PROPORTION % EN MOINS
ANNÉES
1886 et 1887
en 1889
en 1890
en 1889
en 1890
Nombre de cas de fièvre typhoïde Nombre de décès par la fièvre typli.
On voit que les mesures ont eu pour résultat de diminuer, pendant l'année 1890, la morbidité typhique de 49 pour 100 et la mortalité de 34 pour 100 dans toute l'armée française ; en ce qui regarde le gouvernement militaire de Paris, l'abaissement de la morbidité a atteint 75 pour 100 et celui de la mortalité 62 pour 100 du chiffre antérieur.
Les mêmes effets ont succédé à l'application des mêmes méthodes prophylactiques, quand l'observation a porté sur la population civile. M. Monod (^)
(') Empruntés au rapport de M. de Freycinet, ministre de la Guerre, au Président de la République. {Journal officiel, 15 févr. 1891.) Il serait injuste de ne pas mentionner ici la part importante qui revient, dans l'application des mesures prophylactiques, à M. Dujardin- Beaiimetz, inspecteur général du service de santé au ministère de la Guerre.
(2) Comité consultatif d'Hygiène publique de France, avril 1891.
PROPHYLAXIE
a recherché quelle a été la mortalité clans les communes de quelque importance, où la comparaison s'établit entre au moins deux années antérieures et deux années consécutives à la distribution d'une eau potable nouvelle, dont l'adduction a été autorisée par le Comité consultatif d'Hygiène. Ce travail a été fait pour 25 communes; il démontre que dans ces régions la mortalité par fièvre typhoïde a été presque nulle depuis l'achèvement des travaux. Au point de vue <le la mortalité générale, l'abaissement du chiffre a été variable, suivant le tribut que payaient antérieurement les communes à la dothiénentérie. Les diminutions ont été pour 100 habitants de : 0,30 — 0,42 — 0,50 — 0,55 — 1,57 — 1,51 — 1,65 — 1,87 — 2,28 — 2,57 — 2,69 — 2,95 — 5,59 — 5,69 — 5,96 — 5,97 — 4,25 — 5,58 — 5,72 — 6,99 — 10,57 — 15,45.
Cette dernière diminution s'est produite dans une commune où la mortalité était, jusqu'à la nouvelle distribution d'eau, tout à fait excessive.
Il faut craindre l'usage de l'eau impure non seulement lorsqu'elle est livrée à l'état d'eau potable et pour ainsi dire d'une manière régulière, mais encore lorsqu'elle n'est utilisée qu'exceptionnellement (soins de toilette, etc.). Combien de cas de fièvre typhoïde ont été provoqués par l'usage de lait additionné d'eau mauvaise ou encore par l'absorption d'huîtres appétissantes que l'on engraisse au bord de la mer, à l'embouchure des rivières où ces mollusques se nourrissent avec de l'eau chargée de purin. Au moment de la cueillette, cette eau reste en plus ou moins grande quantité dans la coquille, qui l'apporte jusqu'à la bouche du consommateur. J'ai fait connaître une épidémie de fièvre typhoïde observée en Finance et qui avait cette origine. Les mêmes dangers existent pour les huîtres de certaines régions d'Angleterre et surtout d'Italie, en particulier pour les huîtres du port de Naplcs.
L'amenée d'eau pure est donc la mesure capitale à prendre contre la propagation de la fièvre typhoïde. A cette mesure préventive, il faut ajouter la suppression de toutes les causes qui provoquent et qui perpétuent l'infection du sol et des habitations. Les locaux où ont séjourné des malades, les chambres de caserne où des épidémies sont nées doivent être désinfectés. Les parois seront lavées avec une solution de sublimé à 2 pour 1 000 additionnée de quelques grammes de chlorure de sodium, repeintes ou reblanchies. Une attention particulière sera donnée à l'état du plancher, qui devra être soigneusement brossé et lavé avec une solution de sublimé; les poussières imbibées de liquides antiseptiques seront enlevées et détruites par le feu.
La désinfection des locaux par l'acide sulfureux, provenant de la combustion de 60 grammes de soufre par mètre cube d'air, rendra aussi des services. Les objets de literie devront être passés à l'étuve à vapeur sous pression (').
En temps d'épidémie, toutes les causes qui, à un titre quelconque, alï'aibhs^ sent la résistance des individus, doivent être écartées. La fatigue, le sui ménage, l'insuffisance de l'alimentation en nourriture et en air pur, les refroidissements, les émotions morales dépressives favorisent la pénétration et la pullulation de germes qui, sans eux, n'auraient pu poursuivre leur culture et triompher de la défense cellulaire.
