BRONCHITE ASTHMATIQUE
L'asthme est une maladie liée à une prédisposition héréditaire qui se manifeste essentiellement par des accès de dyspnée, revenant à intervalles plus ou moins éloignés, et engendrés par un spasme des muscles bronchiques et des muscles inspirateurs et une paralysie des forces expira tinces. L'accès de dyspnée se termine par expulsion de petits crachats gluants qui ressemblent à des fragments de vermicelle cuit (crachats perlés de Laënnec). L'accès fini, l'expectoration devient plus fluide, et pendant quelques jours il existe un certain degré de catarrhe bronchique.
Les accès d'asthme, en se répétant, engendrent de l'emphysème. De plus, à mesure que ces accès se renouvellent, Vliyperémie et V hypercrinie bronchiques tendent à devenir ' permanentes. Et au bout d'un certain temps, les grands accès dyspnéiques ont disparu, faisant place à une dyspnée plus légère, mais constante, non paroxystique; il reste un emphysème définitif et un catarrhe bronchique permanent (^).
Dans les premières périodes, le catarrhe asthmatique affecte les caractères du catarrhe sec; il garde ces caractères plus ou moins longtemps; il finit par devenir un catarrhe muco-purulent. Alors l'asthmatique est transformé en un bronchitique emphysémateux, et les anamnestiques peuvent seuls permettre de remonter à la source de l'affection. D'ailleurs, comme les bronchitiques emphy sémateux, le sujet présente à un certain moment de la dilatation du cœur avec le cortège habituel des signes de l'asthénie cardiaque.
Il est facile de diagnostiquer l'origine asthmatique d'une bronchite lorsque le sujet a présenté pendant longtemps les accès d'asthme classique. Mais,, d'après G. Sée, la névrose asthmatique comporte trois éléments : l" l'élément pneumo-bulbaire (accès de dyspnée); 2° l'élément mécanique (emphysème,, asthme alvéolaire); 5" l'élément séci^étoire (asthme catarrhal). Or, l'élément
(') Mendel, L'injection trachéale dans les affections broncho-pulmonaires chroniques. Méd. moderne, 16 déc. 1890.
(*) L'asthme est, comme la migraine, une névrose qui vieillit et qui, en vieillissant, perd la netteté de ses caractères originels (Lasègue).
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MALADIES DES BRONCHES
sécrétoire, catarrhal, pourrail être prédominant dès le début et Torigine de la bronchite pourrait dans ce cas passer inaperçue. C'est ainsi que le catarrho sec serait presque toujours un asthme méconnu ; il en serait de même du catarrhe pituiteux de Laënnec. Cette question de l'asthme larvé reste encore en suspens. Nous ne possédons pas un signe pouvant servir de critérium infaillible pour reconnaître l'asthme en dehors des crises de dyspnée caractéristiques. Mais les travaux récents sur les crachats de la bronchite asthmatique semblent nous acheminer vers la découverte de ce critérium.
Des crachats dans la bronchite asthmatique. — Le microscope a permis de constater dans les crachats des asthmatiques, particulièrement dans les crachats perlés expulsés vers la fin de la crise, des éléments spéciaux qui sont : les spirales bronchiques, les cristaux de Charcot-Leyden, les cellules éosinophiles, les cellules pigmentées.
\° Spirales. — En examinant au microscope les crachats perlés, on voit qu'ils sont formés de filaments s'enroulant autour d'un axe brillant, sous forme d'une
FiG. 5. — Spirales bronchiques provenant des crachais d'un asUimaliqne. Grossissement de 275 diamèlres (d'après Eichhorst).
