CHAMPIGNONS ALIMENTAIRES
alcaloïde cristallisable, solublc dans l'eau et dans l'alcool, insoluble dans l'éther, non précipitable des solutions acides par les solutions de tannin. La muscarine ralentit la respiration et abaisse brusquement la pression sanguine. Elle congestionne les centres nerveux, ce cpii explique les accidents nerveux qui surviennent dans l'empoisonnement par les champignons. Sa propriété la plus remarquable est d'arrêter le cœur. Schmiedeberg expliquait cet arrêt par une excitation des ganglions d'arrêt situés dans l'épaisseur du muscle cardiaque. Povu" Luchsinger et Ransom, au contraire, l'arrêt du cœur est dû à la paralysie du muscle cardiaque lui-même. Dans une étude récente, R. Kobert(') revient à l'opinion primitive de Schmiedeberg. L'atropine aurait une action antagoniste de celle de la muscarine; elle ferait, en particulier, cesser l'arrêt du cœur.
La muscarine est un poison violent. Elle tue les chats de forte taille à la dose de 2 à 4 milligrammes.
Cet alcaloïde joue le rôle le plus important dans les phénomènes toxiques qui suivent l'ingestion des champignons vénéneux, mais d'autres alcaloïdes interviennent aussi pour une certaine part: C'est ainsi que l'action de la choline, qui a été trouvée dans quelques champignons par Bœhm, doit être également invoquée pour expliquer quelc[ues-uns des symptômes de cet empoisonnement. La choline, alcaloïde de la putréfaction cadavérique, est, en effet, un poison très violent. Elle paralyse l'appareil respiratoire et d'autres appareils à la manièi'e du curare (Bœhm)(^).
A côté des alcaloïdes, dont la présence a été constatée d'une manière certaine, quelques corps mal connus agissent comme de violents drastiques et donnent à quelques champignons (Russules, Lactaires) des propriétés nuisibles, moins dangereuses à la vérité que les propriétés liées à la présence des alcaloïdes isolés (muscarine, choline).
Le poison qui donne ses propriétés à l'helvelle non préparée ou ayant subi un commencement de décomposition a été isolé (Bostrœm, Manrez). C'est un poison soluble dans l'eau bouillante et même volatilisable. Le poison de l'helvelle est un poison du sang, qui dissout l'hémoglobine très rapidement, d'où l'hémoglobinurie et l'ictère hématogène.
La dose toxique des divers champignons vénéneux est mal établie. Réveil, qui a expérimenté sur des animaux, est arrivé aux conclusions suivantes pour les différentes espèces d'amanites : 1 à 5 grammes d'amanite (pantherina, bulbeuse, muscaria, etc.) suffisent pour tuer un moineau entre 19 et iO minutes. Pour tuer un chat, il faut 4 grammes. Pour un chien, il faut de 20 à 2o grammes. Chez l'homme, les doses toxiques sont très mal connues. Dans un lait de Handford("), un homme robuste a succombé après avoir ingéré moins de 100 grammes d'amanite phalloïde. Sa fille, âgée de 5 ans, mourut après avoir mangé seulement la moitié d'un champignon.
Les diverses parties de la plante ne pai-aissent pas également vénéneuses. D'après Réveil, ce seraient les lames et les spores qui ^présenteraient la plus grande nocuité : d'autre part, Cordier affirme que les spores sont 'sans action.
Symptômes de l'empoisonnement par les champignons. — Les symptômes
(') R. KoiîEnT, Archiv. f. exper. Path., und Pharmak., Band XX. {^) BoEHM, Archiv. f. exper. Palh. und Pharmak., Band XIX. (') IIandfoiîd, Sanitary Record, 1886.
[H. rtICHARDIERE.'i
INTOXICATIONS
tle l'empoisonnement par les champignons débutent peu de temps après le repas, quand ils succèdent à Tingestion de champignons ayant un pouvoir drastique énergique, tels que les russules et les lactaires. Ils se manifestent alors sous la forme d'une indigestion violente. Les vomissements sont abondants et répétés. Les selles sont extrêmement fréquentes. Les malades tombent dans l'abattement et la prostration qui accompagnent les états gastro-intestinaux gi-aves.. En pareil cas, la guérison plus ou moins tardive est néanmoins la règle. Dans rempoisonnemenl par les amanites, qui est l'empoisonnement grave par les champignons, les accidents apparaissent à un moment plus éloigné du repas. Ils se montrent généralement plusieurs heures (4, 5 ou 6 heures) après l'ingestion. Dans des cas plus rares, Ils n'apparaissent même que 4 ou 5 jours après l'ingestion du poison (Planchon) ('). Le début le plus ordinaire a lieu par des troubles gastriques (vomissements, douleurs épigastriques), et par des troubles intestinaux (coliques, évacuations alvines séreuses, parfois sanguinolentes). Dans quelques cas, l'empoisonnement se manifeste tout d'abord par des vertiges et par des symptômes nerveux, dont les plus communs sont les crampes. Dans quelques cas les symptômes gastro-intestinaux manquent complètement; ce sont les phénomènes nerveux qui existent d'une manière exclusive. En tout cas, les symptômes nerveux ne font jamais défaut. Ils ont deux modalités différentes, correspondant aux deux périodes de l'empoisonnement. Dans une première période, les phénomènes d'excitation dominent. Les malades ont de l'agitation, des douleurs de tête violentes, des crampes et des convulsions. Les pupilles sont rétrécies. La vue est souvent troublée; quelquefois les malades se plaignent de voir les objets colorés en bleu ou en violet. Il y a du ténesme vésical et rectal. Parfois, comme dans le fait relaté par Handford, il existe une anurie absolue. D'autres sécrétions, telles que la sécrétion salivaire, peuvent être également influencées; souvent la sécrétion salivaire est exagérée (Hoffmann).
Dans une deuxième période, les phénomènes de dépression nerveuse font leur apparition. Les malades tombent dans le collapsus et se refroidissent. La peau se couvre de sueurs visqueuses et parfois de taches violacées. Les membres sont dans la résolution. La mort arrive dans le collapsus en 2 à 5 jours.
Les enfants sont particuhèrement sensibles au poison des champignons ; les accidents évoluent chez eux avec une rapidité extraordinaire. Ils peuvent succomber avant que les adultes intoxiqués en même temps aient encore présenté le moindre .symptôme d'empoisonnement. Chez les enfants, le collapsus est quelquefois la seule manifestation de l'intoxfcation.
Le cœur est l'organe qui ressent le plus vivement l'action des champignons toxiques, ce qui se comprend aisément après ce que nous avons dit des effets de la muscarine sur le cœur. Les phénomènes cliniques qui traduisent les troubles du cœur sont un affaiblissement extrême des battements, qui cessent souvent d'être perceptibles. Il n'est pas rare d'observer des lipothymies et des syncopes mortelles.
Le diagnostic de l'empoisonnement par les champignons est souvent fort difficile. Quand il n'existe que des signes de gastro-entérite, on peut croire qu'il s'agit d'une simple indigestion. Cette erreur est d'autant plus facile à commettre qu'il est fréquent de voir des champignons même comestibles donner lieu à de violentes indigestions. 'En pareil cas il sera nécessaire de se renseigner sur la
(') Planciiox, Thèse de Montpellier, 1888.