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Certaines transformations aiguës élémentaires, pour être moins désorganisatrices que les précédentes, méritent encore une esquisse, en vue d'une démonstration plus convaincante. Sans quitter les éléments connectifs, dont le rôle dans l'inflammation est des plus variés, il est nombre de lésions fort intéressantes à cet égard. On observera, par exemple, dans
Fig. 29. — Couches musculeuses (fragment) de l'intestin grêle, audessous d'une plaque de Peyer enflammée, dans la lièvre typhoïde. — La figure montre la partie inférieure de la couche musculeuse interne et le commencement de la musculaire externe. Toutes les cellules connectives, fixes ou endothéliales, sont tuméfiées, épithélioïdes. Plusieurs ont deux ou trois noyaux. — Grossissement 220/1.
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les maladies infectieuses, des régions étendues où la totalité des cellules fixes, des endothéliums des vaisseaux ou des espaces lymphatiques apparaissent uniformément tuméfiés, ovoïdes, rappelant d'une manière saisissante la forme, les dimensions et la transparence de cellules épithéliales;
Cette transformation épithélioïde des cellules connectives et des endothéliums est parfois des plus accusées, par exemple dans toute l'épaisseur des couches constitutives des parois de l'intestin grêle, au cours de la (ièvre typhoïde. Pour ce cas, il est bon de le noter, la transformation épithélioïde n'est pas forcément circonscrite aux seuls abords de la plaque de Peyer tuméfiée ou nécrosée. La totalité du système lymphatique des différentes couches de l'organe a pu participer au processus (fig. 29).
Les mêmes désordres anatomo-pathologiques se constateront dans l'intimité du tissu réticulé des ganglions lymphatiques, et aussi bien dans la pulpe splénique, sans que la coexistence ou que l'absence de microbes pathogènes constatée ait eu à intervenir, en quelque part que ce soit.
Lors de la néphrite aiguë expérimentale (cantharidienne, Cornil) ou spontanée (diphtéritique, Brault) , on rencontre des tubes contournés dont la coupe transversale est remplie par d'énormes blocs de protoplasma cellulaire tellement tuméfiés et si intimement confondus entre eux qu'il est impossible d'isoler en ce point une cellule épithéliale striée. Le cellule spécifique du rein, déchue, est difficilement reconnaissable. Les éléments sont pourtant encore vivants ; leurs noyaux, multiples et volumineux, quelquefois même en état de karyokinèse, le démontreraient au besoin. Mais la matière protoplasmique, imbibée de substances toxiques, remplie de granulations albuinineuses, de graisse et de masses protéiques, a désorganisé l'unité élémentaire. Le protoplasma a manifestement perdu de sa spécificité.
Métamorphoses. — Les déformations et transformations des éléments cellulaires sont poussées quelquefois à un degré tel, qu'elles les rendent méconnaissables. Un des exemples les plus remarquables est donné par les modifications rapides des clasmatocytes, au sein d'un ilot de tissu conjonctif enflammé à dessein, d'une manière expérimentale.
Ces éléments monstrueux, puisqu'ils peuvent atteindre jusqu'à 1000 \i de longueur, ne sont que des cellules blanches hautement différenciées. Leur protoplasma se brise, normalement, en grains destinés à l'alimentation des tissus voisins et constitue une réserve nutritive de première importance. Une inflammation aiguë se développe-t-elle? Prend-elle, en particulier, l'allure phlegmoneuse et pyogénique? aussitôt, la clasmatose est modifiée. Ses éléments spécifiques perdent, sur l'heure, les caractères précités : leurs prolongements monilifo raies, leurs granulations, leurs bourgeons granuleux, tout disparaît, par une sorte de contraction, par une involution de la matière vivante : le clasmatocyte retourne à l'état de globule blanc banal.
Les lésions inflammatoires aiguës des membranes séreuses, chez
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l'homme, quand elles ne sont point suppuratives, permettent assez souvent d'apercevoir, au milieu de l'exsudat fibrineux, à la surface de la séreuse desquamée, d'énormes cellules polynucléées, ne ressemblant en aucune façon aux endothéliums préexistants. Ces cellules géantes, qui n'ont rien à voir avec la tuberculose bacillaire, libres d'ailleurs le plus souvent de toute inclusion microbienne,1 sont vraisemblablement des endotbéliums métamorphosés. Hypertrophié d'une manière aiguë, leur protoplasma se termine par des prolongements plus ou moins anguleux; il enserre plusieurs noyaux, produits de la vitalité du noyau primitif. Le processus inflammatoire, qui mettait en branle les forces vives de l'élément, s'est-il arrêté brusquement à cet instant? L'intensité de la réaction a-t-elle frappé de mort soudaine l'élément, sans lui permettre d'achever sa multiplication complète? Question insoluble, dans les données actuelles de nos connaissances ; à moins qu'on puisse comparer ces hyperplasies abortives des cellules endothéliales aux malformations évolutives des cellules géantes sarcomateuses ou épithéliomateuses.
