TROUBLES DE LA MOT1LITÉ
Oïl signale souvent une augmentation de la sensibilité magnétique et de la sensibilité météorique. Les changements de pression, la tension électrique, etc., influent d'une façon inusitée autant sur les fonctions psychiques que sur les fonctions organiques. L'influence de la nuit est souvent très marquée chez les aliénés; on a observé l'héméralopie (Andruski).
Les dysesthésies sont fréquentes dans la manie, dans les délires systématisés, dans les délires toxiques.
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On peut dire que la inutilité est toujours affectée dans la folie : c'est l'affaiblissement qui frappe le plus(l). L'attitude des aliénés trahit souvent à première vue un affaiblissement de la motilité. Les mélancoliques montrent une tendance remarquable à s'asseoir et à se coucher : un grand nombre se tiennent accroupis, les genoux à la hauteur du menton, la tête penchée en avant. Dans cette dernière attitude tous les muscles extenseurs, aussi bien ceux des membres que ceux du tronc et du cou, se trouvent dans le relâchement. Dans l'intervalle de leurs accès d'agitation, les maniaques ont une grande tendance à prendre les mêmes attitudes. D'ailleurs la mobilité extrême des maniaques, le caractère imprévu de leurs mouvements, n'est pas du tout une preuve de l'énergie de leur motilité volontaire, tant s'en faut, elle trahit seulement une grande excitabilité réflexe.
Les maniaques ont souvent une idée exagérée de leurs forces physiques, et ils continuent à se dire très forts alors qu'ils sont déjà très amaigris et affaiblis. Un grand nombre d'auteurs tant anciens que récents parlent d'une augmentation réelle des forces musculaires des maniaques. « Dans la majorité des cas, dit Griesinger, rien de semblable n'existe; il est si peu vrai que les malades soient réellement plus forts qu'à l'état normal, qu'il suffît d'un seul gardien pour les contenir ; ordinairement cette apparente exagération des forces physiques vient seulement de la manière décidée avec laquelle Le malade dans chacun de ses actes fait agir ses muscles. » La plupart des aliénés se fatiguent vite dans les travaux auxquels on les applique dans les asiles. Même dans les accès de manie épileptique qui passe pour un des états dans lesquels l'exaltation des forces est le plus marquée, j'ai pu constater dans les circonstances les plus favorables et en particulier dans un cas où le malade se promettait de broyer le dynamomètre, que la pression était moindre qu'à l'état normal.
Chez les mélancoliques surtout , la dépression des foçces est considérable : non seulement les mouvements sont sans vigueur, mais ils sont d'une lenteur et d'une incertitude remarquables. Cet état de la motilité se traduit
(') F. Graham Crookshank. The pli vsical signs of insanity. The Joum. of mental Science, ÏUOO, p. 48.
PATHOLOGIE GENERALE. — Vf. 2
[CH FÉRÉ
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non seulement par des attitudes particulières, mais aussi par un abaissement des traits qui restent sans expression et souvent dans une immobilité stupide. L'horreur du mouvement chez ces malades les mène à l'oubli des soins les plus urgents. L'affaiblissement se traduit en outre souvent par du tremblement/1). La raideur, la contracture, les spasmes, la rigidité cataleptique que l'on observe chez les mélancoliques sont en réalité des contractions défensives qui s'éloignent moins de l'agitation maniaque qu'on serait porté à le croire. Il y a souvent L'incertitude du regard, qui conserve une expression inquiète chez les convalescents. L'affaiblissement de la force dynamométrique chez les aliénés en général a été mise en évidence par M. Toulouse ( ) qui a confirmé mes observations, notamment en ce qui concerne la tendance à l'égalisation des forces des deux côtés, tendance que j'ai signalée dans tous les états de fatigue.
