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CHAPITRE PREMIER CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES

Les diverses parties de l'organisme sont reliées entre elles par des connexions si intimes que toute modification survenant en un point quelconque, retentit sur l'économie entière. Cette loi, qui s'applique également aux manifestations physiologiques et pathologiques, nous amène à conclure qu'il n'y a pas une maladie qui puisse rester locale.

Pour faciliter les descriptions, on peut grouper en quatre classes les procédés qui assurent la solidarité des diverses parties de l'organisme. Ce sont : les synergies fonctionnelles, les contiguïtés d'organes, les connexions vasculaires, les connexions nerveuses (').

Sous le nom de synergies fonctionnelles, nous comprenons les relations qui permettent à des parties, distinctes au point de vue anatomique, de concourir à l'accomplissement d'une même fonction. Le système neuro-musculaire, comprenant la cellule nerveuse, le nerf, le muscle, représente en physiologie comme en pathologie une véritable unité. La synergie fonctionnelle peut unir, en vue d'une même fonction, des parties distinctes et éloignées, semblant n'avoir entre elles aucune relation. Ainsi, le foie et le rein travaillent de concert à la dépuration organique : le foie, en donnant aux substances azotées excrémentitielles la forme d'urée, fournit au rein le diurétique naturel, nécessaire à sa .sécrétion.

Il est inutile d'insister sur le deuxième procédé. Les contiguïtés d'organes exercent un rôle pathogénique facile à saisir. La compression de certaines parties par les tumeurs, les abcès, les épanchements, la propagation par voisinage des lésions inflammatoires, représentent des exemples bien connus de ce processus pathologique.

(') Roger. Processus pathogénique de deuxième ordre. Traité de pathologie générale, t. III, p. 483. Paris, 1899.

[ROGER

PATHOLOGIE DES ORGANES HÉMATOPOÉTIQUES

Les connexions vasculaires sont encore plus importantes. En reliant entre elles les parties les plus éloignées, les vaisseaux servent de vecteurs à des productions solides ou à des matières dissoutes. En agissant sur le cœur, nombre de processus morbides troublent l'apport du sang et, par ce mécanisme détourné, retentissent sur l'économie entière.

A côté du milieu Immoral, dont le système vasculaire assure la régulation, il faut faire une place au milieu dynamique régi par le système nerveux. Toute excitation, quelque limitée qu'on la suppose, pourra, par une série d'actes réflexes, être suivie, dans les parties les plus éloignées et les plus diverses, de modifications sensitives, motrices, vaso-motrices, sécrétoires. nutritives. Ces troubles fonctionnels, pour peu qu'ils se prolongent ou se répètent, aboutissent à des altérations organiques : les lésions que nous avons coutume de décrire en anatomie pathologique ne sont, en effet, que l'expression bistochimique de modifications nutritives survenues sous l'influence de causes pathogènes agissant directement sur les cellules ou indirectement par le système nerveux.

Ainsi, dès qu'un trouble se produit sur un point de l'économie, on voit survenir des manifestations de second ordre, qui deviennent elles-mêmes le point de départ de réactions de troisième ordre et ainsi de suite.

Ces considérations théoriques conduisent à étudier systématiquement, dans chaque maladie, toutes les parties de l'organisme, c'est-à-dire les organes, les tissus, les humeurs. Quelle que soit l'affection qu'on envisage, on peut être presque certain de déceler des modifications multiples, beaucoup plus étendues et plus nombreuses qu'on ne le soupçonnait autrefois.

L'attention s'est d'abord portée sur les organes d'exploration facile, sur ceux du moins dont les altérations se traduisent par des troubles ou des lésions aisément appréciables. On a étudié le foie, le rein, le cœur, le système nerveux, et l'on s'est vite aperçu qu'ils étaient presque constamment touchés, au cours des maladies infectieuses ou toxiques. Si d'autres parties ont été négligées, c'est peut-être parce que leurs altérations sont difficilement appréciables et ne peuvent être décelées que par une technique assez délicate, peut-être parce que leur physiologie est mal connue et leur pathologie à peine ébauchée.

Ce n'est que dans ces dernières années qu'on a compris quel intérêt s'attache à l'étude systématique de tous les organes et de tous les tissus au cours des maladies les plus diverses. L'attention s'est surtout portée sur les infections('). On a bientôt reconnu que les agents microbiens modifient la structure de tout l'organisme. Il n'est pas un organe, pas un tissu, pas une cellule qui soit à l'abri des toxines, qui n'en subisse l'influence, ou n'en ressente les effets. Cette conclusion, qui découle nettement des recherches analomo-pathologiques, reçoit une démonstration indirecte des études hématologiques qui ont pris, aujourd'hui, une si grande importance. C'est surtout à déterminer les variations quantitatives et qualitatives des globules blancs que se sont attachés la plupart des auteurs. Le rôle si important qui est dévolu à ces cellules dans la protection de l'organisme, soit qu'elles exercent leur action phagocytaire, soit qu'elles produisent des ferments ou sécrètent des substances bactéricides ou anlitoxiques, justifie l'intérêt qui s'attache à leur histoire. Il a

(') On trouvera l'étude complète des modifications que les maladies infeclieuses déterminent dans les organes hématopoétiques et les glandes vasculaires sanguines, dans notre récent ouvrage : Les maladies infeclieuses, p. 679-774. Paris, Masson et Ci0, éd., 1902.

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