‹ Traité de pathologie générale [electronic resource] (volume 3)Chapitre 4 sur 185 · TROUBLES DE LA CIRCULATION · texte numérisé non relu

TROUBLES DE LA CIRCULATION

Les cardiopathies, soit par les troubles mécaniques de la circulation, soit par la toxémie, peuvent favoriser les psychopathies ; les psychopathes peuvent aussi par le mécanisme du surmenage provoquer des troubles cardiaques. Parchappe a déjà étudié ces conditions complexes des troubles cardiaques.

On a attribué au pouls dans la manie aiguë une fréquence considérable; mais Jacobi a montré que, dans près de la moitié des cas de manie, au milieu même des exacerbations les plus violentes, la fréquence du pouls ne dépasse pas la normale; quelquefois même elle reste au-dessous. Avec la mélancolie, on observe constamment la faiblesse et la lenteur des pulsations, qui peuvent descendre jusqu'à 50 et même 25 par minute dans la stupeur. Souvent le pouls est non seulement petit et lent, mais irrégulier. Les battements du cœur peuvent devenir tellement faibles qu'ils sont à peine sentis à travers la paroi thoracique.

Wolff, qui a étudié le premier le pouls des aliénés à Laide du sphygmographe, avait admis que tous avaient pour caractère commun un pouls à type retardé.

En dehors des maladies cardiaques ou des troubles vaso-moteurs qui peuvent le modifier, le pouls parait surtout influencé par l'état émotionnel. Dans la stupeur, on peut avoir une tension considérable peut-être en rapport avec des représentations terrifiantes. En général, dans les états mélancoliques, la tension est faible; on peut observer de la cyanose des extrémités, du nez, des oreilles. Dans la manie, la tension varie avec l'état d'excitatien; mais, comme l'a notéMorel, on est quelquefois étonné de la dépression et de la faiblesse du pouls chez des aliénés furieux ; on la trouve aussi dans la période d'excitation de la folie à double forme (Pilez).

Cramer (*) a noté l'augmentation dépression dans les accès d'anxiété mélancolique. IIun(2) avait déjà remarqué qu'en général dans les formes dépressives le pouls perd son dicrotisme normal ; mais le monocrotisme peut se modifier sous l'influence d'une émotion comme la colère qui provoque un polyerotisme transitoire avec augmentation de fréquence. On peut dire qu'en général la tension artérielle est diminuée chez les aliénés ; les paralytiques généraux atteints d'artério-sclérose font exception.

(*) Cramer, Uebcr das Verhalten des Blutdruckes. Miinch. med. Woch., 1892, nPS G et 7. (2) Hun, The puise of the insanc. Amer. Journal of insanity, 1870, t. XXYI, p. 524.

ICH FÉRÉ

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MODIFICATIONS DE LA TEMPÉRATURE

Le plus souvent, c'est un abaissement de température qu'on observe. Cet abaissement peut atteindre 55 degrés dans la mélancolie, dans l'idiotie, dans la démence. Chez des alcooliques agités, maniaques, Lœvenhardt a observé des températures de 25°, 7 ou 50°, 8. D'autres cas d'hypothermie ont été observés par Tiling, Zenker, Hebold, Popoff, etc. (!) ; on les a vus dans les formes les plus diverses de la folie. 11 est exceptionnel que chez les aliénés, dans les cas d'agitation extrême, la température, dépasse la normale. Cependant le fait peut s'observer en rapport avec l'intensité des réactions dans les formes aiguës de la manie, dans la manie épileptique. En général, l'élévation dure peu; les élévations notables sont dues à des états congestifs du cerveau, comme il arrive souvent dans la paralysie générale progressive, ou à des infections, comme il semble en exister dans le délire aigu ou dans les folies des maladies générales. La tendance au refroidissement chez les aliénés se manifeste par la facilité avec laquelle ils perdent de leur chaleur sous l'influence de l'abaissement de la température extérieure (Bechterew). Le refroidissement physiologique nocturne est plus marqué chez eux que chez les sujets normaux. En outre, l'hypothermie persistante, qui n'est pas très rare(2), est plus fréquente l'hiver. Si la température centrale est souvent abaissée, ce sont surtout les extrémités qui offrent un refroidissement considérable. D'ailleurs l'asphyxie locale et les phénomènes connexes, ne sont pas très rares chez les aliénés.

De même que j'ai observé des modifications de la résistance électrique, sous l'influence des émotions, une diminution dans les émotions sthéniques et une augmentation dans les émotions asthéniques, plusieurs auteurs ont observé (3) l'augmentation de la résistance chez les mélancoliques ; mais cette même augmentation, qui tient à la diminution de la quantité des liquides ou à la modification de leur constitution, se retrouve aussi dans la manie, comme j'ai pu le vérifier.

