ÉTUDE CYTOLOGJQUE DU LIQUIDE CÉPHALO-RACHIDIEN
Depuis la découverte de Quincke qui, le premier, montra la facilité avec laquelle on pouvait, par une simple piqûre, puiser du liquide céphalo-rachidien sur le vivant, une très riche littérature a été consacrée à la ponction lombaire et à ses applications. Employée tour à tour comme moyen thérapeutique ou comme procédé de diagnostic, elle est devenue l'origine d'un grand nombre de recherches bactériologiques qui ont permis de fixer, d'une façon plus précise, la nature et l'étiologie de certaines méningites. Après les constatations que nous avons faites sur les liquides séro-fîbrineux de l'organisme, nous avons été tout naturellement amené à étendre nos recherches avec ML Sicard à la cytologie du liquide céphalo-rachidien au cours des affections méningées aiguës. En fouillant attentivement la bibliographie, nous avons été surpris de ne trouver sur la cytologie du liquide céphalo-rachidien au cours des méningites que les quelques documents épars dans des études d'ensemble faites sur la ponction lombaire par Wentworth (') et Bernheim et Moser (â). Nous les avons signalés dans un travail antérieur (5).
A l'état normal, le liquide céphalo-rachidien retiré par ponction lombaire sur le vivant ne contient que peu ou pas d'éléments cellulaires; dans quelques cas, les gaines lymphatiques ont laissé sourdre à travers leurs parois quelques lymphocytes, qui se sont répandus dans le liquide ; mais, dans ces cas, on compte de loin en loin un ou deux lymphocytes dans le champ du microscope. A l'état normal, la lymphocytose, quand elle existe, est donc toujours extrêmement discrète et ne rappelle en rien les réactions que l'on constate au cours des processus aigus ou chroniques portant atteinte aux méninges. En effet, lorsque les méninges sont frappées d'inflammation ou d'irritation, on voit apparaître dans le liquide cérébro-spinal des éléments figurés, dont le nombre et la variété sont en rapport avec l'intensité et la nature de ces processus : c'est une double réaction qualitative et quantitative tà la fois.
Qualitative, car les réactions colorantes nous permettront de distinguer épars dans le liquide des lymphocytes ou des polynucléaires, ces derniers étant d'autant plus nombreux que l'inflammation est plus aiguë; quantitative, car si l'on suit pour tous les cas exactement la même technique, on trouvera des éléments tantôt extrêmement rapprochés, se touchant les uns les autres, au nombre de plusieurs centaines par champ de l'objectif cà immersion, tantôt moins nombreux, plus espacés, au nombre de 6 à 10 par champ. Aussi faut-il, pour conclure à la lymphocytose, que
(*) Wentworth, Some expérimental work on lumbar puncturc of thc subarachnoïd space. Archiv of Pediatrics, 1896, p. 56.
(2) Bermiem et Moser, Ueber die diagnostische Bedeutung der Lumbarpunction. Wiener klinische Wochenschrift, 4897, p. 468.
(5) YVidal, Sicard et Ravaut, Cytodiagnostie des méningites. Soc. dcbioL. 15 oct. 1900.
ÉTUDE CYTOLOGIQEE DES HUMEURS DE L'ORGANISME
les éléments soient tellement confluents, que l'hésitation ne soit pas possible. Une préparation faite avec le liquide céphalo-rachidien d'un tabétique ou d'un paralytique général peut servir de témoin; mais très rapidement, avec un peu d'habitude et la pratique de la technique, l'on arrive à apprécier du premier coup d'œil ces différences.
Nous ne reviendrons pas sur les indications techniques que nous avons données au début de cette étude.
Nous prenons soin de faire observer que, lorsque l'on se trouve en présence d'un liquide céphalo-rachidien hémorragique, on peut compter sur la formule leucocytaire pour établir un diagnostic. (Voir art. Ponction lombaire.)
Nous étudierons séparément la cytologie du liquide céphalo-rachidien au cours des affections aiguës des méninges et au cours des maladies du système nerveux central, dont les lésions viennent effleurer la pie-mère.
Les faits que nous rapportons sont le résultat des recherches que nous avons faites avec M. Sicard et des communications et discussions faites sur ce sujet par de nombreux auteurs (').
