ECZÉMAS DU MEMBRE INFÉRIEUR
Les eczémas des cuisses ne prêtent à aucune considération spéciale, ceux des pieds se rapprochent des eczémas des mains. Par contre l'eczéma des jambes mérite une description particulière.
Les eczémas défi jambes, sauf les cas où ils font partie d'une éruption plus ou moins généralisée, sont presque toujours liés à la présence de varices profondes ou superficielles du membre inférieur.
L'eczéma variqueux peut revêtir des aspects très divers, bien étudiés par Auguste Broca('). De coloration rouge plus ou moins foncée, parfois violacée, accompagnées d'un certain degré d'infiltration du tégument, ses lésions peuvent être humides et suintantes, recouvertes de croûtes; plus souvent elles sonl sèches : leur surface présente des squames blanches, d'étendue variable, tantôt minces, étroites, pityriasiques, d'autres fois larges, plus épaisses et ressemblant à la pellicule que produit la dessiccation du collodion. Les placards d'eczémas variqueux occupent le plus souvent la partie antérieure et la partie interne de la jambe; ils se prolongent souvent sur la face dorsale du pied.
Ces lésions sont particulièrement rebelles, en raison de la gène de la circulation résultant à la fois de la présence des. varices et de l'insuffisance naturelle de la circulation dans les membres inférieurs. Après leur guérison, elles laissent souvent des taches pigmentaires persistantes; elles récidivent avec une grande facilité.
Les eczémas variqueux sont fréquemment compliqués de lésions cutanées tenant à leur cause même et qu'on n'observe pour ainsi dire jamais en d'autres régions que la jambe. Ils sont souvent le siège d'exulcérations, qui peuvent être l'origine de lésions plus profondes, constituant une des variétés pathogéniques de l'ulcère variqueux.
Ces pertes de substance peuvent servir de porte d'entrée à des infections diverses, en particulier à l'infection streptococcique. L'eczéma variqueux donne lieu, beaucoup plus fréquemment que les eczémas de cause et de siège différents, au développement de l'érysipèle et de la lymphangite. Ces derniers, en se répétant sur des tissus déjà altérés par la stase sanguine, sont l'origine de lésions dermiques profondes, d'une sclérose plus ou moins étendue autour des ulcères et au niveau des placards eczémateux dont elles modifient l'aspect; le derme, chroniquement enflammé, prend un aspect papillomateux, se recouvre de saillies dures, du volume d'une tête d'épingle à celui d'un gros pois, agglomérées en placards étendus, et recouvertes de productions épidermiques épaisses. En outre, par suite de l'épaississement scléreux du derme et des tissus sousjacents, le membre augmente de volume, la jambe prend des proportions énormes, le pied est également volumineux surtout à sa face dorsale; les orteils, dans les formes les plus accusées, sont non seulement papillomateux, mais encore déformés et rendus rectangulaires par compression réciproque. En un mot, la dermite variqueuse a abouti à son terme ultime, l'éléphantiasis variqueux, bien étudié par Jeanselme (-).
(') Auguste Bhoca. Étude clinique sur les lésions cutanées des membres variqueux. Thèse de Paris, 1886.
(-) Jeanselme, Des dermites et de l'éléphantiasis consécutifs aux ulcérations et à l'eczéma des membres variqueux. Thèse de Paris, 1888.
(.GEORGES THIBIERGE.}
MALADIES CUTAiNÉES.
Ces lésions terminales peuvent être préA'enues par un traitement institué dès le début de l'eczéma variqueux, par les soins de propreté et l'antisepsie suffisante de la région.
Le traitement de l'eczéma variqueux des jambes ne diffère pas, au point de vue des topiques médicamenteux à employer, de celui des eczémas d'autre cause et d'autre siège : pansements humides, enveloppement caoutchouté, etc., dans les périodes aiguës; pommades anodines après la disparition des phénomènes aigus, pommades au goudron, emplâtres, etc., pendant les phases torpides.
Mais il est indispensable d'y joindre le repos au lit afin d'empêcher la stase veineuse prolongée ou tout au moins, si le repos absolu est impossible à obtenir et dans les formes chroniques, la compression élastique au moyen de bandes de crêpe ou de caoutchouc appliquées sur un pansement approprié et sé^îarées des couches de pommade par un linge fin.
En outre, on prescrira les traitements internes propres à modérer le processus variqueux et à en atténuer les effets : iodure de potassium, préparations d'hamamelis, etc.
Lorsque les lésions scléreuses se sont produites, la compression élastique au moyen de bandes de caoutchouc suffisamment serrées peut seule en modérer la marche, parfois même en amener la rétrocession partielle; elle doit, pour produire tous ses résultats, être appliquée d'une façon continue lorsque le malade est debout, mais peut être interrompue pendant le séjour au ht.