‹ Traité de médecine ... [electronic resource] (volume 5)Chapitre 131 sur 155 · CHAPITRE XXIV FILARIOSE RÉNALE — HËMATO CHYLURIE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV FILARIOSE RÉNALE — HËMATO CHYLURIE

Définition. — Uhématockyltme est un symptôme caractérisé par l'émission d'urines renfermant les principaux éléments du chyle de la lymphe et du sang. L'urine peut être par intervalles simplement hématique ou .chyleuse mais souvent elle est à la fois d'apparence laiteuse et rosée. Cette affection, aussi fréquente dans les régions tropicales que rare en Europe, est la traduction clinique des désordres provoqués par la filaire du sang. L'hématochylurie peut s'observer isolément ou s'accompagner d'ascite chyleuse, à'adéno-lymphocèle, d'abcès lymphatiques, â'éléphantiasis et des autres manifestations de la filariose.

Ces affections ne doivent d'ailleurs pas être confondues avec la filariose sous-cutanée ou draconculose qui est due à un parasite tout différent, la filaire de Mécline.

Historique. — L'hématochylurie semble avoir été anciennement observée dans les pays où elle est endémique, mais sa véritable nature a été longtemps méconnue. C'est ainsi que les anciennes dénominations de pyurie lactée (Sauvages, Vieussens), diabète laiteux, pyurie caséeuse (Alibert), galacturie, lacturie, etc., correspondent à des erreurs d'interprétation.

Plus tard, les auteurs reconnurent la présence du chyle ou de la graisse dans l'urine, et Requin, le premier, employa le terme d'urines chylcuses. F.Martins, Pereira Rego et d'autres lui substituèrent la dénomination d'urines graisseuses. Bouchut, Martins Costa, Guimaraès, montrèrent que ces urines chyleuses contiennent en même temps une forte proportion d'albumine. Enfin Prout,en 1818, proposa le terme de chylurie que l'usage a consacré.

Cependant, l'ignorance la plus complète persista sur la nature même de la maladie jusqu'au moment où Wucherer (1866) découvrit à Bahia, dans le* urines d'un malade atteint de chylurie, un grand nombre de petits vers filiformes

(') Desmons et Pousson. Intervention chirurgicale dans l'anurie calculeuse. Ann. des mal. des org. gén. uriri., 1894. — Voir également H. Duret. Sur les calculs ramifiés du rein et les opérations qui leur conviennent. Ann. des mal. des org. gén. ur., 1897.

FILARIOSE RÉNALE. — HÉMATOCHYLURIE

très mobiles qui n'étaient autres, on le démontra depuis, que des embryons de filaires ou microfilairés (Le Dantec) (').

Ce parasite avait d'ailleurs été vu pour la première fois trois ans auparavant par Demarquay dans un cas lïhydrocèle chyleuse. A partir de ce moment, les observations se multiplient et la fîlaire de Wucherer est successivement décrite par Lewis, Salisbury, Crevaux, P. Manson, et un très grand nombre de médecins qui étudiaient l'hématocbylurie à Calcutta, aux États-Unis, à la Guadeloupe, aux Indes, en Egypte, etc.

D'abord constatées dans le liquide de l'hydrocèle et dans l'urine chyleuse, les microfilairés furent reconnues dans le sang par Lewis (1872).

Cependant l'étude comparative de la filariose du chien (filaria immitis) montrait chez cet animal le parasite adulte à côté des œufs et des embryons. Aussi soupçonnait-on chez l'homme l'existence de la filaire adulte que Bancroft découvrit à Brisbane en Australie (1876), dans un abcès lymphatique du bras. Cet auteur trouva dans la cavité de l'abcès un ver ayant l'apparence d'un cheveu de 8 à 10 centimètres de longueur. Cobbold put le déterminer comme étant la femelle ayant atteint son complet développement. Celte constatation fut confirmée ensuite par beaucoup d'auteurs, dont plusieurs, Figueira de Saboia entre autres, rencontrèrent des fdaires adulles dans le cœuretle système circulatoire.

Enfin P. Manson étudia complètement l'évolution de la filaire et sa migration dans le .corps des moustiques. Plus lard, il montra que toutes les filaires embryonnaires du sang (filaria sanguinis hominis) de Lewis ne sont pas identiques, car elles donnent en se développant plusieurs formes adultes.

En 1895, Teissier essaya de prouver l'identité des filaires embryonnaires avec les embryons d'anguillules et rapporta l'observation d'un malade de la Guyane, d'après laquelle la filariose serait une affection d'origine intestinale. Mais tout récemment P. Manson (1900), dans une série de recherches, établit que les moustiques étaient non seulement indispensables au développement des embryons, mais encore qu'ils servaient d'agents de transmission de la maladie en les inoculant directement à l'homme.

Étiologie. — L'hématocbylurie est sous la dépendance immédiate de la filariose. Elle reconnaît cependant un certain nombre de causes prédisposantes et occasionnelles, d'importance secondaire.

Elle s'observe à tous les âges, elle est assez fréquente chez les enfants et les jeunes gens, comme il est facile de s'en rendre compte par les observations recueillies en France sur des malades venant de pays où la filariose est endémique; plus fréquente peut-être chez les femmes, du moins au Brésil, bien que, dit-on, la grossesse soit un obstacle à l'apparition des accès.

Les accès sont particulièrement fréquents chez les créoles, ils sont plus rares chez les nègres et les Européens. Cette heureuse disposition ne va cependant pas jusqu'à l'immunité, puisque les Européens qui séjournent dans les pays où la filariose est endémique en sont assez souvent victimes.

(') Consulter R. Blanchard. Zoologie médicale, t. II. p. 41. — A. Le Dantec. Précis de pathologie exotique, 1900. — Lancereaux. Anatomie pathologique, t. I, 2e partie, p. 701. — Ibidem, t. II, 1" partie, p. 679. — Clinique médicale, 1894. — M. Font. Revisla de ciencias med. de Barcelona, p. 73-97, 1894. — Guyot. Arch. de mïd. navale, LVIII, p. 192, 1892, cl LIX, p. 116, 1893. — P. Manson, Tropical diseases, 1900. — Guiart. Les moustiques. Importance de leur rôle en médecine et en hygiène. Annales d'hygiène et de méd. légale, novembre 1900. — R. Blanchard. Transmission de la filariose par les moustiques. Arch. de parasitologie, 1900.

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