ANÉMIES GÉNÉRALES
pouvant porter sur les éléments figurés ou solubles, on se trouve en présence de processus multiples, fréquents. On peut voir intervenir des causes nombreuses, variées, agissant par déperdition, par privation, par hémorragies, par sudations excessives, par éliminations glandulaires, urinaire, salivaire, sudorale, biliaire, pulmonaire ou autres ; on peut constater l'entrée en jeu de facteurs relevant du défaut d'aliments solides, liquides, gazeux, du manque d'air, des processus toxiques, infectieux, des vices nutritifs, de l'insuffisance de l'influx nerveux, etc. : c'est qu'en effet une foule d'éléments sont capables de faire osciller la composition du contenu vasculaire.
Au cours des diverses affections les hématies, en déficit au point de vue de la quantité ou de la qualité, offrent des anomalies concernant leur viscosité, leurs formes, leur richesse en fer, en hémoglobine, en oxygène, etc. ; les leucocytes sont granuleux, vacuolaires, dégénérés, dépourvus d'énergie motrice, etc.; les hématoblastes sont peu abondants. D'autre part, la teneur du sérum en matières minérales, en substances organiques, en albumine, laisse à désirer.
Toutes ces modifications correspondent à des anémies qui prennent des noms divers, tels que chlorose, anémie par empoisonnement, anémie oxycarbonée, anémie des infections, anémie paludéenne. On oppose quelquefois, souvent à tort, ces anémies générales, tolius sanguinis, à la pléthore considérée comme un état caractérisé par une masse sanguine supérieure à la normale ; assurément cette pléthore indique que l'arbre circulatoire est a son maximum de contenance : reste à savoir s'il n'y a pas excès d'eau, si la qualité vaut la quantité, si cette pléthore n'est pas purement aqueuse.
Quoi qu'il en soit, ces anémies générales interviennent peut-être plus souvent dans les troubles de l'économie que la congestion de l'ensemble de l'organisme. En revanche, les anémies locales, régionales, viscérales jouent un rôle infiniment plus effacé que les hyperémies, que les afflux sanguins; c'est à peine si, à propos de la pathologie nerveuse, les Traités réservent un chapitre consacré aux désordres qui sont les conséquences d'une circulation insuffisante dans le cerveau ou dans la moelle.
Assurément, il est possible de concevoir telle condition capable de faire obstacle à l'arrivée du sang dans un organe, par exemple, dans le rein, dans la rate; mais ces conceptions sont, en partie, plutôt théoriques. Une embolie assez volumineuse pour obstruer une branche du tronc coeliaque, en dehors des corps étrangers faisant par aventure irruption dans les vaisseaux, ne peut venir que du cœur gauche ou des parois de l'aorte. Or, il est exceptionnel que des végétations endocardiques, que des plaques athéromateuses atteignent des dimensions assez considérables; tout au plus voit-on des oblitérations de la tibiale, de la pédieuse, etc., reconnaître cette origine.
Ce que l'on rencontre dans ce domaine artériel, ce sont des infarctus, c'est-à-dire des zones plus ou moins étendues, privées de toute circulation, à la suite d'une thrombose ou plus fréquemment de la formation d'un embolus.
EMBOLIES. — INFARCTUS. —
ROLE DU NÉVRAXE.
Les éléments destinés à jouer le rôle d'obstructeurs naissent à l'intérieur ou à l'extérieur des canaux sanguins; tantôt ils sont autogènes, endogènes à la manière des fragments fibrineux, calcaires, fibreux, cancéreux ou plus rarement graisseux, tantôt ils se montrent exogènes à la façon des parasites, des bactéries, des bulles gazeuses, des vésicules adipeuses ; ces vésicules se rencontrent, du reste, également dans l'un et l'autre de ces groupes, tout comme les cellules, les végétations néoplasiques dont Tanara vient de dépister toutes les étapes, tout comme les infiniment petits.
Qu'ils soient vivants ou inanimés, actifs ou mécaniques, septiques ou dépourvus de toute malignité, ces mêmes éléments se retrouvent et dans la grande et dans la petite circulation, dans le cœur, dans le poumon, dans les artères, dans les veines. Insuffisants dans une foule de circonstances pour obstruer la lumière totale, ils servent en quelque sorte de centres de précipitation, de points d'appel pour les globules, les leucocytes, les filaments fibrineux; grâce à ces auxiliaires, ils parviennent à s'opposer complètement au passage du sang.
11 n'est pas inouï, quand on analyse ces phénomènes, de découvrir d'autres interventions, en particulier celle des vaso-moteurs. — Expérimentalement on obtient assez aisément la formation d'infarctus dans le tissu rénal, en introduisant des bactéries, en particulier des bacilles pyocyaniques, dans la veine marginale de l'oreille. Or, fait nettement établi, quand ces infarctus existent à droite, ils existent également à gauche; il est rare de les rencontrer unilatéralement.
Chez tous les animaux qui ont reçu des microbes dans la circulation générale, les capillaires viscéraux, ceux des reins plus spécialement, renferment des parasites; comment se fait-il que tantôt ces capillaires se montrent libres, tandis que tantôt ils apparaissent obstrués? Ces différences, pour une part, tiennent à ce que parfois les toxines paralysent les centres vaso-dilatateurs; dès lors, les vaisseaux se rétrécissent; dès lors, le calibre diminuant, l'oblitération devient plus facile, attendu que, pour un orifice donné, les difficultés de fermeture sont en partie proportionnelles au diamètre de cette fermeture.
L'influence constrictive partant des centres, on conçoit sans peine pourquoi ces lésions, ces anémies locales, ces zones dépourvues d'irrigation, s'observent des deux côtés. Aussi, en soutenant que la symétrie dans les foyers, dans les désordres anatomiques, indique une intervention nerveuse, la clinique, ici, n'est pas au fond mise en défaut; le primum movens, à coup sûr, est un microbe, un processus infectieux, une sécrétion bactérienne; mais, en définitive, ce microbe, ce processus, cette sécrétion n'aboutissent à ces oblitérations qu'en s'adressant au névraxe.
11 serait facile de poursuivre cette démonstration, de mettre en évidence le rôle de ce névraxe dans la distribution des manifestations infectieuses; l'absence aussi bien que la réalisation de cette symétrie fournissent des arguments. Chez les hémiplégiques, par exemple, le vaccin n'évolue pas
[A. CHARRIN ]