A côté de ces métamorphoses hypertrophiques, et par opposition, il est bon de signaler les involutions aiguës des éléments épithéliaux enflammés. La conception, déjà ancienne, du retour des éléments spécifiques à l'état embryonnaire ne saurait plus nous occuper. L'examen attentif des faits, dans tout processus aigu et même chronique, montre que les éléments épithéliaux, englobés dans le foyer inflammatoire, sont en état d'atrophié manifeste. Le protoplasma a perdu non seulement une partie de son volume, mais surtout certaines de ses qualités les plus caractéristiques. Sans doute, à première vue, il est difficile de différencier ces épithéliums dégénérés d'avec les diverses variétés de leucocytes auxquels ils sont plus ou moins intimement mélangés, mais la difficulté peut souvent être résolue. La pneumonie fibrineusè aiguë, en remplissant la cavité alvéolaire de fibrine, de leucocytes diapédésés et d' épithéliums desquamés, permet de comprendre les embarras d'un tel diagnostic. A côté de gros éléments arrondis, enserrés dans les mailles de la fibrine, se fixent d'autres éléments arrondis, à noyaux vésiculeux, qui ressemblent autant à un leucocyte qu'à un épithélium irrité. Toutefois, l'épithélium pulmonaire n'est guère incrusté de charbon; on sait que son protoplasma, granuleux, privé de glycogène, n'est point phagocytaire à la façon des leucocytes ; enfin, son noyau, vésiculeux, n'a pas d'ordinaire la vitalité et le polymorphisme des éléments blancs du voisinage.
Perturbations topographiques des éléments. — Sous ce terme un peu vague, il est bon d'entendre toutes les modifications morbides subies par les éléments cellulaires dans leurs rapports réciproques, en tant qu'occasionnées par les processus inflammatoires. Il va sans dire que sont mis à part et non comptés tous les désordres mécaniques causés par un traumatisme.
Une lésion inflammatoire développée sur un point quelconque est susceptible, par son volume seul, de déplacer, dévier ou désunir des par-
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ties jusque-là homogènes. L'abcès lymphangitique du sein, pour prendre un cas simple, qui comprime et repousse des canaux galactophores, produit dans l'intimité des lobules mammaires une série complexe de désordres, commençant par les déviations d'organes et d'éléments, et allant jusqu'à la compression ou même la rétention de produits sécrétés.
Le cœur, j'entends le myocarde, est l'organe dans le fonctionnement duquel l'ordination des cellules contractiles est des plus capitales. La désintégration des cellules musculaires du cœur selon leurs raies cimentaires d'Eberth, dans les cas, très rares, de myocardite aiguë où son existence paraît indiscutable, représente l'expression la plus complète des désordres consécutifs aux désunions élémentaires.
La lésion de Renaut-Landouzy est facile à reconnaître; elle schématise, jusqu'à un certain point, la désagrégation la plus parfaite des pièces constitutives d'un tissu : toutes les cellules musculaires, vivantes et nucléées, peuvent avoir quitté leurs congénères et ne plus leur être attachées. De simples rapports de contiguïté existent, sur les coupes du cm ur bien orientées, là où, normalement, la continuité la plus parfaite et la mieux ordonnée assurait la résistance et la synergie de masses contractiles puissamment conglomérées.
Outre ces dislocations élémentaires, des troubles topographiques moins complets peuvent exister encore, au sein des procédés inflammatoires, et y jouer un rôle important.
Les multiples déformations individuellement subies par les cellules qui composaient le tissu ou l'organe enflammé produiront parfois des désordres secondaires dans l'ensemble des autres colonies cellulaires. S'agit-il, par exemple, du revêtement endothélial tapissant la face interne d'une séreuse? Les éléments irrités, mais non détruits, ne sont pas seulement tuméfiés; ils se déplacent aussi à la surface de la membrane, qu'ils peuvent même abandonner complètement. Ainsi, leurs rapports réciproques, assurés au niveau de leur lame basale par des bords linéaires et anguleux, sont bouleversés. La dislocation de la couche endothéliale tout entière peut, si les circonstances y prêtent, aller jusqu'à une desquamation complète, ou tout au moins par îlots, mettant à nu les travées connectives lamellaires, qui sont le squelette de la membrane.
Le microscope saura montrer, si le moment est favorable, un grand nombre de cellules endothéliales flottant dans la cavité, au milieu de la sérosité inflammatoire, tantôt libres, tantôt enchevêtrées parmi les filaments fibrillaircs de fibrine. Ces cellules libérées, de dimensions variables, parfois énormes et véritablement géantes, sont souvent frappées de mort partielle ou générale. Qu'elles aient un ou plusieurs noyaux, que leur protoplasma soit granuleux, granulo-graisseux ou vacuolaire, qu'il soit gorgé de débris hyalins et englobe dans son intérieur des microbes ou d'autres corps étrangers, leur signification aura toujours une même valeur au point de vue qui nous intéresse.
L'évolution ultérieure des lésions, leur restauration, complète ou
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entravée, suivant les circonstances, emploieront ceux de ces éléments demeurés encore utilisables. La karyokinèse aidant, comme on peut le constater dès les premiers jours qui suivent le début de l'inflammation non suppurative du péritoine, on retrouvera collés sur les travées lamellaires de la membrane desquamée ces gros éléments plasmatiques, remplis de sucs, avec leurs noyaux en mitose. La réapplication de ces cellules fixes et la régénération, grâce à elles, de la couche endothéliale, constituent l'exemple le plus typique de la réparabilité d'une membrane séreuse enflammée.