1° Affections aiguës des méninges. — Au cours des méningites, le liquide céphalo-rachidien retiré sur le vivant n'est pas toujours trouble, et dans la méningite tuberculeuse, dans un certain nombre de cas, il parait absolument normal. Après centrifugation on constate cependant la présence d'éléments cellulaires, dont il est important de reconnaître la variété.
a. Méningite tuberculeuse. — Dans cette affection, l'examen cytolo gique révèle dans tous les cas la présence d'éléments cellulaires qui, le plus souvent, ne sont représentés que par des lymphocytes et quelquefois par des lymphocytes mêlés à des polynucléaires et à des cellules endothéliales.
La prédominance des lymphocytes est le fait qui frappe presque toujours dès le premier coup d'œil jeté sur la préparation. Les lymphocytes sont souvent mêlés à quelques polynucléaires et à quelques gros éléments uninucléés. Dans quelques cas exceptionnels, les polynucléaires sont relativement nombreux. Dès notre première communication, nous avons signalé un cas, dans lequel on comptait 58 polynucléaires pour G 2 lymphocytes. Depuis, nous avons observé un nouveau cas dans lequel on comptait 46 polynucléaires pour 54 lymphocytes.
Nous n'avons jamais vu de méningite tuberculeuse avec polynucléaire
(*) WmAL, Sicard et Ravaut, Cytodiagnostie des méningites, hoc. cit. — R. Moxod, Les éléments figurés du liquide céphalo-rachidien au cours du tabès et de la paralysie générale. Soc. méd. des hop., 11 janvier 1001. — Wjdal, Sicakd et Ravaut, Cytologie du liquide céphalorachidien au cours de quelques processus méningés chroniques. Soc. méd. des hôp., 11 janvier 1901. — Communications et discussions : MM. Babinski et Nagcotte, Brissaud, Joflrov, Dupé, Chauffard, Rendu, Vincent, Séglas, Hirtz, Achard, Dufour, Souques, Vaquez, Griffon, Le Sourd, Apert, Gaudy, Labbé, Castaigne, Laiguel, Livasline, Luiserne, Ribierre, Miliau, Crouzon, Devau, Méry, etc. Soc. méd. des hôp., 1901 et 190*2. Jolfroy et Mercier. Marie et Duflo:-. XIIe Congrès des aliénistes cl des neurologistes de France (Grenoble, août 1002.)
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cyïodiagnostu; des ÉPANCIIEMENTS SÉRO-FtBRINEUX.
sans lymphocytes assez nombreux. Par contre, dans les méningites aiguës non tuberculeuses à la période d'état, Ton ne constate presque uniquement (pie des polynucléaires. M. Lewkowicz a rapporté quelques cas où par exception il a constaté une polynucléose abondante du liquide céphalorachidien. MM. Méry et Babonneix, Guinon et Simon, Barjon et Cadé ont également par exception rapporté des faits semblables.
Si l'on n'a pris soin de centrifuger le liquide immédiatement après sa prise, ou si l'on néglige de dissocier le coagulum une fois formé, on constate une diminution considérable des polynucléaires qui se trouvent englobés, pour la plupart, dans le caillot. En centrifugeant le liquide séparé du coagulum on obtient presque toujours une formule lymphocytique absolument pure dans la plupart des cas.
La réaction inflammatoire dans la méningite tuberculeuse est telle que l'on s'étonne de ne pas constater plus de polynucléaires dans le liquide céphalo-rachidien, d'autant plus que les recherches expérimentales que nous avons poursuivies avec M. Sicard, nous ont montré que l'inoculation (Tune émulsion bacillaire dans la cavité arachnoïde pic-méridienne du chien amenait un afflux de polynucléaires.
La présence de polynucléaires au cours de la méningite tuberculeuse ne coïncide ni avec le stade de la maladie, ni avec l'âge du malade, ni avec le type; anatomique de la méningite, ni enfin avec la présence de germes d'infection secondaire ; il y a trop de discordance dans les nombreux cas observés pour que l'on puisse établir une règle fixe. Au cours de la même ponction, en recueillant le liquide dans plusieurs tubes différents, nous avons pu voir, dans le dernier, une proportion plus grande de polynucléaires que dans le premier, sans que rien ne nous permît d'interpréter ces différences.
