‹ Traité de pathologie générale [electronic resource] (volume 2)Chapitre 173 sur 221 · I. — SUPPURATION · texte numérisé non relu

I. — SUPPURATION

Généralités sur le pus et la suppuration. — Définition. — L'inflammation peut se terminer par suppuration-, le foyer inflammatoire peut s'infiltrer de pus, lequel se collecte en masses plus ou moins considérables allant de Yabcès miliaire au vaste phlegmon disséquant. Le mécanisme de la suppuration est identique dans tous ces cas, si dissemblables en apparence.

Mais, avant de pénétrer dans le domaine de la pyogenèse, de faire l'histoire critique des doctrines qui ont présidé à l'évolution des idées sur ce point de pathologie générale, avant d'en esquisser une étude écologique, pathogénique et physiologique, il est indispensable de préciser en quelques mots ce qu'est le pus et comment se définit la suppuration.

Caractères physiques du pus. — Le pus a des caractères physiques qu'on peut résumer ainsi, d'après Letulle. Un liquide est reconnu purulent quand il présente les caractères suivants : une opacité plus ou moins absolue, une couleur allant du blanc jaunâtre au jaune brun, au jaune verdâtre,une consistance crémeuse d'une onctuosité nullement visqueuse, une odeur fade, nauséeuse, une saveur douçàtre rarement saline. Ces caractères joints à une densité élevée (oscillant de 1,051 à 1,055) constituent un pus épais, homogène, qu'on dit phlegmoneux, bien lié ou de bonne nature. Inversement, le pus est séreux, mal lié, ou de mauvaise nature, lorsqu'il est formé par un liquide fluide, louche, rempli de grumeaux blanchâtres, flottant dans le sérum, avec un état glutineux peu marqué. Le pus ne se coagule pas.

Chacun de ces caractères varie suivant la cause pathogène, le terrain envahi, la médication employée (antiseptiques, etc.), l'apparition d'une maladie intercurrente (').

Le caractère physique le plus variable est la coloration du pus. Le nombre des leucocytes, la présence de globules rouges font varier le pus du blanc gris, au jaune crème et jusqu'au rouge brun (pus sanglant). L'espèce ou la variété des microbes pathogènes influe aussi sur la couleur

(l) Le pus ainsi décrit est le pus humain; voy. plus loin, p. 516, les caractères de quelques pus animaux.

DE L'INFLAMMATION

du pus ; le staphylocoque pyogène blanc donne un ton lactescent, le doré un aspect jaune parfois très accusé; le bacille pyocyanique donne les suppurations bleues. A côté de ces causes bien connues de certaines colorations du pus, il faut avouer notre ignorance sur celles des tons verdâtres de certains abcès, de l'aspect glaireux et de la couleur verte des abcès cérébraux, des reflets rouilles ou même noirâtres des collections anciennes.

La consistance varie du pus sanieux (lochies fétides, pus gangreneux) au pus mastic des abcès tuberculeux. La densité oscille de 1,021 à 1,040.

L'odeur du pus de bonne nature est fade et a été comparée à celle du sperme; celle des abcès voisins des organes digestifs abdominaux est stercorale, fécaloïde; celle des collections développées autour des voies urinaires est ammoniacale. Le pus gangreneux a une odeur cadavérique. Les abcès amygdaliens ont une odeur repoussante. Enfin, les fermentations secondaires d'un abcès ouvert peuvent donner au pus une odeur sulfurée intolérable.

La quantité de pus varie naturellement beaucoup; l'abcès miliaire peut être microscopique; une plèvre ou un péritoine peuvent contenir des litres de pus.

Le pus contient souvent des corps étrangers tels que fragments d'étoffe, balles, etc., ou résidus de l'organisme : séquestres osseux, débris tendineux, caillots, matières fécales, etc. Leur importance au point de vue du diagnostic de l'origine de l'abcès est capitale. Il en est de même du mélange du pus avec les liquides normaux tels que le lait, l'urine, la bile. Il y a enfin des parasites vivants du pus (l'hydatide du Tœnia echinococcus par exemple) qui ont constitué des lésions d'appel pour la suppuration. Des grumeaux d'un certain volume peuvent être la cause même du pus : tels les grains jaunes du pus actinomycosique formés par le champignon pyogène : l'actinomycès. Nous ne parlons ici que des corps visibles à l'œil nu.

Tels sont les principaux caractères physiques du pus. Ils suffisent en général à le distinguer des liquides pseudo-purulents. Certains cas sont cependant embarrassants. Le cancer ulcéré laisse écouler une sanie puriforme qui n'est pas du pus ; quelques endométrites engendrent un mucus blanchâtre pseudo-purulent; les épanchements chyliformes, les urines chyleuses ont souvent été confondus avec des collections purulentes. Letulle cite encore les collections puriformes contenues dans certains kystes ovariques, gorgées de cholestérine et de cristaux d'acides gras ; les liquides stéatomateux renfermés dans quelques kystes sébacés ; le liquide trouble et filant provenant de gommes syphilitiques, nullement suppurées ; le contenu puriforme trouvé au centre des végétations globuleuses du cœur (faux abcès des cavités cardiaques); les liquides sanieux des caillots ramollis dans la thrombo-phlébite et la thrombo-artérite non suppuratives ; le liquide des kystes hydatiques dégénérés, caséeux ou lactescents ; certains liquides normaux de l'organisme rendus opaques à

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