CHAPITRE V FIÈVRE JAUNE
Définition. — La fièvre jaune est une maladie infectieuse, endémo-épidémique, spécificpie. Elle ne saurait mieux être définie que par son syndrome clinicjue; c'est une affection caractérisée par de l'ictère, des hémorragies des muqueuses, en particidier de celle de l'estomac d'où le nom de voiuito negro, par de l'albuminurie, le tout évoluant avec de la fièvre pendant une durée de 2 à 7 jours.
Distribution géographique. — La fièvre jaune n'est connue que depuis la découverte de l'Amérique, mais il y a tout lieu de supposer (pi'elle sévissait
(') Hayem, S'or. méd. dcn Ii.npH., 27 juin 1890.
[FERNAND WIDAL ]
FIÈVRE JAUNE
auparavant sur les indigènes de ce continenl. Les affections désignées par les races indiennes d'Amérique sous le nom de Pauli cantune (Antilles), de Cocolitzle (Mexique) n'étaient vraisemblablement que du typhus amaril.
Le golfe du Mexique et les Grandes Antilles sont les foyers d'origine de la fièvre jaune, comme l'Hindoustan est le foyer d'origine du choléra.
La fièvre jaune est aujourd'hui endémique en Amérique et en Afrique. La maladie s'est propagée à presque toute l'Amérique, s'étendant jusqu'à la côte du Pacifique. Les États-Unis, aussi bien que la RépubHque Argentine, le Pérou, le Chili et l'Uruguay, ont été fréquemment frappés par la fièvre jaune.
Dans l'Amérique Centrale et à Cuba, la fièvre jaune est endémique.
Le typhus amaril n'est pas, comme on l'a cru longtemps, uniquement localisé aux villes maritimes. Au Brésil, depuis la guerre avec le Paraguay, la fièvre jaune a envahi les contrées de l'intérieur. En 1870, elle a éclaté à l'Assomption à 300 lieues de la côte; elle est installée définitivement dans les provinces de San Paulo et Minas Geraes; en 1892, elle a ruiné la ville de Campinos, située dans l'intérieur de San Paulo.
Pour rEur<)]K', le danger de l'importation vient d'Amérique; mai'^ étant donné l'augmenlalion des communications commerciales, il se peut, comme le dit Sanarelli, qu'un jour ou l'autre la côte occidentale de l'Afrique devienne également un foyer d'irradiation et une menace pour l'Europe. Quelques villes maritimes d'Europe ont déjà été visitées par des épidémies très graves. Parmi les plus meurtrières, citons celles qui au commencement de ce siècle firent 1500 victimes à Livourne, 20 000 à Barcelone en 1821; citons encore celle de Lisbonne qui, en 1857, causa 7000 décès.
La fièvre jaune présente actuellement trois grands foyers endémiques : un foyer mexicain, un foyer brésilien et un africain.
Le foyer mexicain siège le long de la côte du Golfe du Mexique, dans les Grandes Antilles, et sur la côte de la mer des Caraïbes, depuis le Yucatan jusqu'à l'embouchure de l'Orénoque.
C'est ce foyer qui donne des irradiations épidémiques dans les Guyanes et le Brésil, aux États-Unis, jusque dans les ports du Pacifique; il en envoie encore sur la côte occidentale d'Afrique et en Europe. La plupart des épidémies européennes viennent de la Havane.
Le foyer endémique brésilien date de 1849, époque où la maladie fut importée à Bahia et à Rio de Janeiro. Le typhus amaril a trouvé au Brésil toutes les conditions propres à sa lixation : chaleur intense, atmosphère humide, sol paludéen, hygiène publique laissant beaucoup à désirer.
Un foyer est enfin fixé sur la côte occidentale d'Afrique, sans doute depuis le xvni« siècle. L'endémie est spécialement localisée sur la côte du Golfe de Guinée entre les embouchures du Niger et du Congo. Les épidémies africaines ont presque toujours leur point de départ dans les colonies anglaises de Sierra- Leone. Le foyer africain peut irradier en Europe. L'épidémie de l'île de Wight en d845, celle de Falmouth en 1864, les épidémies récentes de Bordeaux et de Dunkerque avaient été importées de la côte africaine.