C'est en tous cas la lymphocytose qui caractérise surtout la formule histologiquc de la méningite tuberculeuse.
b. Méningites aiguës non tuberculeuses. — Au cours des autres variétés de méningites aiguës ressortissant du groupe des méningites cérébro-spinales, on constate, à la période d'état dans le liquide céphalorachidien la présence de polynucléaires en plus ou moins grand nombre. Souvent ils sont assez nombreux pour donner au liquide un aspect louche ou même pour le rendre complètement purulent. Dans ces cas, le diagnostic est aisé à faire. Quelquefois le liquide semble normal, et ce n'est que par la centrifugation que I on décèle la présence des éléments. Le liquide de ces méningites est parfois fibrineux; mais, dans ces cas, le nombre des polynucléaires est tellement considérable, que l'absence de la minime quantité retenue par le coagulum ne modifie pas l'aspect cytologique.
Lorsque ces méningites sont mortelles, la polynucléose persiste jusqu'à la fin et les éléments augmentent même de quantité : dans ces cas, on découvre souvent par les examens sur lames, par les cultures ou par les inoculations, la nature de l'agent infectieux. Lorsque, les méningites
ÉTUDE CYTOLOGIQUE DES HUMEURS DE L'ORGANISME. 617
évoluent vers la guérison, au fur et à mesure que disparaissent les germes microbiens, les polynucléaires diminuent de nombre et des lymphocytes apparaissent alors petit à petit dans le liquide céphalo-rachidien. Ces lymphocites peuvent encore persister pendant longtemps, mais finissent par disparaître. Les observations de MM. Labbé et Castaigne, Sicard et Brécy, Widal, Griffon et Gandy, Âpert et Griffon, Achard, montrent bien quelle interprétation pathogénique peuvent recevoir de pareils faits. Au début, quand sous l'influence d'un microbe virulent il y a lutte dans le sac arachnoïdo-pie-mérien, on assiste à une exode de polynucléaires qui représentent les éléments actifs, les microphages. Puis quand la lutte est éteinte, les polynucléaires, n'ayant plus de raison d'être, font place aux lymphocytes qui restent encore quelque temps les témoins de la scène qui vient de se passer et finissent par disparaître à leur tour.
Il suffira d'être prévenu de ces modifications et Ton n'aura qu'à tenir compte de l'évolution clinique pour éviter ainsi de grossières erreurs d'interprétation.
A ces constatations, on peut superposer des faits pour ainsi dire expérimentaux qui ont été observés par l'un de nous (l) en étudiant le liquide céphalo-rachidien des malades qui ont subi la rachicocaïnisation.
On sait que très fréquemment, à la suite de cette opération qui a pour but de déterminer l'anesthésie par l'introduction de 2 centimètres cubes d'une solution aqueuse de cocaïne à 1/100 dans le liquide céphalorachidien, on observe de la céphalée, de l'hyper thermie, etc., assez intenses parfois pour faire penser à des accidents méningés. Si l'on ponctionne une petite quantité de liquide céphalo-rachidien quatre à cinq heures après l'opération, alors que ces accidents sont à leur maximum d'intensité, on constate que le liquide est en hypertension, qu'il est trouble et présente une réaction polynucléaire très intense, si bien que dans certains cas, lorsqu'on laisse les tubes au repos ou lorsqu'on les centrifuge, il se forme un culot de pus. Les accidents heureusement ne tardent pas à disparaître et, si l'on recherche par la ponction lombaire les modifications que subit le liquide céphalo-rachidien, on voit que peu à peu les polynucléaires sont plus rares, sont remplacés par des lymphocytes qui, diminuant de nombre, finissent par disparaître complètement au bout de quinze jours à trois semaines environ. On a assisté, de la sorte, à révolution d'une méningite aseptique. Ces troubles, en grande partie attribuables à l'action de l'eau dans laquelle est dissoute la cocaïne, ainsi que l'un de nous l'a montré avec M. Guinard, peuvent être supprimés si l'on emploie, grâce à une technique spéciale, le liquide céphalorachidien du malade lui-même comme véhicule de l'agent anesthésiant.
La facilité d'apprécier ainsi sur le vivant l'intensité et la nature d'une réaction méningée peut rendre de grands services en clinique. Lorsque
(l) Ravaut et Aubourg, Le liquide céphalo-rachidien après la rachicocaïnisation. Société de biologie, 15 juin 1901.
