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D.— CAUSES QUI FAVORISENT L'INVASION DU BACILLE TYPHIQUE

Nous venons d'étudier les divers caractères du bacille typhique; nous savons qu'on l'a i^encontré dans l'air, les poussières, le sol et l'eau, etc. Il se rencontre chez le typhique et l'individu indemne de toute dothiénentérie antérieure ou actuelle, tantôt vivant à l'état de saprophyte inofîensif, tantôt à l'état de germe pathogène sécrétant une toxine puissante, dont nous connaissons les elîets sur l'organisme. Ce microbe peut franchir les parois intestinales, les alvéoles pulmonaires; quand il a gagné les viscères, la fièvre typhoïde est constituée. Mais les conditions de cet envahissement ne sont pas toujours les mêmes.

Dans une première série de faits, toute une agglomération d'individus est prise, sans distinction bien nette d'âge, de sexe, de tempérament. Il s'agit d\ine épidémie.

Parfois au contraire, la fièvre typhoïde frappe çà et là, elle choisit de préférence des sujets jeunes, surmenés, dans un état particulier de débilité organique, et vivant dans un milieu spécial. Il s'agit de fièvre typhoïde sporadique.

Ces deux ordres de faits méritent d'être envisagés séparément; ici, le microbe joue le rôle essentiel, l'organisme n'apparaissant presque que comme un réceptacle sans défense; là, les conditions étrangères au virus dominent la scène puisqu'elles préparent le terrain. Il existe cependant entre ces deux formules étiologiques des zones de transition; des cas de dothiénentérie, d'abord isolés, atteignant quelques individus puis se généralisant rapidement à toute une partie de la population.

Lorsque la fièvre typhoïde envahit une agglomération, il semble que le génie épidémique, suivant l'idée ancienne, domine tout; c'est un village entier, une caserne, une ville qui sont frappés. Jeunes et vieux, individus robustes ou affaiblis, chacun paye son tribut à l'infection, comme s'il s'agissait de la peste ou du choléra.

Mais parfois le médecin se trouve en présence d'un cas isolé; il s'agit d'un jeune homme, surmené par une longue marche ou des privations etc., qui ressent les premières atteintes de la fièvre typhoïde à l'exclusion de toutes les personnes de son entourage. Ici les conditions individuelles de réceptivité priment tout; le bacille peut provenir du dehors, de l'eau, des aliments, des poussières, etc., parfois des voies digestives, où il végétait silencieux et sans avenir pi'obable. Les circonstances ont été les facteurs dominants de la maladie, parce que le génie épidémique, c'est-à-dire la virulence, faisait défaut.

Maladie de la jeunesse et de l'âge adulte, la fièvre typhoïde est rare après 40 ans. La démonstration de ce fait se lit dans le tableau suivant, que j'emprunte à M. Brouardel (*).

(') Brouardel, Recueil du Comité consultatif dliygiène, 1891.

[A. CHANTEMESSE ]

FIÈVRE TYPHOÏDE

DÉCÈS PAR FIÈVRE TYPHOÏDE A PARIS DE 1880 A 1889. — RÉPARTITION d'aPRÈS LES AGES

0 à 1 ail 56

là 5 ans 1,041

au-dessus de 50 ans 555

La fièvre typhoïde se montre plus fréquente chez l'homme (E. Besnier) ; elle est plus meurtrière chez la femme (Hayem, C. de Gassicourt): elle frappe sévèrement les nouveaux venus dans une grande ville, à Fencontre du citadin; celui-ci en effet, exposé, dès le jeune âge, à boire une eau sovivent contaminée, contracte de bonne heure la fièvre typhoïde ou s'immunise progressivement ; le campagnard, au contraire, buvant, dès son arrivée à la .ville, une eau impure ou prenant des aliments contaminés de bacilles typhiques, n'offre qu'une résistance relative et de durée assez courte à l'infection dothiénentérique.

Nous ne connaissons aucune maladie dont l'atteinte présente ou antérieure prémunisse contre la fièvre typhoïde; ni la variole (E. Besnier), ni l'impaludisme (L. Collin), ni la tuberculose (') ne possèdent aucune action préventive. Au contraire, certains états de santé qui siègent aux limites de la physiologie et de la pathologie favorisent l'invasion du bacille typhique, ou la rendent plus grave. Niemeyer et Rokitansky croyaient à la rareté de la dothiénenlérie au cours de la grossesse, les statistiques de Cazeaux montrent qu'il n'en est rien.

Les modifications de la santé qui surviennent sous l'influence de l'encombrement, de la fatigue, du surmenage, de la misère physiologique ont été maintes fois invoquées pour expliquer l'apparition de la maladie et sa gravité. Ces divers facteurs ont été surtout mis en relief par les médecins militaires (^). Il n'est pas l'are, en effet, d'observer des cas de fièvre typhoïde dans un régiment à la suite de marches forcées, de manœuvres longues et fatigantes, sans que le plus souvent rien dans le régime alimentaire puisse faire soupçonner un nouvel apport de germes infectieux. Le bacille, venu du dehors (poussière, air, eau), ou bien se trouvant au préalable dans les voies digestives des indiAddus, se développe ici grâce aux conditions de réceptivité de l'organisme surmené. La fièvre typhoïde survient comme certains cas de broncho-pneumonie, de pneumonie ou d'érysipèle, dont les agents infectieux si répandus dans la nature n'envahissent cependant l'économie, qu'à la faveur de conditions étiologiques spéciales sinon spécifiques.

