CHAPITRE PREMIER
CRYOSCOPIE DES HUMEURS NORMALES DE L'ORGANISME ('
Dans l'organisme la membrane hyaline ou le protoplasma condensé des cellules joue le rôle d'une cloison perméable, comparable à celle que l'on réalise expérimentalement et qui permet les échanges entre les milieux
(') Au cours de cet article, pour éviter toute confusion, quand nous aurons à rapprocher le A de l'urine du A du sang, nous désignerons le premier par AM et le second par As.
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ihtra et extra-cellulaires suivant un sens qui dépend de leur tension osmotique. Percée de pores à dimensions variables, cette membrane animale laisse passer suivant les circonstances, suivant les liquides qui la baignent, des molécules de dimensions diverses ; molécules très petites d'eau, molécules plus volumineuses de sels ou de matières organiques.
Les recherches de Raoult, de Vant' Hofï', de De Vriès, d'Hamburger ont fixé la relation directe qui existe entre la tension osmotique d'une solution et son point de congélation. Il était dès lors indiqué d'appliquer la cryoscopie à l'étude de la tension osmotique des humeurs chez l'homme et les animaux. Parmi les humeurs de l'organisme dont l'étude à ce point de vue puisse intéresser le clinicien, c'est assurément le sang qui occupe la première place, car c'est dans le sang que baignent toutes les cellules, et c'est entre lui et les autres humeurs que se font les courants osmotique s.
Point de congélation du sang. — Dreser le premier, en 1891, étudiant le rôle de la tension osmotique dans la sécrétion urinaire, rechercha le point de congélation du sérum et de l'urine.
Le sérum humain centrifugé lui fournit :
À la suite parurent sur le même sujet les recherches de Hamburger (1895-94), de Koranyi (1894), puis celles de Winter (1895); Koranyi a donné comme point cryoscopique du sérum chez l'homme et chez le lapin :
Chez le lapin nous avons noté en moyenne :
Winter admet un point de congélation uniforme pour les différentes espèces animales :
Le chiffre de 0,56 est plus en rapport avec la majorité des résultats publiés depuis. Bousquet donne chez l'homme normal les chiffres de 0,56 ou de 0,57. Le A du sérum varie de quelques centièmes suivant les différentes espèces animales.
Le A du sérum est très voisin de celui du sang, la différence n'est souvent que de — 0,01 .
Mais, fait plus intéressant, chez l'homme normal, suivant certaines conditions de prise du sang, le A subit des variations utiles à connaître. Koranyi (*) a constaté que le sang recueilli par ventouses scarifiées a un
(*) Koranyi, Arch. f. klin. Med., 1900, p. 424.
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point de congélation de — 0,02 à — 0,05 plus bas que le sang pris directement dans les vaisseaux. Il ne croit pas que cette différence soit due à un mélange de lymphe du sang (la lymphe est hypertonique par rapport au sang : son A est de — 0,60 à — 0,65), mais plutôt, en se basant sur les travaux de Kovacz, à la présence d'acide carbonique dissous dans le sang, et de fait le passage d'un courant d'O pendant cinq minutes au travers du sang suffit à faire disparaître la différence. Pour cette même raison, le sang veineux a une concentration moléculaire plus élevée que celle du sang artériel.
Dans le jeune, la concentration moléculaire du sérum augmente. Il en est de même après les repas, d'après Kœppe.
Chez la femme enceinte à terme et chez le fœtus, Keins a trouvé comme moyenne de A :
A mère = — 0,507, A fœtus = — 0,5C2,
et Yeit :
A mère = — 0,551, A fœtus == — 0,579;
ce qui vient confirmer les recherches chimiques démontrant la dilution du sang maternel à la fin de la grossesse.
En dehors de ces conditions le A normal a une valeur — 0,56 suffisamment fixe pour servir de base à certaines déductions dans différents états pathologiques.
Suc gastrique. — En 1895, Wintcr étudia comparativement la concentration moléculaire du suc gastrique et celle du sérum.
