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A. — TRAITEMENT HYGIÉNIQUE ET ALIMENTAIRE

Il n'y a pas de traitement général des néphrites. Les moyens à opposer à la marche envahissante de ces inflammations varient avec chacune d'elles et surtout avec la nature des accidents qui viennent les compliquer.

On n'aura, pour ainsi parler, jamais à intervenir dans le groupe des néphrites •passagères, compagnes habituelles des maladies infectieuses où le plus fréquemment l'inflammation rénale représente un épisode de la maladie. C'est avec une extrême rareté que par elles-mêmes les altérations du rein caractéristiques de ces affections deviennent un danger. Que l'on envisage les déterminations les plus graves de la fièvre typhoïde, des pyohémies, du choléra, de la diphtérie, la lésion rénale est presque toujours primée par l'empoisonnement général contre lequel doivent être dirigés fous les efforts.

Dans le cas cependant où, toute menace d'infection étant disparue, les troubles du côté du rein persistent, on devra se comporter en présence de ce nouvel état de choses comme à l'égard d'une néphrite en évolution.

On n'aurait pas songé il y a quelques années à instituer une thérapeutique pathogénique, car pour la plupart des maladies infectieuses et surtout pour celles qui viennent d'être énumérées, ce traitement n'existait réellement pas. Mais aujourd'hui il est impossible de ne pas retenir par exemple, que, dans le cours d'une diphtérie compliquée d'une albuminurie notable, la sérothérapie, loin d'aggraver les lésions du rein, comme on aurait pu le supposer a priori, semble au contraire écarter définitivement toute, agression nouvelle de l'intoxication diphtéritique. Et bientôt, on assiste à la disparition de l'albumine.

Le traitement pathogénique a donné d'autre part des succès incontestables dans le cours des néphrites paludéennes, syphilitiques et rhumatismales.

En outre, on se contentera d'une alimentation légère dont le régime lacté

(') Voir également A. Braiilt. Traitement des néphrites, in Traité de thérapeutique appliquée de A. Robin, fascicule II, 1895.

TRAITEMENT DES NÉPHRITES.

représentera la plus grande partie. Le lait sera préféré à tout autre aliment, parce qu'il favorise la diurèse, qu'il est suffisamment nutritif, et que chez le:-; fébricitants et les individus atteints d'une maladie infectieuse, il est plus facilement supporté que les autres préparations.

Avec cette méthode on peut attendre sans inquiétude le dénouement naturel de la néphrite, puisque la nutrition est sauvegardée. Cependant, si l'urémie peut être la conséquence directe de la lésion rénale, elle devient plus imminente encore dans les maladies infectieuses où l'effet des poisons propres à chaque infection s'ajoute aux troubles produits par la rétention des déchets normaux de l'organisme. Dans la fièvre typhoïde et le choléra on sera donc autorisé à débarrasser l'intestin des produits de fermentation qui s'y accumulent, ou à s'opposer à leur absorption. On peut tenter aussi de les neutraliser par la série des antiseptiques intestinaux.

A mesure que la néphrite s'individualise, les règles de traitement deviennent plus pressantes. Dans l'ordre des néphrites subaiguè^ dont la néphrite scarlatineuse représente le type le plus accompli, de même que pour la néphrite a frigore, on peut avoir à lutter contre des accidents urémiques ou simplement contre les progrès de l'inflammation. La période fébrile de ces néphrites est tellement fugace qu'on ne lui oppose en général aucun traitement. Dans la grande majorité des cas, c'est au moment où l'anasarque apparaît, accompagnée d'une albuminurie abondante, que les malades réclament l'intervention du médecin. L'interrogatoire doit avoir pour but de déterminer aussi exactement que possible à quelle époque remonte l'affection.

