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SYMPTOMATOLOGŒ GÉNÉRALE DES AFFECTIONS CUTANÉES

ObjeclivemenI , les dermaloses se montrent sous des aspects variés qui peuvent se ramener à un pelil nombre de types.

Ces types sont connus sous le nom de Irsions élémentaires de la peau.

Les caractères de chacun de ces lypes sont susceptibles de variations considérables dans les «iixcrses aficclions culanées, ci mém(> dans chaque affecfion en particuliei'; souvent plusieurs d'entre eux s'associent dans une dermatose donnée pour consliluer un ensemble clinique plus ou moins polymorphe. Cependant, à la plupai't (les dei inatoses individualisées correspond ime lésion élémentaire d'un caractère particulier, ((ui permet (pu'bpiefois de la dénommer, et dont, pour certaines, la constatation eniraîne le diagnostic de l alfeclion.

La fésion élémentaire la plus simple est la tache. Elle est constituée par un simple changement de coloration de la ]ieau, sans modification du revêtement épidermicpie, sans épaississement ni saillie du <lerme.

Les taches peuvenf élre de coloration variées; les unes sont rouges et disparaissent par la pression, caractère cjui dislingue les tnrhes éryfliéiiiateusesi; d'autres, de coloration rouge ou violacée, ne disparaissent pas par la pression, ce sont les tiiches pii/-ji/n-iij//('.->: certaines sont manifestement formées par la dilatation des vaisseaux cutanés appréciables à l'œil nu sous forme de ramifications plus ou inoins larges, ce sont les tdcjiea vasrulaires; d'autres encore ont une coloration brune, sont dues à la présence dans le tégument d'une quantité anormale de pigment ou d'un pigment pathologique, ce sont les tarlies phjnientaircs.

Les taches ont des dimensions très [variables; les vmes sont punctiformes, d'autres ont la largeur d'un pois ou de l'ongle et sont particulièrement appelées mandes, d'autres peuvent couvrir des étendues considérables du tégument.

Les lésions caractérisées par une saillie plus ou moins accusée de la peau, ne contenant pas de li(piide, avec ou sans lésions épidermiques superficielles et constituées |)ar une infiltration dermi(iue à contours souvent mal arrêtés, portent le nom de papules.

Les pa]>ules évoluent rapidemeni, disparaissent sans laisser de traces. Elles peuvent avoir des dimensions très variées, être acuminées ou planes, avoir un contour arrondi ou allongé, ou irrégulier.

Une variété de papides, caraclérisée jKir des dimensions plus considérables, une forme irrégulière et variable, des limites mal accusées, une coloration rosée à la périphérie, blanche au centre, porte le nom de plaques ortiées ou de pomplii.

IGEORGES THIBIEBGE.-]

MALADIES CUTANÉES

On donne le nom de nodosités à des lésions ayant les caractères des papules, mais atteignant des dimensions plus considérables et faisant ou non au-dessus du tégument une saillie appréciable.

Les tubercules sont caractérisés par une infiltration dermique limitée, saillante ou non, de forme généralement arrondie, de consistance souvent ferme mais quelquefois molle, infiltration persistante, évoluant très lentement et laissant après elle une cicatrice. Les tubercules, qui résultent toujours de l'évolution locale d'un processus infectieux, diffèrent, par leur longue durée et par la cicatrice qu'ils laissent après eux, des papules, lésions résolutives.

La dénomination de gommes s'applique à des lésions de volume variable, occupant le derme ou I hypoderme, faisant une saillie plus ou moins accusée et qui ont pour évolution naturelle le ramollissement de leur partie centrale, ramollissement suivi de la sortie d'un liquide d'aspect gommeux et d'une ulcération généralement profonde.

Les vésicules sont des soulèvements de l'épiderme, ou d'une partie des couches épidermiques, remplis de sérosité transparente; leurs petites dimensions, qui ne dépassent guère celle d'une tête d'épingle, leur forme généralement arrondie les distinguent des auti-es soulèvements épidermiques. Elles peuvent être saillantes, amincies, ou arrondies, quelquefois comme incluses dans le derme.