L'anémie est fréquente chez les aliénés, et dans quelques conditions particulières elle peut jouer le rôle de cause (■*). Mais, en dehors de l'anémie classique, on observe souvent chez eux une diminution des globules et des matériaux solides (Wittorf, Erlenmeyer). L'hypoglobulie est plus marquée dans les formes dépressives que dans les formes exaltées (Raggi, Seppili).

H G. Bouchacourt, De l'hypothermie chez les aliénés. Thèse de Lyon, 1892.

02) J.-B. Boucha ud, De l'hypothermie chez les aliénés. Ann. méd.-psychol, 1894, 7° série, t. XIX, p. 194. F .

(°) D. D'Arman, La conducibililà elettrica degli alienati c dei sani di mente. Venezia, 1894. — L. Court adou. De la résistance électrique du corps humain. Th. 1901.

(4) A. Viollon, Anémie et mélancolie chez les jeunes filles. Thèse de Lyon, 1892.

MODIFICATIONS DE LA TEMPÉRATURE

Les modifications du sang que Ton a constatées jusqu'à présent chez les aliénés n'éclairaient guère la pathologie ni la thérapeutique)1).

Les troubles de la menstruation sont fréquents; souvent elle est suspendue, son retour coïncidant avec une amélioration des troubles psychiques est d'un pronostic favorable. Si elle reparaît au contraire sans cette amélioration corrélative, c'est plutôt un signe d'incurabilité.

Les troubles de la nutrition sont nombreux chez les aliénés. La peau présente souvent des changements de coloration et une grande sécheresse. On observe assez souvent l'urticaire artificielle (2). Les sécrétions cutanées peuvent être non seulement diminuées, mais altérées ; certains mélancoliques présentent, malgré les soins de propreté les plus minutieux, une odeur nauséabonde spéciale, que l'on a comparée à celle de la souris. Les changements de coloration de la peau sont ou des décolorations, le vitiligo, ou des pigmentations anormales. Quelquefois l'excès de pigmentation présente une étendue et une intensité considérables et cette négritie peut suivre d'une manière remarquable la marche des troubles mentaux (3). La mélanodermie de la peau s'accompagne souvent de pigmentation des muqueuses qui apparaissent à la voûte palatine, aux lèvres, à la conjonctive, et disparaissent avec les troubles psychiques. On observe aussi la pseudo-pellagre (Fèvre, Brunet, Brierre deBoismont, Howden (4). Ces troubles trophiques de la peau sont plus fréquents dans les mélancolies, mais on peut les retrouver dans les diverses formes d'aliénation. Le système pileux est souvent affecté, principalement dans les cas chroniques : les cheveux noirs prennent un reflet rougeàtre comme s'ils étaient teints; les cheveux blonds pâlissent souvent et se dessèchent, se fendent à leur extrémité libre et deviennent cassants (s). Hack Tuke rapporte un cas de manie récurrente dans lequel les cheveux devenaient gris à chaque attaque et reprenaient leur couleur brune naturelle dans l'intervalle. Chez les femmes, on observe quelquefois au cours d'une affection mentale un développement considérable de poils sur la face.

Dans les états de dépression, toutes les sécrétions sont diminuées; la sécheresse de la peau peut pourtant manquer aux extrémités, qui sont quelquefois couvertes d'une sueur visqueuse. La muqueuse buccale est aride, la langue est empâtée, la déglutition devient difficile; les dents sont couvertes d'un enduit gluant. Les sécrétions gastro-intestinales sont aussi insuffisantes, les digestions sont lentes et pénibles, il y a de la constipation opiniâtre. Le chimisme stomacal est altéré en même temps

(1) F. Percival Mackie, Obs. on the conditions of the blobd in the insane, etc. The Journ. of mental se. 1001, p. 54.

(2) Ch Féré et P. Lance, La dermographie chez les aliénés. Journ. de Neurologie, 1808.

(3) Ch. Féré, Note sur un cas de mélanodermie récurrente chez un épileptique apathique. Nouv. ieonogr. de la Salpêtrière, 1807. t. X. p. 352;

(4) Th. B. Hyslop, On some of the rare skin diseases affecting- the insane. The Journ. of mental se., 1000. p. 65.

(3) Mirto, Alterazione trofiche dei capelli durante una fasc di cxeitamenlo maniaco. La liiforma medica, 1800, t. L, p 074, 080.