A jeun le A du contenu stomacal varie de — 0,56 à — 0,55. Au début de la digestion le point cryoscopique est très abaissé — 0,80, puis il diminue jusqu'à revenir à la fin de la digestion à — 0,56, point de congélation d'une solution de NaClàO,61 pour 100, dans laquelle se conservent encore les hématies (Hamburger).
Lait. — Beckmann, Dreser, Winter, Bordas et Gérin ont recherché le point cryoscopique du lait de vache. La graisse n'est pas en solution, mais en suspension dans le lait et n'a aucune influence sur l'abaissement du point de congélation qui dépend uniquement de la quantité d'eau et de sels. Les chiffres donnés par ces différents auteurs pour des laits debonnes qualités varient de — 0,54 à — 0,67, ils dépendent de l'époque de l'année, de la nourriture des animaux, du moment de la traite; les variations du A ne permettent pas d'utiliser la méthode cryoscopique dans la recherche du mouillage du lait.
Le lait de femme est aussi très variable dans sa concentration moléculaire, de — 0,52 à — 0,61 pour Bousquet, et, là encore, la mesure du A ne peut être pour le moment considérée comme une donnée utile, renseignant sur la valeur nutritive du lait.
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Urines. — L'urine normale est beaucoup plus concentrée que le sérum et plus que lui subit des variations dans sa concentration. Dreser, Winter, V. Koranyi, Bouchard, Vaquez, Bousquet, Claude et Balthazard, etc., en ont examiné de nombreux échantillons. Pour Koranyi les limites du A de l'urine sont comprises entre — 1,5 et — 2,2. Pour Winter entre — 1,85 et — 0,55 et pour M. Bouchard entre — 0,59 et — 2,24.
Les diurétiques agissant sur le cœur (caféine), les injections salines produisant une diurèse, les libations copieuses peuvent diminuer considérablement la concentration moléculaire des urines jusqu'à — 0,18 ou — 0,16. Chez un polyurique hystérique rendant 15 litres d'urine par jour, nous avons avec M. Ravaut trouvé que l'urine congelait à — 0,50.
Dans d'autres conditions au contraire, l'urine se concentre : c'est ainsi que Dreser, privant un chat d'eau pendant plusieurs jours, trouva comme point de congélation des urines émises : A = — 4,72, alors que le sérum congelait à — 0.66.
Von Koranyi, examinant les urines du jeûneur Succi, trouva comme A des urines émises au sixième jour de jeûne — 8,15 avec une teneur en NaCl de 0,26 pour 100.
Dans le courant de la journée le A pris à plusieurs heures différentes ne présente pas des valeurs identiques; deux heures environ après les repas la concentration moléculaire de l'urine atteint son maximum; Balthazard (l) a montré qu'à ce moment la quantité d'urine augmentait, il en est de même de la toxicité et de la quantité d'urée excrétée. Considéré dans différents états physiologiques, voici l'état de nos connaissances sur le point de congélation des urines.
Keim (2) a déterminé le point de congélation des urines de femmes enceintes et de fœtus ; les moyennes sont :
A mère à terme = — 2,055.
A fœtus = — 0,22.
Nobécourt et Delamare (3) du 5e au 9e mois de la grossesse ont trouvé un A normal, ne dépassant pas — 1,60.
Nous avons montré avec Prosper Merklen(4) que les urines de nourrissons, par suite de leur faible teneur en NaCl, sont encore très peu concentrées : — 0,22 pendant le premier mois et — 0,41 entre un et deux mois. Ces résultats concordent avec ceux fournis par la méthode hématolytique.
Salive. — Fano et Bottazzi en excitant la corde du tympan de chiens, ont montré que la salive sous-maxillaire était hypotonique, variant de —0,56 à— 0,42.
(*) Balthazard, Soc. de biol., 11 fév. 1901.
(2) Keim, Presse méd., 30 janvier 1901.
(5) Nobécourt et Delamare, Soc. de biol., 12 oct. 1901.
(*) Lesné et Merklen, Soc. de biol., 20 avril 1901.
(5) Fano et Bottazzi, Arch. ital. de biol., 1896.