La faculté d'ordination, le pouvoir architectonique de cellules adaptées à un but déterminé ont été mis en lumière, de la sorte, par les recherches de Ranvier.
Les perturbations topographiques des cellules, les changements dans leurs rapports réciproques, leurs dislocations mêmes se retrouvent dans l'intimité des organes. Il suffit que les procédés inflammatoires aient conservé une allure assez modérée, de façon à n'avoir point été trop largement destructive. Les organes glandulaires, tels que le foie, la capsule surrénale, en fournissent fréquemment de beaux exemples.
Les hyperplasies nodulairqs, qui accompagnent certaines variétés d'hépatite subaiguë ou chronique, communes au cours de la tuberculose pulmonaire, de l' impaludisme ou de la cachexie cardiaque, sont des plus démonstratives. On assiste à une sorte de libération partielle, et par îlots, d'un certain nombre de tronçons de trabéeules hépatiques. Le lobule de Kiernan peut se trouver décomposé en quelques organismes secondaires, sphéroïdaux, orientés vers les espaces-portes adjacents au lobule primitif. L'axe des trabéeules ainsi disloquées est bouleversé : la forme des colonnettes cellulaires (radiées concentriquement à la veine hépatique) s'est transformée en une série de sinuosités désordonnées, bien appréciables sur les coupes microscopiques. En outre, la forme et le volume des cellules sécrétantes du foie, leur teneur en protoplasma et en nucléine sont grandement modifiés : l'hypertrophie du protoplasma, la prolifération des noyaux avec ou sans karyokinèse, tout démontre que la matière active du foie est perturbée élans son fonctionnement. On comprend combien ces altérations, lorsqu'elles sont étendues, doivent changer le volume, la consistance, la forme et les fonctions mêmes de l'organe envahi.
L'ordination défectueuse et la dislocation d'éléments cellulaires, dont le fonctionnement normal exigeait une orientation déterminée, ne vont pas sans occasionner des troubles plus ou moins graves dans la vie physiologique de l'organisme entier et, partant, de chacun de ses éléments, considéré en lui-même. Pour le foie, par exemple, la rétention de la sécrétion biliaire pourra se reconnaître aux plus ou moins nombreux graviers, aeix calculs biliaires microscopiques enchâssés au milieu des trabéeules hépatiques; les troubles de la sécrétion glycogénique y seront, après la mort, d'une constatation plus difficile.
Lors des accidents suraigus produits par la désintégration générale de
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cellules hépatiques, dans certaines formes d'ictère grave, l'autopsie rapide montre les dislocations les plus considérables des trabécules : c'est un effondrement en masse de lobules entiers, parfois même de la totalité du foie. Dans ces conditions, la mort des cellules sécrétantes n'est pas indispensable pour causer la mort de l'organisme; leurs désunions et leurs désorientations auraient pu suffire.
2° Troubles de nutrition. — Tout élément cellulaire, violenté par un molimen inflammatoire insuffisant pour causer sa mort, réagit, s'il le peut, en s'hypertrophiaut, à moins qu'il ne subisse l'un quelconque des processus dystrophiques aigus que l'on décrit sous les termes de dégénérescences et d'atrophies.
Les diverses hypertrophies aiguës des cellules englobées dans les foyers inflammatoires ou voisines de ces foyers, sont d'aspects différents, selon les circonstances. Qu'on observe, au deuxième jour, la surface du péritoine expérimentalement enflammé par un procédé chimique aseptique : on a percevra un certain nombre de cellules endothéliales, redevenues connectives et anastomosées entre elles par leurs prolongements, présentant tous les caractères de véritables cellules géantes. Ce sont, surtout au voisinage des vaisseaux de la séreuse, d'immenses placards protoplasmiques nucléés, étalés à la surlace des mailles épiploïques. L'hypertrophie aiguë du protoplasma s'est manifestée, bien avant que la substance nucléaire n'ait commencé son travail de multiplication. La karyokinèse, en effet, ne suivra que dans quelques heures ; pour le moment, l'élément protoplasmique fait, à lui seul, les Irais de l'ébauche de restauration, en bouchant les trous de l'épiploon et en s'appuyant sur les filaments de fibrine fibrillaire exsudée dans la cavité séreuse.
Un tel lacis protoplasmique, soutenu par la mince charpente fibrineuse en question, représente, à proprement parler, non plus une membrane séreuse, mais bien une lame de tissu conjonctif tendant vers la réunion immédiate primitive de ses territoires récemment désunis. On a sous les yeux la preuve de la réaction restauratrice inhérente à toute cellule connective ayant subi, sans y succomber, les frais d'un traumatisme inflammatoire. On reconnaît cette manifestation défensive, inscrite par l'organisme, dans l'intimité de tous les tissus possédant l'une quelconque des variétés de la cellule connective.