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que la motricité ('). Ces troubles entraînent souvent une anorexie plus ou moins complète ; mais le refus des aliments ne peut être considéré que comme un symptôme secondaire, car bien souvent on peut constater un amaigrissement considérable avant le moment où l'alimentation a commencé à devenir insuffisante. Les troubles gastriques sont avec la courbature et l'insomnie les premiers signes prodromiques de la folie. Dans la mélancolie, malgré la douleur morale qui domine la situation, la sécrétion des larmes n'est que très rarement exagérée; souvent au contraire l'œil est sec et terne et rappelle l'œil de poisson bouilli.

Dans les états d'excitation, il se produit quelquefois une salivation abondante, nécessitant une sputation fréquente. Il faut remarquer que dans l'excitation la plus intense, comme dans la plus profonde dépression, il existe une constipation opiniâtre indiquant une diminution de la quantité des sécrétions intestinales; et que d'autre part, presque constamment, les narines restent sècbes. On peut donc douter si la sécrétion salivaire abondante des maniaques n'est pas la conséquence des mouvements de la mâchoire, et une manifestation secondaire, au même titre que la sueur qui se produit dans les mêmes circonstances. On observe du ptyalisme chez des délirants systématiques qui se croient empoisonnés. La sueur des maniaques a quelquefois une odeur fétide.

Chez les paralytiques généraux, on observe quelquefois des crises de sueurs locales ou générales. Chez les arthritiques, on peut voir une alternance entre les sueurs et les troubles psychopathiques.

Stoddart a signalé le retard ou la suppression de l'action de la pilocarpine chez les mélancoliques (2) ; c'est un phénomène qu'on peut retrouver chez les maniaques comme dans l'apathie post-paroxystique des épileptiques (3) .

Dans les états d'excitation, on a trouvé une hyperacidité de suc gastrique et une hypoacidité dans les états de dépression ('').

Les fonctions du foie sont assez souvent troublées chez les aliénés qui sont assez sujets aux calculs biliaires (à).

Quant à l'urine des aliénés, son examen n'a encore donné que des résultats controversés. L'urée, les phosphates et les chlorures peuvent se trouver en excès dans les états d'excitation ou en défaut dans les états de dépression. D'après les recherches de Mendel et de Mairet, les phosphates terreux seraient augmentés avec les manifestations de l'excitation et diminués dans les cas de dépression. Johnson Smyth a noté la présence de la créatinine surtout dans la paralysie générale et la démence. L'albumine

l1) Bamelou, Dyspepsie et lypémanie. Thèse de Montpellier, 1890.

(*) H. B. Stoddart, Certain physical signs of melancholia. The Journ. of mental Se., 1898, p. 247.

(5) Ch. Féré, Les épilepsies et les épileptiques, 1898, p. 210.

(4) L. Orliac, Le chimisme gastrique chez les aliénés. Thèse de Toulouse, 180!).

(5) C. F. Beadles, Gall-stoncs in the insane. The Journal of the mental Science, 1802, p. 382. — F. 0. Simpson, The causation and conséquences of srall-stone in the insane. The Lancet, 1806, t. II, p. 1002.

TROUBLES DE LA SENSIBILITÉ

et le sucre peuvent apparaître momentanément en conséquence de décharges violentes. L'albuminurie est fréquente dans le delirium tremens (Fùrstncr, Nàcke, etc.). Marro y a signalé la présence de peptone et d'acétone. Brasch a rencontré l'urobiline dans un cas de psychose dite polynévri tique. Plusieurs auteurs ont signalé l'hypertoxicité des urines chez les mélancoliques en particulier; mais la méthode des injections intraveineuses dont on s'est servi dans ces expériences est sujets à plusieurs objections qui s'appliquent aussi bien d'ailleurs aux expériences qui ont été faites sur les urines des épileptiques^). La peptonurie n'est pas rare chez les paralytiques généraux.

Le début de la plupart des troubles mentaux s'accompagne d'amaigrissement, et leur guérison, au contraire, du retour de l'embonpoint (2) quelquefois tellement rapide qu'on peut croire qu'il s'est agi d'une trophonévrose. J'ai d'ailleurs signalé chez des épileptiques des oscillations de poids remarquables : un malade, que j'ai présenté à la Société de Biologie, avait augmenté de 55 livres en vingt-sept jours et il les a perdues à peu près aussi vite. Les maniaques absorbent souvent une très grande quantité de nourriture et n'en maigrissent pas moins. Dans les folies intermittentes ou circulaires, on observe souvent des oscillations saisissantes. La restauration de l'embonpoint n'est un bon signe que si elle coïncide avec une restauration corrélative de l'état psychique. Un défaut de concordance entre l'état physique et l'état somatique indique un trouble profond du fonctionnement du système nerveux et constitue en conséquence un signe pronostique défavorable.

