A ces éléments s'ajoutent quelques signes de moindre valeur : la quantité relativement peu abondante du sang rendu, une sensation de gène ou de corps étranger dans la gorge, une toux superficielle et sèche, l'are dans l'intervalle des accès, l'absence de fièvre.

La trachéite offre un intérêt clinique considérable par les erreurs de diagnostic auxquelles elle peut donner lieu. La forme hémorragique peut faire penser à la tuberculose. D'a'utre part, l'auscultation ne fournissant souvent q^ie des résultats négatifs, on est porté à faire provenir la toux d'une autre région. Donc, avant de faire le diagnostic de toux hystérique ('), gastrique, amygdalienne, hépatique, splénique ou utérine, etc., il faut avoir soin d'examiner la trachée avec le laryngoscope.

Marche, complications, terminaison de la bronchite chronique. — La marche des bronchites chroniques est paroxystique. De fréquentes poussées aiguës, survenant sous l'influence du froid et des saisons, viennent en incidenter le cours. Mais chaque poussée nouvelle laisse la muqueuse plus profondément atteinte, et au bout d'un certain nombre d'années, le catarrhe arrive à être complètement purulent. Alors peut se produire une destruction des couches qui constituent la paroi bronchique, destruction qui laissera après elle une dilatation bronchique. Ce processus est hâté parfois par une gangrène des bronches. Dans cette phase terminale, on observe parfois une cachexie assez analogue à la consomption tuberculeuse, causée probablement par une septicémie chronique (fièvre hectique, amaigrissement, déformation hippocratique des doigts, ostéo-arthrite hypertrophiante pneumique).

Mais un des effets les plus constants de la bronchite chronique, surtout lorsqu'elle frappe des sujets âgés, c'est V emphysème puimonaire. Les efforts répétés de toux finiront par rompre les fibres élastiques du parenehymè pulmonaire et l'ectasie atrophique des alvéoles sera réalisée. On sait avec quelle fréquence s'observe ce type morbide caractérisé par l'association de la bronchite chronique et de l'emphysème. Lorsque cette association est réalisée, l'évolution de la maladie peut se faire dans lé sens de l'asthénie cardiaque. L'emphysème engendre, par un mécanisme que nous étudierons plus loin, d'abord l'hypertrophie et la dilatation du cœur droit, et plus tard l'asthénie cardiaque; le malade meurt alors avec tous les accidents de l'asystolie.

La tiibe)xuIose se développe quelquefois au cours de la bronchite chronique; si l'on a soin d'examiner de temps en temps les crachats au point de vue des bacilles de la tuberculose, on saisira le moment où la germination s'opère. Alors la maladie perd ses caractères primordiaux et le tableau morbide devient celui de la phtisie pulmonaire.

Pronostic. — La bronchite chronique peut durer de longues années sans

(') La toux aboyante de la puberté décrite récemment par Andrew Clarkc paraît devoir être assimilée à la tou.x hystérique telle que Lasègue l'a décrite en 1854 (Archives gén. de méd.).

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troubler sérieusement la santé; dans nombre de cas, elle peut, avec un traitement bien dirigé, s'améliorer, voire même guérir complètement; dan< d"autres, elle est rebelle à la thérapeutique. La situation du bronchitique, longtemps stationnaire, peut d'ailleurs s'aggraver brusquement avec les progrès de l'âge, sous l'influence de l'emphysème, de l'artério-sclérose sénile, de l'asthénie cardiovasculaire. La gangrène des bronches et la dilatation bronchique peuvent aussi venir assombrir le pronostic. Enfin, sous l'influence d'une poussée aiguë, le processus peut gagner les petites bronches et entraîner la mort par bronchopneumonie.

Diagnostic. — L'ensemble des signes que nous avons décrits plus haut permettra d'établir sans aucun doute le diagnostic de la bronchite chronique. Mais le diagnostic, s'il en restait là, serait absolument incomplet. Il faut, chez tout bronchitique, rechercher avec soin la cause de la phlegmasie bronchique.

L'examen bactériologique devra toujours être fait; sans lui, le diagnostic est incertain; lui seul permet d'écarter formellement la tuberculose. L'auscultation du cœur et l'examen des vaisseaux permettront d'affirmer qu'il ne s'agit pas d'une bronchite cardiaque. L'examen des urines fera connaître s'il s'agit d'une bronchite albuminurique. La recherche des antécédents fera reconnaître la bronchite asthmatique.