Ce molimen hypertrophique, constant au début des lésions inflammatoires, peut être dissimulé sous différents autres actes phlogogéniques concomitants ou consécutifs. L'intensité du processus, par exemple dans les gangrènes aiguës ou les foyers de suppuration, empêche sans doute L'apparition du phénomène réactionnel décrit plus haut, de même qu'elle s'oppose aux exsudations fibrineuses, dont nous aurons à nous occuper. Quoi qu'il en soit, considérée en elle-même, cette hypertrophie aiguë du tissu connectif permet de surprendre sur le fait un des actes de la vitalité cellulaire.
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En est-il ainsi pour la seconde classe des cellules constitutives de l'organisme, les épithéliums? Une seule altération aiguë, la tuméfaction trouble, a passé longtemps, aux yeux des histologistes, comme la manifestation bypertrophiquc aiguë des éléments touchés par l'inflammation.
Ce prototype de l'hypernutrition cellulaire sollicitée par un choc inflammatoire parait aujourd'hui discutable, alors même qu'on y voudrait voir, avec Yirchow, l'exemple pour ainsi dire parfait (rime inflammation parenchymateuse aiguë .
La tuméfaction trouble, qu'on l'observe dans les cellules épithéliales du foie, du rein, ou dans les cellules musculaires du cœur,, se caractérise essentiellement par l'augmentation de volume de l'élément, qui devient plus opaque. Le protoplasma est manifestement désorganisé; ses granulations constitutives ont perdu leur orientation fondamentale. C'est ainsi que l'épithélium du rein n'est plus strié, et bombe dans la cavité du tube contourné, dont il tend à obstruer la lumière. De même pour le muscle; les fibrilles primitives, plus grosses que normalement et plus, sombres, sont de moins en moins bien striées, leur substance se gorgeant de nombreuses granulations protéiques, ou même graisseuses.
Pour tous les éléments atteints de tuméfaction trouble, il est constant que le protoplasma est rempli, surdistendu par un liquide albumineux, infiltré dans ses mailles. S'il s'agit d'une nutrition exagérée, au moins au début, on peut affirmer que cette hypernutrition est en même temps une dystrophie aiguë. La preuve en est dans le grand nombre de granulations graisseuses et protéiques anormalement accumulées à l'intérieur des espaces protoplasmiques .
L'état du noyau, dans chacun de ces éléments tuméfiés, est souvent en contradiction avec l'idée d'une hypertrophie véritable, qui s'accompagne à l'ordinaire d' hyperplasie élémentaire, autrement dit d'une prolifération plus ou moins rapide des noyaux. Dans le foie, plus encore que dans le rein et le muscle, l'accumulation excessive de granulations protéiques autour de la zone nucléaire dissimule l'état du noyau. Ce dernier est souvent vésiculeux, tuméfié, pâle, comme œdémateux; mais la karyokinèse y fait régulièrement défaut, alors que, dans certaines circonstances, la même cellule épithéliale contiendra plusieurs noyaux, visibles sur une coupe bien colorée.
Au cours des lésions inflammatoires, il existe donc, à côté de l'hypertrophie aiguë, des états dystrophiques également aigus. Ces troubles trophiques, d'origine hypertoxique, se caractériseront tantôt par un gonflement anormal de l'élément cellulaire atteint, tantôt par une transformation sur place, partielle ou générale, du protoplasma, tantôt par une diminution de volume, par une atrophie protoplasmique.
Dans le premier groupe, se rangent un certain nombre de lésions diverses : telle est la tuméfaction claire des épithéliums. décrite par Hanot et Gilbert dans le foie cholérique ; tels sont aussi le boursouflement des cellules striées du rein et la formation de boules hyalines aux dépens de
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la couche superficielle du protoplasma, étudiés par Cornil et Brault dans les néphrites aiguës.
Les atrophies aiguës qui atteignent les éléments cellulaires encore vivants, au milieu des lésions inflammatoires, sont d'ordre varié. Les unes semblent passives, secondaires à une sorte de compression exercée sur les cellules par les produits inflammatoires adjacents. Il en est ainsi, par exemple, pour certaines colonies de cellules épithéliales de la muqueuse bucco-pharyngienne englobées au milieu de l'exsudat fîbrincux dense, composant la fausse membrane diphtéritique. Souvent, ces éléments, étirés, maintenus encore bout à bout, sous forme de minces réseaux sinueux, tranchent vivement par leur coloration caractéristique (picrocarmin éosine) et par leur noyau vésiculeux, pâle, sur les filaments de fibrine.
D'autres atrophies aiguës existent encore, non plus secondaires à des troubles mécaniques du voisinage, mais protopathiques, si l'on peut ainsi dire, et d'ordre intime. Dans quelques cas, on ne constate qu'une diminution du volume des éléments irrités, sans modification bien notable de leur forme ou de leur composition histo-chimique. L'aspect est des plus caractéristiques, au niveau des foyers d'hépatite nodulaire aiguë paludéenne : on peut trouver sur la coupe un nombre considérable de cellules du foie atrophiées, non encore détruites. De même, dans la tuberculose miliaire de la capsule surrénale, les épithéliums trabéeulaircs adjacents à la granulation tuberculeuse apparaissent disloqués, fort réduits de volume, avec un protoplasma densifié, finement granuleux.
Les atropbies aiguës des cellules sont, fréquemment, plus complexes encore. La matière vivante, frappée dans sa nutrition, subit maintes fois des transformations chimiques graves, régressives, considérées par nombre d'auteurs comme de véritables dégénérescences.
