DIAGNOSTIC DES INFECTIONS A PROTEUS VULGARIS
Quoi qu'il en soit de cette dernière opinion, on admet, depuis le travail de Béco, que le proteus vulgaris pullule dans l'intestin des cadavres, et tend, quelques jours après la mort, à remplacer le bacterium coli. Ce microbe est susceptible comme le colibacille d'envahir les viscères pendant la période agonique et cadavérique.
Ces faits rendent singulièrement difficile l'appréciation de la part qu'on doit attribuer au microbe dans la maladie, lorsqu'on le constate dans les selles pendant la vie ; clans la circulation générale ou dans les viscères après la mort. Le rôle pathogène du microbe ne peut être démontré que par la constatation du microbe par l'examen direct, et par l'existence de propriétés agglutinantes développées dans le sérum, vis-cà-vis du microbe (Lannelongue et Achard)(1).
L'aspect du microbe n'a rien de bien caractéristique ; c'est une bactérie polymorphe, quelquefois filamenteuse. Elle se distingue facilement cependant du colibacille par ses dimensions, en général plus considérables, et surtout, phénomène capital, par la réaction de Gram. Le proteus en effet, contrairement au colibacille, reste coloré par la méthode de Gram. Cette proposition n'est vraie que si l'on ajoute : à condition de ne pas pousser trop loin la décoloration par l'alcool et, dit Felz, d'examiner des bacilles provenant de cultures jeunes. Le bacille se distinguera d'ailleurs toujours du colibacille; si, au lieu de faire la réaction de Gram, on emploie la méthode de Claudius, il ne se décolorera pas.
Pour l'isoler des matières fécales, on peut faire des ensemencements d'une trace de matière fécale diluée, sur gélose ou mieux, comme le conseille Feltz, sur le milieu suivant :
Gélose 1 gramme.
Peptone 5 grammes.
Lactose 3 —
Eau distillée 100 —
auquel on ajoute une solution concentrée de tournesol, jusqu'à ce que le milieu soit bleu.
Comme le proteus ne fait pas fermenter le lactose, il donnera des colonies, de couleur bleue, tandis que partout où le coli se trouvera, par suite de l'action fermentative qu'il possède, le milieu virera au rouge.
Le microbe isolé, il faut vérifier ses autres caractères dont les principaux sont les suivants : il liquéfie la gélatine et donne lieu à la production d'indol.
Ensemencé sur gélatine, le proteus liquéfie rapidement celle-ci, les cultures sur plaques surtout sont caractéristiques : il se présente sous l'aspect de colonies liquéfiantes, dont la périphérie est terminée par un bord saillant, en escalier; autour de ce bord on voit des prolongements en languettes qui envahissent la gélatine.
Le proteus comme le colibacille donne des cultures chromogènes sur
(*) Lannelongue et Achard, Acad. des sciences, 5 oct. 1896.
[F. WIDAL et F. BEZANÇON ]
DIAGNOSTIC DES MALADIES INFECTIEUSES
pomme de terre. Dans les vieilles cultures et surtout dans les cultures en eau peptonée, il donne lieu à la formation d'indol qui se traduit par une belle réaction rouge, à la suite de l'adjonction d'acide sulfurique, sans addition de nitrite. Il se distinguera d'ailleurs facilement du colibacille en ce qu'il ne fait pas fermenter le lactose et ne coagule pas le lait, 'ap rès Bodin cette coagulation se ferait cependant, mais le caillot se redissoudrait rapidement.
Il est relativement peu pathogène pour le cobaye et le lapin, chez lesquels, inoculé sous la peau à faible dose, il détermine des abcès putrides, et à dose massive la mort par intoxication.
DIAGNOSTIC BACTÉRIOLOGIQUE DE L'INFLUENZA (l)
A la suite de la découverte par Pfeifîer d'un coccobacille particulier dans les crachats des individus atteints de grippe, il avait semblé qu'on était bien en possession du microbe de l'influenza et que le diagnostic bactériologique de la maladie pouvait être établi scientifiquement sur la constatation de ce coccobacille.
La découverte d'un bacille très voisin du bacille de Pfeiffer dans des cas où il ne s'agit pas de grippe, dans les bronchopneumonies infantiles (Meunier), dans les sécrétions de malades atteints de bronchite emphysémateuse ou de tuberculose (Dujardin-Beaumetz), dans la coqueluche (Elmassian), dans certaines bronchopneumonies de l'adulte (Rosenthal); enfin, le fait que le bacille peut manquer comme l'a vu Pfeiffer lui-même dans les sécrétions des grippés, remettent en discussion le rôle pathogénique du coccobacille de Pfeiffer. Quoi qu'il en soit ce microbe a une importance capitale en pathologie respiratoire et nerveuse et serait même susceptible enfin de déterminer une infection générale.
Le diagnostic bactériologique du coccobacille de Pfeiffer repose sur sa morphologie dans les crachats et sur les caractères de culture, car il est peu pathogène pour les animaux. Le bacille inoculé à haute dose au singe et au lapin peut déterminer la mort par hypothermie, en déterminant surtout des phénomènes d'intoxication (Pfeifîer), ou la septicémie (Meunier). L'inoculation dans la substance cérébrale (Gantani), dans le liquide céphalorachidien (L. Martin), détermine la mort. C'est un coccobacille non capsulé, extrêmement fin, deux fois plus long que large, groupé quelquefois par paire, quelquefois filamenteux qui se décolore par la méthode de Gram.
Le caractère essentiel du microbe, c'est qu'il est hémophile (2) et qu'il
{*) H. Meunier, Comptes rendus de la Soc. de biol., 11 juin 1898 et 6 janvier 1900. — Elmassian, Ann. de l'Inst. Pasteur, 1899. — Rosenthal, Thèse de Paris, 1899.
(-) Ce caractère ne serait pas aussi rigoureux que l'a admis Pfeiffer. Meunier, Dujardin- Beaumetz, Elmassian, ont pu cultiver le coccobacille de l'influenza sur le miliéu de Wertheim
(gélose ascite).
INFECTIONS A BACILLES FUSIFORMKS.
ne se développe, comme Fa montré Pfeiffer, (pie sur des milieux additionnés de saug, gélose recouverte de sang, ou bien, comme l'un de nous l'a montré avec M. Griffon, sang gélosé. Sur ces milieux, le microbe donne des colonies, d'aspect très voisin de celles du pneumocoque, un peu plus petites que celles-ci; parfois visibles seulement avec le secours de la loupe.
INFECTIONS A BACILLES PYOCYANIQUES
Le bacille pyocyanique fait, lui aussi, partie des saprophytes qu'on peuf rencontrer à l'état normal dans les voies respiratoires supérieures et dans l'intestin. Son rôle, facile à définir, lorsqu'il est isolé du pus, ou du sang, comme dans certains cas de septicémie hémorragique, est plus discutable lorsque le microbe est constaté dans les crachats de malades atteints d'affection des voies respiratoires ou d'individus atteints d'entérite.
La constatation d'un petit bâtonnet, prenant le Gram, pourra faire soupçonner sa présence que confirmera, même sans qu'il y ait besoin d'isolement, la formation de pyocyanine sur n'importe quel milieu de culture, bouillon ou gélose.