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ET NERVEUX

Les tissus nerveux et musculaire strié méritent une place tout à fait à part dans l'histoire des néoplasies. Leurs éléments hautement différenciés ne semblent pas capables de la prolifération néoplasique et s'il faut faire quelques réserves sur la question de savoir si, comme l'admet Bard, leurs tumeurs ne seraient pas tellement atypiques qu'on les ait jusqu'à présent confondues avec les sarcomes ou les carcinomes; du moins, dans l'état actuel de nos connaissances, toutes les tumeurs dans lesquelles on a pu reconnaître nettement des éléments nerveux, ou des éléments musculaires striés, étaient des tumeurs d'origine embryonnaire, liées à un vice du développement, à une inclusion fœtale, à une prolifération ovulaire, tous processus différents du processus néoplasique.

Pour les tumeurs à libres striées, les rhabdomyomes , on doit remarquer que contrairement à ce que nous avons vu pour toutes les tumeurs, ce n'est pas dans les tissus musculaires qu'elles prennent leur origine (le

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cœur seul fait exception à la règle) (*.), mais au contraire dans des organes qui comme le rein et l'appareil génito-urinaire ne possèdent aucune fibre striée dans leur structure normale. Ainsi sur 65 cas réunis par Wolfensberger (2), 38 siégeaient dans l'appareil génito-urinaire, 7 au cou, et 4 à l'orbite. Ce sont des régions où le développement embryonnaire est particulièrement compliqué et cela rend vraisemblable leur origine par malformation, opinion également admise par Ribbert (5). D'ailleurs ces formations font habituellement partie de néoplasies à tissus complexes où I on trouve, outre les fibres musculaires, du cartilage, des épithéliums, etc.

Quant aux néoplasies musculaires atypiques, de forme sarcomateuse, nous avons précédemment exposé ce que nous en pensions.

Néoplasies du tissu nerveux. — Dans le tissu nerveux nous avons à distinguer les éléments cellulaires des centres et des nerfs. Ces derniers ne renferment comme élément nerveux que les cylindraxes, prolongements périphériques des neurones, dont la prolifération néoplasique est évidemment impossible puisqu'ils ne constituent qu'une portion de cellule. Aussi toutes les tumeurs des nerfs sont-elles dues à l'hypcrplasie ou à la prolifération néoplasique des enveloppes conjonctives et doiventelles être rangées, selon le cas, dans les fibromes, les myxomes, les sarcomes.

Des éléments cellulaires des centres, les uns sont les cellules nerveuses, et les autres les cellules de la névrogiie. L'existence de»néoplasies constituées par les premières est aussi douteuse que pour les cellules musculaires striées. 11 s'agit là encore d'éléments vraisemblablement trop hautement différenciés, pour être capables de prolifération néoplasique, ou du moins, dans toutes les tumeurs où leur présence a pu être constatée, l'origine congénitale par malformation embryonnaire semble évidente, ce qui nous paraît le cas notamment des observations deHayem (*), deLesage et Le grand (5), etc.

Mais les éléments névrogliques sont capables de former des tumeurs. Ces tumeurs ont été décrites par Vircbow sous le nom de gliomes et sont habituellement rangées parmi les sarcomes, bien que l'origine ectoderî nique de la névrogiie ne permette pas de classer ses déviations néoplasiques à côté des néoplasies conjonctives.

Les gliomes se développent dans les centres nerveux, ils forment des tumeurs grisâtres, demi-transparentes, assez semblables comme couleur à la substance grise, à peine plus consistantes que la matière cérébrale et qui se continuent directement avec le tissu nerveux avoisinant, sans autre limite que le changement de coloration. L'élément particulier, spécial de ces tumeurs, est la cellule névroglique (fig. 72), identique aux grandes

(*) Pueder, Ueber eine seltcnc Gesclnvulstbildung des Hcrzons Jahresb des Hamburgei SladtkranJienhauses, 1890.

(2) Wolfensberger, Zicgler's Bcitriige, XIV (s) Ribbert, Virchow's Arch., CXXX.

(4) Hayem, Soc. de biol., 1886.

(3) Lesage et Legrand, Arch. de phys., 1888.

TYPES ANATOMIQUES DES TUMEURS

cellules araignées décrites par Ranvier, Renaut (!) et formée d'un corps cellulaire peu volumineux, avec un gros noyau rond, et pourvue de prolongements multiples et ramifiés, formant entre les corps cellulaires un feutrage dense, fortement imbibé de substance intercellulairc semi-liquide, d'où l'apparence grisâtre et translucide du néoplasme dans les formes pures. N'y a-t-il que les cellules névrogliques qui entrent dans la constitution du gliome; les cellules nerveuses en prolifération néoplasique ne pourraient-elles prendre cette apparence, et se confondre avec leurs

Fig. 72. — Gliome cérébral. — Cellules névrogliques à prolongements multiples, isolées par dissociation dans la glycérine à l'éosine hématoxylique. (Grossissement 500/1.)

proches parentes les cellules de la névroglie? C'est là un point difficile à trancher à priori, mais cette opinion est rendue difficilement acceptable par le peu de tendance proliférative que nous connaissons aux cellules nerveuses non seulement à l'état normal, mais même irritées pathologiquement.

Les gliomes (2) des centres nerveux, malgré la gravité de leur évolution clinique, sont, entant que tumeurs, des tumeurs bénignes, sans tendance à la généralisation. Il est du reste assez difficile parmi ces formations de faire un départ exact entre les néoplasies et les hyperplasies du tissu névroglique telles qu'elles se rencontrent dans les syringomyélies par exemple. Pour ces dernières, Raymond (5), distingue un gliome cellulaire qu'il compare au sarcome, et qui serait la forme néoplasique, et un gliome fibrillaire, analogue au fibrome.