Les malades se plaignent assez souvent de douleurs sourdes et continues dans la région lombaire ; à ces douleurs les médecins opposaient autrefois la révulsion par le vésicatoire et le sinapisme abandonnés actuellement et auxquels on a substitué depuis l'application des ventouses sèches, des ventouses scarifiées et même des sangsues. (J. Renaut.) Ce dernier procédé amène presque toujours quelque sédation ; il n'y a aucun inconvénient à l'appliquer avec vigueur si le malade n'est pas trop affaibli. En cas de néphrite scarlatineuse, on peut obtenir ainsi les avantages d'une véritable saignée; cette intervention doit être plus rapide et plus complète si les accidents urémiques paraissent menaçants.

S'appuyant sur ses propres recherches anatomiques et sur les études de Tuffier et Lejars établissant la richesse des anastomoses veineuses du rein, avec celles de la paroi abdominale, Renaut, de Lyon, conseille et pratique les émissions sanguines dans le triangle de J.-L. Petit. D'après lui, en effet, il existe dans la première période des néphrites une fausse imperméabilité du filtre, due à la compression des tubes et des capillaires de la substance corticale par l'œdème aigu congestif, véritable inflammation séreuse d'origine inflammatoire. La conséquence de cet état serait la fermeture des glomérules par contre-pression sur le système des artérioles efférentes.

Le vrai traitement à opposer à la marche et aux progrès de l'inflammation rénale est le régime lacté. C'est, on peut le dire, aux néphrites subaiguës et fou! particulièrement à la néphrite scarlatineuse que ce régime est applicable. Aux avantages dont nous avons parlé déjà, qui sont ceux d'une alimentation véritable, le régime lacté en offre plusieurs autres; il constitue la diététique la plus favorable à la résolution de l'inflammation du rein. La quantité d'eau éliminée

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provoque une diurèse abondante, alors que les jours précédents les urines étaient rares; très rapidement les œdèmes se résorbent ou diminuent, et le taux de l'albumine suit une courbe descendante. Ces heureuses modifications s'observent également dans l'albuminurie de la grossesse, où l'on peut voir en quelques jours l'albumine descendre de 8 à 10 grammes à 0,60 ou 0,50 centigrammes et même disparaître entièrement. Pour moins sensibles, ces fluctuations ne sont pas exceptionnelles dans la néphrite scarlatineuse.

Dans les néphrites aiguës et la néphrite scarlatineuse, il n'y a, pour ainsi dire, aucune contre-indication au régime lacté ; la seule proviendrait du dégoût éprouvé par les malades ou des troubles digestifs que cette médication pourrait occasionner. Il faut avoir soin de les y habituer progressivement, en exigeant d'eux qu'ils prennent le lait à heures fixes, même la nuit, pour entretenir une diurèse constante. Mais, avant d'abandonner définitivement le lait, on devra chercher par tous les moyens à le rendre supportable. Souvent il suffit de l'étendre, soit d'eau naturelle, soit d'une eau légèrement alcaline, pour que la digestibilité en soit rendue facile. Par de légers artifices de préparation on peut même le rendre agréable (addition d'un peu de thé, de café, d'infusions aromatiques diverses) et diminuer la répugnance que pourraient éprouver certains malades à en continuer l'emploi.

Si le régime lacté constitue une excellente méthode thérapeutique, si le lait doit être regardé comme l'aliment par excellence dans les néphrites aiguës, il n'en a pas moins des inconvénients sérieux. Quand le malade a franchi la période dangereuse de la néphrite, il n'y a souvent aucun avantage à l'imposer plus longtemps. Ce serait même une faute de croire que cette alimentation peut être indéfiniment continuée. Dans les limites où évolue la néphrite scarlatineuse, c'est-à-dire dans l'espace d'un mois à deux mois et demi, on peut ne pas l'interrompre, les malades se trouvant dans les meilleures conditions pour n'en retirer que bénéfice. Ils doivent en outre garder le repos le plus absolu, et pour assurer l'observance de cette deuxième condition, il faut exiger le séjour au lit. L'expérience prouve que la station debout et l'exercice sont à cette période de la néphrite une cause de retard pour la guérison. La reprise prématurée d'un travail pénible, la marche, la fatigue et l'exposition au froid, sont les éléments qui entretiennent la maladie, provoquent les rechutes et conduisent peu à peu l'affection jusqu'aux limites de la chronicité.