élégante spirale (fîg. 5). Ces spirales de VaslJune ont été décrites d'abord par Leyden, puis par Ungar; elles ont fait l'objet de recherches importantes de la part de Curschmann. Elles sont enveloppées d'une masse muqueuse; elles renferment, dans les ^interstices des tours de spires, des cristaux de Charcot- Leyden et des cellules éosinophiles. Elles sont constituées probablement par de la mucine (Pel). Patella a décrit récemment la dégénérescence hyaline des spirales anciennes, dégénérescence à laquelle se relierait la production des cristaux de Charcot-Leyden. M. Nuel considère ces éléments comme des produits d'une exsudation épithéHale(').
2° Cristaux de Charcot-Leyden. — Leyden a signalé dans l'expectoration des asthmatiques des cristaux spéciaux que Charcot avait déjà observés dans les
(*) Sur la pathogénie et le traitement de l'asthme bronchique. Acad. de méd. de Belgique février 1893,
FORMES CLINIOLES DE LA BRONCHITE
FiG. J. — CrisUuix lie Charcol-Lfyden dans les crachais d'un asi.hmatique. Grossissemeril de 500 dianièlres.
crachats du catarrhe sec et dans le sang des leucémiques. Ce sont des pyramides doubles, très aiguës, brillantes, de dimensions variables (fig. 4). On connaît mal la composition chimique de ces cristaux; l'ancienne opinion de Friedreich et Hûber, qui les considéraient comme formés de tyrosine, a été reconnue inexacte. Salkowski croit qu'il s'agit là d'une substance mucinoïde cristallisée, et Schreiner d'une combinaison d'acide phosphorique avec une base organique.
Leur apparition brusque et en très grand nomljre au moment des accès d'asthme, leur présence constante, leur rapide disparition après l'accès ont fait considérer ces cristaux comme pouvant être la cause de l'accès d'asthme en déterminant par leur présence le spasme des jjronches. Mais nous verrons qu'on peut les observer eu dehors de l'asthme.
3° Cellules éosinophiles. — Plusieurs auteurs, et tout récemment Leyden, ont montré que dans les crachats de l'asthme, les cristaux dont nous venons de parler étaient toujours accompagnés par des cellules éosinophiles (cellules munies d'un noyau multilobé et de forme variable, ayant un protoplasma jaunâtre et se colorant par les couleurs d'aniline dont le principe tinctorial est un acide, cellules qu'on trouve quelquefois dans le sang normal et presque toujours en abondance dans le sang des leucémiques, et qui viendraient, d'après Ehrlich, de la rate et de la moelle des os où on les trouve aussi). Leyden croit que des rapports intimes existent entre les cellules éosinophiles et les cristaux; car on ne trouve jamais les uns sans les autres, aussi bien dans le sang des leucémiques que dans les crachats et le sang des asthmatiques (').
D'après Kichensky, les cellules éosinophiles se forment sur place, aux dépens des globules blancs issus des vaisseaux dans les bronches, parliculièrement aux dépens des neutrophiles; les cristaux de Gharcol-Leyden se formeraient aux dépens des granulations des cellules éosinophiles (^).
4" V. Noorden a trouvé aussi dans les crachats de l'asthme de grandes cellules pigmentées; ces cellules sont de nature variable; certames viennent de l'épithélium bronchique ou alvéolaire; d'autres sont des leucocytes tantôt neutrophiles, tantôt éosinophiles. Le pigment renferme du fer, dérive de l'hémoglobine et paraît identique à l'hémosidérine de Neumann. Par conséquent, ces cellules sont analogues aux cellules cai'diaques. (Voy. Cong. pulmonaire.) La présence de ce pigment d'origine sanguine est due aux petites extravasations sanguines qui se produisent dans l'appareil broncho-pulmonaire au moment de l'accès d'asthme (■').
Parmi ces éléments, il en est, comme les spirales de Curschmann et les cellules pigmentées, qui peuvent faire défaut dans des cas d'asthme typicjue. On peut les rencontrer d'ailleurs dans d'autres affections. Les spirales ont été
(') Leyden, Semaine médicale, 1891, n" 2G et 50. — II. F. Mulleiî, Ziir Lelire voin Asthma bronchiale. Ein Beitrag zur Kenntniss dcr electiven LeukoLaxis {CenlrallAalt fiir aUijemeine l'ail, olofjie nnd palh. Anal., Bd. IV, n° li. p. 529, l.'i juillet 1895).
