BRONCHITES ALBUMINURIQUES
Lasègue a décrit avec soin les « bronchites albuminuriques ». Sous ce nom, il entendait l'ensemble des accidents Ihoraciques du mal de Bright, sauf l'œdème aigu du poumon qu'il ne connaissait pas. On peut accepter la description de Lasègue, lorsqu'on est prévenu de la manière dont il a défini le sujet. Lasègue distingue trois types principaux de bronchite albuminurique : 1° La forme la plus simple et la plus commune, c'est Vœdème bronclio-pulnwnaire fugace et migrateur. Le malade tousse peu ; mais une dyspnée plus ou moins vive lui fait demander l'assistance du médecin. Cette dyspnée a des paroxysmes; elle ne s'accroît pas par le mouvement; elle est plus vive pendant la nuit que pendant le jour; elle met le malade en orthopnée. C'est le p.s?»(/oastlrme albuminurique. A l'auscultation, dans un ou plusieurs points qu'il faut chercher avec soin, on entend des râles crépitants sans souffle, agglomérés de
(') Huchard, Dyspnée cardiaque; Semaine rnéd., 1890, p. 125; et Traité des maladien du cœur. — Renaut, Myocardite segmentaire essentielle des vieillards; Gaz. des Itopitaux, 1890, p. 202.
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MALADIES DES BRONCHES
manière à conslituei' des foyers. Ces foyers n'ont pas de siège fixe; ils se produisent tantôt dans les portions supérieures, tantôt à la base des poumons, souvent dans les régions axillaires. Ils n'occupent jamais un lobe entier. Ils sont très mobiles; ils changent quelquefois de place dans le courant d'une auscultation de quelques minutes; ailleurs, ils se maintiennent au même siège pendant plusieurs jours, rarement au delà; dans ce dernier cas, s'ils sont localisés au sommet du poumon, ils peuA-ent en imposer pour la tuberculose (').
Cette forme est apyrétique; elle est souvent de peu de durée; mais elle réapparaît avec i^ne extrême facilité. Elle est souvent le premier indice qui met sur la voie d'une albuminurie commençante ou jusque-là latente.
2" La deuxième forme constitue la bronchite albuminurique proprement dite] elle survient chez des albuminuriques avérés, elle se déclare souvent subitement et acquiert du premier coup vme grande intensité. Le malade éprouve une dyspnée intermittente, à paroxysmes. La toux est fréquente, elle s'exagère durant les ci'ises d'oppression; elle s'accompagne de l'expectoration de crachat^muqueux ou muco-purulents, souvent mélangés de sang diffus ou de filaments noirâtres. L'auscultation montre que la bronchite a une évolution ascendante; elle part des alvéoles pour monter vers les bronches; tout d'abord on ne constate que des foyers d'œdème semblables à ceux de la première forme ; ce n'est que plus tard qu'apparaissent des râles muqueux et sous-crépitants et des râles l'onllants et sibilants.
Cette forme, indice d'un mal de Bright avéré, se produit sans fièvre; elle peut disparaître au bout d'un certain temps, mais elle est sujette à des rechutes.
3" La troisième forme éveille l'idée d'une véritable bronclio-pneumonie. Elle débute souvent, comme les précédentes, avec une certaine brusquerie, elle s'accompagne fréquemment d'un état fébrile. La toux est répétée, intense, et s'accroît tous les jours; l'expectoration est abondante et parfois sanguinolente. L'oppression est vive; elle est continue avec paroxysmes. A l'auscultation, on entend des signes de bronchite généralisée avec des foyers de râles crépitants qui persistent alors que les râles de bronchite ont disparu. L'affection suit ici une marche descendante; ce qui le prouve bien, c'est que la bronchite réapparaît au début de chaque poussée nouvelle et qu'elle disparaît la première, laissant après elle le foyer pulmonaire.