En face d'une néphrite prolongée ou d'une néphrite chronique d'emblée, la conduite à tenir au point de vue du régime lacté est un peu différente. En effet, on remarquera au bout de quelques semaines que le chiffre de l'albumine est invariable et que l'état général ne s'améliore pas. Si le malade est confiné à la chambre, il sera bientôt obligé de prendre le lit ou tout au moins de rester allongé, tout travail sera suivi de lassitude, et l'on reconnaîtra bientôt qu'il peut y avoir avantage à modifier le régime.

On comprend en effet que les circonstances soient toutes différentes de celles où l'on se trouve au cours des néphrites à évolution rapide. Dans ce dernier cas, le lait agit non comme médicament véritable, mais comme aliment facile à supporter, comme un de ceux dont les résidus minimes sont incapables d'irriter le rein au passage, de sorte que l'on peut accepter comme vraie l'opinion de Dickinson qui prétend que le meilleur régime dans les inflammations du rein,

TRAITEMENT DES NEPHRITES.

c'est un régime faible avec boissons abondantes. Il est vrai qu'à ce régime il adjoignait des substances que nous considérons aujourd'hui comme inutiles, sinon comme nuisibles, en particulier le bouillon léger ou thé de bœuf usité en Angleterre.

Ces préparations contiennent en abondance des substances salines et des matières extractives qui peuvent irriter le rein déjà malade et sur les inconvénients desquelles Potain et Gaucher ont attiré l'attention. Or, pendant l'évolution des néphrites aiguës, le seul danger à éviter, c'est l'encombrement du rein, l'aggravation des lésions du glomérule et des cellules glandulaires. Si ces préceptes sont négligés, les accidents urémiques ne tardent pas à survenir. Le lait, aliment pauvre, si utile peut-être parce qu'il est insuffisant (Bouchard), permet* donc de nourrir le malade en exonérant le rein d'un sucroit de travail et en permettant à la fonction de se rétablir dans le plus bref délai. Pendant tout le temps où cette alimentation exclusive est suivie, la quantité des urines augmente, le chiffre de l'albumine s'abaisse, et ces deux termes, à mesure que l'amélioration s'affirme, marchent en sens inverse l'un de l'autre. Il est exceptionnel de ne pas voir, au cours d'une néphrite aiguë ou d'une néphrite prolongée en voie d'amélioration, l'albumine décroître rapidement. Cette disparition, au moment du retour à la santé, peut être considérée comme définitive dans la grande majorité des cas.

C'est en s'appuyanl sur la fréquence de modifications aussi favorables que beaucoup de médecins, en ordonnant le régime lacté, ont cru lutter directement contre la lésion rénale. Nous savons aujourd'hui qu'il n'en est rien et que les néphrites peuvent guérir sans que le régime soit aussi sévère, les infractions à la règle étant nombreuses.

Ainsi, à la période d'état de la dégénérescence amyloïde, les urines sont souvent abondantes, en même temps que notablement albumineuses. Cependant presque tous les auteurs s'accordent à conseiller un régime substantiel. C'est que les glomérules partiellement malades laissent encore filtrer l'eau et les sels, pendant que les épithéliums suffisent à l'élaboration des matériaux extractifs. De plus, la dégénérescence amyloïde est entretenue par des maladies à tendance cachectique dont la permanence est une cause d'aggravation continuelle des lésions. En luttant contre la dyscrasie, on espère avec raison éloigner, peut-être même faire disparaître cet état de déchéance progressive; aussi, ne se laisse-t-on pas influencer par la présence d'une certaine quantité d'albumine, l'albuminurie n'ayant pas la signification d'insuffisance rénale.

