SS
de différencier, sur une coupe, un thymus d'enfant d'un thymus de lapin, de cobaye ou de rat, il est au contraire à peu près impossible de distinguer un thymus humain d'un thymus de chat. Notons encore que cet animal possède deux glandes distinctes, composées chacune de deux lobes : une glande thymique cervicale et une glande intra-thoracique.
Le thymus disparaît beaucoup plus vite chez l'homme que chez les divers animaux que nous avons examinés à ce point de vue. Nous ne l'avons jamais vu faire défaut chez le lapin et le rat ; par contre, chez certains cobayes il est tellement atrophié qu'on a beaucoup de peine à le trouver; ce résultat est contraire aux idées généralement admises; on estime, en effet, que le thymus persiste indéfiniment chez le cobaye.
Chez les chats nouveau-nés, les corpuscules de Massall sont formés par
h. quiets
Km.. 78. — Chat normal d'un mois.
Fig. 78. — Chai normal d'un mois.
Rélicalum bien visible. Nombreux lymphocytes. Cellules de charpente à grand noyau clair et à nucléole distinct. Gros corpuscules de Massall kystiques ; débris de strates épilhélioïdes au centre; paroi formée par des cellules à gros noyau clair, se continuant avec les cellules semblables du réticulum. Nombreux vaisseaux remplis de globules sanguins.
des cellules encore jeunes, dont le noyau se colore aisément. Certains de ces corpuscules nous ont paru se mettre en rapport avec les vaisseaux du voisinage par des traînées cellulaires, sortes de lames proloplasmiques semées de noyaux. Ces faits cadrent bien avec la théorie de Ramier sur l'origine vasculaire des corpuscules de Hassall. Si, comme le pense Afanassief, l'atrophie régressive du thymus résulte de l'oblitération progressive des vaisseaux aux dépens desquels se forment ces corpuscules, on s'explique aisément la rareté de ces éléments chez les animaux dont le thymus persiste presque toute la vie.
Notions de physiologie. — Les récents travaux sur les sécrétions internes des glandes, de celles notamment qui sont dépourvues de canal excréteur, conduisent à se demander si le thymus ne joue pas un rôle important dans la nutrition.
On peut invoquer d'abord certains faits de physiologie comparée : chez les
[ROGER
PATHOLOGIE DES ORGANES HÉ M AT 0 P 0 É T 1 0 Ù E S
grenouilles et les animaux hibernants, le thymus est volumineux pendant l'été, tandis que pendant l'hiver il devient petit. La pathologie nous apprend que cette glande, bien développée chez les enfants abondamment nourris, s'atrophie chez les enfants mal soignés, malpropres ou cachectiques. Mais on peut aussi bien soutenir que l'atrophie du thymus est l'effet et non la cause des troubles nutritifs. Si quelques auteurs ont prétendu que la destruction du thymus est incompatible avec la vie, les observations de Clark, Friedleben, Triselhoau tendent, au contraire, à démontrer que des enfants sans thymus peuvent vivre, même sans présenter de troubles particuliers.
Il fallait donc, pour trancher le problème, avoir recours à l'expérimentation-. Aussi a-t-on pratiqué bien des fois l'extirpation de la glande. Ou bien on a abordé le problème par l'autre côté; on a recherché les effets des injections d'extraits, de l'ingestion ou des greffes. Les résultats ont été fort disparates, aussi bien chez les batraciens que chez les mammifères; car les expériences d'Abelous et Billard, qui semblaient établir que les grenouilles succombent toujours avec des symptômes très particuliers, ont été contredites par Ver Eecke. Nous avons donc cru intéressant d'entreprendre avec M. Ghika une nouvelle série de recherches. Nous avons étudié les effets de l'extirpation du thymus chez le chat et le lapin. Sans entrer dans le détail des faits qu'on trouvera exposés dans la thèse de Ghika, nous croyons pouvoir conclure que le thymus joue véritablement un rôle clans la nutrition. Seulement, pour le bien mettre en évidence, il faut opérer sur des animaux très jeunes. Notre meilleure expérience a été faite sur un chat âgé de 15 jours. L'extirpation du thymus fut complète. L'animal, qui pesait 485 gr., augmenta de poids pendant 22 jours de façon à atteindre 655. Un animal de la même portée, gardé comme témoin, pesait alors 890 gr. A partir de ce moment, l'opéré maigrit progressivement. Il succomba, dans une cachexie profonde, au bout de 55 jours. Il pesait alors 450 gr., 55 gr. de moins qu'au début de l'expérience, tandis que le poids du témoin atteignait 1090.
Parmi les symptômes observés chez les animaux déthymés, nous citerons, outre l'amaigrissement, l'arrêt de croissance, les anomalies du squelette et notamment les déformations costales, puis le tremblement, la stupeur et une fatigue précoce.
Ces diverses manifestations peuvent être très légères ou faire complètement défaut. C'est que des suppléances se produisent, d'autres organes hématopoétiques deviennent capables de remplacer le thymus, au moins dans certains cas. C'est une question sur laquelle il nous faudra revenir à plusieurs reprises. Disons seulement que chez les animaux privés de thymus nous avons trouvé la moelle osseuse rouge et proliférée : l'examen histologique démontrait son activité vicariante.
Si le thymus agit comme glande à sécrétion interne, il possède aussi une importante fonction cytopoétique. Sa structure, analogue à celle de tous les tissus adénoïdes, conduit à se demander s'il ne sert pas à former des globules blancs.
Les recherches expérimentales entreprises sur ce sujet . ont donné des résultats assez contradictoires. Hewson qui, le premier, soupçonna le rôle hématopoétique de la glande, lia en masse les vaisseaux lymphatiques et y constata une accumulation de petites cellules qu'il considéra comme devant former les noyaux des globules rouges. Friedleben, Tarulli et Lo Monoco ont noté, à la
PATHOLOGIE DU THYMUS.
suite de l'extirpation du thymus, une diminution des globules rouges et une augmentation des globules blancs. Mais Langerhans et Savaliew, Carbone n'ont obtenu que des résultats négatifs. Les expériences que nous avons faites avec Ghika nous ont seulement montré que l'extirpation du thymus est suivie d'une anémie légère et que la leucocytose est très variable : elle tient probablement à la plaie opératoire. Il faut remarquer d'ailleurs que si le thymus sert à la formation des globules blancs, son extirpation devrait en diminuer le nombre et non l'augmenter. Seulement il est bien évident que les autres organes hématopoétiques, notamment la moelle des os, étant en activité, pourraient remplacer In glande absente; dès lors, les résultats paraîtront tout à fait contradictoires.