Symptômes. — On peut classer les cas de fièvre jaune d'après leur gravité en trois catégories, suivant que l'évolution de la maladie est grave, de moyenne intensité ou bénigne.
La forme de moyenne intensité est la plus commune et la plus caractéristique.
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C'est elle qui va tout d'abord servir de type à uotre description. Elle ("volue en trois périodes : 1" une période fébrile qui dure 5 ou 4 jours; 2° une période de rémission apparaissant le i" ou 5'= jour au soir; 5" une seconde période fébrile qui peut durer de quelques jours à quelques semaines.
Première période. — Après une incubation de 2 à 5 jours, la maladie débute Jjrusquement par un frisson survenant en général en plein sommeil et par une élévation brusque de la température qui peut monter à 40 et 41". Des douleurs dans les globes oculaires, dans les articulations, dans les muscles, une céphalalgie frontale, une grande lassitude, des nausées, des vomissements et surtout une rachialgie très intense surviennent presque en même temps. C'est cette rachialgie qui a souvent été désignée sous le nom de coup de barre. Le faciès devient vultueux, les pupilles sont dilatées, les yeux sont injectés. Quelquefois survient un rasJt en plaques érythémateuses localisées surtout à la région scrotale.
Une insomnie et une agitation persistantes, en même temps que la rachialgie et une douleur épigaslrique intolérable jettent le malade dans un état de prostration extrême.
L'intolérance gastrique se Iraduil d'abord par des nausées et une soif ardente, puis par des vomissemenls alinienlaires, d'abord muqueux, ensuite et enfin bilieux. La constipation esl la règle dans la première période. La langue est rouge autour du liml)e et sa partie moyenne est recouverte d'un enduit saburral.
Le liseré gingival blanchâtre auquel quelques auteurs ont attaché trop d'importance, n'a rien de spécifique; il se rencontre dans beaucoup d'autres affections fébriles. Par contre les gencives sont souvent tuméfiées et saignantes. Les urines sont rares, très colorées et parfois légèrement albumineuses dès cette période.
Tous ces symptômes vont en s'aggravant pendant les deux ou trois premiers jours, la température restant oscillante entre 40 et 41" avec de légères rémissions.
L'ictère et le vomissement noir {nimito iiet/ro) apparaissent en général à ce moment. Nous reviendrons plus loin sur leur caractère.
Deuxième pémode. — Une sédalion remarquable de la plupart des symptômes apparaît vers le quatrième jour. La fièvre tombe, les douleurs disparaissent, la soif s'apaise, la peau redevient fraîche et le malade éprouve une sensation de bien-être qui lui fait croire à sa guérison prochaine. Cependant l'épigastre reste douloureux, les vomissements ne disparaissent pas complètement et si, après cette période d'amélioration qui dure de quelques heures à deux jours, le malade n'entre pas complètement en convalescence, la troisième période de la maladie va commencer.
Troisième période. — La température se relève, tous les symptômes s'aggravent rapidement. Les vomissements redoublent d'abondance, l'ictère devient plus marqué, et le pouls, qui était large et fort au début, perd peu à peu de sa force et devient filiforme. La peau est le siège de transpirations fétides dont l'odeur a été comparée à celle de la paille pourrie.
Le malade tombe dans un état d'abattement et d'inconscience complète, et souvent est pris de délire de formes variées.
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FIKVRE JAUNE.
Des hémorragies se font au niveau des muqueuses intestinale, pituitaire, conjonctive, buccale, utérine, etc.
L'anurie devient complète et le malade souffre de douleurs lombaires intolérables. Cette anurie peut durer 56 ou 40 heures avant que la mort ne survienne. On constate en même temps un rétrécissement pupillaire symptomatique de lurémie.
Le patient bientôt tombe dans un état de coUapsus, épuisé par des hématémèses répétées.
La température s'abaisse et le malade succombe dans le coma ou au milieu de