Par contre, dans deux affections du rein où l'albuminurie peut faire défaut, tout au moins par périodes, Y atrophie rénale et la dégénérescence kystique, on aurait tort de se baser sur cette absence pour porter un pronostic favorable. En quelques jours, quelquefois en quelques heures, nous l'avons dit, l'insuffisance rénale peut être complète et définitive; l'urémie survient d'une façon tellement rapide que la thérapeutique est désarmée. L'albuminurie ne donne par conséquent pas le coefficient de gravité de l'altération rénale; aussi, ce n'est pas contre la présence de l'albuminurie qu'il faut lutter et l'on doit chercher derrière ce signe quel est l'état correspondant du rein.

On peut objecter à cette manière de voir que, si la situation est quelquefois grosse de menaces quand l'albuminurie est absente, elle est toujours inquiétante lorsque celle-ci persiste, et qu'en tout cas la présence de l'albumine

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indique une lésion rénale en permanence. Cela s'entend, mais, si, après avoir éliminé les faits possibles d'albuminurie compatibles, on le sait, avec une santé excellente, on est, sans doute aucun, en face d'une albuminurie par lésion rénale, il reste à savoir si l'on peut obtenir quelque avantage de la prolongation indéfinie du régime lacté. Or, nous le répétons, l'usage du lait a surtout comme indication principale de réduire au minimum la quantité des matériaux d'élimination et de permettre au rein, en travaillant peu, de réparer dans le calme les lésions dont il est atteint.

Lorsque les néphrites ont dépassé la période aiguë et passent à l'état chronique, la situation est toute différente. Toutes les parties de l'organe, ainsi que cela résulte des examens anatomiques, ne souffrent pas au même degré : à côté de tubes et de glomérules détruits ou en voie de destruction, il y a des régions du rein où les lésions sont à peine ébauchées. A ce moment, il semble qu'il n'y ait pas à craindre d'obstruction subite capable de compromettre immédiatement la diurèse, et l'insuffisance rénale ne pourrait résulter que d'une maladie intercurrente. L'albumine constatée dans l'urine provient sans doute des régions malades, mais il reste dans les deux reins des parties saines en quantité suffisante pour l'élaboration quotidienne des déchets urinaires. Pourquoi, dans ces circonstances, imposer au malade un régime insuffisant.

L'observation permet de vérifier chaque jour l'exactitude de ces considérations d'apparence peut-être un peu spéculatives. Après avoir traité les malades par le lait à l'exclusion de tout autre aliment, beaucoup de médecins ont été obligés de suspendre ce régime pour deux motifs : le premier, c'est qu'il survenait quelquefois des troubles gastriques et intestinaux graves, dyspepsie, anorexie insurmontable, constipation ou diarrhée rebelle, et, fait non moins important, une répugnance invincible pour ce mode d'alimentation. Après des tâtonnements nombreux, on reconnut que l'alimentation mixte sagement réglée était exempte des dangers que l'on redoutait, et l'on peut dire aujourd'hui que c'est cette dernière méthode qui paraît la plus rationnelle.

Lorsque l'on fait passer brusquement les malades du régime lacté à une alimentation assez abondante, il est fréquent de voir l'albuminurie subir une recrudescence, quelquefois même, si cette modification au régime a été faite sans précaution, les urines diminuent et l'œdème reparaît. Mais, dans le cours des néphrites chroniques à albuminurie moyenne, 2 à 4 grammes par jour ave® urines abondantes, le passage du régime lacté exclusif à une alimentation légère comprenant un peu de pain grillé, du lait, des légumes, du beurre et des aliments sucrés, ne produit presque jamais la moindre perturbation.

Le premier et le second jour du changement de régime, l'albuminurie peut subir une légère exacerbation, mais bientôt le chiffre revient au taux habituel et tout rentre dans l'ordre. Il n'en est pas de même si l'on permet l'usage de certaines substances très chargées en sels et en extractifs, comme le bouillon et les extraits de viande; la poussée albumineuse déterminée par ces aliments est généralement assez forte. Le régime mixte peut être d'ailleurs infiniment varié, et comprendre des viandes légères, surtout le maigre de jambon, le porc frais, le pigeon, des poissons à chair fine (merlan, sardines fraîches, poissons de rivière), et quelques pâtisseries. Cette alimentation permet

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au malade de se livrer à des occupations ne réclamant pas une trop grande dépense musculaire.

