TROUBLES SENSITIFS
§ 1. — ANESrilÈslE
Étiologie. — L'aneslhésie de la pituitaire est un symptôme assez rare dans les maladies de la muqueuse du nez. Bilatérale et généralisée, on l'observe chez quelques ozéneux; mais en pareil cas je ne l'ai jamais vue complète, même lorsque l'atrophie de la muqueuse est ancienne et excessive. La sensibilité est diminuée, mais non abolie, et l'anosmie est beaucoup plus accentuée que l'anesthésie sensitive. Dans la rhinite hypertrophique vraie (dégénérescence pseudo-myxomateuse), elle n'existe que sur les régions les plus malades, tandis que la sensibilité est conservée sur les autres parties de la muqueuse.
L'hémianesthésie de la pituitaire peut se voir à la suite de lésions des branches nasales du nerf trijumeau, ou de ses noyaux d'origine, ou des centres (protubérance, hémisphères cérébraux). On peut la constater dans les cas graves de névralgie du trijumeau, où le plus souvent elle a été précédée par de l'hyperesthésie, mais seidement lorsqu'il s'agit de névralgies symptomatiques; car en cas de névralgie a frigore suivie d'anesthésie, celle-ci n'atteint pas les muqueuses. L'hémianesthésie, avec ou sans névralgie antécédente, pourra résulter de tumeurs de la base du crâne, de traumatismes, plaies chirurgicales ou autres, d'exsudats méningés (méningites chroniques), etc., intéressant les branches nasales du trijumeau. Elle est alor^ limitée; et lorsque le ganglion sphéno-palatin est lésé, on peut voir, au début, l'anesthésie des l'égions innervées par ses branches coïncider avec des troubles sécrétoires (rhinorrhée séreuse). Quand, au contraire, la lésion siège avant le ganglion de Gasser, l'hémianesthésie est généralisée à toute la fosse nasale et coïncide avec celle des autres régions innervées par le même nerf. Il en est de même lorsque la lésion siège au niveau des noyaux d'origine, ainsi qu'on peut l'observer dans le tabès. Lorsqu'elle siège au-dessus des noyaux d'origine, l'hémianesthésie est croisée, et la conservation des réflexes peut rendre sa constatation difficile. En cas de lésion protubérantielle, l'olfaction, comme dans les cas précédents, reste intacte; mais, lorsque l'altération se trouve dans un hémisphère, au niveau de la capsule interne par exemple, l'hémianesthésie est complète et, en même temps que la face et les membres, les sens sont touchés et le malade présente de l'anosmie. Ces lésions centrales, de môme que celles qui siègent en deçà, jusqu'au niveau du ganglion de Gasser, peuvent donner lieu à des troubles trophiques de la pituitaire (ulcérations, etc.).
L'hémianesthésie nasale est un symptôme assez fréquent de l'hystérie. Chez les hystériques hémianesthésiques, la perte de la sensibilité de la fosse nasale, du côté affecté, est à peu près constante et coïncide le plus souvent avec l'hémi anosmie. Mais cette anesthésie semble être le plus fréquemment incomplète : M. Lichtwitz, qui l'a étudiée dans il cas, ne l'a jamais vue généralisée à toute
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MALADIES DES FOSSES NASALES
l'étendue de la pituilaire. La plupart du temps la partie postéro.-inférieure de la cloison l'estait sensible, et il existait des points sensibles a la région postérieure du plancher, du cornet inférieur et surtout du cornet moyen (').
L'anesthésie bilatérale de la muqueuse du- nez peut aussi se voir dans l'hystérie, en cas d'anesthésie totale, et même sans anesthésie cutanée généralisée. J'ai observé un homme, atteint d'anesthésie hystérique en îlots, qui présentait une anesthésie très accentuée du pharynx, de l'épiglotte, du pharynx nasal et des fosses nasales, en même temps que des troubles olfactifs et des accès d'éternuements névropathiques (^). Ceux-ci survenaient, le matin le plus souvent, à la suite de sensations de fourmillements et de picotements; le malade éternuait 80 ou 100 fois de suite, en môme temps qu'il se produisait une abondante rhinorrhée séreuse. Cependant, en dehors de ces accès, on pouvait, sans douleur pour le malade et sans qu'il ressente autre chose qu'une sensation de pression très obtuse, appuyer un stylet sur la plus grande étendue de la muqueuse nasale. L'application du galvano-cautère ne produisait qu'un peu de larmoiement et était à peine douloureuse. Ni les cautérisations locales, ni les bromures, ni l'hydrothérapie n'amenèrent d'amélioration durable.