Si aucune de ces causes ne peut être invoquée, on examinera l'état du nez et du pharynx, où se rencontrent parfois des altérations qui entretiennent la bronchite. On recherchera aussi s'il n'existe pas d'état gastropathique auquel pourrait se rattacher l'affection des bronches.

En procédant rigoureusement à cette analyse clinique, le médecin acquerra les connaissances indispensables pour établir le pronostic et pour traiter d'une manière efficace.

Traitement. — La bronchite chronique est une affection pour le traitement de laquelle le médecin doit mettre en œuvre toute sa sagacité et toutes ses connaissances thérapeutiques. La médication doit varier avec chaque individu. Chez tel sujet, telle médication est assez efficace pour qu'à chaque nouvelle poussée, de lui-même, le malade y ait recours; il est des bronchitiques qui, grâce à une saison sulfureuse annuelle, supportent très bien leur état. D'autres fois, au contraire, il sera souvent nécessaire de changer la médication, en tenant compte des formes cliniques du mal et du tempérament du sujet; car ici, bien plus qu'ailleurs, on voit beaucoup de médicaments s'épuiser, et ne plus agir du tout après avoir été très efficaces.

Hygiène du calarrheu.c. — Les catarrheux possèdent à un très haut degré la sensibilité au froid {susceptibilité catarr/iale de Pidoux) ; c'est le froid qui cause le plus souvent les poussées aiguës dont on peut dire que chacune fait gravir un degré de plus à la maladie; il faut donc qu'ils se prémunissent contre l'action du froid. On essaiera d'abord d'aguerrir le malade par l'hydrothérapie, par les frictions sèches ou alcooliques. Si on n'y peut parvenir, on devra autant que possible éviter de sortir par les temps humides, fuir les changements brusques de température. Si sa situation le lui permet, il passera l'hiver dans un climat tempéré, dans une station hivernale : Pau, Dax, Madère conviennent dans les formes éréthiques; Cannes, Menton, Hyères, Nice, Amélie, dans les

IMARFAN.]

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foi'mes atoniques. Pendant Tété, il s'éloignera des villes où l'on respiie un ait' moins pur et plus chargé de poussière.

Médications {^). — Les médications qui ont été préconisées contre la bronchite chronique peuvent être classées comme il suit : 1" médications qui modifient les sécrétions bronchiques; 2« médication expectorante; 5" médication astringente: •4" médication stupéfiante; 5" médication révulsive; 6" aérothérapie; 7° traitement thermal.

v^près avoir indiqué les principaux agents de ces médications, nous spécifierons celles qui conviennent à la bronchite sèche, à la bronchite humide et à la trachéite.

l" Les médications, qui modifient les sécrétions bronchiques ont pour agents des substances renfermant des principes volatils qui, après absorption, viennent s'éliminer par les voies respiratoires et les modifient favorablement, en y réalisant un certain degré d'antisepsie (balsamiques, gommes-résines, plantes à huile essentielle, sulfureux). — Parmi les balsamiques, le copaliu est un des plus efficaces contre la bronchite chronique. Si on ne l'emploie pas couramment, c'est peut-être à cause de sa mauvaise réputation, peut-être aussi parce que c'est un produit souvent falsifié. Le copahu subit dans l'économie une double éhmination; le principe le plus fixe, la résine, est excrété j)ar les reins; le principe le plus volatil, l'essence, s'élimine par la muqueuse respiratoire, Aussi Paquet a-t-il proposé de ne donner que l'essence privée de la résine. ■ M. Dujardin-Beaumetz recommande d'associer le copahu au goudron, qui évite, dans une certaine mesure, les rapports nidoreux du premier et qui complète son action ; il prescrit, à la dose de 4 à 8 par jour, des capsules renfermant 50 centigrammes d'un mélange, à parties égales, de copahu et de goudron. — Après le copahu se place la térébenthine, qu'on administre en capsules de 25 centigrammes à la dose de 6 à 8 par jour. On a conseillé de la donner à doses d'abord progressivement croissantes, puis progressivement décroissantes. La terpine et le terpinol semblent devoir détrôner la térébenthine dans le traitement des bronchites. Le goudron est inférieur aux préparations précédentes (-). La créosote et le gaïacol rendront parfois des services; nous exposerons les règles de leur administration en traitant de la phtisie. Le benzoate de soude a été employé de la même manière que dans la bronchite aiguë. Le baume du Pérou est peu employé; le baume de Tolu, sous la forme de sirop de Tolu, sert ou de véhicule pour les potions ou d'édulcorant pour les tisanes pectorales. — Parmi les gommes-résines, citons Vasa fœtida, le galbanum et surtout la gomme

(') Dujardin-Beaumetz, Clinique thérapeutique, t. II, 5"^ édition, p. 457; TraiLement du catarrhe pulmonaire.