On est surpris de voir des néphrites s'améliorer, malgré ce régime en apparence irritant. Si les avis ont été divergents, sur ce point, c'est parce que les observations ne visaient pas des faits comparables. On voit, cependant, des malades dont l'affection ne semble pas s'aggraver, quel que soit le régime prescrit; ni l'alimentation, ni l'exercice, ne paraissent avoir d'influence sur le taux de l'albumine. De pareilles néphrites ont été considérées comme des néphrites partielles, cicatricielles, résiduales, toutes ne sont pas curables, mais quelques-unes peuvent guérir complètement, et un assez grand nombre ne semblent porter aucune atteinte sérieuse à la santé.

Le régime mixte peut-il être indéfiniment suivi sans préjudice pour les malades? Du moment où Y albuminurie n'augmente pas, si les urines sont éliminées en quantité suffisante, on peut laisser les choses en l'état, sauf à revenir à une alimentation plus sévère ou au régime lacté exclusif lorsque survient une poussée albumineuse. C'est qu'alors on se trouve dans des conditions identiques à celles qui caractérisent les néphrites aiguës, et, pour éviter l'obstruction du rein, le régime doit être à nouveau réglementé.

Au moment des exacerbations d'une néphrite subaiguë ou chronique, si les urines rendues sont en quantité moyenne, aux environs de 1000 grammes par exemple, il existe plusieurs procédés permettant de s'assurer de l'état d'intégrité du rein : J° l'analyse chimique servant à déterminer la quantité d'urée, d'acide urique, de chlorures, de phosphates, éliminés dans les vingt-quatre heures en tenant compte du régime suivi par le malade ; 2° la détermination du coefficient d'oxydation azotée établissant le rapport de l'azote de l'urée à l'azote total; lorsque ce rapport baisse sensiblement, c'est que le rein fonctionne mal; 3° l'expérimentation permettant de fixer le coefficient de la toxicité urinaire ; 4° la recherche de la perméabilité rénale obtenue par l'élimination du bleu ; 5° la cryoscopie.

Si ces différents facteurs donnent des résultats comparables, on en conclura que le rein devient insuffisant et que l'urémie est proche. Mais ces procédés d'examen ne sont applicables qu'à certaines périodes de l'évolution des néphrites aiguës, au moment des paroxysmes des néphrites chroniques, et dans les dernières phases des atrophies. On s'exposerait à de singuliers mécomptes, si l'on croyait qu'il existe une échelle de toxicité permettant de mesurer exactement et au jour le jour la limitation de l'émonctoire rénal. Tous les auteurs ont en effet remarqué, depuis Bartels, qu'assez souvent, dans les phases ultimes des atrophies du rein, l'appétit étant conservé, et l'urée éliminée en quantité suffisante, les malades n'accusaient aucun malaise. L'explication de cette apparente anomalie est donnée par cette notion que les reins malades contiennent pendant longtemps assez de substance glandulaire pour l'élaboration quotidienne des produits de désassimilation.

De cet exposé il ressort que le régime lacté exclusif ne peut être considéré comme l'alimentation indispensable dans toute néphrite en évolution, mais c'est l'alimentation de choix, quand l'insuffisance rénale est proche, lien résulte que, dans le cours d'une néphrite, on devra l'employer à chaque retour offensif de la maladie. Cette médication est trop précieuse, dans ces

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conditions, pour qu'on la prodigue inconsidérément dans les périodes d'équilibre et de compensation rénales, au risque d'en dégoûter les malades et d'altérer les fonctions digestives.

