‹ Traité de médecine ... [electronic resource] (volume 5)Chapitre 135 sur 155 · CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES

été établi ainsi que, dans la plupart des processus morbides, le nombre des globules blancs subit d'importants changements. Rien d'instructif à cet égard comme l'histoire de la suppuration. A l'étal normal, le sang renferme par millimètre cube GOllO leucocytes, ce qui fait, pour les 5 litres que possède le corps humain, 30 milliards. Le pus, ayant en moyenne 125 000 cellules blanches par millimètre cube, en renferme par litre 125 milliards et en contient quatre fois plus que la masse totale du sang. L'excès des leucocytes semble s'expliquer par une leucocytose préalable. Au lieu du chiffre normal de 0000, le sang, dans les cas de suppuration, renferme par millimètre cube 15 à 20000 et même 56000 leucocytes. Des variations analogues, quoique moins marquées en général, peuvent s'observer dans la plupart des infections, des intoxications, ou même dans certaines conditions qui ressortissent autant à la physiologie qu'à la pathologie : l'inanition, par exemple.

Dès lors, une nouvelle question se pose. D'où proviennent ces nombreuses cellules ? C'est à ce problème que se sont attachés les observateurs contemporains. On est arrivé peu à peu à cette conclusion que la leucocytose suppose une suractivité de certains organes ou de certains tissus, et notamment des ganglions lymphatiques, de la rate et de la moelle des os. Puis, essayant de préciser davantage, on a pensé que chacun de ces trois appareils a la propriété de donner naissance aune variété de leucocytes : les lymphocytes proviendraient des ganglions lymphatiques, les leucocytes à noyau polymorphe résulteraient, pour une part, de la transformation des grands mononucléaires, transformation qui aurait lieu dans le sang lui-même, mais le plus grand nombre proviendrait de la moelle des os. Enfin, les éosinophiles représenteraient un groupe spécial, et naîtraient certainement de la moelle osseuse; leur présence dans le sang indiquerait une suractivité de ce tissu. Quelques auteurs pensent même que la relation est si bien établie qu'il leur suffit de constater l'éosinophilie pour affirmer que la moelle osseuse est atteinte: il leur paraît inutile de baser leur assertion sur des examens nécroscopiques.

Les recherches les plus récentes démontrent que celte opinion est erronée. Les maladies, et notamment les maladies infectieuses, ont pour effet de ramener l'organisme à un état fonctionnel plus jeune que ne l'indique l'âge réel du malade. Or, aux premières périodes de la vie, les différents organes hématopoétiques renferment les mêmes variétés cellulaires. Plus tard, une différenciation se produit, mais la maladie a justement pour résultat de faire revivre les stades antérieurs. C'est un point que nous avons essayé de mettre en évidence à plusieurs reprises. M. Dominici arrive de son côté à une conclusion analogue. Cet auteur admet avec juste raison que le système hématopoétique représente une unité anatomique, mais une unité complexe résultant de l'intrication de deux variétés de tissu : l'un dont le type le mieux différencié est représenté par le ganglion lymphatique, c'est le tissu lymphoïde; l'autre, représenté par la moelle des os, c'est le tissu myéloïde. Or, dans un grand nombre de circonstances, la différenciation cesse et les cellules qui semblaient disparues réapparaissent. D'après M. Dominici, la splénectomie, si elle est suivie d'infections atténuées et prolongées, fait apparaîlre dans la moelle des os des îlots d'apparence lymphoïde ; si elle est suivie de saignées répétées et d'infection, les ganglions mésentériques prennent certains des caractères de la rate. Enfin, dans d'autres circonstances, le ganglion et la rate acquièrent certaines propriétés de la moelle osseuse ; c'est ce qui a lieu notamment dans

[ROGER

PATHOLOGIE DES ORGANES HÉMATO POÉTIQUES

la rate des animaux soumis à des saignées répétées et infectés avec du bacille lyphique (').

L'apparition fréquente d'éléments analogues à ceux de la moelle des os dans les circonstances les plus diverses, les profondes modifications que subit ce tissu dans les conditions physiologiques ou pathologiques, nous engagent à commencer par son étude l'histoire des organes hématopoétiques.

Page 1