La plus commune de toutes est sans contredit la transformation graisseuse du protoplasma. On s'accorde à établir une distinction fondamentale entre l'infiltration graisseuse et la dégénérescence graisseuse des éléments cellulaires. Normalement, la cellule hépatique est susceptible d'imprégner ses mailles protoplasmiqucs de matières grasses absorbées par le sang de la veine porte. La dégénérescence graisseuse, aussi bien celle qui frappe la cellule hépatique que celle qui désagrège la libre musculaire, les épithéliums rénaux ou surrénaux, représente une transformation chimique, une métamorphose organopathique des matières albuminoïdes constituant le protoplasma.
Dans ce dernier cas, les fines granulations graisseuses infiltrant la cellule encore vivante s'accumulent autour du noyau, qui demeure invisible à moins d'une technique appropriée (hématoxyline, vésuvine).
D'autres fois, les modifications intimes du protoplasma se traduisent par la formation de cavités, ou vacuoles, qui s'y creusent en nombre variable et semblent remplies d'une substance séro-albumineuse, incolore. Cet état vacuolaire, qui indique une souffrance réelle, n'appartient pas seulement
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aux éléments connectifs, en particulier aux grosses cellules blanches macrophages diapédésées, on l'observe également dans la plupart des épithéliums, aussi bien de revêtement que glandulaires. Suivant les cas, ces vacuoles demeurent ainsi, ou bien logent dans leur intérieur des corps étrangers inanimés ou vivants : microbes pathogènes, susceptibles d'être ingérés par les cellules, cellules blanches, vivantes ou mortes, bien reconnaissables. Souvent, les vacuoles en question sont, au contraire, vides, uniquement occupées par une sérosité banale. Dans ce dernier cas, l'état vacuolaire semble correspondre à une désorganisation dystrophique : c'est la preuve d'une vitalité amoindrie, corroborée d'ailleurs par d'autres lésions concomitantes, telles que l'état vésiculeux du noyau, la désintégration fibrillaire des cylindres primitifs de la cellule musculaire, l'atrophie granuleuse du protôplasma, etc.
5° Troubles de sécrétion. — Au point de vue anatomo-pathologique pur, les preuves matérielles des perturbations sécrétoires dues aux lésions inflammatoires sont nombreuses, mais n'ont pas toutes la même valeur. 11 faut tenir compte, en clfet, de la gêne mécanique occasionnée dans la vie fonctionnelle des éléments situés en amont d'un obstacle phlogogénique. Lorsqu'on trouve, sur une coupe du foie, un nombre plus ou moins considérable de cellules hépatiques remplies de granulations pigmentaires biliaires, d'une part, et de l'autre les canaux biliaires extra lobulaires farcis de cellules épithéliales desquamées, et engainés par d'énormes quantités de leucocytes chargés ou non de microbes pathogènes, le problème est simple : l'ictère par rétention intra-lobulaire se rattache alors à une stase mécanique de la bile sécrétée, mais retenue dans l'intimité des cellules hépatiques. Il n'en est plus de même lorsque les cellules du foie apparaissent gorgées de pigment ocre, alors que les voies biliaires sont manifestement normales. Ici, les troubles de la fonction sécrétoire sont beaucoup plus intimes, la gêne mécanique n'ayant eu aucunement à intervenir (cirrhoses pigmentaircs).
L'inflammatixm détermine des hypersécrétions souvent encore appréciables à l'autopsie. Les épithéliums muqueux irrités sécrètent en abondance la mucine. Sur une coupe de la trachée, par exemple, on peut apercevoir, sortant à flots d'une grosse glande muqueuse, un bloc énorme de mucine adhérant au goulot glandulaire et s'enfonçant profondément dans l'intérieur des acini dilatés et desquamés. De même, sur le trajet du tractus intestinal, toute lésion inflammatoire aiguë, même circonscrite, sollicite autour d'elle non seulement une hypertrophie plus ou moins considérable des glandes de Lieberkùhn, mais encore une hypersécrétion muqueuse de la totalité des épithéliums cylindriques glandulaires.
Le phénomène se révèle identique, au moins quant à ses effets, au sein de tout foyer inflammatoire du tissu conjonctivo-vasculaire. Les hyperplasies élémentaires et les néoformations de vaisseaux, dont la vitalité formera le tissu de bourgeons charnus, s'accompagnent d'une production
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exagérée demucine interstitielle. En même temps, a lieu un apport anormal de matière glycogène au sein du tissu de granulation.
4° Fonctions de reproduction. — L'inflammation exagère au maximum les fonctions de reproduction des éléments irrités. Les cellules qui se sont tuméfiées sous la poussée phlogogénique entrent en prolifération. C'est dire que les noyaux subissent les stades de la multiplication nucléaire, tantôt directe, tantôt indirecte, selon le molimen histo génétique attribué à chaque variété de cellule.