Cette méthode de traitement, la plus efficace de celles dont nous disposionsT échoue cependant comme toutes les autres, aussi bien dans les néphrites chroniques que dans les néphrites aiguës, lorsque la fonction du rein est irrémédiablement perdue. Car, en dehors des faits où l'urémie survient d'une manière brusque et sans prodromes, les désordres gastriques et intestinaux sont arrivés à un tel point qu'aucun aliment n'est toléré, les vomissements alternent avec la diarrhée, l'inappétence est absolue, toute ingestion de liquide est une fatigue pour le malade. Prescrire un régime dans ces circonstances est une pure dérision, il faut aller au plus pressé, maintenir l'alimentation par quelques lavements nutritifs, et surfout débarrasser momentanément l'économie des produits qui l'encombrent par une purgation énergique ou mieux encore par une saignée faite larga manu.

Il est encore une indication du traitement par le lait qui a son importance. On se trouve parfois en présence d'albuminuriques dont il est difficile de reconstituer l'histoire, on ne peut dire à quelle époque remonte leur affection ni à quelle origine la rattacher et par conséquent déterminer si elle est justiciable du traitement par le lait. Si le malade est d'âge moyen et vigoureux, il est indiqué de faire l'essai du régime lacté. Cette expérience sera poursuivie pendant un mois au moins et six semaines au plus. On obtiendra quelquefois un amendement notable des symptômes et une disparition presque complète de l'albuminurie. On était donc probablement en présence d'une néphrite récente d'origine indéterminée.

Si, malgré cette tentative, aucun changement ne s'opère, toute prolongation est inutile, on devra revenir au régime mixte que l'on interrompra de temps à autre par des périodes de repos où le lait constituera la base de l'alimentation.

Le régime mixte comprend, en plus du lait, le pain, le beurre, le sucre, des féculents, des légumes verts, des potages maigres, des viandes blanches", desfruits, des pâtisseries, et enfin des œufs.

L'opportunité d'une alimentation par les œufs a été et est encore fort contestée. Les médecins qui les proscrivent s'appuient sur d'anciennes expériences de Stokvis répétées depuis par nombre d'auteurs et qui démontrent que Yinjection intra-veineuse d'ovi-albumine provoque invariablement l'albuminurie chez les animaux. L'albumine de l'œuf passe dans les urines, où on peut la déceler à ses réactions spéciales (coagulation à 65°, l'albumine du sérum coagulant à 75°).

Mais il n'en est sans doute pas de même pour les œufs ingérés par l'estomac, à moins d'une susceptibilité particulière ou de l'existence d'une lésion rénale antérieure. Il est inadmissible a priori qu'ils ne subissent pas une certaine digestion, même quand ils sont ingérés sans être cuits. Des expériences nombreuses ont été faites sur ce point. Senator, Lehmann, Stokvis, Coats, d'Arcy-Power, pensent que cette albumine traverse le glomérule. Lauder- Brunton, cité par Grainger- S tewart, ne parvint pas à provoquer le passage de l'albumine en avalant six œufs frais séance tenante.

Maguire échoua de même, à la suite de l'ingestion de douze blancs d'œuf;

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mêmes résultats négatifs par une alimentation comprenant dix-neuf œufs ingérés en trente-six heures (Dobradin). Grainger-Stewart répéta ces expériences sur quatre malades, un ataxique, un cardiaque, un homme dans un état de santé assez satisfaisant et un choréique. Chez les trois premiers il donna neuf et dix œufs frais par jour, pendant trois, sept et neuf jours ; dans tous les cas, l'albuminurie survint vers le deuxième ou troisième jour, pour disparaître à la fin de l'expérience. Ces recherches diminuent considérablement l'importance de l'observation de Claude Bernard sur les dangers de l'œufalbumine.

L'albumine est toujours peu abondante, elle n'est pas constituée par de Yovialbumine, mais par de la serine. En conséquence, la théorie de l'absorption de l'ovi-albumine telle quelle dans le sang après ingestion par l'estomac et de son rejet par les reins, doit être abandonnée (Grainger-Stewart). Lawenmeyer de son côté donna six à neuf œufs cuits à quatre albuminuriques dont trois atteints de dégénérescence amyloïde et un de stase rénale d'origine cardiaque, sans constater le moindre changement dans la proportion de l'albumine.

