‹ Traité de médecine ... [electronic resource] (volume 3)Chapitre 43 sur 153 · IV. — RAMOLLISSEMENT DU CERVELET · texte numérisé non relu

IV. — RAMOLLISSEMENT DU CERVELET

Le ramollissement cérébelleux est plus rare encore que l'hémorragie ; en effet les thromboses oblitérantes sont peu fréquentes dans le cervelet, et l'angle que les vaisseaux cérébelleux forment avec l'artère basilaire rend difficile leur embolie.

Anatomie pathologique. — Parfois assez limité, souvent double, le foyer de ramollissement peut siéger sur tous les points du cervelet: il occupe les couches corticales plus souvent que les parties centrales et rarement il s'étend à tout un lobe. La partie de l'organe le plus souvent atteinte est sa face postéroinférieure. Cependant tout un lobe peut être atteint par la lésion : dans un cas de Charon un hémisphère entier était transformé en une bouillie blanche, ocreuse par place. Il faut encore distinguer de grands et de petits foyers; ils coïncident souvent avec des altérations analogues du bulbe et de la protubérance, d'où il résulte que leurs symptômes sont souvent masqués par ceux qui relèvent de ces dernières lésions (').

Vétiologie du ramollissement cérébelleux est celle du ramollissement du cerveau. — L'embolie est exceptionnelle ; la thrombose oblitérante due à l'artériosclérose est fréquente. — Dans l'observation de Charon (-), où la malade mourut de rupture du cœur, l'athérome était tel que le réseau artériel était transformé en un lacis de tubes rigides. L'artérite syphilitique a été également signalée : dans un cas de Claude ("), le ramollissement qui siégeait dans le lobe gauche laissant le lobe droit et le vermis indemnes, était dù à une lésion syphilitique de l'artère cérébelleuse postérieure et inférieure.

Symptômes. — La symptomatologie se confond avec celle de l'hémorragie cérébelleuse en foyers plus ou moins limités et nous n'y reviendrons pas. Le début est souvent progressif. Les symptômes varient suivant le siège du ramollissement et suivant les lésions concomitantes d'autres parties de l'encéphale. Les foyers cérébelleux peuvent accompagner de grands foyers cérébraux

(') LÉON d'Astros. Marseille, ISQÔ.

('•') Charon. Arrh. de neurol., avril '1896.

('') H. Claude et O. Josuk. Bull, de la Soc. analomique de Paris, p. 547, trimestre, 1897.

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MALADIES DU CERVELET

et la symptomalologie devient alors très complexe. Dans un cas d"Anlon('|- mi homme de 55 ans, présentant depuis quelques mois une hémiplégie gauche, lui atteint quelque temps avant sa mort de vomissements et de vertiges, puis d'ataxie et de mouvements convulsils du côté droit. L'autopsie démontra qu'il avait un ramollissement de la région temporale droite par thrombose de Tartère cérébrale postérieure, et un ramollissement de rhémisj)hère cérébelleux droit par oblitération de l artère cérébelleuse postérieure. Cette dernièi-e lésion avait causé Fataxie et les tremblements du côté droit. Dans les lésions atteignant le vermis le syndrome cérébelleux apparaît, vertiges, litubation, asthénie, vomissements, parfois troubles oculaires. Il peut exister de la somnolence et il n'es! pas rare de constater des troubles psychiques (-) rappelant les changements de caractères, les idées mélancoliques avec dépression physique que Bourneville a constatée chez les individus porteurs de lésions cérébelleuses anciennes.

Comme l'hémorragie, le ramollissement cérébelleux peut ne se traduire par aucun symptôme d'ordre cérébelleux ou autre. Dans le cas de Charon(") cil('' plus haut, quoique tout l'hémisphère droit fût transformé en une bouillie blanche, ocreuse par places, on n'avait observé pendant la vie aucun symptôme attirant l'attention sur le cervelet. La thrombose oblitérante était ancienne, mais les vermis étaient intacts.

