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CHAPITRE ni BLENNORRAGIE

Sous le nom de blennornujlc (de [jXevvx, mucus, pY|Yvu[ji.!', je chasse dehors), on désigne une afTection caractérisée cliniquement par un écoulement purulent ayant pour siège ordinaire l'urètre chez l'homme et chez la femme, mais pouvant donner lieu à des manifestations analogues sur diverses autres muqueuses

(') Arnozan et Vigneron, Du trailenienl de la chancrelle et du bubon chancrelleux par les applications locales d'eau cbaudc ; Juiu\ de mccL de Bordeaux, 18t>0-1891, p. 577.

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et se compliquer de phénomènes généraux; cette affection est produite par un micro-organisme spécifique, le gonocoque d'A. Neisser.

Confondue longtemps avec la syphilis et le chancre mou, et attribuée au prétendu virus vénéi'ien, la blennorragie ne fut définitivement séparée des deux maladies précédentes que lorsque les recherches pratiquées à l'hôpital du Midi eurent démontré que l'inoculation du pus blennorragique ne provoquait pas le développement d'un chancre('); elle a été plus longtemps encore confondue avec les urétrites banales, non transmissibles d'un sujet à un autre, évoluant plus rapidement, provoquées par des irritations simples, non spécifiques : la connaissance du rhumatisme blennorragique a bien laissé soupçonner la spécificité de la blennorragie, que Féréol affirmait dès 4866; mais sa démonstration restait à faire. L'agent pathogène recherché par Jousseaume, puis par Salisbury, par Bouchard, entrevu par Hallier, fut décrit par Albert Neisser en 1870. Les recherches ultérieures, malgré .quelques constatations en apparence discordantes, ont confirmé le rôle du gonocoque.

Du gonocoque de Neisser{^). — Le gonocoque est un diplocoque, dont les deux moitiés ont l'aspect de 2 grains de café adossés parleur surface plane; ces deux moitiés sont plus ou moins nettement séparées; les auteurs allemands le comparent à deux petits pains (Semmel). Les deux éléments du diplocoque mesurent dans leur ensemble i [jl, 25 de long sur 0,7 ij. de largeur environ; ils sont contenus dans une capsule amorphe non colorée par les réactifs. Le gonocoque est doué de mobilité.

Le gonocoque est en général contenu dans les leucocytes du pus, à côté du noyau que, d'après Bumm, il ne pénètre pas, tandis que, d'après Neisser, il peut occuper le noyau ; on le trouve également à la surface des cellules épithéliales desquamées et dans le sérum du pus.

Il se colore facilement par les diverses couleurs d'aniline, la fuchsine, le bleu de méthylène et surtout les violets. Il se décolore par la méthode de Gram,

La recherche du gonocoque dans le pus est facile; elle se fait sur des lamelles colorées soit au violet de gentiane, soit au bleu phéniqué de Kûhne qui a l'avantage de donner des colorations moins intenses. Sur les coupes, la recherche est plus délicate.

L'association des trois caractères précédents, la forme en gi'ain de café, le siège intra-cellulaire, la décoloration par la méthode de Gram, permet de distinguer le gonocoque des microbes habituels du pus, qui sont fréquents dans le pus blennorragique, au moins à la partie terminale de l'urètre.

Le gonocoque ne se cultive pas sur les milieux de culture ordinaires ou du moins s'y cultive très difficilement : bien des prétendues cultures de gonocoque ont été dues uniquement au développement de parasites accidentellement intro-

(') La confusion entre la blennorragie et la syphilis a été entretenue par la célèbre expérience (le ITunter qui, s'étant inoculé le i>us d'une urélrite, vit se (lé\eloppcr un chancre suivi de toute la série des manifestations syphilitiques : il est bien étalili aujourd'hui que la blennorragie ne produit jamais la syphilis, et les résultats de l'expérience de ITunter ne peuvent s'expliquer qu'en admettant que le sujet considéré par Iluntcr comme un simple l)lennorragique était un syphilitique vraisemblablement atteint de chancre infeclnnt de l'urètre.

(-) Voir Marcel Sée. Le gonocoque. Thèse de Paris. 1895-1806. — Veillox, Le gonocoque. Annales de Derinalologie, 4898, p. 18.

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duits dans les cultures. Les progrès de la technique des cultures permettent maintenant de cultiver presque à coup sûr le gonocoque; les milieux sur lesquels cette culture peut se faire sont l'agar additionné de sérum du sang humain ou de sérosité ascitique, l'agar additionné d'urine stérile (Finger) donne des résultats inconstants. Les cultures réussissent mieux sur plaques que sur tubes.

Les colonies de gonocoques se développent généralement en 24 heures, quelquefois 48 heures; elles forment des taches transparentes, presque incolores, ayant l'aspect d'une légère buée, ou brillantes et comme vernissées, ou bien sont d'un gris légèrement bleuté; leur centre est plus épais que la périphérie. Ces cultures s'étendent généralement sur leurs bords en poussant des prolongements irréguliers.

Les cultures du gonococ[ue n'ont qu'une très faible vitalité, elles meurent généralement au bout de 5 ou 6 jours.