(^) Kichensky, Contribulion à l'élude de l'origine des cellules éosinophiles et des cristaux de CIiarcoL-Leyden dans les crachats des malades atteints d'asthme bronchique. Arcb. russes de palh., de médecine clinique cl de bactériologie, 1896, vol. I, fasc. 1 et '2.
(') C. V. NooiîDEN, Beitrage zur Pathologie der Asthma bronchiale. Zeitscli. f. Iclin. med.. Bd. XX, H. 1 et 2, 1892.
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MALADIES DES BRONCHES
-constatées clans la bronchite simple ou fîbrineuse, la pneumonie, la tuberculose; Koracs les a vues dans les crachats de la bronchorrhée séreuse consécutive à la thoracentèse. Les cellules pigmentées se rencontrent dans les crachats des cardiaques. On ne peut donc accorder à la présence de ces éléments qu'une médiocre importance.
Mais les cristaux octaédriques et les cellules éosinophiles paraissent toujours présents dans les crachats des asthmatiques. On en a naême déduit une théorie de l'asthme, différente de la théorie classique de la névrose bulbaire. On suppose que l'accès est engendré par l'élimination à travers la muqueuse des bronchioles d'un poison irritant qui se cristallise sous forme de cristaux de Charcot- Leyden et attire les cellules éosinophiles en vertu des lois de la leucotaxie élective, c'est-à-dire en vertu des propriétés que possèdent certaines substances d'attirer tels leucocytes plutôt que tels autres. Telle est la manière de voir des auteurs allemands et de H. F. Mûller en particulier.
Laissant la théorie de côté, on doit se demander si la présence des cristaux et des cellules éosinophiles dan^ les crachats est vraiment caractéristique d'une bronchite asthmatique. On ne peut répondre affirmativement, car on trouve ces éléments dans d'autres circonstances.
D"après F. A. Hoffmann et W. Teichmûller ('), la présence en très grande abondance des cellules éosinophiles dans les crachats serait caractéristique d'une forme spéciale de bronchite à laquelle ils donnent le nom de bronchite éosinophilique. Cette affection s'observerait surtout dans le sexe masculin et dans la classe pauvre. Elle se présenterait sous forme d'une maladie à rechutes, dont les crises pourraient durer une quarantaine de jours. Le sujet serait pris d'une oppression légère et de douleurs thoraciques, d'une toux assez peu marquée, mais donnant lieu au rejet de crachats transparents, muqueux(non pas v isqueux comme ceux de l'asthme), renfermant un très grand nombre de cellules éosinophiles, des cristaux de Charcot-Leyden, mais non pas des spirales de Curschmann. Pendant la crise, l'appétit diminue; il y a des nausées et parfois des vomissements, de l'insomnie, des transpirations. De nouvelles études nous fixeront sur la signification de cette bronchite éosinophilique. Mais en vérité elle semble très voisine de la bronchite asthmatique.
Ce qui diminue beaucoup plus la valeur de la présence des cellules éosinophiles et des cristaux, c'est qu'on les a rencontrés dans la bronchite simple ou fibrineuse, la pneumonie, la tuberculose. On les a trouvés dans le mucus nasal de sujets atteints de polypes avec ou sans asthme, voire même de coryza simple. Il est donc un peu risqué de prétendre que ces éléments sont caractéristiques de la bronchite asthmatique, et, jusqu'à plus ample information, on ne peut donner le nom d'asthmatique à une bronchite que lorsqu'elle a été précédée par des accès d'asthme classique. Toutefois, il importe désormais de rechercher les éléments que nous venons d'étudier dans les crachats de tous les catarrhes bronchiques, particulièrement dans ceux du catarrhe sec et du catarrhe pituiteux, ces deux formes étant celles qui, d'après l'observation clinique, ont le plus d'affinité avec l'asthme.
