CHAPITRE VII DE L'URÉMIE TOXÈMIE RÉNALE
On doit entendre sous le nom d'urémie, terme accepté depuis Piorry (1847), l'ensemble des accidents qui surviennent à la suite de Yinsuffisance rénale.
Historique. — Au dire de Rayer, Hippocrate aurait soupçonné l'existence d'accidents cérébraux en relation avec la suppression des urines. Ce n'est là qu'une supposition, tandis qu'il est certain que Baillou, Van Helmont, Montano, Morgagni ont rapporté des observations d'affections du rein, suivies de convulsions et de coma.
Bright, placé sur un terrain mieux exploré, précise les conditions qui favorisent les complications cérébrales symptomatiques des lésions rénales. Dans son deuxième mémoire (1856), il faut relever ce passage : « Les maux de tête deviennent plus fréquents, l'estomac plus dérangé, la vue indistincte ; l'ouïe s'altère ; le malade est subitement pris d'une attaque convulsive et devient aveugle.... L'attaque se renouvelle plusieurs fois et, avant un jour ou une semaine, le malade meurt épuisé par des convulsions ou accablé par le coma. »
A la suite on doit citer les noms de Christison, de A. Wilson et de Gregory, mais surtout d'Addison (1859) qui, dans un travail intitulé : Des désordres cérébraux coïncidant avec les maladies des reins, étudie les principales formes cliniques sous lesquelles ces troubles se présentent et leur reconnaît comme
(') C. Théaulon. Les conditions pathogéniques de l'œdème et sa physiologie pathologique. Thèse de Lyon, 1896.
DE L'URÉMIE. — TOXÉMIE RÉNALE
caractères communs : la pâleur du visage, le peu de fréquence du pouls, la contractilité persistante de la pupille qui reste sensible à la lumière et, chose intéressante, dit Fournier, l'absence de paralysie.
Rayer, Becquerel, Frerichs, Lasègue, Landouzy, Charcot, Treitz, Traube, A. Fournier apportent des documents nouveaux sur les modalités diverses de ces accidents. Avant l'apparition des ouvrages de Lecorché et de Bartels, la revue de Lasègue (1852), la thèse de Fournier : De F urémie (1865); les cliniques de Jaccoud ( 1 8«>7 ) ; la thèse de L. Monod : De Vencéphalopathie albuminurique aiguë et de ses caractères citez ï enfant (1868) avaient vulgarisé chez nous les travaux étrangers. Au cours de cet article nous signalerons les acquisitions les plus récentes.
Dans la pratique on désigne plus particulièrement par urémie les accidents nerveux, digestifs ou pulmonaires; mais la logique oblige à décrire sous ce nom des accidents d'importance moindre, ne compromettant pas l'existence, et dont la pathogénie ne diffère pas sensiblement de celle des premiers. Ils ne se rencontrent pour ainsi dire jamais à l'exclusion des autres et ont été réunis par certains auteurs, surtout par Dieulafoy, dans un groupement qui, à défaut de tout autre signe, permettrait de dépister une néphrite non soupçonnée. Par leur ensemble, ils constitueraient la petite urémie ou les petits signes du mal de Bright. ,
A bien considérer l'évolution des phénomènes urémiques, on s'explique que très naturellement on ait pu distinguer deux formes d'urémie suivant que la marche en était rapide ou lente.
A la première appartiennent les troubles cérébraux : urémie convulsive et urémie comateuse; à la seconde les troubles du côté du tube digestif et les accidents cardio-pulmonaires. Dans les deux formes on rencontre des variétés distinctes de délire et de dyspnée.
La division de l'urémie en urémie aiguë et urémie lente n'implique donc en rien une différence de nature, ainsi que certains auteurs l'ont supposé (Furbringer), c'est une distinction que la clinique juslifie à cause de la physionomie particulière que revêt l'urémie dans chaque cas.