Les recherches expérimentales de Nocard et E. Roux, de Charrin et Roger, ont mis en évidence l'influence de la fatigue et du surmenage.

L'action favorisante des émanations putrides, de l'ingestion de viandes

(*) Voyez DoDERO, Thèse de doctorat, Lyon, 1895.

(-) Kelsgh, Traité des maladies épidémiques, Paris, 1894; — Vaillard, Soc. médic. des hôpitaux, 1889; — et Bulletin médical, octobre 1897.

PROPHYLAXIE

avariées ou de liquides souillés, dans l'apparition de certaines épidémies de fièvre typhoïde, est chose admise par tous. La découverte du bacille d'Eberth ne porte pas atteinte à la réalité des faits observés par Murchison; elle en donne une interprétation plus rigoureuse. Ces causes diverses agissent en effet en diminuant la résistance organique. Les expériences de Stich, puis de Panum, de L. Becq, les observations de Walder, les faits connus sur la production de certains ictères et embarras gastriques, à la suite d'absorption d'eaux souillées ou d'inhalations de gaz délétères (Landouzy, Fernet, Stirl- Ducamp) montrent quelle puissance possèdent tous ces facteurs pour inhiber l'énergie vitale, et favoriser la production des maladies infectieuses.

La fièvre typhoïde est surtout fréquente en automne; elle n'est pas rare au moment des grandes chaleurs, dans les villes, pour diverses raisons, au nombre desquelles doivent entrer les changements que subit la flore intestinale à cette période de l'année.

Considérée autrefois comme exceptionnelle dans les pays tropicaux par Dutrouleau et Morehead, la fièvre typhoïde y semble aujourd'hui aussi fréquente que dans les régions plus tempérées. (Bérenger-Féraud, de Renzi.)

Telles sont, rapidement esquissées, les principales conditions d'apparition de la fièvre typhoïde. Il existe encore bien des inconnues, et cette élection qui, dans le conllit de la cellule végétale et de la cellule humaine, assure la réalisation de la maladie ne cesse pas que d'être parfois mystérieuse. Faut-il admettre l'intervention nécessaire d'une symbiose microbienne, qui exalterait la virulence du bacille typhique? La chose est possible, mais non démontrée. Il serait intéressant d'étudier la flore microbienne des voies digestives d'un individu au début de l'infeclion typhique, avant la production de toute diarrhée. Peut-être constaterait-on des modifications particulières dans cette flore, qui permettraient au bacille d'Eberth de pulluler sans entrave. Le coli-bacille normal semble jouer en effet un rôle utile dans l'économie; il s'oppose au développement, dans la cavité intestinale, d'une foule de microbes pathogènes, absolument comme dans un champ les herbes sauvages entravent la pousse des graines que l'on y a semées. Mais survienne une modification passagère, dans le nombre ou la qualité des hôtes intestinaux, les conditions ordinaires de la résistance peuvent être entièrement transformées.

PROPHYLAXIE

Des principes d'étiologie que nous venons d'exposer, il ressort que la prophylaxie doit être envisagée à deux points de vue : avant et après l'éclosion de la maladie.

Avant cette éclosion, la prophylaxie est générale : protéger l'eau de boisson, le sol des habitations et des villes, l'air, les aliments contre toute cause de souillure. Parmi les mesures à prendre dans un milieu qui risque d'être contaminé ou qui l'est déjà, quelques-unes méritent une attention particulière : la distribution d'une eau irréprochable et comme corollaire la suppression des causes de contamination autour des sources et des puits. Quand la fièvre typhoïde règne dans une localité et qu'on ne peut y amener de l'eau de sovu'ce à l'abri de

lA. CHANTEMESSE l

FIÈVRE TYPHOÏDE

loute souillure, il faut recourir à l'eau stérilisée artificiellement par la filtration à travers la porcelaine ou par la chaleur.

J'emprunte aux publications officielles deux documents qui ont rapport, l'un à l'armée, l'autre à la population civile. Ils démontrent l'excellence des mesures prophylactiques qui visent la qualité de l'eau de boisson contre le développement de la morbidité et de la mortalité typhoïdes.

Le premier se résume dans les tableaux suivants ('). Les mesures préventives ont été instituées dans l'armée française pendant l'année 1888; elles ont consisté dans l'amélioration des eaux potables, précaution qui a exercé « un effet décisif sur la naissance et le développement de la maladie » (de Freycinet), et dans la suppression des fosses d'aisances fixes.

RÉSULTATS CONSTATÉS DANS l'eNSEMDLE DE l'aRMÉE FRANÇAISE

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