PATHOLOGIE GENERALE. — Yï. 43
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APPLICATIONS CLINIQUES DE LA CRYOSCOPIE
Sabrazès et Monthis (!) ont trouvé que la salive mixte d'individus normaux congèle entre — 0,12 et — 0,14.
Liquide céphalo-rachidien. — Les recherches que nous avons faites avec Sicard etRavaut(2) montrent que le liquide céphalo-rachidien normal est liypertonique par rapport au sérum, son point de congélation oscillant en général entre — 0,60 et 0,70.
LTiypertonie du liquide céphalo-rachidien, caractère différentiel d'avec les autres liquides de l'organisme, permet d'expliquer comment sa masse augmentant il conserve une tension osmotique suffisante pour ne pas léser les éléments cellulaires qu'il baigne.
Phénomènes osmotiques dans l'organisme normal. — Théories physiologiques. — La cryoscopie, en montrant que les humeurs de l'organisme n'avaient pas même concentration moléculaire, a permis aux physiologistes de baser un certain nombre de théories sur les échanges osmotiques à travers les parois cellulaires. Peut-être même a-t-on trop laissé dans l'ombre la participation active des éléments propres de l'organisme, la sélection stéréochimique cellulaire, pour comparer de trop près les phénomènes biologiques avec ceux qui se passent dans les expériences du vase de Pfeffer ou de la cellule plasmolysée de De Vriès. C'est ainsi, par exemple, que la paroi cellulaire vivante est perméable à l'urée quel que soit le titre de la solution ; d'autre part les cellules de l'organisme sont de constitution variée et variable, et à côté des cloisons hémi-perméables il en existe de perméables permettant le passage de molécules solides entre deux humeurs de concentration moléculaire différente ou même isotoniques. La pression peut de son côté contrarier les échanges osmotiques, et maintenir l'équilibre entre deux liquides de concentration différente.
A part ces restrictions, la cryoscopie, en indiquant la concentration moléculaire exacte des humeurs, a éclairé d'un jour nouveau la physiologie cellulaire, et a permis une série de déductions utiles au biologiste et au clinicien.
Théorie de la soif. — Mayer (5) a démontré expérimentalement que chez un animal privé d'eau le A du sérum s'abaisse. Au moment du repas le même phénomène se produit, tandis que le milieu stomacal devient hypertonique. Le sang, dont la concentration moléculaire augmente, excite les centres nerveux, et la soif ne serait qu'une défense de l'organisme demandant la dilution d'un sang trop concentré.
D'après V. Koranyi (4), la soif intense que présentent certains malades atteints d'insuffisance d'élimination rénale relèverait de ce même processus.
Digestion. — Winter rattache les phénomènes digestifs aux échanges osmotiques. L'absorption d'aliments rend le milieu stomacal hypertonique
(*) Sabrazès et Monthis, Soc. de biol., 15 juin 4901.
(2) WidaLj Sicard et Ravaut, Presse méd., 24 oct. 1900.
(3) Mayer, Essai sur la soif. Thèse de Paris, 1900.
(4) V. Koranyi, Zeits. f. klin. Med., 1898, vol. XXXIII.
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par rapport au sérum, et la digestion s'arrête quand ce milieu est redevenu isotonique par osmose du sang vers l'estomac.
Cet auteur en tire les conclusions pratiques suivantes :
1° La vitesse avec laquelle se réalise l'isotonie marquant la fin de l'acte digestif peut servir à mesurer l'énergie digestive de chaque individu;
c2° Les dyspepsies seraient différenciées par la valeur du coefficient isotonique du liquide stomacal à jeun. Cette vue nouvelle peut, d'après Winter, prendre en pathologie une importance parallèle à celle de l'hyper ou de i'hypochlorhydrie ; mais elle n'a pas été appliquée d'une façon assez suivie en clinique pour qu'on puisse en tirer quelques conclusions.
Absorption. — Les expériences de Heidenhain montrent que les phénomènes osmotiques ne sont pas les seuls à diriger l'absorption intestinale :
Une solution isotonique au sérum injectée dans une anse intestinale de chien est absorbée.
Une solution hypotonique de NaCl devient encore plus hypotonique par passage de NaCl dans le sang.
