LES TRAUMATISMES ET LES COMPRESSIONS DU BULRE
Dans un cas do compression du bulbe par un chondrosarcome de roccipital, F. X. Dercum(') observa comme symptômes précoces l'ataxie et la perte du sens slénognostique d'un des membres supérieurs. L'auleur, ayant constaté à Tautopsie une dégénération du faisceau cérébelleux direct, s'est demandé s'il n'y avait pas un rapport de causalité entre cette lésion et les symptômes.
La compression du spinal détermine une paralysie du trapèze et du sternomastoïdien, la compression du nerf grand hypoglosse amène l'atrophie de la langue. Pierre Marie (-) a vu dans un cas de mal de Pott sous-occipital une atrophie linguale bilatérale. Perret ('') dans son observation a mentionné aussi l'hémiatrophie de la langue. Vulpius(*) a observé deux cas d'hémiatrophie de la langue dans des lésions de l'extrémité supérieure du rachis. Wenhardt (•') rapportait récemment une nouvelle observation. Dans son cas, il s'agissait de compression du bulbe par un myxochondro-sarcome. (liiez un patient atteint de mal de Pott sous-occipital, Pauly C^) constata une paralysie de l'hypoglosse et du facial avec des troubles du goût du même côté. Les troubles du goût par lésion basilaire sont exceptionnels.
Aux symptômes précédents peuvent s'en associer d'autres qui montrent que la compression s'étend vers la moelle cervicale ou vers le bulbe. C'est ainsi que l'on observe d'une part des douleurs dans les membres supérieurs, d'autre part des troubles de la déglutition, de la respiration, de la dyspnée, des crises d'asphyxie, des vomissements, du pouls lent permaneni, de la polyurie avec ou sans glycosurie, etc. La mort subite est fréquente, ce sont souvent les troubles respiratoires qui amènent la terminaison fatale. Dans un cas de paralysie bulbaire par compression étudié par Gianelli (') le tableau clinique fut durant cinq mois celui de la maladie de Duchenne typique. Une aggravation subite survint qui précéda de peu de temps la mort et fit réformer le diagnostic.
Les anévfismes des vertébrales ou du tronc basilaire ont fréquemment un début lent par les signes généraux de l'artériosclérose cérébrale et des douleurs de la partie postérieure du crâne. Le début peut se produire brusquement par ime paralysie bulbaire aiguë. Les symptômes bulbaires se montrent souvent par crises intermittentes durant lesquelles on observe de la dyspnée, des troubles de la déglutition, de l'anarthrie, de l'accélération du pouls, de l'arythmie, des élévations de la température. Suivant que la tumeur anévrismale amène des phénomènes d'excitation ou de déficit des nerfs du bulbe ou de la protubérance, on peut observer des contractions rythmiques des muscles de la face, du voile du palais, ou alors plus souvent des paralysies du facial, du trijumeau, de l'auditif. La surdité, d'après Killian, serait fréquente. Les paralysies des nerfs sont parfois alternes. Chez un malade d'Oppenheim, le spinal était paralysé d'un côté, l'hypoglosse de l'autre. Dans un autre cas, le voile du palais était paralysé d'un côté et le facial du côté opposé. La variabilité de ces paralysies, qui se compliquent parfois d'atrophies musculaires,
(') V. X. Dercu-m. Tuinor t)f tlie obloiigala presenling alaxia and astereoijiiosis as the ](romiiienL early symptoms. The Jonrn. of nerv. and ment, disease, 1899. \ ol. XW'I. p. i7(l.
(-) Pierre Marie. Sur un cas d'alrophie de la langue dans le mal de l^ott sous-oceipital. Revue ncurol.. 189G, p. 195.
(■"') Peiîret. Loc. cil.
('') VuLPics. Ilalbseltige Zungenalrophie als Syniptoni des Mnluni orci|iitale. Bei/rdqe zur kl'm. CIdr:, 1890
(■') WEMiAliDT. Neur. CeiUrnlblalt, 15 juin 1898.
C') Paulv. Soc. nal. de inéd. de Lyon, 25 noveniljre 19(11.
(') GiANELiJ. Ricisla spcritii. di Fi'cniatrid, 25 mai 19(r>.
IGEORGES GVILLAIN ]
l'ATlKJLOGIE DL 15L'LBE.
s'explique sans doute par le trajet serpentin des vaisseaux ectasiés. L'hémiplégie ou même la diplég^ie sont souvent observées. Ladame et \on ÎNlonakow constatèrent de l'ataxie cérébelleuse dans le cas d'anévrisme de l'artère vertébrale qu'ils ont rapporté. Ce qui complique la symptomatologie des compressions vasculaires, ce sont les oblitérations et les thromboses qui se produisent souvent à distance de la tumeur. Gerhardt a signalé un signe de l'anévrisme consistant en un bruit de souftle perçu à l'auscultation de la partie postérieure du crâne. Le symptôme de Gerhardt manque dans beaucoup de cas. D'autre part, il ne faut pas ignorer que des bruits de soufllc dans le cerveau peuvent être causés par des tumeurs vasculaires, par des tumeurs comprimant des vaisseaux, par l'anémie. Des malades de Hallopeau et Giraudeau, de Killian atteints d'anévrisme maintenaient toujours la télc en arrière. L'inclinaison de la tête en avant chez le patient de Hallopeau cl Giraudeau produisait des troubles de la respiration. Dans celte position, en effet, la compression des centres nerveux par l'anévrisme était à son maximum, tandis qu'elle était au contraire à son minimum quand la tète était renversée en arrière.
Le pronostic des anévrismes est très grave. La maladie peut sans doute durer plusieurs mois, plusieurs années, mais la mort est toujours possible soit par ramollissement du bulbe, soit par rupture de l'anévrisme.
La symptomatologie des compressions du bulbe par tumeurs comporte, en dehors des signes locaux de compression, les signes habituels des tumeurs cérébrales et la névrite optique.
Il faudra toujours songer à la possibilité des lésions syphililicjues, si l'on n'a pas, comme dans un cas de tuberculose vertébrale, par exemple, la notion évidente de la cause de la compression. Il faudra donc rechercher avec un très grand soin les antécédents et les manifestations actuelles de la syphilis, examiner au point de vue chimique et cytologique le liquide céphalo-rachidien. L'on sera d'ailleurs autorisé à instituer, même en l'absence d'élément étiologique certain, le traitement antisyphilitique chez les malades atteints de compression du bulbe, affection exceptionnellement grave, contre laquelle aucune thérapeutique ne donne de résultats curatifs.