Le contenu des vésicules, de transparent qu'il est au début et à la période d'état de la lésion, peut devenir trouble par exsudation leucocytaire, consécutive à l'infection de la vésicule par les micro-organismes de la surface cutanée; il peut prendre une teinte rougeâtre, par suite de la pénétration de globules rouges.

Les vésicules peuvent se dessécher, la lame épidermique qui les recouvre se détache, et au-dessous d'elle la peau a repris son aspect normal ; ou bien elles se rompent, leur contenu se concrète en croûtes d'aspect varié.

Le nom de bulles s'applique à des soulèvements épidermiques de dimensions plus considérables, variant du volume d'un pois à celui d'une noisette. Lorsque le soulèvement est plus étendu encore, on lui réserve la dénomination de phlyctènes.

Bulles et phlyctènes sont remplies de sérosité transparente au début ; leur forme est arrondie et hémisphérique, ou ovalaire ; elle peut devenir irrégulière par confluence d'éléments voisins.

Leur contenu peut, comme celui des vésicules, devenir séro-purulent ou hémorragique. La rupture des soulèvements épidermiques laisse écouler plus ou moins facilement le contenu, suivant que le soulèvement est ou non subdivisé par des cloisonnements en loges de dimensions variées.

D'abord remplies de liquide qui soulève l'épiderme, les bulles et les phlyctènes s'affaissent bientôt par suite de la dessiccation partielle ou de la l'ésorption de leur contenu. Elles se terminent soit par dessiccation, soit par rupture, soit par formation de croûtes plus ou moins épaisses et laissent après elles des macules brunâtres plus ou moins persistantes.

Les pustules sont des soulèvements plus ou moins étendus de l'épiderme par un liquide purulent; généralement circonscrites et arrondies, entourées le plus souvent d'une zone rouge inflammatoire, elles sont tantôt saillantes et hémisphériques, l'épiderme étant tendu par le liquide sous-jacent, tantôt aplaties, mollasses, sans tension.

Les pustules varient du volume d'une tête d'épingle à celui d'une noix.

Il convient de distinguer les inistides superficielles (pustules épidermiques de

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LES AFFECTIONS CUTANÉES

Besnior, pustules catarrhales de Virchow), dans lesquelles Tépiderme ou les couches superficielles du derme sont seuls atteints, et qui ne laissent pas de cicatrices persistantes — et \cs pustules profondes (pustules dermiques de Besnier, pustules parenchymateuses de Virchow), qui atteignent les couches profondes du derme, les détruisent, laissent après elles des cicatrices plus ou moins profondes mais toujours apparentes. Les premières correspondent aux pustules psydraciées des anciens auteurs, les deuxièmes aux pustules phlysaciées, dénominations baroques aujourd'hui abandonnées.

On désigne sous le nom de squames les lamelles épidermiques sèches ou écailleuses qui se détachent de la surface de la peau.

Les squames peuvent constituer la lésion primitive du tégument, ou au moins la seule lésion apparente. Le plus souvent, elles sont consécutives à des lésions qui peuvent être très diverses, éryihèmes, vésicules, bulles, phlyctènes.

Elles peuvent présenter des aspects très variables : tantôt minces, fines, blanches, analogues à de la farine ou à du son, elles portent le nom de squames furfuracêes ou pttyriasiques (TrtTupov, son) ; tantôt plus épaisses et plus larges, elles peuvent arriver à constituer des lambeaux étendus comme dans la scarlatine. Les squames peuvent être soulevées sur une grande partie de leur étendue ou, au contraire, adhérer plus ou moins aux surfaces sur lesquelles elles reposent; dans ce cas, leur chute peut laisser des excoriations superficielles et suintantes.

Aux diverses lésions élémentaires qui viennent d'èlre énumérées, peuvent succéder des altérations diverses des téguments, résultant de la dessiccation des exsudais, des pertes de substance des téguments et de la réparation de ces pertes de substance.