Une solution hypertonique diminue de concentration moléculaire mais n'atteint pas l'isotonie.
C'est seulement avec une solution très hypertonique qu'il y a exsudation de sérum (purgatifs salins).
En détruisant l'épithélium, Heidenhain (*) a montré que l'absorption se fait suivant les lois de l'osmose.
Injectées dans les séreuses saines, les solutions salines hypertoniques se diluent, les solutions hypotoniques se concentrent pour arriver à l'équilibre osmotique du sang, d'après Orlow, Hamburger, Lcathes et Starling, puis leur absorption se fait. Mais, qu'il s'agisse d'endothélium ou d'épithélium, à coté de la concentration d'une solution, il faut tenir compte de l'intervention active des cellules vivantes, intervention dont la nature nous échappe.
Constance de la concentration du sang. — Théories de Winter. — Equilibre osmotique de V organisme. — Rôle des chlorures. — D'après Winter (2), à part l'urine qui a un rôle dans l'élimination, tous les liquides de l'organisme ont un A qui oscille autour du à constant du sang, qui serait « l'équilibre limite ». Le rein et l'estomac sont deux organes où l'équilibre osmotique des humeurs est continuellement détruit; c'est là d'une part l'une des causes des phénomènes osmotiques intra-organiques. Mais, d'autre part, intervient le rôle de NaCl. Très abondant dans les tissus et de molécule très petite par division facile en ses ions, le chlorure de sodium se porte à travers les protoplasmas pour combler les vides moléculaires, et la concentration moléculaire du sérum doit en partie sa fixité à la dissociation ou à la réintégration des molécules salines, suivant que le
(4) Heidenhain, Arch. f. die gesammte PhysioL, 1894, t. LVI. (2) Winter, Arch. de phys., 1896.
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APPLICATIONS CL UNIQUES DE LA CRYOSCOPIE
sang est dilué ou au contraire concentré. Ces vues théoriques de Winter sont basées sur des analyses chimiques du sérum, dont la teneur en NaCl varie suivant le volume de la masse sanguine, assurant ainsi aux hématies un liquide ambiant aussi isotonique que possible.
Ilallion et Carrion(1) ont du reste démontré expérimentalement le rôle compensateur des chlorures; des injections salées à des titres très différents n'ont pas modifié d'une façon durable la tension osmotique du sang. Les échanges d'eau et de NaCl entre le sang et les tissus rétablissent vite la concentration moléculaire du sérum. De même, chez l'homme, l'ingestion ou l'injection de NaCl ne modifient pas, ou modifient seulement d'une façon passagère, la teneur du sérum en ce sel; elles n'apportent pas de changements plus considérables dans la tension osmotique; ces constatations, que nous avons faites avec Ravaut, ont été aussi signalées par Achard(2).
Théorie de von Koranyi. — Koranyi, par l'étude du A du sérum sanguin, est aussi frappé de la constance de ce chiffre et du peu de durée de ses variations, quand on injecte des solutions hypo ou hypertoniques. Hamburger et Winter attribuent cette invariabilité à la mobilité des molécules chlorées, Hamburger et Heidenhain à une sécrétion hypotonisante de rendothélium vasculaire.
Koranyi admet que ce mécanisme régulateur a pour rouages les actes intimes intercellulaires se passant en divers points de l'organisme. L'évaporation cutanée et pulmonaire, l'apport d'aliments dans l'estomac, sont une cause de déshydratation et de concentration du plasma. Cet état d'hypertonie provoque la soif, et l'eau absorbée par l'intestin rend au sérum sa tension osmotique normale. Dans les tissus, la concentration du sérum augmente pour une double raison. En effet, d'une part le sérum fixe le Co2 résidu de la respiration cellulaire, mais, au niveau du poumon, Co2 est chassé par 0, d'où régularisation. D'autre part, par suite des phénomènes de nutrition cellulaire, les grosses molécules se disloquent en molécules plus petites et plus nombreuses, fournissant ainsi une lymphe extra-vasculaire à pression osmotique élevée. Il s'ensuit un appel d'eau qui vient par exosmose du sang et de la lymphe, et celle-ci va de plus se déverser dans le sang dont elle augmente encore la tension osmotique. Mais alors intervient la fonction rénale qui, en éliminant un liquide très hyper tonique contenant les déchets de la nutrition cellulaire, abaisse la tension osmotique du sang et concourt à maintenir la constance de son point de congélation, condition nécessaire pour la conservation des éléments cellulaires qu'il renferme et qu'il baigne.