Le syndrome cérébelleux dû au ramollissement peut revêtir la forme de psetcdo-sclérof^e en j^laques lorsque le ramollissement porte sur la face inférieure du cervelet et la forme de c/wrée cérébelleuse, lorsque c'est la face supérieure de l'organe qui est surtout atteinte. Le tremblement, les mouvements choréiformes ne sont pas rares dans les lésions cérébelleuses de tous les genres, mais il est très exceptionnel que chacun de ces symptômes atteigne l'intensité que Touche ('■) a signalée dans deux observations. Dans la première, il s'agit d une pseudo-sclérose en plaques : outre la titubation, il existait du nystagmus, du tremblement intentionnel identique à celui de la sclérose disséminée, de la paraplégie spasmodique, et la parole était scandée; le ramollissement, très ancien, atteignait le territoire des deux artères cérébelleuses postéro-inférieures, c'est-à-dire le vermis inférieur et la partie correspondante de la face posléroinférieure des deux hémisphères. Ceci tendrait à faire considérer le tremblement de la sclérose en plaques, le nystagmus et la parole scandée comme dus à la lésion des fibres cérébelleuses (soit dans le cervelet, soit dans la protubérance), par les plaques scléreuses. Dans la deuxième observation les mouvements choréiformes étaient généralisés, mais prédominaient à droite : un ramollissement aigu atteignait la totalité du vermis supérieur et les parties voisines de la face supérieure des deux hémisphères.

V. — HÉIWORRAGIES ET RAMOLLISSEIHENTS DU CERVELET EN FOYERS STATIONNAIRES

Importants pour la physiologie pathologique de l'organe, les vieux foyers d'hémorragie et de ramollissement sont des raretés. La limitation de ces

(') G Anton. Jahrbiieher filr Psycliiatric icnd Neurologie, vol. 1'.^. 1900, p. "i09. (-) De Bl.vsi. Gazselta degii ospcdali et délie cliniche. 12 juillet lOO."), n° 8."». (') Charon. Arch. de neurol.. avi li 1806.

(*) Touche. Soc. de ncui-ol. de Paris. /îeu«e neurol., Ib février 1000, p. 1 iO.

PATHOLOGIE DU CERVELET

lisions exclut les actions à distance (compressions et autres) qui donnent aux grands foyers à marche rapide leur physionomie, d'ailleurs si rarement caractéristique.

Dans beaucoup de cas ces lésions n'ont pas de symptômes pendant la vie : ce sont trouvailles d'autopsie. Dans d'autres, quelques symptômes peuvent attirer l'attention vers le cervelet. Très rarement on retrouve un ictus à l'origine des accidents. Des phénomènes d'ordre moteur parfois existent et parfois manquent. Dans le second cas, souvent on constate de la céphalalgie, mais elle peut faire défaut : la diminution de l'acuité visuelle dépend d'autres actions que de celles imputables au foyer cérébelleux. On a enfin signalé des troubles du caractère ('), apathie, tristesse; et ces derniers, très inconstants, n'offrent rien de typique. Mais bien souvent ces foyers stationnaires causent des troubles moteurs qui ne semblent pas relever d'actions à distance. Nothnagel, en effet, dit que l'hémiplégie n'existe pas en pareille occurrence; il conteste un cas d'Andral, trop ancien. Ce qu'on relate, c"esl, outre la céphalalgie et les vertiges, un symptôme positif, la démarche titubante, spéciale aux lésions cérébelleuses et que nous avons étudié plus haut. Seul, le groupement de la céphalalgie, des vertiges et de la démarche titubante, en somme la présence du syndrome cérébelleux, joint aux commémoratifs, pourra faire penser à la lésion en foyer stationnaire du cervelet. Rappelons que le chancellement cérébelleux n'existera que dans le cas d'titteinte directe ou indirecte du vermis. Mais dans bien des cas, lorsque le diagnostic de lésion cérébelleuse aura pu être fait, on hésitera entre l'abcès, la tumeur, l'hémorragie et le ramollissement; les commémoratifs encore, la marche de l'affection permettront seuls de reconnaître quelquefois la nature du trouble cérébelleux.

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