CARACTÈRES DU PUS
l'autopsie par les épithéliums desquames des glandes; les sucs de thymus, des amygdales, des ganglions lymphatiques.
Caractères histologiques du pus. — Les caractères hislologiques du pus serviront à le différencier de ces liquides pseudo-purulents. Le microscope décèle dans un liquide dense et chargé de débris, dont nous étudierons plus loin la provenance, des corpuscules arrondis appelés corpuscules du pus et constituant sa caractéristique histologique. Ces corpuscules, excessivement nombreux, sont ronds, d'un blanc mat, granuleux, souvent opaques et alors manifestement graisseux (graisse finement semée dans l'épaisseur du protoplasma), ayant le plus souvent un ou deux noyaux visibles sans coloration ou par la simple action de l'acide acétique qui contracte le protoplasma, en détruit les granulations albiuninoïdes et met en relief la substance nucléaire. Ils sont immobiles. Ces corpuscules ont donc tous les caractères des leucocytes morts ; nous discuterons ultérieurement la question de savoir si tous ces corpuscules sont réellement des leucocytes ; en tous cas, leurs caractères et leur abondance caractérisent le pus histologiquement.
Le microscope peut encore déceler un certaili nombre de globules blancs encore vivants, capables de se mouvoir : leucocytes mono- ou polynucléaires, neutrophiles, très rarement éosinophiles, lymphocytes; il montre un grand nombre d'éléments embryonnaires facilement confondus avec les lymphocytes ; il montre aussi des noyaux libérés de leurs cellules (leucocytes, cellules fixes, épithélium) et qu'on distingue difficilement des lymphocytes.
A côté des globules purulents (éléments morts), des leucocytes vivants, des noyaux libérés, l'observateur voit encore dans le pus des amas de détritus cellulaires agglomérés, en voie de dégénérescence graisseuse, difficilement colorables, accumulés autour d'un ou de plusieurs noyaux, véritables corpuscules de Glùge, de grosses cellules qui paraissent être des cellules fixes du tissu conjonctif décollées de leurs travées, des cellules endothéliales, des cellules adipeuses qui se vident de leur graisse. Le pus peut contenir des cellules spéciales telles que les cellules hépatiques, des globules rouges, des fibres élastiques, des fragments musculaires, des cristaux (cristaux d'acide gras, cholestérine, hématoïdine, etc.). des cellules cancéreuses, etc.
On peut faire sous le microscope une réaction des plus importantes pour le diagnostic du pus : on additionne le pus d'ammoniaque liquide. Celui-ci dilue les cellules blanches et les réduit en un magma gélatineux; les cellules blanches disparaissent donc sous le microscope laissant isolées les substances étrangères au protoplasma cellulaire. Le pus devient alors un liquide mucilagineux, transparent.
En dehors des cellules organiques ou des débris cellulaires, le microscope décèle encore des corps étrangers que l'examen direct ne pouvait apercevoir. Ce sont de fines poussières ou débris inorganiques; ce sont
[J. COURMONT
DE L'INFLAMMATION
le plus souvent des éléments de nature vivante. Les uns n'ont joué qu'un rôle secondaire, d'appel, dans la formation de l'abcès; ils sont, en réalité, des parasites du pus : l'hydatide du tœnia echinococcus est le parasite animal le plus fréquemment noté dans les abcès, ses crochets sont caractéristiques; citons encore le cysticerque ladrique, la filaire de Médine, le bilharzia hœmatobia, V ânkylostone duodénal, Vascaride lombricoïde, Y oxyure vermiculaire ; des Protozoaires tels que le paramœcium coli, des monades, des amibes (abcès dysentériques), des coccidies . Certains de ces Protozoaires, spécialement les amibes, sont peut-être l'origine même du pus qui les baigne. Les végétaux parasites du pus sont représentés par des Champignons (Achorion, Tricophyton, Microsporon furfur, Muguet, Aspergillus, Penicïllum, Mucor mucedo (LitzmannetEichstaedt, etc.). L'actinomycès est un champignon directement pyogène.
Enfin, l'examen histologique du pus à l'aide des procédés de coloration établis par Koch, Ehrlich, Weigert, etc., montrera les différents microbes pathogènes qui ont entraîné la suppuration et qui fourmillent le plus souvent dans le pus. Cette méthode histologique d'examen direct sera complétée par la culture des microbes et Y inoculation de ces cultures. Nous renvoyons à l'étiologie pour l'étude de ces microbes pyogènes; rappelons simplement que certains microbes, le bacille du côlon entre autres, peuvent être de véritables parasites d'un pus déjà formé et ne pas en être l'origine, bien que pyogènes à leur heure.
Tels sont les caractères histologiques du pus résumés à grands traits ; ils seront détaillés plus loin par Letulle ; nous les avons énumérés pour faciliter la compréhension des discussions étiologiques et pathogéniques qui suivront.
Caractères chimiques du pus. — Terminons par les caractères chimiques du pus.
Recueilli dans un verre, le pus se sépare en deux couches : une supérieure liquide, le sérum; une inférieure composée de tous les éléments solides. Pour 1000 parties, on compte 710 à 854 parties de sérum et 170 à 290 de cellules purulentes humides (Letulle). Ces chiffres sont évidemment très variables.
Le pus est alcalin, parfois neutre, très rarement acide.
Le sérum est opalescent. Il est très complexe ainsi qu'en donne une idée le tableau suivant emprunté à Letulle.