Théorie de la sécrétion rénale de von Koranyi ('"). — Koranyi édifie de la sécrétion rénale une nouvelle théorie qui emprunte à celles de Ludwig et de Heidenhain ce qu'elles ont de mieux démontré.
(') IIalmon et Carrion, Presse méd., 24 oct. 1900.
{•) Achard, Presse méd., 11 sept. 1001.
(r>) V. Koranyi, Cent?. /'. Phys., 5 nov. 1804.
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Tout d'abord, comme l'admet Ludwig : « l'eau de l'urine est sécrétée au niveau du glomérule et en partie résorbée dans les canalicules urinaires ». Ce principe est basé sur les observations suivantes : chez les animaux sobres en eau et qui éliminent une urine concentrée (chien), les tubuli contorti sont longs; ils sont courts chez les animaux vivant dans l'eau (grenouille), et dont l'urine est très diluée d'après Hùfner et Dreser. Les recherches de Koranyi, de Balthazard, ont montré que plus la circulation sanguine rénale est active, plus l'urine circule vite dans les canaux urinifères, et plus aussi cette urine est diluée. Elle est au contraire plus concentrée si la circulation est ralentie.
En second lieu, Koranyi admet avec Bowman-Heidenhain que, par les glomérules filtrent l'eau et le NaCl, tandis que les autres substances constituantes de l'urine s'éliminent au niveau des tubuli contorti en même temps qu'une partie d'eau y est absorbée.
Les différents auteurs qui ont étudié la cryoscopie des urines ont trouvé dans certains cas un A plus rapproché deO que — 0,56, point de congélation du sérum. Claude et Balthazard (l), pour expliquer ces faits, admettent que le liquide qui filtre au niveau du glomérule est hypotonique par rapport au sérum. C'est une solution de NaCl du même titre que celle qui existe dans le sang, congelant à environ — 0,43, et dans certaines conditions pathologiques, ce point peut se rapprocher plus ou moins de 0.
Comment ce liquide filtrant au niveau du glomérule, hypotonique par rapport au sérum, va-t-il, par son passage dans les tubuli, devenir une urine dont la tension osmotique sera supérieure et de beaucoup à celle du sang?
Ici intervient Yéchange moléculaire qui tient une large place dans la théorie de la sécrétion rénale de Koranyi. L'analyse démontre que, par rapport aux autres substances dissoutes, îe NaCl est moins abondant dans l'urine que dans le sérum et que, d'autre part, il manque à l'urine par rapport au sang autant de molécules chlorées que l'urine contient de molécules non chlorées. Selon Koranyi, l'échange moléculaire se passe au niveau des tubuli contorti, entre le sang des capillaires et la solution de NaCl venue du glomérule, de telle façon que pour chaque molécule de matières exlractives venue du sang dans l'urine, une molécule de chlorure de sodium passe des canalicules dans le sang. Ainsi s'expliquerait la constatation de Ludwig : le liquide recueilli dans un bassinet dont l'uretère avait été lié était très riche en urée et ne contenait plus que des traces de chlorure de sodium.
Mais, tandis que in vitro ces échanges moléculaires produiraient l'équilibre osmotique, dans le rein, le courant ininterrompu de l'urine d'abord, l'activité propre de la cellule épithéliale ensuite, empêchent l'isotonie du sang et de l'urine qui acquiert une tension osmotique supérieure à celle du sérum.
(*) Claude et Balthazard, La cryoscopie des urines (les Actualités médicales), 1901.
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APPLICATIONS CLINIQUES DE LA CRYOSCOPIE
En résumé, la sécrétion rénale, d'après Koranyi, comprend deux temps :
1° Au niveau du glomérule, filtration d'une solution pure ou presque pure de chlorure de sodium dans l'eau, hypotonique au sérum ;
2° Au niveau des tubuli, résorption d'eau et échange moléculaire.