N. Guéneau de Mussy a recommandé la préparation suivante :

Goudron purifié 2 grammes

Benjoin de Siam 2 —

Poudre de Dower 1 gramme

Pour 40 pilules : de 4 à 8 par jour.

Voici une autre formule :

Térébenthine

Goudron

Baume de Tolu 6

Benzoate de soude 9

Pour 80 pilules : 8 par jour.

aa 2 grammes

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ammoniaque, que Delioux de Savignac. a conseillé (remployer à la dose de 2 à 8 grammes par jour. Parmi les plantes à huile essentielle, on a utilisé le boldo, le biichu, les bourgeons de sapin et Veucalyptus.

L'usage des sulfureux est parfois très elTicace, ce qui tient à Télimination de l'hydrogène sulfuré à la surface des voies respiratoires (Cl. Bernard). Mais les préparations artificielles de soufre sont inférieures aux eaux sulfureuses naturelles(').

Quand les balsamiques sont mal supportés par l'eslomac, on peut les administrer en inhalations.

Les iodures et les bromures modifient parfois heureusement les sécrétions dans le catarrhe sec et la bronchite asthmatique.

L'usage de presque tous les remèdes que nous venons d'énumérer est formellement contre-indiqué s'il existe une lésion rénale.

2° Médication expectorante. — Le tartre stibié, à la dose journalière de I à 2 centigrammes, a été conseillé par quelques auteurs; mais il provoque rapidement de l'intolérance gastro-intestinale et son emploi ne peut être continué longtemps. Le chlorhydrate (Cammoniaque a été proposé aussi pour lutter contre l'encombrement des bronches. Delveavi a même proposé le chlorhydraie d'ammoniaque à la dose de 1 à 2 grammes par jour comme traitement systématique des catarrhes chroniques.

Notons ici que la plupart des balsamiques, et surtout la térébenthine, sonl considérés comme possédant une action expectorante, attribuée par Rossbacli à un effet direct sur les glandes, et par Virchow à l'accélération des mouvements des cils vibratiles que provoquent foutes les substances résineuses.

Médication astringente. ■ — En vertu de cette idée théorique qu'on pcnl combattre l'hyperémie et l'hypercrinie bronchique en administrant les astringents, quelques médecins ont conseillé l'usage du tanin, du iritanhia, de Vacétale de plomb {^). Seul, le tanin, préconisé surtout par Woillez, est encore employé; et depuis que Debauque a découvert que le tanin a la propriété de dissoudre l'iode, on a utilisé, avec un certain succès, les solutions iodo-tannique^.

¥ Médicalio)i stupéfiante. — Pour calmer la toux, il sera souvent indiqué d'administrer, comme pour la bronchite aiguë, Vopium, la belladone, Veau de laurier-cerise et l'aconit. Le chloral et le bromure c/e joo^flssmm seront préférés dans certaines formes (catarrhe sec). L'usage des tisanes rend aussi des services quand la toux est trop opiniâtre; on emploie les infusions de fleurs pectorales et d'espèces béchiques.

i)" Médication révulsive. — Quand il se produit une poussée aiguë dans le cours de la bronchite chronique, la révulsion superficielle et étendue à l'aide des cataplasmes sinapisés, des ventouses sèches, de la teinture d'iode soulage beaucoup les malades; le vé^^icatoire est parfois utile quand la maladie se localise d'une manière prédominante en un point limité.

C" AérotJiérapie. — On a beaucoup recommandé, dans ces derniers temps,

(') On peul aflminislrer le soufre sous forme d'iiyposulfite de soude (3 gr. à i gr. par jour) dans un Julep gommeux, ou sous forme de fleur de soufre en cachels (0,oO par jour).

0 Pilules de Traube :

Acélale de plomb Oe'-,50.

Tanin 5^'.

Conserve de roses Q- S.

Divisez en 50 pilules : .5 par jour.

