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CHAPITRE PREMIER CONGESTIONS PULMONAIRES

Historique. — Pour être complet, l'historique des congestions pulmonaires devrait remonter bien loin, car les faits que nous décrivons sous ce nom étaient connus depuis les temps les plus anciens. Leur interprétation, il est à peine besoin de le dire, a varié suivant les doctrines médicales, et l'idée que nous nous en faisons aujourd'hui diffère totalement de la conception qu'en avaient les anciens auteurs (^). Il serait intéressant, à ce propos, de comparer entre elles nos idées et les conceptions anciennes, mais ce travail nous entraînerait trop loin (^).

Au début de notre siècle, la question de la congestion pulmonaire était embrouillée et négligée. Laënnec n'avait décrit que l'œdème pulmonaire; il considérait la congestion pulmonaire comme une altération cadavérique. Andral (1829) étudia la congestion pulmonaire sous le nom d'Iiyperémie. Il opposait Vhyperémie sthénique, par irritation active, à Vhy])eréinie'asthéniqi(e, due à une diminution de tonicité des vaisseaux capillaires ou à une stase sanguine.

Dechambre montra la réalité et la fréquence de la congestion pulmonaire chez le vieillard. Legendre et Bailly affirmaient son existence chez l'enfant; ils l'avaient observée fréquemment associée à la broncho-pneumonie.

Fournet, en 1859, alla plus loin; il décrivit une congestion pulmonaire proto pathique, constituant à elle seule une véritable maladie (''). Cette idée fut reprise et développée par Woillez (1854, 1866, 1872), qui admit une congestion-maladie, distincte des congestions secondaires. Le type clinique décrit par Woillez a été généralement accepté. Son étude a été complétée depuis; M. Potain et ses élèves (Duflocq, Serrand) ont mis en évidence la participation pleurale au cours de certaines congestions pulmonaires. M. Grancher a décrit sous le nom de spléno-

(') Pour cette seconde édition, les chapitres des congestions et des œdèmes pulmonaires ont été revus avec la collaboration de M. le D' Aviragnet.

(-) Woillez, Traité des maladies des voies respiratoires, Paris, 1872. — E. Barié, Dict. encyclopédique des se. méi. — Queyrat, Revue de médecine, 1883. — G. Sée et Talamon, Maladies simples du poumon, Paris, 1886. — Dufloco, Congestion pleuro-pulmonaire, 1889, Steinheil édit. — Pahmentier, Manuel de médecine, tome I. — Méry, Traité de médecine et de thérapeutique, tome VIL

(■"') Nous conseillons de lire à ce sujet le travail du D'' Clermont intitulé : Note pour servir à l'histoire de la fluxion. Delahaye, éditeur, 1878. ('') Fournet, Recherches cliniques sur V auscultation, t. I, p. 298, in-S», Paris, 1839.

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pneumonie un type morbide voisin de la congestion de Woillez. L'École de Montpellier (Dupré) a réuni sous le nom de fluxion de poitrine catarrhale ces différents types morbides.

Nous retrouverons les travaux les plus récents sur la congestion pulmonaire au cours de cet article. Rappelons seulement qu'en ces dernières années on a démontré la nature microbienne de certaines congestions aiguës du poumon (Carrière, Grasset, etc.).

Les recherches anatomiques de MM. Renaut, Honnorat, Boy-Teissier sur le poumon cardiaque seront utilisées quand nous traiterons les congestions passives. Nous nous servirons de celles de MM. Renaut, Dieulafoy, Huchard, pour décrire l'œdème aigu du poumon dans un chapitre à part, distinct de celui des congestions passives avec œdème.

Définition. — La congestion du poumon est l'accumulation anormale de sang dans les vaisseaux de l'organe. Dans certains cas, le poumon s'engorge par le fait de la stase du sang dans ses capillaires : c'est la congestion passive. Dans d'autres cas, il s'agit d'un afflux subit et plus ou moins intense de sang dans les capillaires, d'une véritable fluxion sanguine active : c'est la congestion active.

L'étude des congestions passives est simple, parce que le processus anatomique qui les caractérise est nettement défini. Certaines congestions passives sont aiguës (celles des maladies infectieuses adynamiques) ; d'autres sont chroniques., s'accompagnent d'œdème et à la longue de sclérose pulmonaire (celles des cardiopathies arrivées à la période d'asystolie).

L'étude des congestions actives est, au contraire, difficile et délicate, parce qu'on réunit sous ce nom des processus morbides absolument distincts.

Voici un malade qui a été pris d'un point de côté violent, de frisson, de fièvre, de dyspnée, de toux; il expectore un liquide gommeux, quelquefois sanglant. A l'auscultation des poumons, on entend un murmure vésiculaire affaibli ou bien un souffle doux, étalé. Ce malade est atteint de congestion pulmonaire à forme pneumonique, type Woillez. Cette congestion a débuté, elle évolue et se termine comme une maladie infectieuse. Nous savons aujourd'hui qu'il s'agit, dans la majorité des cas, d'une pneumococcie.