La sécrétion rénale diminue donc la tension osmotique du sang, comme le démontre du reste l'examen comparé du sang de la veine et de l'artère rénale.
Grâce à cette sécrétion, pour Laquelle un seul rein sain peut suffire, le sérum conserve son équilibre osmotique
As ^0,56.
Applications de la cryoscopie a la clinique et a l'expérimentation. — Partant des données précédentes, indispensables à connaître, il est facile d'en déduire tout le parti que peut en retirer le clinicien.
1° Injections intra-veineuses. — Lavages des séreuses et des muqueuses. — Les expériences de De Vriès et celles d'Hamburger démontrent l'action nocive qu'exerce sur les cellules vivantes une solution mise en leur présence, quand elle n'est pas isotonique avec le liquide qui les baigne habituellement. Les phénomènes de cytolyse peuvent donc jouer un rôle important quand, dans un but expérimental ou thérapeutique, on fait une injection intra-veineuse.
Injections thérapeutiques. — Le sérum artificiel qu'on injecte dans les veines d'un malade doit avoir le même point de congélation que le sang, soit — 0,56; telle est la solution de NaCl à 0,95 pour 100. Cette solution stérilisée à l'autoclave se concentre et atteint le titre de 1 pour 100 (*) ; c'est du reste une solution de même concentration qu'avait déterminée Malassez, quand, cherchant un liquide conservateur des hématies, il avait examiné au microscope leur degré de résistance dans diverses solutions. Les sérums à 7 pour 1000 sont hypotoniques par rapport au plasma. A part certains cas exceptionnels pathologiques dont nous parlerons plus loin et dans lesquels le sérum congèle à un point très inférieur à — 0,56, on peut se contenter du sérum physiologique à 1 pour 100, sans qu'il soit nécessaire de déterminer le A chez chaque malade, puis de préparer la solution isotonique à lui propre. Du reste, la résistance des hématies permet une certaine marge et la solution de NaCl a une certaine élasticité de concentration moléculaire, étant donnée la faculté qu'a ce sel de se dissocier en ses ions.
On appliquera les mêmes règles aux sérums artificiels contenant d'autres substances que le chlorure de sodium : la solution isotonique de bicarbonate de soude est à 1er, 15 pour 100 et celle de benzoate de soude à 2grpour 100.
Cette même donnée de l'isotonie sera encore indispensable à retenir
f1) Vaquez et Bousquet. Soc. biol., 4 fév., 1899. — Hallion et Carrio.w Soc. biol., 2 juin
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quand on aura à faire un lavage de séreuse (péritoine) ou de muqueuse (fosses nasales, intestin). On évitera ainsi aux malades soit des sensations désagréables, soit des troubles consécutifs à l'adultération des épithéliums et endothéliums par une solution anisotoniquc, eau bouillie ou boriquée saturée (4).
Dans la rachi-cocaïnisation, Guinard (2) attribue la céphalée et la réaction leucocytaire signalée par Ravaut et Aubourg(3) à l'usage de solutions de cocaïne diluées, anisotoniques (le A de la solution à 1 p. 100 = — 0,15). En effet, suivant les recherches de Guinard et Ravaut, l'emploi d'une solution de cocaïne concentrée au dixième, congelant à — 1°,01, permet d'obvier à ces inconvénients. Ajoutée à très faible dose au liquide céphalo-rachidien de l'opéré, cette solution n'augmente pas la tension et ne modifie pas sensiblement la pression osmotique. Les malades ainsi traités ne présentent pas de réaction méningée, et n'ont plus ni céphalée, ni hyper thermie, ni sueurs, etc.
Peut-être, dit Bousquet, pourrait-on retenir les notions de tension osmotique dans la confection des pansements humides pour plaies. Préobrajenski(*) avait déjà insisté sur les phénomènes d'osmose et de capillarité qui doivent se faire de la plaie vers le pansement pour être favorables ; et, de fait, on a obtenu des effets très satisfaisants par l'emploi de pansements humides confectionnés avec des solutions hypertoniques de borate ou de bicarbonate de soude.