Avec la dépression de l'activité volontaire coïncide souvent une tendance à la rigidité prédominant aux membres supérieurs avec conservation plus ou moins prolongée des attitudes, la catalepsie qui se rencontre non seulement dans la mélancolie, la manie, la confusion mentale, mais aussi dans l'hystérie, dans l'épilepsie et encore dans les infections et les intoxications (alcoolisme, saturnisme, goutte, urémie, pneumonie, fièvre typhoïde, rhumatisme articulaire aigu, tuberculose, fièvre intermittente, méningite, etc.)(3). Kahlbaum (1874) a voulu isoler sous le nom de catatonie une espèce morbide distincte à évolution cyclique constituée par la succession d'états mélancoliques maniaques, stupides et surtout caractérisés par la rigidité cataleptique.
L'harmonie des mouvements est particulièrement affectée dans les psychopathies ; et le défaut d'harmonie se fait remarquer principalement dans la physionomie. La folie est l'ennemie de la beauté qui est rare, en effet, chez les aliénés : leur laideur n'est pas due seulement à leurs défauts morphologiques, mais surtout aux asynergies musculaires ; lorsqu'ils retrouvent l'harmonie de leurs traits, on peut en tirer le présage d'une guérison prochaine. La marque de l'aliénation mentale a pour caractère l'incohérence de l'expression qui ne correspond jamais à l'expression franche d'une émotion normale, parce que toujours quelque muscle se relâche ou se contracte quand il devrait se contracter ou se relâcher en suivant les associations normales. C'est à cette incoordination motrice qu'il faut surtout rattacher le défaut d'attention si fréquent chez les aliénés ; le relâchement pur et simple ne fait que l'affaiblir. De ce que les aliénés réagissent normalement à des hallucinations, c'est-à-dire à des représentations d'excitations externes, Farabeuf conclut sans preuves suffisantes
{l) Th. H. Kellog, The disorders of the muscular System in insanity. Médical Record, N.-Y., 1896. t. L, p. 217.
(2) E. Toulouse, Notes sur quelques expériences dynamométriques chez les aliénés. Mém. de la Soc. de bioL, 1803, p. 121. — Meltzer, Dynamometrische Untersuchungen hei Gcisteskranken. lnaug. Diss. îéna, 1894.
(5) Latron, Des états cataleptiques dans les infections et intoxications. Thèse 1901.
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à la constance de l'expression concordante et à la simulation dans les cas d'expression discordante (').
Sikorski(2) admet que la démence se traduit d'abord parle défaut d'élévation de la paupière inférieure, puis par le défaut d'élévation de la paupière supérieure et enfin par la parésie du facial inférieur, parésie qui détermine l'allongement de la face; mais en dehors de la démence, il est certain que chez un grand nombre d'individus le mouvement d'élévation delà paupière est toujours en défaut. La dissolution de l'expression faciale commence par les mouvements les plus faibles. C'est pour cela que dans tous les cas de dépression, les déviations congénitales ou acquises s'accentuent.
Chez les paralytiques généraux on observe souvent des mouvements choréiques ou athétosiques, du grincement des dents, des rigidités, de la tétanie. Les imbéciles et surtout les idiots ont une grande tendance à répéter les mêmes mouvements stéréotypés : mouvements de succion, de mâchonnements, salutations, etc.
Les effets de la dépression de la force musculaire se font sentir sur les organes de la parole par des altérations de l'articulation et de la voix (Morselli). La parole est monotone et lente chez les mélancoliques, leur voix s'affaiblit aussi bien en hauteur qu'en intensité; souvent le timbre lui-même est modifié. Dans la stupeur la voix est voilée et éteinte. Même dans les états d'exaltation la voix présente une raucité particulière.
Le mutisme est le plus souvent dû à des craintes imaginaires; mais dans la stupidité, il est dû à l'inertie.