Ce n'est pas seulement' en temps d'épidémie que les causes débilitantes favorisent l'invasion de la fièvre typhoïde. Nous avons vu plus haut à quel degré le bacille typhique était un germe répandu dans la nature, quelle était l'exiguïté
(') Les taches de sang sur les linges devront être préalablement lavées à l'eau de javelle, pour éviter des manfues indélébiles.
[A. CHANTEMESSE }
FIÈVRE TYPHOÏDE
de ses besoins, sa résistance à la dessiccation, au froid, etc. Ce microbe est présent plus souvent qu'on ne suppose dans le sol, dans l'eau, dans l'intestin de personnes en bonne santé. Il y reste fréquemment silencieux, même introduit dans le corps de l'homme, parce qu'il est en trop petit nombre ou en virulence trop faible. Viennent des causes adjuvantes et le microbe se révèle infectieux. C'est pour cela que la fatigue, le surmenage, l'alimentation insuffisante sont des causes si puissantes de fièvre typhoïde. Dans les armées en marche, la dothiénentérie surgit comme spontanément. Elle se montre encore avec les mêmes allures parmi les troupes de garnison soumises à des fatigues exceptionnelles; elle fi'appe avec le plus de fréquence et d'intensité les diverses armes suivant la proportion de fatigue qu'elles subissent. Une mesure vraiment efficace de prophylaxie consiste donc à placer les agglomérations capables de contracter la fièvre typhoïde en dehors, à l'abri de ces causes de débilitation organique. Accroître et assurer la résistance de l'organisme d'une part, détruire ou éloigner le virus d'autre part, voilà les deux termes qui comprennent toute la prophylaxie de la maladie.
L'évacuation des locaux en cas d'épidémie est une mesure excellente, devenue classique en pi'ophylaxie militaire, depuis les travaux de Léon Colin. Elle permet d'ordinaii'e la suppression immédiate de la cause principale et de la plupart des causes secondes de la maladie.
Les précautions à prendre pendant l'évolution typhique permettent d'éviter la contagion pour le présent et pour l'avenir. La plus grande propreté doit régner sur le corps et les vêtements du malade et dans sa chambre ; les gardes ne prendront aucun repas dans la pièce. Avant de sortir, les mains seront nettoyées avec la brosse, l'eau chaude et le savon, et désinfectées dans une solution de sublimé à 1 pour 1 000. Les linges souillés seront placés dans une petite cuve contenant de l'eau, et gardés jusqu'au moment où ils pourront subir l'action de l'eau bouillante pendant une demi-heure. Les objets de literie trop gros pour prendre place dans cette cuve, matelas, oreillers, etc., seront ultérieurement désinfectés dans l'étuve à vapeur sous pression.
Tous les produits émanés du patient, qui peuvent renfermer le germe typhique (matières fécales, urine, crachats), doivent être reçus dans un liquide antiseptique assez puissant pour les stériliser vite, et assez peu coûteux pour que son usage soit accepté par tous.
Des expériences publiées en Allemagne, au cours de ces dernières années, ont attribué à la chaux une action antiseptique remarquable à l'égard du bacille typhique et du bacille cholérique. Une proportion minime de chaux (4 pour 1000) suffirait, d'après Liborius, Kitasato et Pfûhl, pour détruire sûrement ce bacille dans les matières fécales qui le renferment. Ces résultats étaient si précieux .pour la pratique, au cas où ils seraient reconnus exacts, que nous avons cru devoir, M. Richard et moi ('), répéter les expériences.
Dans des ballons purs, à fond plat, nous avons introduit 50 centimètres cubes de selles dothicnentériques, nous avons stérilisé les flacons et leur contenu à l'autoclave et les avons ensemencés avec une culture de germes typhiques. Après huit jours, la culture était abondante et nous nous trouvions, pour la désinfection, dans les conditions de la pratique. Nous avons préparé du lait de chaux à 20 pour 100 de chaux, du chlorure de chaux à 5 pour 100, du sublimé à
(') Richard et Chantemesse, Rapport communiqué au Comité consultatif d'Hygiène publique de France (8 juillet 1889).
PROPHYLAXIE
1 pour 1 000 et du sublimé à 1 pour 1 000 additionné de 5 pour 1 000 d'acide chlorhydrique.
Nous avons ajouté aux cultures un centimètre cube, soit 2 pour 100 en volume, de l'un des désinfectants. Le flacon était secoué pour opérer le mélange; au bout d'une demi-heure, d'une heure, de deux heures et demie, de quarantehuit heures, on ensemençait, avec une gouttelette du liquide, un tube de gélatine traité par le procédé d'Esmarch. Voici, sous une forme synoptique, les résultats des ensemencements : le signe + indique que la culture a prospéré ; le signe — qu'elle est restée stérile.