Injections infra-veineuses expérimentales. — Osmonocivité. — Les mêmes troubles de cytolyse ont attiré l'attention des expérimentateurs quand, par injection intra-veineuse, on recherche la toxicité d'un liquide, soit qu'il s'agisse d'un sel dont on veut déterminer le pouvoir toxique, soit qu'il s'agisse d'humeurs de l'organisme, d'urines en particulier. C'est uniquement par troubles osmotiques que l'eau distillée tue le kilogramme de lapin à la dose de 122 centimètres cubes.
En Allemagne, Hymans van den Bergh (5) et Posner (6) ; en France, Charrin et Levaditi(7), Hallion (8), montraient l'influence de la concentration moléculaire des solutions sur leur toxicité. Mais M. le professeur Bouchard, dès 1885, lors de ses recherches sur la toxicité urinaire, avait déjà signalé que, grâce aux substances dissoutes, l'urine peut être moins toxique que l'eau distillée.
M. Bouchard a fait rechercher par deux de ses élèves, Claude et Baltha-
(4) Depierris. La notion de l'isotonie dans les rapports avec certains faits de thérapeutique journalière. .Soc. mêd. de chir. de Paris, 15 fév. 1901.
(2) Guinard. 14e Congrès français de chirurgie, 1901.
(5) Ravaut et Aubourg, Liquide céphalo-rachidien après la rachi-cocaïnisation. Soc. de biol., 30 juin 1901.
(4) Ann. Inst. Pasteur, sept. 1897.
(5) Hymans van den Bergh, Zeit. f. klin. Med., 1898, p. 53.
(6) Posner, Soc. méd. de Berlin. In Semaine médicale, 13 déc. 1899.
(7) Charrin et Levamti, Soc. de bioL, 1er juillet 1899.
(8) Hallion, Soc. de bioL, 1er juillet 1899.
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zard(*), quelles modifications il fallait ajouter à la méthode instituée par lui et universellement admise pour la mesure de la toxicité des urines. L'urine congelant en effet en moyenne à — 1,75 est loin d'être isotonique avec le sérum sanguin du lapin, animal choisi pour les expériences. Ces auteurs considèrent donc que la toxicité d'une urine comprend la toxicité vraie et Y osmotoxicité . L'un de nous(2), faisant à la même époque des recherches parallèles sur le même sujet, a proposé le terme d'osmonocivité adopté depuis, car il ne s'agit pas d'action toxique, mais d'action nocive sur les éléments cellulaires par osmose.
Claude et Balthazard effectuent la correction correspondant à l'osmonocivité à l'aide d'une formule et d'une table de valeurs déduites de leurs expériences. Mais, corriger un résultat expérimental in vivo, à l'aide d'une formule quelque large qu'elle soit, nous parait être un procédé à rejeter, car dans une toxicité globale, de nombreux facteurs toxiques sont inconnus qui ne peuvent être compris dans cette formule.
L'un de nous, dans le même but, a proposé de ramener l'urine à l'isotonie avec le sérum de l'animal en expérience, — 0,59 chez le lapin, par l'addition d'eau distillée, ou par addition de NaCl dans certains cas exceptionnels où les urines sont hypotoniques. Soit une urine congelant à — 1,68, le calcul de la dilution est le suivant :
As 0,59
Dans l'urine il y a donc 2,84 fois trop de molécules pour qu'elle soit isotonique au sérum sanguin. Pour la ramener à l'isotonie, il faudra ajouter à 1 partie d'urine 1,84 partie d'eau distillée, puis prendre le A du mélange et en général ajouter une certaine quantité d'eau, car il ne s'agit pas seulement d'une solution de substance organique, et d'après la loi des ions relative aux solutions salines, le A observé est inférieur au A calculé (3). Dans le cas actuel on devra, pour que le mélange ait A — — 0,59, prendre 10 centimètres cubes d'urine et 19 centimètres cubes d'eau distillée.
