DE L'OEDÈME, DE L'H VDROPISIE ET DE L'ANAS ARQUE
les deux conditions qui semblent présider à son développement sont, d'une part, la suppression ou la rareté des urines et, d'autre part, Y asthénie vascuhiire localiséi'.
Jusqu'à plus ample démonstration, cette théorie ne paraît pas attaquable. Elle est acceptée dans sa première partie par Bartels à qui nous devons la proposition suivante : « L'hydropisie ne se produit sûrement que dans les cas où l'élimination de l'eau par l'urine est très diminuée. » Pour Grainger-Stewart (') la non-élimination de l'eau prend dans la production de l'œdème le rôle prépondérant. C'est à cette manière de voir que nous nous arrêtons. En y joignant l'influence du système nerveux on peut expliquer ainsi les anasarques généralisées survenues en dehors de toute néphrite apparente par action du froid sur la peau, comme on l'observe dans la scarlatine, dans la diphtérie et même en dehors de toute néphrite dans le rhumatisme aigu ou les œdèmes dits rhumatismaux. C'est probablement à un mécanisme analogue qu'obéissent les œdèmes aboutissant à l'anasarque que nous avons assez souvent observés dans les diabètes graves. Ils ont comme caractéristique de débuter brusquement, de durer de quinze à vingt jours et de disparaître peu à peu sans qu'il soit possible de dire exactement sous quelle influence.
Lecorché et Talamon pensent aussi que Yanasarque aiguë reconnaît toujours pour cause un refroidissement; c'est d'après eux un œdème par irritation locale, précédant l'asthénie des vaso-moteurs périphériques. Il ne s'agit pas d'une hydropisie vraie mais d'une sorte de fluxion œdémateuse qui n'est en rapport ni avec l'albuminurie ni avec la lésion rénale.
Élimination faite des œdèmes partiels, dépendant d'une lésion locale antérieure expliquant la localisation sur la glotte, le prépuce, le scrotum, la conjonctive, la rétine, le cordon spermatique (Fenger cité par Snyers), les parois de la vésicule biliaire (Snyers), la véritable hydropisie brightique reconnaîtrait toujours, d'après Lecorché et Talamon, la même pathogénie ; ce serait une hydropisie mécanique d'origine cardiaque. La dilatation du cœur est tantôt primitive et précoce pour ainsi dire, tantôt secondaire à l'hypertrophie dans le cours des néphrites chroniques. C'est à notre avis refuser au rein l'influence qui lui revient dans la production de l'état hydrémique du sang consécutif à la non-élimination quotidienne de l'eau qui doit passer par le glomérule. L'explication proposée par Lecorché et Talamon est sans doute exacte mais ne s'applique qu'à certains cas particuliers où le cœur prend une action prépondérante.
L'énuméralion des théories précédentes n'épuise pas la série des hypothèses qui ont été émises pour expliquer le passage de la sérosité dans le tissu cellulaire.
Déjà Cohnheim et Senator faisaient jouer un rôle important aux altérations probables des parois vasculaires en contact avec un plasma modifié. Sous une autre forme, nous voyons cette idée reprise depuis quelque temps par l'étude qui a été faite de l'action des poisons ou des produits toxi-infectieux, amenant, outre les lésions pariétales, tantôt la vaso-constriction, tantôt la vaso-dilatation (Bouchard, Charrin, Roger, Josué).
- (') Grainger-Stewart. A practical treatisc on Brigkt's diseuses of the Kidneys. Edinburgh,
[BRAVLT.]
MALADIES DU REIN ET DES CAPSULES SURRÉNALES
Pour que cette pathogénie fût applicable au cas particulier de l'œdème brightique, il faudrait qu'il y eût en permanence dans le sang rétention de poisons. La démonstration peut en être faite indirectement soit par l'hypertoxicité du sérum, soit par l'augmentation de son point cryoscopique. Or, nous savons que ces conditions sont variables et intermittentes, le sang ayant une tendance à conserver une composition fixe et se débarrassant des produits qui l'encombrent en les déversant dans certains tissus.
Enfin, n'y aurait-il comme modification du sang que Yhydrémie acceptée par Bartels comme condition nécessaire à la production de l'œdème, on pourrait en expliquer le mécanisme de la façon suivante : les cellules interstitielles des tissus seraient par rapport au sang en état d'hypertonie et conserveraient la propriété d'attirer à elles les liquides, d'où l'œdème. Et cela, d'après l'application des lois de Raoult sur l'équilibre osmotique appliquées par Winter et Théaulon
Ces notions nouvelles permettront sans doute de déterminer le mécanisme exact de la production des œdèmes aussi bien dans les néphrites que dans les cachexies.