LIQUIDE CÉPHALO-RACHIDIEN
PAR
FERNAND WIDAL PAUL RA.VÀUT
Professeur agrégé à la Faculté de médecine, Ancien interne
Médecin des hôpitaux. des hôpitaux.
Ou sait qu'au sein des épanchements séro-fibrineux: les plus limpides en apparence flottent toujours quelques globules blancs et parfois quelques cellules endothéliales, mêlés souvent à des globules rouges en plus ou moins grand nombre. Nous avons essayé de montrer en différents mémoires (l) que la proportion relative de ces divers éléments varie avec les causes qui ont occasionné l'irritation de la séreuse. Ces quelques cellules ne tombent pas, au hasard, des parois d'une plèvre ou d une méninge. Leur présence est toujours commandée par les lésions de ces membranes, et leur nature est, dans nombre de cas, prévue par les lois de la phagocytose de Metchnikofï. Elles sont les témoins variables de la lutte mouvementée soutenue par la séreuse irritée, et nous prouvent, une fois de plus, au lit du malade, combien les réactions histologiques opposées par les tissus lésés diffèrent avec la nature des agents provocateurs.
La formule cellulaire des épancliements séro-fibrineux n'a pas seulement un intérêt, au point de vue de la pathologie générale ; en raison même de ses variations, son étude a pour la pratique une importance qu'on ne saurait méconnaître.
Nul n'ignore, en effet, qu'il est des cas où l'observation clinique est incapable de préciser l'origine d'un épanchement séro-fibrineux. L'analyse
(!) Widal et Ravaut, Application clinique de l'étude histologique des épancliements sérofibrineux de la plèvre. Cyto-diagnostic. Soc. de bîol., 30 juin 1900. — Widal et Ravaut, Cytodiagnostic des épancliements séro-fibrineux de la plèvre et de quelques autres épanchements séreux pathologiques. Congrès de 1900, section de pathologie interne. — Ravaut, Le diagnostic de la nature des épanchements séro-fibrineux de la plèvre. Cyto-diagnostic. Thèse de Paris, 1900.
PATHOLOGIE GENERALE. — Yl. 58
[F WIDAL et P RAVAUT
CYTO-DÏAGNOSTIC.
chimique du liquide, toujours laborieuse, ue fournit en général que des indications incertaines, et l'analyse bactériologique n'apporte que rarement les renseignements précis et immédiats dont bénéficie chaque jour, au lit du malade, l'étude des pleurésies purulentes.
C'est dans ces cas que l'examen cytologique, rendu si facile par les précieuses méthodes de coloration d'Ehrlich, peut fournir au diagnostic des renseignements décisifs. Il y a là. comme nous avons essayé de l'établir, les éléments d'un véritable cyto-diagnostic.
Nos recherches avaient porté d'abord sur le liquide séro-fibrineux des pleurésies, puis sur celui des synovites et des hydrocèles. Nous les avons étendues ensuite, avec M. Sicard ('), à l'étude du liquide céphalo-rachidien. Depuis nos premières publications sur le cyto-diagnostic, les observations se sont multipliées de toutes parts, et il nous a semblé que le moment était venu de les comparer dans une étude d'ensemble et de tenter un exposé de l'état actuel de la question.
Nous passerons successivement en revue la cytologie des épanchements séro-fibrineux de la plèvre, des synovites, des hydrocèles. La formule cellulaire des épanchements péritonéaux, d une interprétation délicate, est encore à l'étude et n'a fourni jusqu'à présent que de résultats incertains. Nous étudierons enfin en détail la cytologie du liquide céphalo-rachidien qui fournit au clinicien de précieux renseignements.
Avant la publication de nos premières recherches, seul Pépanchement des pleurésies cancéreuses avait fait l'objet d'études entreprises dans un but de diagnostic et basées sur la présence de cellules néoplasiques.
M. Dieulafoy, d'autre part, avait proposé la numération des hématies et avait montré qu'un liquide séro-fibrineux pouvait être considéré comme histologiquement hémorragique quand il renfermait au moins jfcOOO globules rouges. Ehrlich, Quincke, Grawitz, Fraenkel, Riedel, llosenbach avaient constaté (pie les liquides pleuraux séro-fibrineux pouvaient contenir de nombreux lymphocytes, polynucléaires, cellules endothéliales. MM. Korczyriski, Wernicki et Winiarski prétendaient que toutes les pleurésies séro-tibrineuses vraies, n'aboutissant pas à la purulence ou ne ressortissant pas au cancer, étaient caractérisées par la présence de lymphocytes, conclusion inexacte et précisément inverse de celle qui nous a conduits au cyto-diagnostic. Cette méthode, nous allons le voir, est précisément basée sur ce fait que la formule cellulaire varie suivant la nature d'une pleurésie séro-tîbrineuse.
(*) VVidal, Sicard et Ravaut, Cyto-diagnostic des méningites. Soc. de biol., 13 oct. 1900.
TECHNIQUE