Asthme bronchitique des enfants. — La bronchite asthmatique des enfants mérite une mention particulière. Elle est quelquefois fort difficile à distinguer
(') Teichmûller, La bronchite éosinophilique. Deulsch. Archiv. f. klin. Med., LXIII, 5-6, 1899.
FORMES CLINIQUES DE LA BRONCHITE
de la bronchite aiguë intense ou même de la bronchite capillaire. Cette forme morbide est insutlisamment décrite par les auteurs, mais on en retrouve cependant quelques exemples dans les cliniques de Trousseau ('), et dans le mémoire de Politzer (-). D'après M. L. Guinon (^), voici les caractères avec lesquels elle se présente. Elle apparaît souvent de très bonne heure, à 5 ans, "2 ans, 1 an et demi même; parfois on ne retrouve aucun antécédent asthmatique dans la famille. L'enfant est pris tout à coup, à une heure quelconque de la journée, d'une toux fréquente, pénible, quinteuse, et presque en même temps de dyspnée; la fièvre est constante; dès le début de l'accès, elle est très-violente, la température atteint 59 degrés; le pouls, chez un ^enfant de 5 ans, atteint IGO, 170; la face est rouge, vullueuse, les yeux sont larmoyants et congestionnés; on constate le battement des ailes du nez; les mouvements respiratoires sont toujours accélérés, contrairement à ce t[ui s"oI)ser\e chez l'adulte; au début de l'accès, l'expiration est longue, pénible, sifflante ; mais au bout de quelques heures dans les accès très violents, de un ou trois jours dans les autres cas, la respiration est uniformément accélérée, bien qu'elle reste plus profonde que dans la dyspnée des affections respiratoires aiguës. Il existe toujours dès la première heure un état saburral des voies digestives, la langue est sale, couverte d'un enduit blanc jaunâtre, la soif est vive, et les vomissements fréquents. Si l'on ausculte dès le début, on peut constater les caractères de l'expiration asthmaticjue; mais rapidement, en quelques heures, la poitrine se remplit de râles de tous caractères, surtout de râles sous-crépitants fins, dont l'abondance et la finesse sont telles qu'on est porté à penser qu'il s'agit d'une bronchite capillaire généralisée; si l'on y joint la fièvre intense, le tirage costal, l'abattement de l'enfant qui reste inerte dans son lit, on comprend combien l'erreur est facile et comment Trousseau a pu la commettre. Cependant, après 5 ou 4 joui's de cet état, la fièvre et la dyspnée diminuent, les râles dcAiennent plus rares et plus gros, l'appétit reparaît et l'enfant ne conserve que des signes de bronchite qui s'exaspèrent un peu le soir et pendant la nuit; souvent la convalescence est interrompue par des poussées congestives (dyspnée, fièvre, malaise, respiration soufflante en quelque point de la poitrine) ; ces congeslions ont une évolution très rapide; elles peuvent se résoudre en quelques heures.
Traitement. — Le traitement de la bronchite asthmatique a été exposé avec le traitement de l'asthme. Bornons-nous à rappeler que les médications dirigées contre le catarrhe sec peuvent être employées contre la bronchite asthmatique; à l'iodure de potassium on pourra joindre l'usage de la teinture de lobélie enflée à la dose de 1 à i grammes par jour. Lorsque la bronchite est devenue muco-purulente, elle relève des médications dirigées contre les catarrhes humides.
(') Trousseau, Clin. méd. de l'Holel-Dieu, vol. II, p. 464, 7'= édition, 1885. (^) Politzer, Uebei- Astlinia bronchiale, Bronchienkrampr im Kindesaller; Jalirb. f. Kindarh., vol. III, 1870.
(») Communication orale.
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