TROUBLES DE LA SENSIBILITÉ

On a noté quelquefois d'une façon précise l'exagération de la sensibilité spéciale. Clouston a vu un individu qui en temps ordinaire avait besoin de lunettes grossissant assez fortement et qui pendant des attaques de manie simple était capable de s'en passer et même de lire de petits caractères. L. Forbes Winslow fait allusion à des malades qui aux approches d'un dérangement mental éprouvent une véritable hyperesthésie sensorielle; leurs oreilles entendent ce que personne ne peut entendre (3). Cette exaltation de la sensibilité peut être admise dans des cas d'exaltation maniaque sans délire; mais dès que les fonctions intellectuelles présentent une perversion, il existe une diminution de la sensibilité sous toutes ses formes, mais surtout de la sensibilité à la douleur (4).

(!) Ch. Férk, Note sur la toxicité des urines des épileptiques. Comptes rendus de la Soc. de biol., 1893, p. 743.

(2) A. Widmkr, Du poids des aliénés. Diss. inaug. Bàle, 1881.

(3) L. Forces Winslow, Mad humain ty ; its forms apparent and obscure. 1898. p. 206.

(4) Boiteux, Contribution à Vétude de l'anesthésie cutanée chez les aliénés. Thèse de Nancy, 1885.

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C'est la diminution de la sensibilité qui domine dans la mélancolie (*) et dans la stupidité primitive; après la guérison d'un accès de mélancolie avec stupeur, un malade d'Esquirol lui disait : « Ce manque d'activité vient de ce que mes sensations sont trop faibles pour exercer une influence sur ma volonté ». La sensibilité est affectée sous toutes ses formes chez les aliénés, et l'étude de ces troubles a surtout été bien faite en Italie (Buccola, Raggi, Albertotti, Amadei, Tonnini, Morselli, etc.), où l'on a constaté des troubles de la sensibilité tactile, de la sensibilité topographique, de la sensibilité à la pression, de la sensibilité thermique, de la sensibilité visuelle (sensibilité à la lumière, aux couleurs, acuité visuelle» champ visuel), de la sensibilité olfactive, auditive, gustative, sensibilité aux besoins généraux (faim, soif), de la céncsthésie. L'anesthésie est quelquefois telle, que l'accouchement a pu s'effectuer sans aucun signe de douleur; on voit souvent des maniaques manger leurs excréments. L'anesthésie joue un rôle important dans l'histoire des automutilations des aliénés (2). La folie à double forme fournit l'occasion d'étudier les différences suivant l'état d'excitation ou de dépression ; Clouston dit que la vue et l'ouïe sont souvent plus aiguës dans les périodes d'excitation.

Les anesthésies locales se montrent dans les psychoses toxiques qui s'accompagnent de polynévrites ou dans la paralysie générale; A. Voisin a signalé l'hémianosmie chez les paralytiques généraux.

La sensibilité réflexe présente quelquefois des altérations considérables chez les aliénés ; Cuislain cite un mélancolique qui à l'état de santé était très sensible à l'action du tabac à priser, et qui, quand il était malade, ne pouvait provoquer aucun éternument, même avec des quantités considérables. L'excitabilité électrique est diminuée surtout dans les formes dépressives. Les réflexes patellaires sont généralement diminués dans les formes dépressives, quelquefois exaltés dans les états maniaques.

Jacobi a constaté que les idées érotiques sont rares chez les maniaques, quel que soit leur sexe. Chez les mélancoliques, les fonctions génitales sont en général abolies, et Morel est porté à croire qu'un grand nombre de femmes hypochondriaques sont en réalité infécondes. Griesinger fait remarquer qu'avant le début de la folie, il y a une diminution des sensations sexuelles et des désirs vénériens. Venturi a vu que dans la folie, où l'instinct sexuel est généralement aboli, dit-il, il existe souvent de l'azoospermie ou de l'atrophie ovariquef ). Mantegazza avait déjà noté l'azoospermie chez un aliéné.

Les sensations internes, ordinairement rudimentaires. sont souvent perverties chez les aliénés, et ces perversions jouent un rôle particulièrement important dans les conceptions délirantes des hypochondriaques.

(*) Christian, Étude sur la mélancolie. Des troubles de la sensibilité générale chez les mélancoliques, in-8, 1876.

(a) Galais, Des mutilations chez les aliénés, pour servir à l'histoire de la sensibilité chez ces malades. Thèse, 1867. — G. David, Des auto-mutilations chez les aliénés. Thèse de Toulouse, 1890.

(3) Venturi, Corrélations psycho-sexuelles, 1899. p. 157. 144.

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