[F WIDAL et P. RAVAUT]
CYTODIAGNOST1C DES ÉPANCHEMENTS SÉRO-FIBRLNEUX.
au cours des affections aiguës (fièvre typhoïde, pneumonie, rhumatisme, etc.), apparaissent des troubles cérébraux, il est utile de pouvoir faire la part des troubles toxiques ou fonctionnels et des troubles dus à une méningite. Les constatations que nous avons pu faire, les observations récemment rapportées par différents auteurs montrent que le liquide céphalo-rachidien reste normal lorsqu'il n'existe pas de lésion anatomique au niveau des méninges. Dans les cas de simple hypertension du liquide céphalo-rachidien, l'examen cytologiquc est en général négatif. Dans quelques observations cependant (Méry, Vaquez) on a noté la présence de quelques lymphocytes plus nombreux qu'à l'état normal. 11 est probable que la même cause qui fait filtrer le liquide sous pression exagérée à travers les pai'ois des vaisseaux doit parfois entraîner quelques lymphocytes en excès en dehors des gaines périvasculaires. En tous cas, on ne confondra jamais cette lymphoeytose extrêmement discrète, accidentelle, pour ainsi dire, avec la lymphoeytose abondante ou la polynucléose qui caractérise, comme nous venons de le voir, les affections méningées aiguës.
Dans quelques cas de pneumonie avec délire, nous avons constaté avec M. Lutier une lymphoeytose très discrète du liquide céphalo-rachidien.
ÉTUDE CYTOLOGJQUE DU LIQUIDE CÉPHALO-RACHIDIEN DANS LES AFFECTIONS NERVEUSES
A la suite des recherches précédantes, il était naturel de chercher comparativement si, au cours des maladies chroniques du système nerveux, le liquide céphalo-rachidien ne se peuplait pas également d'éléments figurés intéressants à connaître pour le clinicien.
La paralysie générale et le tabès étaient les maladies indiquées pour être étudiées avec la technique que nous avons instituée. Les recherches simultanées deR. Monod et les nôtres en collaboration avec Sicard(M, puis celles de Babiriski et Nageotte, de Joffroy, de Dupré et Devau, etc., sont venues démontrer au cours de ces affections la présence d'éléments cellulaires en plus ou moins grande quantité.
Au cours de la paralysie générale, l'apparition d'éléments cellulaires dans le liquide céphalo-rachidien semble être un signe précoce, ainsi qu'en témoignent un certain nombre d'observations; les éléments que l'on retrouve sont représentés en grande partie par des lymphocytes; mais dans quelques cas, surtout au moment de certaines poussées aiguës coïncidant avec des troubles délirants principalement, l'on peut voir quelques polynucléaires dont le nombre varie d'une ponction à l'autre ; souvent aussi l'on peut retrouver de gros éléments uninucléés en nombre variable. Dans tous les cas que nous avons étudiés, on a retrouvé cette
(l) Scc'étc médicale des hôpitaux, 11 janvier 1901.
ÉTUDE CYTOLOGIQUE DES HUMEIRS DE L'ORGANISME.
lymphocytose caractéristique. On conçoit les services que cette constatation peut rendre pour le diagnostic de certains cas obscurs.
Au congrès des médecins aliénistes et neurologistcs de France tenu à Grenoble en août 190*2, les observations se sont multipliées et le cytodiagnostic dans la paralysie générale a reçu sa consécration définitive. Les observations de MM. Joffroy et Mercier, Marie et Dullot ont définitivement établi la constance, la précocité et l'importance de la lymphocytose méningée, au point de vue du diagnostic de la paralysie générale.
Dans deux cas de paralysie générale observés avec M. Lemière, nous avons constaté dans le liquide céphalo-rachidien l'apparition de nombreux polynucléaires au cours de poussées congestives, caractérisées par un ictus apoplectique suivi d'hémiplégie. Ces polynucléaires trahissaient l'état eongestif des méninges. Dans un de ces cas terminé par la mort on trouva une hémorragie cérébrale, compliquant les lésions de la pachyméningite.
Au cours du tabès, comme au cours delà paralysie générale, il est pour ainsi dire constant de trouver dans le liquide céphalo-rachidien des éléments plus ou moins nombreux représentés par des lymphocytes. Comme dans la paralysie générale, ce symptôme parait être précoce dans son apparition et révèle dès leur début les lésions méningées constantes au cours de cette affection.