Ce n'est pas seulement l'expression verbale et mimique qui traduit extérieurement l'état psychique des aliénés. L'écriture présente encore des traits caractéristiques (5) : en dehors des idées délirantes qu'ils expriment, les écrits des aliénés offrent des particularités graphiques importantes. L'écriture des maniaques est hardie, rapide; leurs lettres ont des dimensions exagérées et inégales, sont ornées de fioritures d'un développement inusité, à côté d'irrégularités, de déviations des lignes ; il arrive souvent qu'ils ne terminent pas les mots. L'écriture des mélancoliques est au contraire lourde et hésitante; leurs lettres se rapetissent, montrant qu'ils cherchent à se donner le moins de mouvement possible. Les idées prédominantes s'inscrivent avec des caractères spéciaux ou d'un volume démesuré ; leur fixité se dévoile par le soin particulier avec lequel les mots qui les représentent sont tracés et soulignés. Les mégalomanes emploient volontiers les majuscules. On a remarqué les lignes plongeantes des persécutés, et les lignes ascendantes des ambitieux Quelquefois les représentations visuelles s'objectivent par des illustrations qui ne sont
(*) P. Farabeuk, Contrib. à l'étude de la physionomie chez les aliénés. Thèse 1898.
(2) Sikorski, Des indices physionomiques de la démence apathique. Nouv. Iconographie de la Salpêtrière, 1893, p. 177.
(5) Skglas, Des troubles du langage chez les aliénés, 1892. — E. Mesley. Étude graphologique sur les variations de l'écriture des aliénés. Thèse 1899,
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que des reproductions d'images obsédantes. Marcé cite un monomane religieux qui mêlait son écriture de croix, de petits calvaires.
Dans la folie à double forme, caractérisée par des périodes diversement alternantes d'excitation et de dépression, on voit l'écriture se modifier avec les différentes périodes, de sorte que la correspondance de l'aliéné permet à elle seule de se renseigner sur l'état où il se trouve. Dans quelques cas c'est non seulement le volume des lettres qui sert d'indice, mais surtout la direction des lignes qui sont ascendantes dans les périodes d'exaltation et descendantes dans les périodes de dépression. Dans beaucoup de cas, les modifications de l'écriture peuvent faire reconnaître qu'un accès est sur le point de guérir ou qu'une rechute est imminente.
L'hésitation, l'anxiété se traduisent par une écriture à reprises où on voit souvent des points placés où il n'en faut pas, tout comme dans l'oppression résultant de troubles primitifs de la respiration. On voit que dans la folie du doute, l'hésitation devient quelquefois telle, qu'elle se traduit par des troubles moteurs simulant la crampe des écrivains
Les gestes désordonnés et les mouvements spasmodiques sont fréquents chez les maniaques et dans tous les états d'excitation. Le tremblement se manifeste dans l'alcoolisme, dans la paralysie générale, dans les états de dépression, dans l'anxiété.
Les spasmes localisés ne sont pas rares chez les maniaques et chez les mélancoliques. Les convulsions, les attaques épileptiformes avec perte de connaissance se rencontrent chez les paralytiques généraux, chez les syphilitiques, les alcooliques, chez les saturnins, dans les démences organiques.
Les muscles lisses prennent aussi part à l'expression de l'excitabilité réflexe. L'horripilation passagère de la colère ou de la peur s'établit quelquefois d'une manière durable chez les maniaques. Cependant l'aspect hérissé de la chevelure ne doit pas être attribué exclusivement à l'action des muscles érecteurs des poils ; les troubles de nutrition des cheveux qui sont secs et durs concourent aussi pour leur part à cette modification.
La contraction idio-musculaire de Sehiff, qui objective l'énervation des muscles par la fatigue et constitue une véritable réaction de dégénérescence (2) est fréquente chez les aliénés ; elle s'exagère à la suite des décharges nerveuses ( 3) .
(!) Séglas, Un cas de folie du doute simulant la crampe des écrivains. Bull, et Mém. de la Soc. méd. des hôp., 1890, p. 291.
(2) J. Joteyko, Recherches sur la fatigue névro-musculaire et sur l'excitabilité électrique des muscles et des nerfs. Travaux du Laboratoire de V Institut Solvay, 1901, t. IV, p. 50.
(3) Ch. Féré. Les Épilepsies et les Épileptiques, 1890, p. 184.