‹ Traité de médecine ... [electronic resource] (volume 5)Chapitre 121 sur 155 · C. — GOMMES · texte numérisé non relu

C. — GOMMES

Nous ne citons ici les gommes du rein que pour mémoire, car leur importance au point de vue clinique est à peu près nulle. Jamais on ne les trouve isolées dans cet organe, elles coïncident presque toujours avec des lésions de néphrite et de dégénérescence amyloïde. Des productions gommeuses s'observent en même temps dans le foie.

Elles occupent, soit la substance corticale (Cornil), soit les pyramides, rarement ces deux parties simultanément. Elles sont généralement très peu nombreuses, de la grosseur d'un gros pois ou d'une noisette. Exceptionnellement, on les a trouvées, comme les tubercules, de toutes dimensions depuis la grosseur d'une tête d'épingle. Elles sont nettement limitées, entourées d'une zone blanc grisâtre quelquefois très vasculaire. Le centre de ces gommes est d'une grande sécheresse et formé d'un tissu fibreux résistant. Cornil (') en a signalé jusqu'à vingt dans le même organe; Axel Key, cité par Négel, en aurait compté jusqu'à soixante; Virchow, Beer, Borde, Wagner, Cornil, ont également observé des gommes suppurées.

Traitement. — Le traitement diffère suivant la variété de néphrite en observation. Les néphrites de la période secondaire, néphrites précoces, doivent être traitées au moyen des préparations hydrargyriques.

(l) V. Cornil. Leçons sur la syphilis, 1879.

TRAITÉ DE MÉDECINE, 2e éclït. — Y. 45

[BRAULT

On doit procéder, dans l'administration des mercuriaux, avec une certaine prudence. Il convient, en effet, de tàter la susceptibilité de chaque malade et de mesurer aussi exactement que possible la perméabilité rénale. Par un traitement d'assaut institué sans mesure, on risquerait de déterminer une stomatite mercurielle sérieuse et interminable. Dans la thèse de Descoust, dans le travail de Négel, on trouve des observations très démonstratives où la guérison n'a été obtenue que par l'emploi des préparations mercurielles. Mauriac, Labadie-Lagrave, Horteloup, Wickham, Barthélémy, Fournier, Martinet, Cohadon, Chauffard, Dieulafoy, ont signalé des faits du même ordre. Les craintes de Senator et de Hardy ne paraissent donc nullement justifiées.

On peut être obligé de suspendre l'usage du mercure (observations de Perroud, Descoust) ; la suspension est toujours nécessitée, soit par une intolérance gastrique, soit par une stomatite mercurielle assez violente. Lorsque cette complication a pris fin, il arrive fréquemment que de nouvelles doses sont administrées sans inconvénient.

Il y a quelques années, Lecorché et Talamon (J) ont publié l'observation d'un malade atteint au huitième mois de la syphilis d'une néphrite avec anasarque et albuminurie abondante atteignant jusqu'à 19 grammes par litre. La médication antiphlogistique et le régime lacté échouèrent, l'albumine augmenta. Le malade fut alors soumis au traitement mercuriel (i grammes d'onguent napolitain par jour en frictions), l'alimentation ordinaire fut autorisée. Pendant quatre mois, la même dose de mercure fut maintenue. A partir de ce moment, l'œdème diminua et le taux de l'albumine baissa progressivement. Au commencement du quatrième mois, on essaya d'interrompre les frictions, l'albumine remonta de I gr. 70 à 6 et D grammes par litre. Le traitement mercuriel fut de nouveau repris, et, vers la fin du cinquième mois, la guérison était complète ; elle ne s'est pas démentie pendant les trois ans que le malade a été tenu en observation.

Ce fait est très probant parce que des examens successifs permirent de constater l'absence d'albuminurie, l'élimination suffisante des matériaux extractifs, et le retrait progressif du cœur, qui, pendant les premières phases de la néphrite, avait paru notablement dilaté.

Lecorché et Talamon préfèrent les frictions aux préparations mercurielles prises à l'intérieur. Dans l'observation de Descoust où la néphrite eut dès les premiers jours un caractère grave, la guérison ne fut également obtenue que par l'usage des frictions.

Mauriac redoute cette forme d'administration du mercure et pense que, dans presque tous les cas, l'iodure de potassium est le médicament qui convient le mieux. Il faudrait l'administrera haute dose, à moins que l'état des fonctions digestives n'y mette obstacle. Nous croyons que dans le traitement des néphrites précoces, l'iodure est sinon nuisible, tout au moins insuffisant et qu'il y faut ajouter le mercure.

Le traitement ioduré est au contraire celui qui convient aux néphrites tardives de la syphilis, compliquées en général de dégénérescence amyloïde. L'iodure de potassium, le sirop iodo-tannique, la teinture d'iode de dix à trente gouttes par jour sont beaucoup plus actifs que l'iodure de sodium contre

(') Lecorché et Talamon. Syphilis brightique précoce. Médecine moderne, septembre 1801.

CANCER DU REIN

les manifestations syphilitiques tertiaires, les gommes, les inflammations avec induration et atrophie des organes, les infiltrations amyloïdes. L'emploi de ces médicaments peut être poursuivi pendant des mois, sans aucun inconvénient pour les malades.

Des observations très précises de Cadiat, Mauriac, Bartels, Fournier, Négel, Barthélémy, démontrent les effets vraiment remarquables de l'iodure qui peut enrayer, améliorer, guérir même des malades considérés comme perdus. Pour les formes tardives des néphrites, ainsi que pour les hépatites chroniques, on peut être obligé d'instituer cette médication à haute dose. Sans que le diagnostic étiologique soit nettement établi, l'amélioration consécutive à l'emploi de l'iodure de potassium permet seule quelquefois d'affirmer l'origine syphilitique de la néphropathie. On ne doit renoncer au bénéfice de l'iodure que si les troubles intestinaux s'y opposent. En cas d'urémie, l'usage doit en être suspendu ; une fois l'attaque passée, on n'y aura recours qu'après s'èlre assuré que le rein fonctionne normalement.

Ultérieurement les malades pourront profiter d'un traitement reconstituant ferrugineux ou phosphaté et de la cure hydro-thermale, eaux chlorurées sodiques fortes et eaux sulfureuses dont l'indication s'adresse à toutes les cachexies rénales (voir chap. XV et XVII).

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