ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE DES MALADIES DÉ LA PEAU
Avec sa structure éminemment complexe, la peau ne peut mancjuer de réagir de façon très vai-iable aux causes exogènes et endogènes auxquelles elle offre prise. Les lésions analomiques, ([ue réflètent les symptômes des différentes dermatoses, peuvent occuper simultanément ou séparément les multiples couches de l'épiderme, ses annexes, le derme au niveau de la couche papillaire ou dans sa partie profonde, les vaisseaux ou les nerfs dermiques.
IGEORGES THIBIEBGE.J
MALADIES CUTANÉES
A propos de chaque affection, ses caractères histo-pathologiques spéciaux seront exposés succinctement. Il y a lieu seulement de résumer ici les altérations qui, d'une façon générale, répondent aux difï'érentes lésions élémentaires de la peau.
Uérythème est constitué, dans sa forme la plus bénigne et la plus passagère, par une dilatation simple des vaisseaux dermiques ; mais la dilatation vasculaire ne larde pas à provoquer l'exsudation, dans les mailles du derme, soit de liquide seulement, SQit de globules blancs ou la prolifération des cellules fixes. Aussi tout érythème tant soit peu persistant est-il caractérisé anatomiquement par une infdtration cellulaire, infdtration peu prononcée, peu intense, destinée à une résolution rapide et intégrale. La forme arrondie de la plupart des érythèmes est la conséquence du mode de division et de distribution des vaisseaux dermicjues, dont les ramifications s'étalent sur une zone arrondie^ projection sur le tégument d'un cône dont le sommet est représenté par le vaisseau lui-même.
Les papules représentent un degré plus accentué d'infiltration cellulaire, les cellules d'infdtration provenant encore ici soit d'une exsudation de leucocytes, soit de la prolifération des cellules fixes. Accessoirement, l'infdfration liquide intervient pour augmenter le volume de la papule. Dans les papules ortiées cependant, l'infdtration liquide prend une importance plus considérable,, et, par la compression qu'elle exerce sur les vaisseaux, détermine une anémie relative de la partie centrale de l'élément. Les lésions des papules occupent la partie superficielle du derme.
Les tubercules sont constitués par une infiltration cellulaire située plus profondément que celle des papules : cette infdtration est plus dense que dans les papules et est composée de cellules fixes proliférées plus qvie de cellules d'infiltration ; ces éléments d'infiltration sont souvent groupés, disposés en nodules présentant les caractères du granulome infectieux et centrés par des cellules géantes ; le stroma conjonctif et élastique du derme est en partie dégénéré et détruit, ce qui explique la production de cicatrices sans ulcération préalable. Les tubercules sont toujours d'origine infectieuse, produits par l'action locale d'un microbe pathogène, ou développés dans des affections comme la syphilis dont l'origine infectieuse ne peut faire de doutes.
Les gommes sont également constituées par une infillration embryonnaire du type du tissu de granulations, occupant l'hypoderme ou la partie inférieure du derme.
Les lésions dermiques précédentes entraînent dans le revêtement épidermique des troubles d'autant plus considérables que l'inflammation dermique est plus intense et plus voisine de la surface. Les lésions épidermiques secondaires consistent en infiltration cellulaire, infiltration séreuse et altérations de structure des différentes couches épidermiques : les cellules des couches profondes tuméfiées, ramollies, peuvent s'ouvrir les unes dans les autres, perdre leur adhérence aux couches adjacentes ; elles peuvent, subissant une kéralinisation imparfaite, s'entasser en couches superposées, ou au contraire, se kératinisant trop rapidement, se détacher des couches susjacentes.
Ces processus, qui peuvent, exceptionnellement, être indépendants de lésions dermiques sous-jacentes, aboutissent à la formation soit de squames, lorsque l'exsudation liquide fait défaut et que la kératini.sation se produit avec une
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LES AFFECTIONS CUTANÉES. 13
anormale rapidiU'', soit de vésicules, de bulles et de phlyctèncs, lorsqu'il y a une exsudation liquide ou une fonte des cellules du corps muqueux.
Les processus de vésiculation sont trop variables dans les différentes dermatoses pour se prêter à une description d'ensemble plus précise.
Les pustules résultent de l'accès dans l'épiderme d'éléments leucocytaires appelés par la présence des micro-organismes pyogènes : se développant à des hauteurs variables du revêtement épidermique, dans l'épiderme vague, ou au niveau ou au pourtour de ses annexes glandulaires, ou dans la peau elle-même, elles sont le résultat de processus anatomiques trop différents et trop variables pour en permettre une description générale.
Le cadre de cet ouvrage ne comporte pas les développements (jui conviennent à un traité de dermatologie. Nous devrons laisser de coté un certain nombre de maladies rares, véritables curiosités dermatologiques, qui n'offrent aucun intérêt pratique. Nous devrons aussi écarter les affections cutanées d'ordre exclusivement chirurgical telles que les iunieurs de la peau, les ulcérations, l'éléphantiasis, les chéloïdes : le lecteur se reportera, à leur sujel, aux divers traités de pathologie externe, et en particvdier au chapitre des maladies de la peau, inséré par A. Broca dans le premier volume du Tiriité rie chirurgie.
L'ordre suivant lequel les affections cutanées seront l'angées ici ne saurait être considéré comme une classification. Dans l'état actuel de la science dermatologique, une classification digne de ce nom, c'est-à-dire une classification naturelle et à base unique, est impossible à établir.
Les classifications anatomiques, que les auteurs des deux premiers tiers de ce siècle ont considérées comme un progrès et qui certes ont permis de mettre quelque ordre dans le chaos d'une dermatologie de fantaisie, ne répondent plus aux nécessités actuelles et ont le tort de réunir, en raison d'une identité morphologique plus ou moins réelle, les affections les plus dissemblables au point de vue de l'étiologie, de la marche et du pronostic.
Les classifications étiologiques semblent seules rationnelles et naturelles en médecine : elles seraient, en dermatologie, les classifications de l'avenir si la complexité même des causes des dermatoses, complexité que des recherches plus précises risquent de rendre plus grande encore, n'en compromettait l'édification.
Pour mettre quelque ordre dans l'énuméralion des dermatoses et rapprocher autant que possible celles qui présentent des liens ou des caractères communs, nous étudierons en premier lieu les dermatoses congénitales, ou difformités cutanées, puis les dermatoses parasitaires, produites par des parasites animaux, végétaux et microbiens, puis les dermatoses artificielles, enfin les dermatoses dont les causes sont complexes ou indéterminées.
Dans ces dernières, nous distinguerons quelques groupes ayant des affinités étiologiques ou symptomatiques : le groupe des érythèmes, les dermatoses prurigineuses, les dermatoses squameuses, les eczémas, les dermatoses vésiculeuses, les dermatoses huileuses, les sclérodermies, les néoplasies cutanées, les hyperkératoses, les dystrophies pigmentaires, enfin les lésions des annexes différenciées de l'épiderme, glandes cutanées, poils et ongles.
Ce groupement, tout incomplet et artificiel qu'il est, a tout au moins l'avantage de réunir les dermatoses ayant entre elles quelque rapport.
[GEORGES THIBIEBGE.J