Les toxines du gonocoque, étudiées par Wassermann, SchafTer('), sont encore très mal connues.

Rôle du gonocoque dans les manifestations blennorragiques. — Des

contestations se sont élevées à propos du rôle pathogène du gonocoque, qui n'a pas été admis sans difficulté.

Et d'abord, dans les produits blennorragiques, il est rare de trouver le gonocoque isolé. En général, il est associé aux microbes de la suppuration, streptocoques et staphylocoques, et à des microbes moins bien déterminés qui varient suivant les muqueuses sur lesquelles on le recherche. Ainsi dans le pus urétral, on peut trouver, d'après les recherches de Legrain,le diplococcus subflavus de Bumm, le microrocci/s citreus conglomeratus du même auteur, le micrococcus orhroleuciis de Prove, un microcoque orange, un microcoque blanc, etc.

D'autre part, on a trouvé le gonocoque dans les sécrétions d'urétrites développées en dehors de toute contagion; Straus en a rapporté un exemple qui paraît probant.

Enfin quelques auteurs ont cru trouver le gonocoque dans l'urètre d'individus n'ayant pas la blennorragie et ne l'ayant pas eue. Éraud et Hugounenq, ayant trouvé dans l'urètre de sujets absolument sains un microcoque doué de certains des caractères du gonocoque, ont admis que le gonocoque est un microbe saprophyte habitant normalement l'urètre comme le pneumocoque habite la bouche et susceptible de devenir pathogène sous l'influence de causes à déterminer. Il semble aujourd'hui démontré que ces auteurs ont eu affaire, non au gonocoque, mais à un pseudo-gonocoque.

Le rôle du gonocoque dans la production de la blennorragie est prouvé par sa constance aux diverses périodes de la blennorragie urétrale, dans le pus des diverses localisations génitales et extra-génitales de cette affection, enfin dans certaines des complicatioas viscérales.

Les recherchftg de tous les auteurs s'accordent sur ce point, à savoir que le gonocoque est constant dans l'urétrite blennorragique aiguë, et aussi sur cet autre point qu'aucun des microcoques que nous avons cités plus haut ne s'y rencontre constamment.

(') ScuAFFER. Beilrag zur Frageder Gonokokken-Toxine. Forlsrhf. der Medic, 1807, t. XV, p. 813.

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Cette constatation est tellement banale qu'il n'y a pas lieu d'insister. La spécificité du gonocoque résulte encore de ce fait que, dans les urétrites que la clinique conduit à séparer de la blennorragie, on voit ce micro-organisme faire défaut.

Dans l'urétrite chronique, le gonocoque se rencontre d'autant plus souvent qu'on est moins éloigné du début et, en faisant des examens multipliés du pus blennorréique à plusieurs jours d'intervalle, on le trouve presque toujours (Neisser). Lorsqu'il fait défaut avant la guérison complète de l'urétrite, on peut provoquer sa réapparition dans le pus au moyen d'une injection de sublimé au 20000'^' (Neisser), ou de nitrate d'argent au 1000% ou de l'ingestion de bière. Le gonocoque persiste pendant plusieurs années dans l'urètre à la suite d'une blennorragie; ses reviviscences sont, plus encore que des inoculations nouvelles, l'origine des récidives de la blennorragie. Cependant il se peut que certains cas d'urétrite chronique postblennorragique soient dus à une infection urétrale par vm microbe autre que le gonocoque.

Dans la blennorragie de la femme, on ne trouve jamais le gonocoque à l'état de pureté. Les associations microbiennes expliquent aisément le fait, que,- dans beaucoup de vulvites, de métrites, de salpingites, causées par le gonocoque, on ne trouve plus à un moment donné que des microbes de la suppuration.

Le gonocoque se rencontre également dans les lésions blennorragiques des muqueuses extra-génitales. C'est ainsi qu'on l'observe dans les conjonctivites des nouveau-nés et les conjonctivites blennorragiques de l'adulte.

Quant au rôle du gonocoque dans les localisations profondes du processus blennorragique, il sera exposé à propos du rhumatisme blennorragique.

La valeur pathogène du gonocoque est démontrée d'une façon iri-éfutable par les inoculations de ses cultures. Les inoculations faites dans l'urètre de sujets sains par Bumm, Anfuso, Wertheim, Menge, Steinschneider, Finger, etc., ont donné des résultats absolument démonstratifs. Ces inoculations semblent ne réussir que chez l'homme : Wertheim est parvenu à produire des péritonites chez la souris et le cobaye, mais les expériences sur les muqueuses des animaux ont échoué sans exception.

Localisations diverses du processus blennorragique. — Par ses localisations sur les muqueuses des voies urinaires, la blennorragie appartient plus à la chirurgie qu'à la médecine. Aussi nous ne donnerons qu'une description très résumée de la blennorragie uro-génitale.

Quant à ses localisations viscérales, leur description complète ferait double emploi avec celles qui doivent en être données dans les divers chapitres ayant trait aux affections des divers viscères. Nous n'en rappellerons ici que les données utiles pour la compréhension générale du processus blennorragique.

Nous insisterons davantage sur ses manifestations articulaires, qui constituent ce que l'on a appelé le rhumatisme blennorragique. -*

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