G. GUIHON
MALADIES EXTRINSÈQUES DE LA MOELLE ÉPINIÈRE
complexes, c'est le plus souvent au syndrome queue de cheval que l'on a affaire. Ce n'est d'ailleurs pas par l'étude des cas de compression que la lumière s'est faite sur les localisations du cône, mais par l'observation de lésions isolées de ce segment médullaire. Cette étude est d'ailleurs assez récente et il existe encore quelques divergences d'opinions à leur sujet.
VI. Compression de la queue de cheval (au-dessous de la première vertèbre lombaire) (voy. la fig. 'iU9). — Les nerfs de la queue de cheval comprennent les trois dernières racines lombaires et les racines sacrées et coccygiennes dont l'ensemble est réuni en un faisceau à l'intérieur du canal rachidien. Il ne s'agit donc pas, à proprement parler, de compression de la moelle. Mais il est naturel de placer ici ce chapitre, qui, strictement, rentrerait plutôt dans le cadre des névrites périphériques, parce que les agents intra-rachidiens de compression de la queue de cheval sont les mêmes que ceux qui produisent celle de la moelle dont nous avons traité jusqu'ici.
En général, aux symptômes que nous avons notés pour la compression du cône médullaire, s'ajoutent d'autres phénomènes provenant de la participation des racines du plexus sacré (nerf sciatique). C'est tout d'abord la paraplégie. Celle-ci, flasque dès le début, reste flasque pendant toute la durée de la maladie.
Elle s'accompagne, en général, assez rapidement à'a.troplne musculaire portant sur presque tous les muscles des membres inférieurs, sauf en partie ceux de la partie antérieure des cuisses, innervés par la deuxième racine lombaire. Celte atrophie est caractérisée dès le début par la réaction de dégénérescence. Le pied est en équinisme. mais au début .sans contracture. Plus tard il peut être fixé dans une attitude vicieuse par les rétractions tendineuses. Les sphincters sont toujours pris : d'où rétention d'urine avec ou sans incontinence par regorgement, et constipation avec ou sans incontinence des matières.
Le réflexe achilléen est aboli, ainsi que le réflexe crémastérien et le réflexe cutané plantaire. Quant au rétlexe patellaire, il peut être absent, si la lésion porte sur la troisième racine lombaire. Il est conservé, au contraire, si celle-ci est en dehors de la compression.
Mais un des symptômes les plus importants par son intensité est certainement la douleur, surtout dans les cas de tumeurs de cette région. Cette douleur s'explique tout naturellement par la désorganisation de certains filets nerveux, la compression de certains autres, d'où résultent des névralgies épouvantables, rebelles à tout traitement, quelquefois accompagnées de troubles trophiques cutanés. Elles peuvent survivre à l'appai'ition de la paralysie, qu'elles précèdent parfois de longue date, constituant ainsi pendant un temps plus ou moins considérable presque toute la symptomatologie de la maladie.
Dans un cas de Laquer (') par exemple, les douleurs furent le seul symptôme de la compression pendant deux ans. Ce n'est qu'au bout d(^ ce temps qu'apparurent une parésie transitoire du rectum et de la vessie, un affaiblissement des fonctions sexuelles et une légère atrophie musculaire avec diminution des réflexes tendineux. Il en était à peu près de même chez un malade d'Eulenbourg(2).
(') Laquer. Nearol. Centmihl., 1891, n° 7.
(-) EuLENBOURC. Zeltschr. /'. klin. Med., XVIIL 5 el (i.
COMPRESSION LENTE DE LA MOELLE
Les douleurs se localisent généralemenl à la région sacro-lombaire, avec irradiation le long des membres inférieurs, en particulier suivant le Irajet du nerl' sciatique.
Ua7iest/iésie, bornée en haut par la limite supérieure de distribution de la troisième racine lombaire (fig. 293 à 298), englobe la presque totalité des membres inférieurs, le périnée, Tanus et les organes génitaux externes (fig. 7m à 508).
Les troubles li'opliiquoi sont très fréquents. Ils se bornent quelquefois à une simple teinte cyanotiquede la peau, à un œdème pâteux masquant plus ou moins Fatrophie musculaire. Plus tard paraissent des escarres, principalement aux fesses, aux trochanters, qui présentent par ellesmêmes un caractère de gravité considérable.
Il est facile de comprendre que
Fk;. ôd.'i, 50(). — Ancsllicsic culonéf daus un cas de compression de la quene de cheval par la cicatrice il iin spinobifidu. (D'après Thornburn.)
Fig
Fig
Fig. Ô07, 308. — Aneslliésie culanre dans un de la qiieiie de cheval ayant intér<'ssé siicc diverses racines. (D'après Thornburn.)
