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BB.AULT

MALADIES DU REIN ET DES CAPSULES SURRÉNALES

L'organe était dur à la coupe, les bandes de tissu conjonclif pénétraient profondément dans son intérieur, quelques-unes contenaient d'anciennes gommes et des vaisseaux amyloïdes. Dans les reins de volume et de poids presque normal (160 et 170 grammes), pâles, blanchâtres, assez résistants, tous les glomérules étaient amyloïdes. Le cœur volumineux pesait 405 grammes, les parois du ventricule gauche avaient plus de deux centimètres et demi d'épaisseur. Quelques vaisseaux de la paroi cardiaque étaient également amyloïdes.

Dans une seule de ces observations, les lésions du foie pouvaient être soupçonnées; dans les deux autres, elles n'ont été reconnues qu'à l'autopsie, mais dans toutes trois la lésion hépatique dominante n'était pas la dégénérescence amyloïde disséminée dans les espaces et sur les vaisseaux, mais la déformation caractéristique de l'organe avec cicatrices, fissures profondes et traces d'anciennes gommes. Ces trois observations confirment la loi établie par Rayer sur la valeur des lésions simultanées du foie et du rein. Elles sont surtout importantes parce que dans les trois cas envisagés elles indiquent l'action prolongée d'une syphilis grave, et permettent de rattacher à cette maladie la dégénérescence amyloïde du rein.

Par contre, nous ne sommes pas en mesure de dire dans quelle proportion la transformation cireuse du rein et du foie peut se produire sans trace aucun:' d'inflammations syphilitiques anciennes; il en existe cependant des exemples très nets cités par Négel, Lecorché et Talamon.

On doit remarquer dans la troisième observation la terminaison peu commune de la dégénérescence amyloïde par urémie en même temps que par hypertrophie du cœur sans que toutefois les reins fussent nettement atrophiés.

La diminution de volume des reins observée par Wagner, Bamberger, Lancereaux, Mauriac, Négel, Brault peut s'expliquer de deux façons, ou par l'atrophie antérieure du rein, compliquée de dégénérescence amyloïde (c'est une pareille interprétation que l'on peut donner à la première observation de Rayer), ou par le développement simultané d'une néphrite diffuse et d'une dégénérescence amyloïde, ainsi qu'on voit évoluer l'hépatite diffuse de même origine.

Dans la première hypothèse, on invoquera la coexistence de plusieurs maladies dont l'action combinée ou successive peut expliquer la physionomie particulière des lésions : ainsi saturnisme et syphilis, alcoolisme et syphilis, goutte et syphilis, etc.; dans la seconde, il suffira de se rappeler que les inflammations chroniques d'origine syphilitique peuvent être la cause de Y/iypertrophie ou de V atrophie du foie avec ou sans cicatrices, avec ou sans gommes, avec ou sans dégénérescence amyloïde. Cette explication nous paraît la plus vraisemblable.

On rencontre parfois des lésions dont la pathogénie est encore plus obscure; nous avons cité autrefois la possibilité d'une atrophie très prononcée de reins dont le poids était de 50 et 55 grammes avec dégénérescence amyloïde des glomérules, des vaisseaux et transformation microkystique des tubes qui subsistaient. Ces lésions s'étaient développées chez une femme atteinte de syphilis invétérée.

Dans les observations précédentes, la mort survint malgré l'administration du traitement ioeluré à haute dose. Mais, ainsi que le fait remarquer Mauriac, toutes les néphropathies tardives, bien que fort graves, n'entraînent pas fata-

SYPHILIS RÉNALE

lement la mort. Un malade de Cadiat, qui, vingt ans auparavant, avait eu la syphilis, contracta une néphrite qui fut attribuée à un refroidissement. L'anasarque fut complète pendant plusieurs semaines et l'état général très grave Après quelque temps d'un traitement ioduré, l'albuminurie diminua sensiblement et, quinze mois après le début de cette affection, la guérison était complète. L'iodure peut ainsi triompher de plusieurs récidives d'albuminurie (Dérignac, Lancereaux, Dieulafoy).

Dans les cas même où il a tout d'abord réussi, le traitement ioduré peut définitivement échouer, soit que la syphilis devienne incurable, ou que l'alcoolisme antérieur mette obstacle à l'efficacité de l'iodure (Mauriac, Lacombe). Dans les formes cachectiques compliquées de syphiloses hépatique, splénique, intestinale, on doit instituer un traitement énergique. Mauriac dit avoir vu des syphiloses abdominales guérir sous l'influence de l'iodure chez des malades que l'on croyait atteints de cancer.

L'observation de syphilis héréditaire rapportée plus haut et due à Bartels démontre amplement l'efficacité d'un traitement poursuivi.

Sans doute, au point de vue du diagnostic, l'augmentation de volume du foie et de la rate compliquée d'albuminurie n'est pas suffisante pour affirmer le diagnostic de dégénérescence amyloïde, mais, si les antécédents syphilitiques sont certains, aucune hésitation n'est possible. Lorsque le diagnostic est douteux, le traitement doit être également institué. En effet, si l'albuminurie de la période secondaire de la syphilis peut, ainsi que l'admet Mauriac, disparaître sans traitement, il n'y a pas d'exemple que les déterminations rénales de la syphilis invétérée puissent rétrocéder sans intervention thérapeutique. Le pronostic est donc toujours grave.

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