Les croûtes, de consistance plus ou moins dures, sont formées par la sérosité, le pus ou le sang exsudés et desséchés. Elles sont de forme variable suivant la configuration de la lésion primitive, arrondies, ovalaires ou irrégulières; leur épaisseur est également variable; elles sont parfois composées de couches superposées, rappelant l'aspect des coquilles d'huîlre. Cette variété de croûtes porte le nom de rupia^ dénomination qui n'a plus qu'une valeur descriptive et ne répond plus, comme dans les descriptions des anciens auteurs, à une affection déterminée. La coloration des croules est des plus variables : jaune, verdâtre, brunâtre, grise ou noire, suivant le liquide dont la dessiccation leur a donné naissance.

Les croûtes reposent généralement sur des surfaces suintantes, et à leur face profonde on trouve soit de la sérosité, soit du pus.

Les pertes de substance consécutives aux diverses lésions élémentaires portent des noms différents suivant leur profondeur, leur étendue et leur forme.

Les excoriations sont très superficielles, n'intéressent que les couches les plus externes de la peau; elles résultent généralement d'un traumatisme extérieur.

Les exulcérations sont également très suj)erficielles et ne dépassent pas la couche papiliaire du derme, ou même la couche de Malpighi. Elles sont souvent arrondies et peu étendues, mais réunies en grand nombre sur une surface donnée

Les ulcérations atteignent le derme à une profondeur variable; bourgeonnantes ou non, donnant lieu à une suppuration plus ou moins al)ondante, elles laissent toujours une cicatrice à leur suite.

Les fissures et les rhagades sont des pertes de substance généralement peu profondes et peu étendues, de forme allongée et linéaire.

IGEOBGES THIBIEBGE.l

MALADIES CUTANÉES

Les cicatrices sont rnboutissant ultime de toutes les perles de substance de la peau atteignant le derme. En outre, certaines lésions dermiques qui détruisent les éléments du derme sans donner lieu à une ulcération laissent après elles des cicatrices.

Les cicatrices sont lisses ou irrégulières, généralement brillantes; à leur niveau, la peau reste souvent infiltrée et dure pendant un temps variable, plus tard on la voit fréquemment s'amincir; autour des cicatrices, la peau est souvent le siège d'une pigmentation plus ou moins intense et plus ou moins persistante; cette pigmentation est surtout accusée lorsque la cicatrice occupe les membres inférieurs, en raison des conditions défectueuses de leur circulation, qui favorise les exsudations périvasculaires et entrave la résorption des exsudais.

Troubles fonctionnels et généraux accompagnant les dermatoses. —

Les dermatoses peuvent évoluer sans provoquer ni réaction locale fonctionnelle, ni trouble général d'aucune sorte.

Le plus souvent, elles s'accompagnent de troubles locaux de la sensibilité, caractérisés par des sensations de brûlure, de chaleur ou, phénomène plus important, par une sensation dite prurigineuse, ou démangeaison qui porte instinctivement le malade à se gratter.

Le prurit, d'intensité variable suivant la nature de la maladie, peut être continu ou paroxystique, les paroxysmes se produisant irrégulièrement ou à intervalles réguliers. Il constitue à lui seul toute la symptomatologie locale de certaines dermatoses. Il peut secondairement, ainsi qu'il a été dit à propos de la pathogénie des dermatoses, occasionner des lésions diverses du tégument, lésions passagères ou plus ou moins persistantes. Il a donc une grande importance au point de vue du diagnostic des dermatoses et de l'interprétation de leurs caractères et de leurs lésions.

La sensibilité peut présenter, dans les différentes dermatoses, des troubles divers, consistant soit en hyperesthésies, soit en diminution ou abolition de la sensibilité en général ou de ses divers modes.