TP.VITÉ DE MÉDECINE, 2' édit. — VI. '22

[MARFAN.^

MALADIES DES BRONCHES

l'usage de l'aérothérapie. On se sert des appareils de Waldenburg ou de M. Dupont, qui permettent au malade d'inspirer dans V air comprimé el d'expirer dans l'air raréfié. Grâce à ces appareils, il s'établit dans l'arbre bronchique un double courant aérien très actif qui aide à l'expectoration des mucosités et permet aux bronches de reprendre leur élasticité (voyez Traitement de l'em- })hysème).

1° Traitement thermal. — Ce sont les sources sulfureuses et les sources arsenicales qu'il convient d'employer. Le catarrhe sec est favorablement influencé par les eaux arsenicales du Mont-Dore, de la Bourboule, de Plombières, et par les eaux sédatives de Royat. La bronchite humide est favorablement influencée par les eaux sulfureuses; aux malades torpides, à réactions faibles, conviennent surtout les Eaux-Bonnes, Cauterets, Saint-Honoré et Saint-Sauveur; aux autres, Barèges, Clialles, Marlioz, Saint-Gervais , le Vernet, Bagnères-de- Luchon, enfin Amélie-les-Bains, qui, en outre de ses sources sulfureuses, présente l'avantage d'être une station d'hiver.

Des médications qu'il convient d'employer dans le catarrhe humide et le catarrhe sec. — Dans les formes humides, il faut employer les modificateurs des sécrétions, les expectorants, les astringents, l'opium, la belladone, l'aconit. Dans la forme sèche, la révulsion superficielle et étendue et l iodure de potassium sont les meilleures médications; C. Paul a recommandé de ne pas user ici, comme calmants, des stupéfiants d'origine végétale; bien mieux que l'opium et la belladone, le bromure de potassium et le chloral sont indiqués dans le catarrhe sec pour faire cesser cette irritabilité bronchique, qui porte le spasme de la toux jusqu'à la suffocation. On se trouve bien aussi, dans le catarrhe sec, de faire respirer au malade des vapeurs d'eau chauffée à 60 degrés après addition de 2 pour 100 de sel marin.

Traitement de la trachéite citronique. ■ — Le seul traitement efficace de la trachéite chronique est le traitement local.

Dans les cas légers et récents, MM. Lubet-Barbon et A. Martin conseillent les inhalations de vapeurs de menthol ('). Leur appareil consiste en un pelit flacon à deux tubulures dans lequel sont contenus des cristaux de menthol. Le menthol entre en fusion à 58 degrés, et se résout en vapeur à i5 degrés. Il suffit donc de plonger la partie inférieure du flacon dans un petit vase rempli d'eau chaude povu' voir la partie supérieure du flacon se remplir d'une buée blanchâtre qui se dégage par les tubulures. L'une d'elles est munie d'un tube de caoutchouc terminé par un embout de verre par lequel le malade aspire les vapeurs mentholées. Chaque séance doit comprendre cinq ou six inspirations el peut être renouvelée toutes les trois ou quatre heures.

Dans les cas anciens et invétérés, il faut pratiquer des injections intra-trachéales. En 1855, Green introduisit pour la première fois dans la trachée des solutions de nitrate d'argent pour combattre l'inflammation de la trachée et des bronches. Cette pratique, d'abord repoussée, est aujourd'hui reconnue comme la plus efficace. M. Lubet-Barbon, à l'aide d'une seringue munie d'une canule longue, mince et recourbée, pratique des injections avec une solution huileuse de menthol à 5 ou 10 pour 100. Récemment on a proposé d'ajouter à cette solution 2 pour 100 de gaïacol. La canule doit être introduite profondément, à l'aide du laryngoscope, de façon que la solution puisse pénétrer directement dans la

(') LuBET-BAnBON et A. Martin, Annales de lunjngologie, 1802, p. 108.

FORMES CLINIQUES DE LA BRONCHITE

trachée, à travers l'orifice de la glotte, pendant une inspiration profonde du malade. Le liquide injecté se répand à la surface de la muqueuse plus ou moins profondément. Le plus habituellement, ces injections sont parfaitement tolérées; et déjà, à partir du premier jour, on observe un amendement notable des symptômes.

Quelques auteurs affirment que le liquide ainsi injecté pénètre profondément jusqu'aux dernières ramifications bronchiques; aussi a-t-on voulu étendre ce procédé à la cure de presque toutes les affections des voies respiratoires, en injectant diverses substances en solution dans l'huile ou dans l'eau (Pignol, Botey, Mendel)(').

Le médicament choisi pour être injecté ne doit pas être trop toxique; car la propriété d'absorption de la muqueuse respiratoire est considérable.

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