Cependant la méthode des dilutions est passible de deux objections. Tout d'abord certaines urines très hypertoniques doivent être tellement diluées que lés accidents pléthoriques apparaissent chez l'animal avant même que la dose toxique ait été injectée. La seconde objection a été formulée par Quinton (*) et est basée sur certaines propriétés de l'urée signalées par De Vriès et Grijins (5). Quel que soit le titre de la solution d'urée, la solution se comporte vis-à-vis des globules sanguins comme si l'urée n'existait pas; il y a donc dans l'urine toute une partie de l'abaisse-
(*) Journal de phys. et de path. gén., 15 mai 1899 et 15 janvier 1900.
(2) Lesné, Thèse de Paris, 1899.
(3) Lesné et Bousquet, Presse méd., 26 mai 1900.
(4) Quinton, Soc. de biol., 9 juin 1900.
(3) De Vriès et Grijins, Arch. f. ges. Physiol., Bd XIII, p. 88.
CRYOSGOPIE DES HUMEURS NORMALES DE L'ORGANISME
ment du point de congélation due à l'urée et qui n'a aucune action au point de vue de l'isotonie. (Une solution d'urée à 1 pour 100 congèle a
— 0,286; Raoult). Une urine et un sérum ayant donc même point de congélation ne sont pas isotoniques et une urine peut, de ce fait, après dilution, devenir hypotonique et hématolysante. Ce fait nous explique les résultats contradictoires de quelques expériences. Certaines urines (Lesné, Léon Bernard) (*) sont plus toxiques après qu'avant dilution, tandis que d'autres déjà hypertoniques perdent de leur toxicité une fois additionnées deNaCl. Enfin, en dehors de l'action osmonocive par défaut de concentration, les urines ont une action globulicide vraie pour les hématies du lapin, indépendante de l'isotonie et due à une ou plusieurs substances globulicides (2).
Il s'ensuit que l'on s'est élevé contre la correction de l'osmonocivité. Bosc et Yedel (5) injectant après des solutions toxiques simples des urines artificiellement préparées admettent qu' « il n'y a pas de relation directe entre l'éloignement des solutions de leur état isotonique et leur degré de toxicité », et, à la suite des objections formulées plus haut, préconisent la recherche de la toxicité urinaire « avec l'urine injectée en nature ».
Il est bien évident qu'une urine hypertoxique reste toujours hypertoxique, qu'une urine hypotoxique reste de même hypotoxique même après correction isotonique, mais pas toujours dans des limites restreintes, et les phénomènes d'osmonocivité jouent parfois un rôle important dans la toxicité globale d'urines normales ou pathologiques comparées entre elles. L'osmonocivité existe réellement, mais si, quand il s'agit de solutions bien définies, cette correction est facile à déterminer, il n'en est plus de même quand on s'adresse à l'urine, mélange de substances organiques et inorganiques dont plusieurs nous sont totalement inconnues. Le problème est beaucoup plus complexe et ne pourra définitivement être tranché que par de nombreuses expériences et une connaissance approfondie des éléments constituants de l'urine et de leurs propriétés physiques. En tout cas, la notion de l'osmonocivité n'a pas apporté de troubles sensibles aux résultats obtenus sur la toxicité des urines.
2° Molécule élaborée moyenne à l'état normal et à F état pathologique.
— Parmi les données les plus intéressantes tirées de la cryoseopie sont celles qui se rapportent au calcul des constantes moléculaires. C'est à M. Bouchard que nous devons l'introduction de cette notion dans l'étude des troubles de la nutrition. Cette partie de la question est complètement traitée par M. Bouchard dans un autre volume de ce traité et le lecteur voudra bien s'y reporter (4).
(*) Revue de méd., 10 fév. 1900.
(2) Ph. Pagmez, Actions exercées sur les globules rouges par les liquides normaux et pathologiques de l'organisme. Thèse de Paris, 1902.
(3) Bosc et Vedel, Journal de phys. et de path. gén., nov. 1900. (*) Bouchaud, Traité de pathol. gén., t. III, p. 258.
[F. WIDAL et E. LESNÉ.}
APPLICATIONS CLINIQUES DE LA CRYOSCOPIE