A ce point de vue, remarquons que les hyperplasies cellulaires inflammatoires pourront revêtir l'un des deux types suivants : 1° coordination, élaborant de nouvelles couches, pour ainsi dire normales quant à leurs dispositions architectoniques ; 2° désordination, bouleversant les rapports réciproques, le volume, la forme même des parties envahies. Les allongements hypertrophiques des glandes de la muqueuse utérine dans les métrites, les hypertrophies des glandes de Liebcrkuhn au voisinage des ulcérations dysentériques, sont des exemples du premier groupe. Les néomembranes inflammatoires exsudatives développées à la surface de la plèvre, du péricarde ou du péritoine, au cours de l'inflammation aiguë des séreuses, donnent une idée des hyperplasies désordonnées.
Dans Tune et dans l'autre des deux variétés, chaque élément, considéré en lui-même, est susceptible de devenir le centre d'une hyperplasie totale et complète, ou, au contraire, déviée ou incomplète. De ces deux modes d'hyperplasie, le premier, celui qui fait proliférer en masse l'élément cellulaire et sa descendance, est le plus commun, le plus banal : par lui, le tissu conjonctif enflammé végète de la manière exubérante qu'on sait, comble les cavités d'abcès, remplit les plaies suppurantes, etc. L'autre a quelque chose de plus discret, correspond à des procédés inflammatoires moins francs, je dirais plus spécifiques, si ce terme avait quelque valeur au point de vue purement cellulaire, et s'il n'était pas désormais entendu que la spécificité n'appartient qu'aux causes, non aux lésions. Toutes les variétés de cellules géantes vraies, c'est-à-dire formées aux dépens d'une seule cellule, soit connective, soit épithéliale, irritée, polynucléée mais non divisée, appartiennent à ce groupe des hyperplasies incomplètes (fig. 30) ; peut-être seraient-elles mieux dénommées déviations formatées inflammatoires. La présence, fort temporaire, dans le torrent circulatoire d'un nombre considérable de globules rouges nucléés (hématies à noyaux simples ou bourgeonnants), au cours de diverses infections expérimentales ou spontanées, est un phénomène du même ordre.
Ceci dit, esquissons les caractères généraux des hyperplasies nucléaires. La multiplication directe des noyaux, le premier des procédés de multiplication étudiés par les histologistes, n'appartient plus guère aujourd'hui qu'à quelques cellules blanches. Tous les autres éléments tant soit peu différenciés peuvent montrer, sur les coupes bien préparées de tissus recueillis à temps, les différents stades de la division indirpete de leur noyau.
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Seuls, peut-être, les lymphocytes, les globules blancs éosinophiles et les leucocytes polynucléaires possèdent encore le pouvoir de la division directe. Tous les autres éléments conjonctifs offriront, dans certaines conditions favorables, les différents stades de la karyokinèse, preuve de la tendance de l'organisme à la réparation des désordres produits par les nécroses cellulaires voisines, signe d'un effort vers la régénération des tissus.
Souvent, l'histologie démontre alors l'exubérance du travail, les procédés de réparation ayant dépassé les limites normalement imposées au
Fi g1. 30. — Endocardite légère, exsudative ; la couche pseudo-membraneuse contient quelques cellules endothéliales tuméfiées. Les régions sous-jacentes conjonctivo-élastiques montrent quelques-unes de leurs cellules fixes devenues énormes, véritables cellules géantes poly-nucléées. L'inflammation respecte les couches profondes de la séreuse. — Grossissement : 150/1.
tissu ou à l'organe enflammé. Là commence, effectivement, un état nouveau des lésions hypertrophiques. L'œil constate une sorte de pléthore néo-cellulaire, qui est comme la signature anatomique de l'énergie vitale et de la réparabilité organique, dont les hyperplasies cellulaires sont le procédé le plus directement accessible à nos moyens d'investigation.
Par ordre de fréquence, ce sont les éléments de la série conjonctive qui subissent le mieux cette végétation intensive, où le microscope laisse constater que le but a été largement dépassé. Dans la zone enflammée, les éléments fixes se multiplient en masses innombrables; ils créent, au milieu des espaces plasmatiques élargis, de riches colonies de cellules tuméfiées: éléments épithélioïdes, jeunes fîbroblastes munis de prolongements destinés à assurer la formation de la gangue interstitielle, etc.
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Pendant ce temps, les endothéliums vascul aires poussent, dans tous les sens, leurs pointes protoplasmiques. Celles-ci vont à la rencontre d'autres prolongements identiques, pleins ou creux, ce qui assure, pour un temps variable, l'irrigation sanguine, néo-vasculaire, du foyer inflammatoire. 11 semble même que ces vaisseaux capillaires en travail de néo-genèse rencontrent, s'ils ne les créent, des cellules vaso-formatives destinées à organiser les couches eonnectives, les anciennes aussi bien que les néo-formées.
Un travail hypertrophique aussi énorme s'accompagne d'un apport extraordinaire de globules blancs en grande majorité polynucléaires, prolifères aux dépens de la moelle des os. On les découvre logés un peu partout, non seulement autour des vaisseaux, mais encore dans les cavités les plus reculées, dans les interstices épithéliaux, voire dans l'intérieur des protoplasmas cellulaires. Les déchets de la vie rapide à laquelle sont destinées les parties se retrouvent, tantôt sous forme de fragments nucléaires ou protoplasmiques flottant au milieu des sucs épanchés, tantôt à l'état de i nassrs incluses à l'intérieur des divers éléments conneetifs doués du pouvoir phagocytaire, endothéliums vasculaires, cellules fixes, leucocytes mononucléaires (macrophages et microphages).