Chez quatre malades ne présentant pas d'autres symptômes nerveux que le signe d'Argyll-Robertson, MM. Babinski et Nageotte ont constaté une lymphocytose du liquide céphalo-rachidien. Nous-mème avec M. Lemière (*), chez six malades porteurs du signe d'Argyll-Robertson, avons constaté également une lymphocytose nette du liquide céphalo-rachidien. On sait tout l'intérêt qui s'attache à l'étude de ce signe d'Argyll-Robertson observé à l'état isolé depuis les travaux de M. Babinski, qui a montré ses rapports avec la syphilis ; c'est sans doute un symptôme révélateur d'un tabès incipiens.
L'exploration méningée prouve en tout cas que le signe d'Argyll, même isolé, décèle une altération organique des centres nerveux qui vient irriter les méninges.
Dans les méningo-myélites dues à la syphilis (Sicard et Monod), ou à certaines affections aiguës, comme la fièvre typhoïde (Widal et Ravaut), on retrouve clans le liquide cérébro-spinal des lymphocytes en assez grand nombre, auxquels se mêlent parfois des polynucléaires. Cette réaction lymphocytique est le symptôme clinique de la réaction méningée constante dans tous ces cas, et la syphilis, tout aussi bien qu'une autre cause, peut lui donner naissance. Lorsque la lésion d'une myélite est purement centrale, il se peut que l'irritation méningée venant à manquer, la lymphocytose du liquide céphalo-rachidien fasse également défaut. 11 serait intéressant d'avoir à ce sujet des observations avec le contrôle de l'autopsie.
(*) Widal et Lemière, Le signe d'Argyll et la lymphocytose du liquide céphalo-rachidien.
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CYTODIAGNOSTIG DES ÉPANCHEMENTS SÉRO-FIBRINEUX.
Dans la sclérose en plaques, certains auteurs ont constaté une lymphocytose évidente.
La constatation de la lymphocytose peut se faire non seulement au cours de lésions méningées diffuses comme les précédentes, mais également à la suite d'irritations méningées plus limitées ; c'est ainsi que nous avons pu constater, ainsi que MM. Babinski et Nageotte, une lymphocytose assez discrète au cours de l'évolution d'un foyer de ramollissement cortical ; il en était de même chez une malade que nous avons observée avec M. Le Sourd (r), atteinte de pachyméningite cervicale hypertrophique. C'est dans ce sens également qu'il faut interpréter la présence de lymphocytes dans le liquide céphalo-rachidien de malades atteints de zona, ainsi que l'ont constaté MM. Brissaud, Sicard, Brécy, et l'un de nous avec M. Le Sourd. Au cours de cette dernière affection, la présence d'éléments dans le liquide rachidien est un argument de plus en faveur d'une irritation pie-mérienne et permettra peut-être de faire le départ des zonas métamériques, des zonas ganglio-radiculaires et des zonas périphériques.
Au contraire, dans d'autres affections telles que le mal de Pott ou les tumeurs cérébrales qui peuvent évoluer sans déterminer d'irritation pie-mérienne, on ne constate pas d'éléments dans le liquide céphalo-rachidien; il en est de même chez les malades atteints d'hémiplégie banale par hémorragie ventriculaire. La cytologie peut rendre ainsi les plus grands services pour le diagnostic souvent si épineux du mal de Pott.
De même chez les malades atteints d'hystérie, d'épilepsie, de neurasthénie, de choréc ou de troubles nerveux périphériques (polynévrites, sciatique, etc.), le liquide rachidien est vierge de tout élément, à moins cependant qu'une complication déterminant une irritation méningée ne provoque de la lymphocytose.
Au cours des maladies mentales, l'examen cytologique du liquide céphalo-rachidien a permis à MM. Jolï'roy, Séglas, Nageotte, Dupré et Devau de constater l'absence d'éléments dans des cas de démence précoce, de démence sénile, de mélancolie avec délire, de manie, de diverses vésanies, etc. ; dans un certain nombre de cas, au contraire, où ils ont constaté des éléments il s'agissait de paralytiques généraux. De même chez plusieurs alcooliques atteints de troubles mentaux et de delirium tremens, ils n'ont pas constaté de lymphocytose. Ces faits concordent avec nos premières observations. De plus, MM. Jolïroy et Mercier ont constaté l'absence de lymphocytose du liquide céphalo-rachidien chez des alcooliques atteints de troubles mentaux et d'inégalité pupillaire. M. Dufour a constaté quelques lymphocytes dans le liquide céphalo-rachidien d'un alcoolique atteint de troubles délirants avec hallucinations, etc. A l'autopsie, il constata une inflammation méningée. L'examen cytologique permet donc de déceler les irritations méningées que détermine parfois l'alcoolisme.