Lasègue se demande si cette troisième forme n'est pas une broncho-pneumonie vulgaire greffée sur le terrain brightique. En tout cas, ce qui la distingue, c'est que, malgré l état cachectique, elle guérit habituellement.
Enfin, lorsque le mal de Bright atteint le dernier terme de son évolution, dans les moments qui précèdent la mort, il se produit ordinairement une congestion œdémateuse diffuse avec de gros râles humides dus à la stase du mucus bronchique.
Pathogénie des bronchites cardiaques et des bronchites albuminuriques. —
Il est facile de voir que le tableau tracé par Lasègue des bronchites albuminuriques a plus d'une ressemblance avec celui des bronchites cardiaques. Ou'observons-nous dans les deux cas?
1° Des congestions et des œdèmes passifs des bronches et du poumon,
(') E. HiRTz et P. Merklen, Diagnostic de certaines formes de broncliite albuminurique avec la tuberculose, La Presse médicale, 28 déc. 1898. — Sichère, Bronchites albuminuriques, diagnostic avec la tuberculose; Thèse de Paris, 1899, n» 37.
FORMES CLLXinUES DE LA BROXCIIITE
lésions à siège fixe, occupant les parties déclives ; incontestablement il s'agit d'accidents mécaniques dus à Va lpiihHss.,'iH('nt de raction du cœu)', atlaiblissenient cpii est la règle dans les cardiopathies, et qui accompagne souvent, on le sait, l'évolution du l^rightisme;
2° Des congestions et des œdèmes des bronches et du poumon, actifs, mobiles, passagers, variables, mais récidivant avec facilité. Ici nous pensons qu'il s'agil d'accidenis nerveux liés à un trouble des vaso-moleurs des bronches et des poumons. Dans le mal de Bright, ces accidents sont sans doute dus aux poisons urémiques qui frappent les vaso-moteurs des bronches et du poumon, soil directement dans leurs ramifications terminales, soit à leur origine bulbo-médullaire. Dans les cardiopathies, il est vraisemblable qu'il s'agit d'accidents ayant une origine analogue et qu'il faut incriminei", soit l intoxication qui accompagne l'insuffisance rénale, soit celle qui résulte de l'insuffisance de l'hématose (autointoxication par l'acide carbonique).
C'est pour obéir aux exigences de la pathologie que nous avons décrit séparément les bronchites cardiaques et les bronchites albuminuriques. Au lit du malade, les faits n'offrent pas toujours une distinction bien tranchée ; la limite qui sépare les accidents cardiaques et les accidents albuminuriques est parfois impossible à tracer.
Traiteir ent. — Le lait, quelquefois 1 iodure de potassium, la révulsion sur les lombes, en agissant favorablement sur la lésion rénale, améliorent les bronchites albuminuriques. Contre la bronchite elle-même, l'application répétée de ventouses sèches sur le thorax, en nombre presque illimité, est le meilleur moyen de soulagement (Lasègue). Les calmants ne donnent pas de résultats favorables. La dérivation intestinale est au contraire assez efficace.
Les lésions rénales et les lésions cardiaques coexistent et se conjug-uent souvent pour produire la bronchite chronique. En pareil cas, le médecin devra savoir, àl'occasion, combiner le traitement des bronchites cardiaques à celui des bronchites albuminuriques.
BRONCHITES DANS LA FÎÈVRE TYPHOiOE ET LES ÉTATS ADYNAIWiaUES ET CACHECTiaUES
Les bronchites qui s'observent si communément dans les états généraux graves (fièvre typhoïde, typhus, états typhoïdes, adynamiques ou cachectiques) présentent trois caractères communs : I" elles sont souvent bénignes et ne nécessitent d'autre traitement que celui de l'état morbide primordial ; il est exceptionnel qu'elles soient graves et qu'elles deviennent par elles-mêmes une source d'indications thérapeutiques; 2" elles s'accompagnent ordinairement de congestion pulmonaire avec pneumonie épithéliale (splénisation) ; 5" elles ne s'accompagnent pas nécessairement de coryza et de laryngite.