Voici un type différent. Un paludéen, au cours de son accès de fièvre, est pris de dyspnée, de toux; à l'auscultation de ses poumons, on entend un souffle. Les phénomènes pulmonaires s'amendent et même disparaissent quand la fièvre tombe; ils reviennent avec le retour de l'accès et le sulfate de quinine les guérit définitivement. Cette congestion pulmonaire d'origine paludéenne, ce pneumopaludisme, suivant l'expression de M. H. de Brun, se différencie également de la congestion pulmonaire développée chez un aéronaute au cours d'une ascension ou chez des malades atteints soit de brûlures étendues, soit d'étranglement herniaire, soit de colique hépatique, soit d'affection utéro-ovarienne, etc.

Ces exemples montrent la diversité des aspects cliniques de la congestion pulmonaire. Les aspects anatomiques sont également dissemblables. Sans entrer dans les détails, il nous suffira de rappeler que, dans certains cas, il y a simple hyperémie de l'organe; — chez l'aéronaute par suite de l'abaissement de la pression atmosphérique; chez le paludéen, par le fait de l'apport et de l'élimination du poison malarique au niveau des capillaires (la congestion pulmonaire est ici de même ordre que les congestions hépatique et splénique qui s'observent d'une

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façon à peu près constante chez le paludéen); clans d'autres cas, comme chez ce malade atteint de congestion pulmonaire d'origine microbienne, il s'agit d'un processus nettement inflammatoire ; les lésions rappellent celles de la pneulïionie.

Nous trouvons également des différences pathogéniques. Dans un cas, la congestion est sous la dépendance des variations de la pression atmosphérique; elle est compensatrice d'un flux menstruel dans un autre (congestion pulmonaire avec hémoptysie liée à une suppression de règles) ; elle est d'origine réflexe chez la malade atteinte de colique hépatique ou de lésions ovariennes ; elle est d'ordre irritatif chez le paludéen. Les microbes interviennent dans d'autres cas et produisent la congestion, soit par action directe sur le parenchyme pulmonaire, soit en agissant par leurs toxines — comme dans la grippe — sur les plexus nerveux du poumon. (L'expérimentation a démontré qu'une lésion de ces plexus produit de la congestion pulmonaire.)

Classification. — Étiologie. — Pour mettre un peu d'ordre dans la question obscure et complexe des congestions actives, pour arriver à décrire tous les types morbides qui répondent à cette dénomination, nous proposons de les grouper en deux catégories : 1° les congestions actives idiopatliiques primitives, 2" les <'jingestions actives secondaires.

Sous le nom de congestions idiopathi(jues, nous comprenons toutes les congestions dont le début, la marche, la terminaison sont ceux d'une maladie infectieuse. L'évolution clinique de ces affections avait fait soupçonner leur nature parasitaire; les recherches de Carrière, Grasset et d'autres ont permis d'en faire la démonstration. Ces congestions constituent toute la maladie dont est atteint le malade; d'où le nom de congestions-maladies qu'on leur donne encore. Ce groupe comprend comme types principaux (il y a, cela va sans dire, des intermédiaires) : la congestion pulmonaire à forme pneumonicjue (type Woillez) ; la ■congestion à forme pleuro-pulmonaire (type Putain); la congestion à forme f<pléno-pneiimoniqiie (spléno-pneumonie de M. Grancher).

Existe-t-il réellement une congestion pulmonaire primitive, idiopathique? une congestion-maladie, suivant l'expression de Woillez ? Avec Germain Sée et Talamon, la plupart des auteurs estiment que les congestions pulmonaires sont toujours secondaires. Cela est possible, cela est vraisemblable. Mais qu'importe. Primitives ou secondaires, les congestions que nous dénommons idiopathiques constituent des types cliniques très voisins les uns des autres; ils doivent être décrits ensemble et séparés des autres variétés de congestion pulmonaire que toutes nous rangeons, pour la commodité de la description, dans les congestions secondaires.

Peut-être conviendrait-il de retenir dans le groupe des congestions idiopathiques le coup de sang pulmonaire qui résulte d'une hyperémie brusque du poumon produite par le froid intense (Voir les articles de MM. Parmentier et Méry), — ou encore la congestion pulmonaire à rechutes décrite par Weill {Province médicale, 1891 ; — voir aussi notre article dans la première édition du Traité de Médecine). Mais ces types diflerent tellement par leur aspect clinique, par leur anatomie pathologique, par leur pathogénie des variétés précédentes, (|ue nous préférons, pour plus de clarté, les décrire avec les congestions secondaires. (Nous les étudierons sous la rubrique : Congestions secondaires a frigore.)

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Ces remarques étaient nécessaires pour bien faire comprendre la classification étiologique que nous proposons.

A. Congestions pulmonaires actives primitives (congestionsmaladies).

B. Congestions pulmonaires actives secondaires.

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