(*) Widal et Le Solhd, Gaz. des hop.
ÉTUDE CYT0L0G1QUE DES HUMEURS DE L'ORGANISME
La syphilis, on le sait, affectionne tout particulièrement les centres nerveux. Elle peut à toutes les périodes de son évolution déterminer sur ces centres et sur leurs enveloppes des lésions que l'on peut apprécier en clinique au moyen de la ponction lombaire. Dans les cas de céphalée syphilitique de la période secondaire, on constate parfois dans le liquide céphalo-rachidien la présence d'éléments cellulaires représentés par des lymphocytes et quelques polynucléaires : c'est ainsi que sur 8 syphilitiques atteints de céphalée, Milian a constaté c2 fois une réaction cellulaire intense. Bien plus, nous avons constaté chez deux malades atteints d'hémiplégie syphilitique avec céphalée intense développée au troisième mois de l'infection dans le liquide cérébro-spinal de très nombreux lymphocytes mélangés à un certain nombre de grosses cellules uninucléées et de polynucléaires. Dans 2 cas d'hémiplégie avec signe d'Argyll Robert son, MM. Babinski et Nageotte ont noté la lymphocytose. Il résulte de ces constatations que chez un sujet venant d'être frappé d'hémiplégie, une lymphocytose abondante doit foire immédiatement penser à l'origine syphilitique de cette paralysie. C'est là un renseignement de plus que le cytodiagnostic peut fournir au clinicien.
Dans un cas de méningite syphilitique de la convexité confirmée à l'autopsie et développée en pleine efflorescence, au cinquième mois de l'infection, nous avons constaté avec M. Le Sourd une lymphocytose très abondante. Chez un malade atteint de méningite aiguë guérie par le traitement antisyphilitique nous avons constaté, également avec M. Le Sourd ('), une riche lymphocytose dans le liquide céphalo-rachidien.
D'autre part, chez certains syphilitiques en période secondaire ne présentant ni céphalée, ni troubles nerveux d'aucune sorte, l'on peut constater quelquefois une légère lymphocytose (2) et dans un cas nous avons pu voir avec M. Lu lier cette lymphocytose disparaître en quelques semaines sous l'influence du traitement. Il est intéressant de noter que dès le début de la période secondaire, alors qu'aucun symptôme nerveux n'est apparent, le virus syphilitique peut dans certains cas créer des réactions méningées légères, décelables seulement par la ponction lombaire, réactions qui au seuil même de la maladie nous donnent la démonstration anatomique de la susceptibilité des centres nerveux pour la vérole.
Chez des malades atteints de syphilis ancienne et ne présentant ni phénomènes spécifiques, ni phénomènes nerveux, on constate que le liquide céphalo-rachidien est normal. Chez un sujet arrivé à une période avancée de la syphilis, la constatation d'une lymphocytose méningée même légère, doit donc mettre en garde le clinicien et l'engager à faire de son malade une étude scrupuleuse, qui lui permettra de découvrir parfois des symptômes nerveux qui auraient pu passer inaperçus.
(*) Widal et Le Sourd, Méningite aiguë. Guérison par le traitement antisypbilique. Soc. méd. des hôp., 21 février 1902.
(2) Widal, Cytologie du liquide céphalo-rachidien des syphilitiques. Soc. méd. des hôpit., 11 février 1902.
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CYT0DIAGN0ST1C DES ÉPANCHEMENTS SÉUO-FIBRINEUX.
Bien plus, dans la syphilis héréditaire tardive, une lymphocytose du liquide céphalo-rachidien peut traduire une irritation méningée spécifique, ainsi que l'un de nous a pu le constater chez un malade de son service porteur de divers stigmates et en particulier de dents d'Hutchinson ; ce malade depuis quatre semaines était atteint de céphalée à type nocturne. Chez un syphilitique héréditaire ayant le nez en lorgnette, les dents d'Hutchinson et le crâne déformé, mais ne présentant aucun phénomène nerveux, l'examen cytologique du liquide céphalo-rachidien est resté au contraire négatif.