Les épithéliums prolifèrent aussi, dans des proportions variables, pour peu que la cause inflammatoire n'ait pas été trop profondément destructive. A la surface de la peau* les épithéliums malpighiens, excités par les désordres du derme sous-jacent, se multiplient avec une rapidité extrême, qui n'est pas toujours en rapport avec la valeur phlogogénique de la cause irritante, les végétations papillaires de la peau le démontrent. Les cellules graisseuses des glandes sébacées suivent la même évolution.
Au niveau des canaux glandulaires, les épithéliums de recouvrement prolifèrent quelquefois au point d'oblitérer plus ou moins complètement la lumière du canal. L'angiocholite des canaux périlobulaires en est un exemple typique; les proliférations épithéliales, outre la desquamation des éléments hyperplasiés, sont susceptibles d'y occasionner un ictère par rétention, tant l'obstacle peut être absolu. L'intoxication cantharidienne du rein ne parvient-elle pas, elle aussi, à déterminer une inflammation catarrhale des canaux collecteurs de la pyramide de Malpighi, avec obstruction plus ou moins complète?
Certaines variétés d'inflammation diffuse du foie, causées par le paludisme, peut-être aussi par l'alcoolisme et la tuberculose, s'accompagnent de proliférations épithéliales circonscrites, nodulaires, hyperplasiques, dans lesquelles la multiplication des cellules du foie peut devenir excessive. Petites ou grosses, contenant un ou plusieurs noyaux, les cellules hépatiques sont le plus ordinairement déformées, désordonnées, pigmentaires ou graisseuses. Point capital, jamais elles ne pénètrent hors des limites assignées à la trabécule hépatique dans l'agencement embryogénique de la matière constitutive de l'organe. C'est dire que les canaux biliaires, d'une part, de l'autre les capillaires sanguins et la veine centrale du lobule, ne donnent jamais accès dans leurs cavités à aucun des épi-
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théliums néo-formés. Ce caractère constitue l'élément fondamental du diagnostic entre les hyperplasies inflammatoires du foie, même les plus tumultueuses, et ses transformations tumorales adénomateuses ; ces dernières, en effet, pourront toujours, à un moment quelconque de leur évolution, envahir avec la plus grande facilité les cavités vasculaires sanguines, portes et même sus-hépatiques, qui les côtoient.
Nécroses élémentaires. — Bien différents sont les caractères anatomopathologiques assignés aux éléments cellulaires lorsqu'ils ont été frappés de mort au sein des tissus vivants.
A bien considérer l'ensemble des processus inflammatoires, les morts élémentaires composent la base même des manifestations histo-chimiques du choc inflammatoire. Les cellules mortes se présentent sous différents aspects microscopiques, souvent fort dissemblables. Tantôt, la destruction de l'élément sera produite d'une manière si aiguë qu'elle en aura respecté la forme, les rapports, jusqu'à la plupart des caractères apparents de structure ; mais le noyau de la cellule aura disparu et les réactions histochimiques du protoplasma et de la substance nucléaire seront changées : telle est la nécrose sidérante.
Tantôt , la mort de l'élément a été plus compliquée ; le protoplasma et le noyau ont dû passer par une série d'altérations chimiques successives, de désintégrations moléculaires telles, que les caractères extérieurs et la structure générale de l'organe se sont modifiés de fond en comble : telles sont les dégénérescences élémentaires, dont les rapports avec les processus phlogogéniques paraissent cependant discutables à certains auteurs.
La nécrose aiguë totale d'un élément n'a pas toujours le même aspect. Les éléments connectifs perdent souvent leurs rapports et se fondent en masses amorphes, coagulées, dont l'ensemble contribue à former la fibrine. La production de la fibrine, partout où elle a lieu, est un problème complexe qui n'est pas encore aujourd'hui totalement élucidé. La participation des éléments connectifs peu différenciés paraît établie; leur transformation fibrineuse fait partie des nécroses de coagulation, comme nous le verrons plus loin, à propos des exsudais inflammatoires.
Cependant, quand on examine les épithéliums frappés de mort au milieu des différents processus inflammatoires, on constate qu'eux aussi sont susceptibles de subir une sorte de transformation fibrinoïde, très comparable, sinon identique, à celle qui produit la fibrine dans l'intimité des tissus organiques et à la surface des membranes séreuses. Les cellules profondes du corps muqueux de Malpighi, nécrosées en masse au centre d'une papule variolique, rappellent, toutes choses égales d'ailleurs, les blocs cellulaires momifiés au milieu des canaux glandulaires de la muqueuse de l'estomac, dans l'empoisonnement par l'acide chlorhydrique. De même, les cellules musculaires du cœur et les faisceaux striés des muscles de l'abdomen nécrosés, d'une manière aiguë, au cours des maladies infectieuses et surtout de la fièvre typhoïde, ressemblent, d'une manière
LÉSIONS INFLAMMATOIRES AIGUËS
presque identique, aux coagulations aiguës expérimentales obtenues, sur un animal vivant, par l'injection intra-musculaire de nitrate d'argent, de térébenthine ou de mercure métallique.