On décrit dans la rétine des néoplasies également appelées gliomes et

(1) Renaut, Note sur le gliome neuro-formatif et l'équivalence nerveuse de la névroglie. Comptes rendus, 1882. Gaz. méd., 1884.

(2) Marcel Labbé, Deux cas de gliome cérébral. Soc. anat., 1896. (5) Raymond, Arch. de NeuroL, 1893.

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qui présentent souvent, au contraire, une évolution extensive soit localement, soit par métastases. Un grand nombre d'auteurs les rangent dans les sarcomes.

IV. — TUMEURS A TISSUS COMPLEXES — TUMEURS PARASITAIRES ET TUMEURS EMRRYOMA1RES

Si l'on peut, en tenant compte de l'élément principalement intéressé dans la prolifération néoplasique, et attribuant leur importance respective à chacune de leurs parties constituantes (parenchyme et stroma), classer la plupart des tumeurs suivant les types que nous avons décrits, il en est néanmoins pour lesquelles il parait au premier abord difficile de faire de semblables distinctions, parce que les éléments divers qui les constituent semblent également intéressés au processus et également importants dans la constitution de la tumeur.

De ces faits, les uns ne méritent pas toutefois une place à part dans la classification. Ce sont notamment des néoplasies de la série conjonctive où des tissus de môme variété anatomique se présentent à des degrés divers d'altération, les uns en hyperplasie, les autres à l'état néoplasique typique ou atypique, comme il arrive dans les diverses combinaisons de sarcomes avec l'une quelconque des hyperplasies de tissu qui représentent le degré initial de cette sorte de néoplasie.

D'autres fois, des dégénérescences diverses des éléments du stroma se combinent en lésions complexes avec une néoplasie d'un type déterminé, comme il arrive dans les cylindromes.

D'autres fois encore, il y a réellement combinaison fortuite des proliférations néoplasiques de deux ou plusieurs variétés cellulaires, de sarcome et de cancer épithélial, de leucocythémie et d'épithéliome, etc. Ce sont des faits exceptionnels, des coïncidences de hasard et non des formes morbides.

Où ces tumeurs prennent une physionomie spéciale et méritent une place à part dans la classification, c'est lorsqu'il y a réellement combinaison de plusieurs tissus différents en prolifération. La tumeur est alors formée d'éléments multiples qui n'appartiennent pas à la structure normale de la région où on les rencontre et dont la présence ne peut s'expliquer que par un mécanisme particulier, différent du processus néoplasique qui, lui, n'invente aucun tissu nouveau, mais représente seulement une évolution anormale des éléments anciens. Ce ne sont pas, en effet, des néoplasies vraies, mais toujours des malformations ou des anomalies du développement embryonnaire.

A cette catégorie appartiennent des tumeurs à tissus complexes de toutes les régions du corps, mais plus particulièrement de la face et du cou, de la région sacro-coccygienne, des régions rénales et périrénales,

TYPES ANATOMIQUES DES TUMEURS

des ovaires et des testicules. Ce sont des tumeurs souvent kystiques et dont les types principaux sont : les kystes dermoïdes dont la forme la plus simple, précédemment décrite, peut s'accompagner de tissus divers, osseux, musculaire, nerveux, cartilagineux, etc.; les kystes mucoïdes souvent associés aux précédents (tumeurs mixtes); des tumeurs kystiques et des tumeurs solides où l'on peut retrouver tons les tissus de l'organisme diversement agencés, des fragments d'organes reconnaissantes et même, comme dans le cas si instructif de Répin, presque l'apparence d'un embryon monstrueusement conformé.

Ces tumeurs à tissus complexes relèvent, les unes d'hétérotopies embryonnaires, d'enclavements, de persistance d'organes temporaires, en somme, de la croissance hors de leur siège normal de cellules de l'organisme déplacées au cours du développement embryonnaire.

Elles proviennent aussi de l'inclusion dans l'organisme d'un germe complet, d'un embryon jumeau et représentent ainsi de véritables greffes parasitaires.

Enfin, et cela s'applique seulement aux tumeurs de l'ovaire et du testicule, elles sont le résultat du développement parthéno génétique des cellules ovulaires. Ce ne sont donc pas, en somme, de véritables tumeurs, ot nous ne faisons qu'en mentionner l'existence, leur histoire et leur pathogénie ayant été précédemment exposées dans un autre chapitre de ce traité ('). Nous rappellerons seulement que nous avons cité des exemples de proliférations néoplasiques vraies formées à leurs dépens.

A côté des tumeurs parasitaires et de leurs déviations néoplasiques, il convient de citer la môle hy datif or me et les déciduomes qui se développent dans l'utérus après l'accouchement et qui représentent de véritables greffes placentaires, par conséquent parasitaires. La môle est une dégénérescence myxoniateuse du mésoderme fœtal; le déciduome provient de l'élément épithélial du placenta, de l'ectoderme fœtal et se comporte comme un véritable cancer (Durante) (2).

(*) M. Du val, Pathogénie de l'embryon, t. I.

(-) Bellin (Narcisse), Contribution à l'étude des rapports de la môle hydatiformc et du déciduome malin. Thèse de Paris, 1896. — Durante, Revue tnéd. de la Suisse rom., 1896. — Segall, Thèse de Paris, 1897

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