On peut conclure de ces observations que les œufs crus ne doivent pas être prescrits chez les malades atteints de néphrite, mais que, par contre, les œufs cuits peuvent sans inconvénient entrer dans l'alimentation, sauf dans le cas où les fonctions digestives sont en mauvais état.

Tout le monde s'accorde au contraire à reconnaître l'inutilité et les dangers d'une alimentation trop abondante, dont les malades n'ont nul besoin. Tant qu'ils restent sous le coup d'une rechute, ils ne doivent pas s'exposer à la fatigue, une alimentation moyenne leur suffit. On voit en résumé que pendant l'évolution des néphrites, les malades sont dans un état d'équilibre instable, et que l'alimentation doit être assez réglementée pour ménager la fonction chancelante du rein. On pourrait dire que lès albuminuriques doivent être soumis à la ration d'entretien de personnes contraintes à garder le repos, à ne produire aucun effort, ni subir aucune fatigue. Toutes ces prescriptions sont, i on le voit, concordantes, puisque par une alimentation faible et le repos, on réduit au minimum le taux des déchets organiques, provenant soit de la digestion, soit des combustions internes. Le malade atteint de néphrite chronique a besoin, s'il veut vivre, de continuels ménagements.

Nous avons dit précédemment que les fonctions digestives se maintenaient beaucoup plus longtemps intactes dans le cours des atrophies lentes du rein, que dans les néphrites aiguës et les néprites prolongées dues au froid, à la j scarlatine, ou à toute maladie du même groupe étiologique. La pratique de chaque jour confirme cette notion, et montre en outre que le régime ordinaire, et le régime large, supportés sans aucune gêne dans le premier cas, causent parfois des désordres marqués dans le second.

C'est à propos de la dégénérescence amyloïde que la plupart des auteurs se montrent beaucoup moins rigoureux sur le régime à suivre. Dans cette dernière affection, Grainger-Stewart conseille une nourriture substantielle, qui ne lui semble nullement contre-indiquée par l'état des reins, bien que les vaisseaux malades permettent la transsudation plus rapide de l'albumine qu'à travers les reins en voie d'atrophie; mais toutes les recherches tendent à démontrer l'intégrité relative des épithéliums. C'est encore à propos de cette forme que l'on

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a conseillé les reconstituants, les préparations ferrugineuses, les vins peu alcoolisés riches en tanin.

D'une façon générale, au contraire, dans les autres formes de néphrites, les boissons fermentées et alcooliques doivent être proscrites ; les eaux minérales jouissant de propriétés diurétiques reconnues (Évian, Pougues, Alet, Bussang, Vittel) seront avantageusement recommandées, le vin blanc sera préféré au vin rouge, les bières légères aux bières fortes; mais surtout les bières de malt étendues d'eau. Toutes ces boissons peuvent être remplacées de temps à autre par du thé léger pris surtout au moment des repas.

Tous les médecins sont aujourd'hui d'accord pour recommander aux malades les précautions hygiéniques les plus rigoureuses. Chacun sait la funeste action du froid et son rôle indéniable dans le retour et l'aggravation des poussées albuminuriques. Pour éviter les accidents, les malades atteints de néphrite doivent se préoccuper de leurs vêtements, de leur habitation, et choisir, s'ils le peuvent, comme lieu de résidence, en hiver, un climat chaud et sec ; l'expérience établit en effet qu'au moment de la saison chaude, les malades éprouvent toujours une grande amélioration dans leur état.

Pour éviter le froid et entretenir un fonctionnement régulier de la peau, on a conseillé l'usage de frictions pratiquées sur tout le corps; il est préférable de les faire à sec et sans violence, pour ne pas amener une excitation trop énergique dont le rein pourrait ressentir le contre-coup. Mais il serait plus nuisible peut-être de maintenir les malades au repos absolu, sauf au moment des paroxysmes de la maladie. Dans la période de compensation, l'exercice très modéré, des promenades sans fatigue, la vie au plein air, le séjour dans certaines stations thermales d'altitude moyenne, modifient avantageusement la nutrition au grand profit du rein, dont l'action s'exerce sur des matières extractives plus réduites. D'après C. Allbutt, le repos cérébral serait aussi utile que le repos musculaire.