Bronchite dans la fièvre typhoïde. — Dans la fièvre typhoïde, la bronchite est constante : elle survient dès le début, le quatrième ou cinquième jour, d'après
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Louis, et ne disparaît qu'à la convalescence. Dans le plus grand nombre des cas, elle est légère, bénigne, et n'est presque jamais une source d'indications thérapeutiques ; mais, par sa constance, elle a une très grande A'aleur pour le diagnostic. Ordinairement, la bronchite de la fièATe typhoïde s'accompagne d'une pneumonie lobulaire légère avec congestion plus ou moins prononcée (splénisation).
Cependant la trachéo-bronchite de la fièvre typhoïde peut présenter une très grande intensité, ce qui paraît dépendre des épidémies. C'est dans ces formes intenses que l'inflammation gagne les parties profondes et peut provoquer des lésions des cartilages (chondrite, périchondrite, nécrose, abcès, etc..) ; c'est dans ces mêmes formes qu'on peut voir se développer une broncho-pneumonie grave.
M. Billout(')a décrit, sous l'inspiration de M. Gilbert, une bronchite initiale intense ; il suppose qu'il s'agit d'une localisation précoce du bacille typhique, d'une broncho-typhoïde, ce qui n'est encore qu'une hypothèse. N. Guéneau de Mussy et Millée (*) ont décrit les mêmes faits sous le nom de fièvre typhoïde à début grippial, admettant que grippe et dothiénentérie peuvent se développer et évoluer de concert chez le même sujet, surtout en temps d'épidémie grippale ; quelques sujets, après une fièvre typhoïde, conservent une susceptibilité très ; grande des bronches; ils contractent des bronchites qui peuvent se compliquer de broncho- pneumonie, laquelle peut être mortelle, ou se terminer par la guérison, ou par la sclérose du poumon, ou par la phtisie pulmonaire (^). '
Il est probable que les bronchites de la fièvre typhoïde sont, dans le plus . grand nombre des cas, des bronchites infectieuses non spécifiques. Si le bacille de la fièvre typhoïde a été trouvé quelquefois dans les poumons et les petites J bronches (Chantemesse et Widal, Polguère) ('), sa présence n'a pas été constatée, i que nous sachions, dans la paroi des grosses et moyennes bronches enflammées. '
BRONCHITE MALARIENNE
Le paludisme peut-il donner naissance à une bronchite intermittente, espèce de fièvre larvée? C'est ce qu'admettent Broussais, Laënnec et d'autres auteurs; c'est ce qu'admet aussi Gintrac qui a bien résumé les travaux antérieurs sur ce sujet. D'après ce dernier auteur, voici ce que l'on peut observer dans les pays à malaria : un, paludique a un accès de fièvre avec ses trois stades ; le stade de chaleur s'accompagne de toux, d'expectoration et d'oppression considérable; tous ces symptômes disparaissent avec l'accès. Plus récemment, Grœser a cité un paludique qui avait, tous les matins, sans fièvre, la rate étant normale, les signes d'une bronchite très intense qui disparaissait le soir(^). Ces états morbides cèdent à l'usage du sulfate de quinine.
(') BiLLOUT, Bronchite dans la fièvre typhoïde; Tlicse de Paris, 1890.
(-) Millée, De la fièvre typhoïde à début grippal; Thèse de Paris, 1884.
(') HuTiNEL, Convalescence et rechutes de la fièvre typhoïde; Thèse d'agrég., 1885.
('*) Polguère, Des infections secondaires. Leur localisation pulm. au cours de la fièvre typhoïde et de la pneumonie; Thèse de Paris, 1888. — G. Bruneau, De la nature des complications broncho-pleuro-pulmonaires de la fièvre typhoïde; Thèse de Paris, 1895.
(■') Groeser, Berliner klin. Woch., 6 oct. 1890.
FORMES CLINIQUES DE LA BRONCHITE