Diagnostic, pronostic et traitement. — L'anesthésie de la pituitaire est facile à reconnaître à l'aide du stylet manié sous le contrôle de l'œil pendant l'examen rhinoscopique ; mais il faut la rechercher pour ne pas la laisser passer inaperçue. Lorsqu'elle a été constatée, on doit établir le diagnostic causal. Celui-ci, en dehors de l'hystérie, est parfois malaisé ; le plus souvent cependant l'analyse des symptômes permet de se faire une idée assez exacte du siège de la lésion et même de sa nature.
Le pronostic ainsi que le traitement varient suivant la cause de l'anesthésie. Les applications intra-nasales de courants continus auraient rendu des services dans certains cas.
§ 2. — HYPERESTHÉSIES — PARESTHËSIES — NÉVRALGIES
Symptômes et étiologie. — Vhyperesthésie de la muqueuse nasale semble être beaucoup plus fréquente que l'anesthésie. Il n'est pas douteux que beaucoup de gens soient infiniment plus sensibles que la très grande majorité des autres sujets à l'action des poussières, de la fumée, des vapeurs ou des gaz irritants, etc., et, sous l'influence de ces causes, souffrent exagérément de sensations intranasales pénibles ou douloureuses en même temps que de larmoiem eut, d'éternuements répétés, etc. Quelques-uns même ressentent dans le nez, au moment de l'inspiration, une sensation de fraîcheur exagérée, ainsi qu'une sensation de chaleur à l'expiration. Il s'agit, le plus souvent, soit d'hystériques, soit de sujets nerveux ou de souche névropathique. Chez les uns, les fosses nasales ne présentent aucune lésion et la susceptibilité de la pituitaire est en quelque sorte congénitale; chez d'autres, l'hyperesthésie n'est apparue qu'avec des lésions localisées (petits polypes muqueux, par exemple). L'hyperesthésie peut être généralisée à toute la muqueuse ou limitée à certains points.
(') LiGHTWiTZ, Les anestliésies lij^stériques des muqueuses; Thèse de Bordeaux, 1887. (^) Consultez l'arlicle de M. Ch. Féré, Les éternuements névropathiques, Progrès médical,
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Un assez grand nombre de névi'opalhes présentent, avec ou sans hyperesthésie concomitante, et quelquefois même en môme temps que de la diminution de la sensibilité, des parestliésies de cette région. Ce sont le plus souvent des sensations de sécheresse ou de brûlure, des picotements ou des fourmillements suivis ou non d'éternuemenls. Ces sensations ne peuvent être à bon droit considérées comme des parestliésies que lorsqu'elles ne coïncident pas avec des poussées congestives de la muqueuse.
Les névralgies isolées des branches nasales du trijumeau frappent surtout les rameaux nasaux de l'ophtalmique. Elles ne sont pas exceptionnelles, et j'en ai observé un certain nombre de cas, indépendamment de lésions nasales appréciables. Rares chez l'homme, elles se voient le plus souvent chez les jeunes femmes présentant des stigmates d'hystérie, ou chez des personnes simplement nerveuses, à l'époque de la ménopause. Les malades se plaignent d'élancements douloureux qu'elles rapportent au niveau de l'os propre du nez du côté malade, et à la région antéro-supérieure de la fosse nasale. La pression digitale, en dedans de l'angle interne de l'œil et au-dessous, est douloureuse. Quant à celle du stylet mousse appliqué sur la pituitaire, au-dessus de l'extrémité antérieure du cornet inférieur par exemple, elle est parfois très douloureuse, tandis que dans d'autres cas elle est assez bien supportée. Dans deux de mes cas, la pression du stylet, au niveau de la partie supérieure de la région cartilagineuse de la cloison, était très douloureuse. La cautérisation ignée profonde de cette région limitée a beaucoup amélioré l'un de ces malades, et a été inutile chez l'autre.
Traitement. — L'hyperesthésie, les paresthésies et les névralgies de la muqueuse nasale, lorsqu'elles ne coïncident avec aucune lésion locale ou voisine dont la disparition peut faire espérer la guérison des troubles sensitifs, sont le plus souvent rebelles aux moyens thérapeutiques ordinaires. Les névralgies des branches nasales de l'ophtalmique peuvent cependant céder à l'action' de l'aconit, de l'opium ou de la quinine, ou encore à celle de l'administration prolongée des bromures, suivant les sujets. L'antipyrine, administrée à doses suffisantes au moment des accès, calme presque sûrement les phénomènes douloureux. Mais le plus souvent l'affection est tenace, et les guérisons sont presque constamment suivies de récidives.