On doit interdire aux malades certains aliments dont l'action sur le rein paraît trop irritante, tels que les radis, les épinards, l'oseille et la rhubarbe comestible dont on use en Angleterre, les tomates, les aubergines, les asperges, les champignons, les truffes, la choucroute, et le cresson. Grainger-Stewart est arrivé à des résultats douteux pour les fromages; par contre, il a trouvé plusieurs personnes assez sensibles à certains aliments tels que les noix, aussi les sup. prime-t-il complètement du régime alimentaire. Il en est de même des aliments fermentés ou en voie de décomposition, comme les conserves de poissons et les gibiers avancés.

J. Renaut déconseille les graisses qui peuvent d'après lui être éliminées au niveau des glandes sudoripares sous forme de corps gras nocifs. J. Teissier interdit d'une façon générale tous les aliments riches en azote pouvant augmenter dans une certaine proportion les produits d'oxydation inférieure nuisibles pour le rein. Il rejette donc de l'alimentation le fromage de gruyère contenant jusqu'à 19 pour 100 d'azote, et presque tous les poissons, parce que les uns ont une chair très nutritive, et que les autres se décomposent très vite donnant naissance à des leucomaïnes dangereuses, sole, saumon, etc.

Les œufs même des poissons doivent être proscrits puisque le caviar contient jusqu'à 21 pour 100 d'azote.

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Pour le même motif et avec plus de raison encore, on surveillera très attentivement l'emploi des médicaments, des narcotiques en particulier. Todd avait autrefois publié (1857) un cas d'empoisonnement par la poudre de Dower; Cornil, Charcot, Dickinson, ont cité depuis des accidents graves à la suite de l'emploi des préparations opiacées. Bouchard, à propos de deux cas de mort provoqués par un traitement mercuriel, a mis en lumière les dangers que présente l'emploi de certains médicaments dans les néphrites; plus tard il insista sur l'incomplète élimination des alcaloïdes. Chauvet('), reprenant cette question, montra avec quelle prudence il convient d'administrer le sulfate de quinine, le bromure et Viodure de potassium, le mercure, Vacide salicylique^), l'opium et Yatropine. Pour tous ces médicaments, la quantité éliminée par les urines est beaucoup moins considérable et l'élimination dure plus longtemps.

Guilbert et Hahn, Rayer, Corlieu, avaient cru démontrer l'imperméabilité des reins aux substances odorantes. De Beauvais concluait de ses recherches que le défaut d'élimination de la térébenthine est un signe pathognomonique de la maladie de Bright. On pourrait s'appuyer sur cette particularité quand on hésite à prescrire un médicament dangereux, mais les travaux les plus récents n'en ont pas confirmé l'exactitude (Furbringer).

Quant à Viodure de potassium, nous croyons avec Bartels, pour l'avoir souvent employé, pendant de longues périodes et à doses assez élevées, qu'il ne présente aucun inconvénient. En supposant qu'il n'ait pas d'action véritablement efficace sur l'atrophie rénale progressive, il peut être très avantageusement mis à contribution dans la néphrite syphilitique.

Tout retard dans son élimination, de même que toute élimination insuffisante permet d'affirmer que le rein fonctionne mal. Il n'est contre-indiqué que dans les circonstances où il produirait une congestion œdémateuse de l'arrièregorge, on peut alors le remplacer par l'iode en nature.

C'est au moment de la période de compensation que Grainger- Stewart conseille l'emploi de Y acétate et du tartrate de potasse, il recommande aussi avec instance Y huile de genévrier. Toutes ces médications sont contre-indiquées quand l'insuffisance rénale s'établit.

Mais on a beaucoup exagéré le danger des médicaments. Nous pouvons affirmer avec bien d'autres l'innocuité parfaite au moment des périodes de compensation de l'iodure de potassium, du mercure, du sulfate de quinine, du salicylate de soude même à haute dose, de la digitale et, à l'occasion, de la morphine administrés avec prudence.

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