Les sécrétions cutanée, sébacée et sudorale, sont parfois modifiées au niveau des lésions cutanées; leur altération, en plus ou en moins, n'a guère d'importance réelle, au point de vue du diagnostic, que dans les affections liées à un trouble primitif de ces sécrétions, les séborrhées et les hyperhidroses, et quelques dermatoses connexes.

Des troubles généraux très variés peuvent se montrer au début et au cours des dermatoses.

Un certain nombre s'accompagnent, à leur début, de fièvre, d'intensité variable, accompagnée généralement des troubles digestifs et autres qui sont habituellement associés à l'état fébrile; l'apparition de ces troubles est liée le plus souvent à la cause, toxique ou infectieuse, qui provoque, en même temps que la dermatose, une réaction générale. Ils peuvent cependant être dus à l'évolution des lésions cutanées, à r,intensité des processus inflammatoires qui se développent sur le tégument.

Les lésions cutanées étendues jouent, par elles-mêmes, un rôle dans la nutrition générale de l'économie. Celles qui donnent lieu à une desquamation abondante produisent ainsi une perte appréciable en matières azotées et en soufre, qui contribue à affaiblir le malade.

Les troubles apportés au fonctionnement de la peau, à l'excrétion et à la

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LES AFFECTIONS CUTANÉES

perspiralion culanées par des lésions généraliséos ou Irès étondues sont encore mal connus et insuffisamment étudiés, leurs conséquences sur la nutrition générale et sur les viscères à peine soupçonnées.

Il est certain qu'une dermatose, même étendue, même troublant en apparence d'une façon profonde les fondions de la peau, ne provoque pas de phénomènes comparables à ceux qui suivent le vernissage du tégument chez les animaux.

Les accidents pulmonaires et les troubles intestinaux survenant à la période ultime des dermatoses généralisées sont souvent produits par des causes accidentelles dont l'épuisement résultant de la longue durée de la dermatose favorise seulement l'action; les infections auxquelles le tégument altéré et souvent ouvert peut servir de \)or[c d'entrée interviennent aussi dans l'explication de ces accidents terminaux.

L'albuminurie, (pii, théoriquement et à ne s'en fier qu'aux expériences de Fourcault, semblerait devoir être constante dans les dermatoses étendues, y est très rare : lorsqu'elle s'y produit, elle s'expliipu' moins encore par l'irritation des glomérules et des épithéliums rénaux au contact des toxiques en excès que par les infections primitives ou secondaires d'origine cutanée; quelquefois, et elle est alors peu abondante, elle peut être attribuée aux excitations cutanées prodiiites par la lésion et par le grattage qu'elle provoque.

Des troubles nerveux divers se rencontrent dans les dermatoses. L'insomnie, l'agitation, le délire parfois peuvent s'observer dans les grandes dermatoses prurigineuses; la neurasthénie, des états hystériformes, des troubles mélancoliques, ou des obsessions revêtant des formes diverses, et constituant des variétés multiples de dermatophobie, se rencontrent au cours de dermatoses nombreuses, soit que celles-ci s'accompagnent d'un prurit intense et persistant, soit qu'elles aient une longue durée et menacent d'être incurables, soit encore que leur siège sur les parties découvertes en rende l'existence plus pénible pour les malades; ces troubles nerveux ne s'observent guère que chez des sujets prédisposés et entachés déjà de névropathie.

Un grand nombre de dermatoses peuvent être le point de départ d'infections, soit banales, soit spécifiques, qu'elles-mêmes soient déjà la première étape de cette infection, ou qu'elles lui aient servi de porte d'entrée. Le retentissement sur les voies lymp]iali(pies, vaisseaux et ganglions, traduit souvent ces infections et il est peu de dermatoses qui ne le produisent, à un degré plus ou moins apparent. Quant aux localisations ultérieures, elles sont des plus variables suivant la nature de l'agent infectieux.

La possibilité de ces infections profondes est la pi'incipale raison pour laquelle la plupart des dermatoses ne doivent pas être laissées sans traitement, au moins sans traitemeni palliatif.

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