AVEC LE VIRUS LUI-MÊME
Volume des urines par kilo-
Urée par kilogramme . . .
Chlore par kilogramme . .
Phosphore par kilogramme.
Si l'on examine l'expérience relatée dans la seconde colonne, on voit qu'il y a augmentation de l'urée et de l'acide phosphorique, c'est-à-dire augmentation de la désassimilation.
Les chlorures sont diminués parallèlement à la quantité des urines, parce que l'animal mange moins et boit moins. Les résultats sont différents dans les deux dernières expériences, mais la température est moins élevée, l'état de l'animal est beaucoup plus grave; ce qui domine alors, ce n'est plus la fièvre, c'est l'intoxication ou l'infection, et cependant
[L. GUINON.]
DE LA FIÈVRE
l'urée, bien que diminuée, baisse proportionnellement moins que la quantité d'aliments.
Outre l'urée, il faut tenir compte, dans l'étude de l'azoturie fébrile, de V élimination des matières extractives sur lesquelles Schottin, Appler ont appelé l'attention. Chalvet a montré que le plus souvent elles sont considérablement augmentées, surtout relativement à l'urée. Charvot crut même que la somme des matières extractives est proportionnelle à l'élévation de température. Cela n'est pas exact, mais on peut admettre que cette augmentation est la règle et qu'elle est proportionnellement plus considérable que pour l'urée.
En effet, tandis que l'urée passe de 0,55 par kilogramme a 0,40, 0,55 ou 0,66, les matières extractives passent de 0,125 à 1 gramme, c'està-dire 8 fois plus.
L'augmentation de densité de l'urine ne suffit pas à compenser l'oligurie ; en effet, l'urée est 100 fois plus abondante dans le sang que dans l'urine à un même moment; pendant la fièvre, la quantité absolue de l'urée du sang double, alors qu'elle n'augmente pas dans l'urine; cela a peu d'inconvénients, l'urée étant peu toxique ; mais les matières extractives qui s'éliminent moins facilement que l'urée sont, dans le sang comme dans l'urine, 8 fois plus abondantes, ce qui a plus d'inconvénients (Bouchard).
Gûbler, se basant sur les rapports entre l'urée et les matières extractives, divisait les fièvres en normales (inflammatoires, franches) et anormales (malignes, perverses). Dans les premières, les combustions sont en rapport avec la chaleur, les produits de combustion sont ceux de l'état physiologique, mais en plus grande proportion; dans les secondes, les actes nutritifs sont pervertis, l'urée est diminuée, les matières extractives sont en grande abondance, l'urine contient de l'albumine.
M. A. Robin a développé cette idée pour la fièvre typhoïde; dans les formes moyennes et bénignes, le coefficient d'oxydation reste normal ou tend à augmenter et l'urée augmente; dans les formes graves avec état typhoïde accentué, l'urée diminue, l'élimination extractive ne suffit pas à compenser leur accumulation dans le sang où, de 4 à 4,5 pour 100, elles passent à 7,51 (Hœpffner) et 9 pour 100 (A. Robin). C'est cette rétention des déchets insuffisamment oxydés qui expliquerait l'état typhoïde (l).
De tout cela on peut conclure que : L'oxydation se fait donc moins bien dans la fièvre que dans ïétat normal et que dans V hyperthermie .
L'acide urique n'obéit pas à une règle fixe; il augmente cependant quand la fonction respiratoire est troublée (pneumonie, pleurésie).
(*) Ces faits sont contestés par M. Oriou (Rev. de méd., novembre et décembre 1895, janvier 1894) ; d'après lui, les oxydations augmentent avec la température, même quand il y a état typhoïde, et parfois môme l'état typhoïde coïncide avec une élimination abondante des produits comburés.
ÉTUDE DE LA FIÈVRE
Les matières minérales constitutives des cellules augmentent dans l'urine; telle la potasse qui double ou triple; la soude, au contraire, qui domine dans les humeurs et particulièrement dans le sérum, tombe très bas, parfois au huitième de l'état normal; le rapport de la soude et de la potasse est interverti.
Enfin, l'urine fébrile est plus chargée en produits toxiques (Bouchard, Roque et Weill) et en matières colorantes; sans parler de l'albumine sur laquelle nous reviendrons plus loin, la proportion des matériaux solides est égale ou supérieure à celle de l'homme sain, normal.
La désassimilation est donc considérable dans la fièvre, et ce n'est pas i'hyperthermie qui en est la vraie cause ; la preuve en est dans l'exagération de la perte d'urée qui se produit avant l'élévation de la température dans les heures qui précèdent l'accès de fièvre intermittente (Jaccoud) et aussi dans la période latente de la fièvre typhoïde (Oriou).
La respiration dans la fièvre; chimisme respiratoire. — L'accord n'est pas absolu sur ce point ; tandis que Regnard, Liebermeister, Leyden, Colasanti ont vu les combustions respiratoires augmenter pendant la fièvre (l'exhalaison de CO2 augmentant dans la proportion de 1,5 à 1), Doyère, d'Hervier et Saint-Lafirer, Wertheimer ont conclu à une diminution des
échanges respiratoires.
Yoici quelques expériences : Liebermeister, évaluant la quantité d'acide carbonique éliminé dans la fièvre intermittente, constate qu'elle n'est pas proportionnelle à la température (19 grammes à 40 degrés et 31gr,Ô7 à 59 degrés), mais qu'elle est en étroite relation avec la rapidité d'élévation du thermomètre. Sur un homme de quarante et un ans pesant 54kg,5, atteint de fièvre intermittente quotidienne, il obtient les résultats suivants :
PÉRIODE DE LA FIÈVRE