Si les nerfs seuls sont lésés, les
tous ces symptômes peuvent relever de la compression aussi bien des racines réunies en faisceau sous le nom de queue de cheval, que des régions plus haut situées de la moelle d'où ces racines émanenl.
Il est important de pouvoir reconnaître quelle part revient à la moelle et quelle |)art aux racines, spécialement pour l'indication d'une intervention chirurgicale.
C'est cependant quelquefois impossible, témoins les faits de Erb et Schultze, de Ijcchterew, dans lesquels on avait fait pendant la vie le diagnostic de lésions de la queue de cheval, et où l'autopsie démontra la présence de lésions de la moelle lombaire dans un cas et du cône médullaire dans l'autre. On peut cependant, en s'appuyant sur certains caractères, arriver à un diagnostic (').
symptômes manqueront, à un certain degré,
cas di' tumeur 'ssivemcnt les
(') Cmip.\ult. Revue neurol., ISOti. p. ?8i). — Précise mcd., 10 l'ôvrier 180().
[G. GvmoN.}
MALADIES EXTRINSÈOUES DE LA MOELLE ÉPINIÈRE
(le symétrie. Ils peuvent même ôire franchement unilatéraux (Katsaras, Ravinond). La paralysie motrice dans ce cas est légère ou même peut manquer; certains groupes musculaires seuls sont atteints, avec réaction de dégénérescence.
Les troubles de la sensibilité sont très marqués, plus en rappori avec les territoires de distribution des nerfs qu'avec le trouble moteur.
Dans le cas où la lésion médullaire prédomine, ce qui ne peut arriver que si l'agent comprimant ne se Irouve pas, en hauteur, au-dessous de la première lombaire, point extrême où finit la moelle par rapport à la colonne vertébrale, les troubles de la molilité sont plus accentués, plus symétriques, et consisleni en une paraplégie complète avec, en général, absence des réflexes. Les troubles de la sensibilité sont plus en rapport avec l'étendue de la paralysie, quand ils existent. Enfin l'atrophie musculaire est rare, et les réactions électriques des muscles sont conservées.
Nous donnons ici les conclusions d'un travail de Valentini(') sur ce sujet, qu'il n'est pas sans intérêt de comparer à la description que nous venons de faire.
d» A la hauteur de la douzième vertèbre dorsale et de la première lombaire, les lésions déterminent : a) la paralysie des sphincters ; h) la paraplégie totale avec perte des réflexes, atrophie musculaire, réaction de dégénérescence; c) des troubles de la sensibilité des membres inférieurs jusqu'à la hauteur du pubis; au-dessus, hyperesthésie dans la zone de distribution des première et deuxième racines lombaires, s'il y a lésion de la première vertèbre lombaire ; anesthésie au contraire dans le même territoire s'il y a lésion de la douzième vertèbre dorsale. Cette localisation est grave surtout à cause des troubles vésicaux et des lésions du décubitus.
2" A partir de la deuxième vertèbre lombaire, on ne constate plus que de pures paralysies radiculaires : a) paralysie de la vessie et du gros intestin ; h) paralysie des fessiers, fléchisseurs de la cuisse, de la totalité des muscles de la jambe et du pied, avec réaction de dégénérescence; intégrité des muscles de la partie antérieure de la cuisse et des adducteurs; c) anesthésie des fesses, périnée, scrotum, pénis, parties latérales de la cuisse et postéro-latérales de la jambe, du pied, sauf une partie du bord interne. Abstraction faite du pronostic dépendant de l'agent de la compression, cette forme est moins grave que la précédente; la paraplégie, généralement incomplète, permet la marche et éloigne les dangers du décubitus; les troubles vésico-rectaux peuvent rétrocéder.
3" Si la lésion siège à la hauteur du disque intervertébral intermédiaire à la première et à la deuxième lombaire, aux symptômes précédents s'ajoutent vme parésie des muscles de la région antérieure de la cuisse et des adducteurs, et de l'anesthésie légère de la même région du membre.
En ce qui concerne les localisations symptomaticiues, quant à la sensibilité et à la motilité, nous renvoyons le lecteur aux figures 295 à 299. Nous rappelons en outre les recherches expérimentales de Ferrier et Yeo et nous donnons le tableau établi par Thornburn sur les données de la clinique, au sujet de la distribution des symptômes en rapport avec la localisation de la lésion.
C) Valentini. Lel)or die Eri<ranliiingeii des Conus lorniinalis und dcr Cauda equina. Zcilschr. f. kihi. Merl., Hd XXIL
COMPRESSION LENTE DE LA MOELLE. 801
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