PROPRIÉTÉS ANTITOXIQUES DES HUMEURS
plus vite que la végétabilité. Le sérum de cheval neuf est au contraire un excellent milieu de culture.
L'existence de substances bactéricides dans les humeurs des vaccinés, en dehors des protoplasmas cellulaires, ne saurait plus aujourd'hui faire l'objet du doute le plus léger.
Propriétés agglutinantes des humeurs. — Les humeurs des vaccinés ou même simplement des infectés peuvent être agglutinantes (Pfeiffer, Dunbar, Gruber, Gharrin et Roger, Widal, etc.), c'est-à-dire peuvent immobiliser, rapprocher en amas et même altérer les microbes qu'elles touchent. Ce phénomène s'observe m vitro ou dans le péritoine du cobaye. Il est absolument extracellulaire. On connaît l'expérience primordiale de Pfeiffer. Si l'on injecte dans le péritoine de cobayes vaccinés une culture de vibrion cholérique, ou dans le péritoine de cobayes neufs la même culture additionnée de sérum de vacciné, le liquide péritonéal retiré dix à trente minutes plus tard montre des granulations arrondies qui ne sont autre chose que les cadavres des vibrions injectés. Widal a montré que, chez les typhiques, les humeurs prenaient ces propriétés pendant la période d'infection (séro-diagnostic). P. Gourmont estime que la courbe du pouvoir agglutinant des typhiques est parallèle à la défense de l'organisme typhisé (séro-pronostic). Quoi qu'il en soit, tous ces phénomènes, en rapport avec l'immunité, la défense de l'organisme, sont humoraux et extracellulaires, bien que les substances agglutinantes aient certainement une origine cellulaire.
Pfeiffer (1897), Behring (1897), admettent que le phénomène de Pfeiffer peut s'observer, sans l'intervention des leucocytes, en injectant les vibrions cholériques sous la peau des hypervaccinés. Salimbeni (1898) combat cette idée. Avec le streptocoque de Marmorck par exemple, on voit les mononucléaires absorber les microbes, puis périr, ce qui remet les microbes en liberté; les polynucléaires arrivent alors pour englober les microbes. Le vibrion cholérique se détruit dans les polynucléaires.
Ces expériences sont un peu spéciales et ne peuvent être comparées à l'agglutination in vitro.
Propriétés antitoxiques des humeurs. — L'organisme a encore un autre procédé humoral pour se défendre contre l'infection ; il peut opposer des substances solubles, non plus au microbe lui-même, mais à ses toxines, il peut lutter par des antitoxines. Cette belle découverte, si féconde puisqu'elle a conduit à la sérothérapie, est due a Behring et Kitasato, et a été faite à propos du tétanos et de la diphtérie. Le sérum d'un animal immunisé, mélangé à la toxine, rend celle-ci inoffensive; injecté séparément à l'animal en même temps que la toxine, il empêche l'intoxication. Nous n'avons pas à développer ici les travaux qui ont paru sur ce point. L'existence des antitoxines dans le sérum des vaisseaux est incontestable; ce fait nous suffit pour continuer l'histoire de l'inflammation.
DE L'INFLAMMATION
Lutte entre les théories humorales et la théorie phagocytaire. — Éclectisme actuel. — Le leucocyte défend l'organisme par les deux
procédés. — Le désaccord entre les deux théories générales de l'immunité pouvait encore se résumer, tout récemment, dans les termes suivants. Metchnikoff et son école faisaient de la phagocytose le seul facteur de l'immunité, la lutte ne pouvait être qu'intracellulaire. Les partisans des théories humorales admettaient presque tous l'importance de la phagocytose, mais estimaient que l'immunité était due également à d'autres causes, et, à côté de la lutte intracellulaire, croyaient à la lutte extracellulaire contre le microbe ou ses toxines, à l'aide de substances solubles bactéricides ou antitoxiques répandues dans les humeurs du vacciné. La phagocytose n'était pas combattue, mais était reléguée au second plan ou placée simplement sur le même plan que la défense humorale On peut dire qu'à l'heure actuelle les théories humorales ont définitivement triomphé et sont universellement admises comme devant se ranger aux côtés, sinon au-dessus, de la théorie phagocytaire. Un juste éclectisme est venu remplacer l'exclusivisme. Metchnikoff lui-même, enfin convaincu par l'expérience de Pfeiffer, admet, depuis le Congrès de Budapesth, que les substances bactéricides existent en dehors des cellules, et que la phagocytose n'a plus le monopole de la défense de l'organisme : « A côté des phagocytes, il existe encore d'autres moyens de résistance de l'organisme attaqué; — l'organisme animal possède un pouvoir microbicide très efficace indépendant de toute action phagocytaire ; — il y a une corrélation évidente dans certains cas entre l'apparition du pouvoir antiseptique du sérum et celle de l'état réfractaire » (Metchnikoff). L'accord est donc parfait ; chaque théorie a sa part de vérité dans le mécanisme complexe de l'immunité.
L'étude plus complète des moyens de défense de l'organisme a d'ailleurs étendu la phagocytose à Y englobement et à la destination intracellulaire des substances solubles. Robert (de Dorpat) injecte du fer soluble dans le sang de lapins et le retrouve dans les leucocytes polynucléaires et grands mononucléaires; les basophiles non ont pas. Chatenay étudie la leucocytose dans les empoisonnements par l'abrine, la ricine, les venins, etc. Metchnikoff, Bcsredka, ont retrouvé dans les leucocytes l'acide arsénieux injecté. Metchnikoff admet que la toxine tétanique peut être détruite par les leucocytes. En somme, la chiniiotaxie des leucocytes existe aussi bien vis-à-vis des substances solubles seules que vis-à-vis des microbes sécréteurs et elle existe aussi vis-à-vis des poisons minéraux. Les leucocytes sont attirés vers certaines substances solubles, les incorporent et les détruisent au même titre que les corps solides.
Une des grosses objections qu'adressait Metchnikoff aux théories humo-
(*) Yoy. les articles contradictoires de Metchnikoff et de Charrin dans la Semaine médicale^ 1892 et 1893.