Sans doute, des différences, portant sur quelque détail obtenu par les réactions colorantes ou par les jeux de la lumière transmise au microscope, seront signalées à propos de tel ou tel élément mortifié. Ainsi, la dégénérescence vitreuse des cellules myocardiques (Zenker, lïaycm), avec ses cassures brillantes, avec ses blocs translucides, jaunâtres par le picrocarmin, diffère de la nécrose aiguë des épithélïums striés des tubes contournés décrite dans les maladies infectieuses, en particulier dans la diphtérie, et les larges nappes de mortifications élémentaires et interstitiel les formant, dans l'intestin grêle typhoïdique, la plaque dure aux dépens du tissu réticulé, ne leur ressemblent guère. Or, ces diverses lésions, dissemblables en apparence, sont identiques au fond : la note dominante, pathognomoriique pourrait-on dire, de leurs désordres élémentaires est la fixation, la momification suraiguë des protoplasmas cellulaires.
La caractéristique histologique de ces nécroses aiguës totales est la transformation du protoplasma, qui se métamorphose en un bloc sec, cassant, analogue à la fibrine du caillot sanguin. Mourant, ou mort, l'élément se coagule, à la façon de la matière fibrinogèné exsudée à la surface d'une séreuse; mais, tout en perdant son noyau, il conserve sa forme générale. S'il n'en acquiert la composition chimique, au moins prend-il l'apparence de la matière fibrineuse. Telle est la nécrose coagulante, de Weigert, mieux dénommée nécrose fibrinoïde, puisque le mot de nécrose de coagulation a paru prêter à confusion.
Dans leur ensemble, les autres mortifications aiguës atteignant les éléments cellulaires déterminent des transformations régressives du protoplasma : la matière vivante subit alors des désorganisations moléculaires méritant plus ou moins justement le nom de dégénérescences ou ^atrophies. Qu'un embolus fibrineux vienne, par exemple, oblitérer le rameau terminal d'une artériole rénale, une branche importante de l'artère coronaire, ou de la syl vienne, l'ischémie soudaine qui en résulte frappe de mort aiguë la plupart des éléments cellulaires compris dans la zone irriguée par ledit vaisseau en souffrance. Voués à la mort rapide, les protoplasmas élémentaires subiront dès lors, sur place, une atrophie granulo-graisseuse aisément décelable par les vapeurs d'osmium. L'effondrement ultérieur des éléments désorganisés et leur pulvérulence terminale ne seront plus qu'affaire de temps. A la périphérie de l'infarctus, les globules blancs migrateurs viendront chercher les particules mortifiées et la graisse, les emporteront et, finalement, détergeront peu à peu le foyer nécrobiotique. Les coupes microscopiques du rein, du cerveau ou du cœur permettent de suivre, pas à pas, le mécanisme des lésions effectuées, puis leur organisation cicatricielle .
Les maladies infectieuses, aussi bien que les intoxications aiguës, parviennent à produire dans l'intimité de différents organes une dégéné-
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rcsccncc graisseuse aiguë de tels ou tels cléments, aussi évidente et non moins définitive que celle consécutive à l'ischémie par infarctus embo- Hque ou thrombosique. Les épithéliums du rein, du foie, du poumon, les cellules musculaires du cœur, enfin l'ensemble des leucocytes, plus particulièrement peut-être les lymphocytes et les leucocytes mononucléaires, payent leur tribut à la dégénérescence graisseuse loxi-infectieuse. Le pus représente l'expression la plus complète des altérations colliquatives élémentaires causées par une infection aiguë : la dégénérescence graisseuse des éléments cellulaires s'y combine avec les atrophies granuleuses et granulo-pigmentaires, avec la pulvérisation et la dégénérescence muqueuse de la presque totalité des substances englobées dans le foyer pyogénique.
L'atrophie granuleuse aiguë la plus extrême peut se rencontrer tellenienl étendue dans certains organes, qu'elle devient la cause des accidents mortels : ainsi, au niveau du foie, l'histologie démontrera parfois la mort suraiguë, généralisée, de l'ensemble des cellules hépatiques composant non pas tant quelques lobules, mais même la totalité de l'organe glandulaire. Telle est l'atrophie jaune aiguë du foie : toutes les trabécules hépatiques, disloquées, sont réduites en poussières d'un jaune d'or, comme si quelque poison aigu, dissolvant, était venu corroder et dessécher la totalité des protoplasmas cellulaires. Le contraste est d'autant plus frappant que les canalicules biliaires périlobulaires auront pu, dans certaines observations, conserver leur intégrité anatomique.
La dernière expression, la lésion résiduale par excellence des mortifications élémentaires, est la pulvérulence, l'effritement par parcelles fragmentaires des substances protoplasmiques et nucléaires : on l'observe dans l'intérieur des infarctus, des foyers suppuratifs et des îlots gangreneux : la mort a frappé, pourrait-on dire, ici, d'une manière traumatique, les éléments normaux ou déjà pathologiques, et elle en a opéré la disjonction et la pulvérisation pigmentaire. On arrive ainsi à la diffluence colliquative, dans laquelle interviennent, pour une part variable, les épanchements de sérosité puriforme, de lymphe sanieuse, et même les hémorragies.