En résumé, nous voyons donc que l'examen cytologique du liquide céphalo-rachidien, grâce au symptôme anatomique qu'il nous fournit, peut dans certains processus chroniques cérébro-spinaux permettre de révéler la participation méningée. Le lymphocyte, dans le liquide céphalorachidien, n'est pas plus im élément spécifique de la méningo-encéphalite et du tabès qu'il ne l'est de la tuberculose méningée. Il est le témoin de réactions qui ne nécessitent pas l'intervention d'agents de défense puissants, tels que les polynucléaires.
De même que l'abondance de lymphocytes dans le liquide céphalorachidien peut permettre, comme nous l'avons montré, de distinguer la méningite tuberculeuse de la méningite cérébro-spinale aiguë, du méningisme de Dupré et de la plupart des maladies aiguës qui peuvent la simuler, de même, l'abondance de ces lymphocytes pourra, en révélant une lésion méningée au cours de divers processus chroniques, aider à résoudre au point de vue du diagnostic et de la pathogénie» divers problèmes posés par la clinique.
Nul doute que beaucoup de faits particuliers seront encore à interpréter, que certaines questions de détail seront encore à élucider, mais la recherche des réactions méningées n'en a pas moins déjà un intérêt qu'on ne saurait méconnaître.
PONCTION LOMBAIRE
FERNAND WÏDAL J.-A. SICARD
Professeur agrégé à la Faculté de médecine, Chef de Clinique de la Faculté de médecine Médecin des hôpitaux. de Paris.
La ponction lombaire est due à Quincke. Elle date du jour où le médecin de Kiel montra que l'on pouvait facilement atteindre, chez l'homme, l'espace sous- arachnoïdien lombaire, et retirer le liquide céphalo-rachidien à l'aide d'un trocart (1890).
La ponction lombaire fut, à ses débuts, employée exclusivement comme méthode thérapeutique par Quincke et ses élèves. C'était une thérapeutique « par soustraction du liquide céphalo-rachidien », mise en pratique dans tous les cas où les phénomènes nerveux semblaient relever d'un excès de tension du liquide céphalo-rachidien. Rapidement jugée à ce point de vue, considérée comme moyen simplement palliatif, et d'un emploi limité, la ponction lombaire n'aurait certes pas eu la vogue dont elle jouit à bon droit à l'étranger et en France, si de nouvelles méthodes n'avaient définitivement marqué sa place, en clinique, au lit du malade.
C'est d'abord l'examen bactériologique du liquide céphalo-rachidien, pratiqué systématiquement au cours des méningites aiguës (Fùrbringer, Stadelhnann, Lenhartz, Krônig, Weichselbaum, Bonome, à l'étranger; Netter, en France).
C'est ensuite le procédé des injections sous-arachnoïdiennes (Sicard) qui ouvre à la thérapeutique une voie nouvelle encore mal explorée, dont la chirurgie paraît avoir bénéficié par le procédé de la rachicocaïnisation (Bier, Tuffier, Reclus).
Mais la ponction lombaire n'est devenue un moyen d'investigation courante, en usage dans tous les services de médecine, que depuis les multiples applications de l'examen cytologique du liquide céphalorachidien (Widal, Sicard et Ravaut). Cette méthode du cytodiagnostic est basée sur la recherche des éléments cellulaires contenus dans le liquide céphalo-rachidien et sur l'examen de leur formule quantitative et qualitative. Appliquée à l'étude des méningites aiguës et chroniques, elle a donné entre les mains de nombreux cliniciens qui l'ont expérimentée tant en France qu'à l'étranger les résultats diagnostiques les plus favorables .
F WIDAL et J.-A. SICARD ]
PONCTION LOMBAIRE
Enfin, la méthode du chromo diagnostic (Sicard) est basée sur l'étude de la coloration du liquide céphalo-rachidien. On trouvera plus loin, p. 640, l'historique de cette question.
Tels sont les divers travaux qui ont marqué comme par autant d'étapes l'histoire de la ponction lombaire. Tous ont leur intérêt, mais parmi eux il faut réserver une place à part à l'examen cytologique du liquide céphalo-rachidien. Le cytodiagnostic a permis à la ponction lombaire d'entrer dans une phase toute nouvelle et féconde déjà en résultats pratiques.
Nous envisagerons successivement au cours de cette étude :